La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

EN REDESCENDANT DE LA MONTAGNE

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C’est fou comment ca peut faire du bien de crapahuter dans les Pyrénées avec deux amis ! C’est fou comment un grand paresseux comme moi peut se sentir heureux d’avoir retrouvé un travail ! J’aurais jamais cru ca quand j’avais vingt ans et que j’errais à travers l’Europe pas encore monétisée en me prenant pour Rimbaud et Kérouac réunis…

Maintenant que j’ai passé le « cap fatidique de la soixantaine » ( expression piquée dans un polar qui m’a fait sourire ) , je me dis que j’ai eu jusqu’ici la chance de choisir ma vie, avec des hauts et des bas bien sûr, mais rien de franchement tragique. Pendant ces cinq jours sur la ligne de crête des Pyrénées, j’ai déconnecté de toute la merde qu’on nous inflige, j’ai pu de nouveau sentir mes muscles, respirer de l’air pas pourri, boire à la source, me nettoyer les cellules et les neurones. Et puis il a bien fallu redescendre.

A Lourdes, en attendant mon train, j’ai vu les dévots marcher dans la grotte du pied gauche et puis le TGV m’a ramené à Paname à plus de 300km/h. Je me suis souvenu d’avoir accompli ce trajet en stop, sans fric, en bon clochard céleste. Là, assis, à regarder filer le paysage, j’ai trouvé cela bien pratique, mais un peu tristounet aussi. Trop speed.

Aujourd’hui, les clochards n’ont plus grand chose de céleste. Ils s’installent dans les angles morts de la ville, dorment dehors sous la pluie et n’attendent plus rien. Nous sommes entrés dans la « logique » winners-losers. Du coup, tout apprenti baratineur nous balance du gagnant-gagnant ( gnangnangnan), du cercle vertueux et autres tartes à la crème. La novlangue triomphe. Appeler un chat un chat est devenu vulgaire et stupide. Triomphe du jargon et apothéose de la confusion.

25 juillet- Méditerranée

Méditerranée – Juillet 2017 – Photo Santi Palacios

Mais rassurez vous. Pendant vos vacances, l’exploitation des plus pauvres par les plus riches continue. Le gouvernement en profite pour passer de grosses saloperies que l’on découvrira entre la rentrée et Noël. Les migrants meurent et se noient pendant que sur les plages, ca bronze peinard tout en geignant sur le prix des glaces et des beignets.

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Tanguy ou Laverdure ?

Pour nous distraire, notre président se déguise en aviateur, reçoit des personnages clés comme Bono ou Rihanna, gratte cinq euros sur le dos des plus pauvres ( quoi merde, vous n’allez pas chialer pour cinq euros ? ), prépare ses stratégies de winner parce qu’on va quand même pas s’emmerder avec ces salauds de pauvres. En plus le déguisement de SDF, c’est moins glamour que la combinaison de vol et puis ca pue, alors, vae victis, malheur aux vaincus, à ces losers qui n’ont plus que leur mur Facebook pour pleurer.

smell bullshit copieTous les partis politiques ont changé de nom, le PS c’est « Nouvelle gauche » ( on ne rit pas ), la droite est devenue « Les républicains », le FN cherche un autre nom, genre « Les Patriotes » ou « La Patrie en Danger ». Un truc d’escroc. Changer de nom et arnaquer sous pseudonyme…

Purée ! Si je n’avais pas ce travail dans un lieu ou peignait Utrillo et où vécut Léon Bloy, je serais resté là-haut dans la montagne. Revenir à Paris, c’est remettre les pieds dans le marigot à crocodiles en essayant de ne pas se faire happer.

Ecartelé entre l’envie de faire ma petite vie de bonhomme ordinaire et celle d’aller foutre le feu dans les quartiers insensibles. C’est l’été à Paname. Rues vides. Même les spams se font rares. On attend la rentrée qui pourrait être « à risques ». Et puis, au printemps 2018, Macron pourra inviter Cohn-Bendit à l’Elysée pour fêter le 50ème anniversaire du 22 Mars. Il est d’ailleurs question d’inscrire le lancer de pavés au programme des prochains J.O, ce truc dont plus personne ne veut et qui va nous couter une blinde. La grande fête du sport et des BTP réunis. De l’or, du bronze et du béton.On me dit que « cela permettra de réaliser des infrastructures, blablabla… ». On peut pas les réaliser sans se cogner tout ce bordel olympique ?

J’étais si bien à en chier dans la montagne avec mon sac sur le dos. Mais le plaisir est toujours contingenté. Ici, à Paris, j’ai un toit, de l’eau et de l’électricité, quelques bouquins et ce fichu clavier. Mais aussi quelques images qui me hantent. Et toujours ce vieux rêve d’un monde sans guerre et sans misère, un univers sans militaires, sans connards ambitieux et sans compétition. Utopia. Un autre monde. Ailleurs. Mais en attendant, il faut ramer dans la vase en espérant qu’un improbable sursaut de l’homme rendra un jour la terre plus agréable à vivre. J’en rêve pour mes descendants.

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VOTEZ DUR, VOTEZ MOU, MAIS VOTEZ DANS LE TROU.

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Nous voici à J-5… Dimanche soir, nous saurons à quelle sauce nous allons être accommodés. Ces élections, pour atypiques qu’elles soient, ne dérogent pas à la tradition. On a eu droit aux débats télés où les candidats, maquillés comme des voitures volées, se sont assassinés à coups de petites phrases, ce qui fait toujours plaisir au téléspectateur ; mais qui permet surtout d’éviter le débat de fond qui, s’il avait lieu, lasserait le public qui en fait est là pour le spectacle. On a eu droit à des grands meetings, pleins de drapeaux et de banderoles qui donnent l’impression d’être dans un stade de foot en demi-finale de Coupe du monde, entouré de supporters tifosi  militants (même étymologie que « milice » ou « militaires) prêts à en découdre à des niveaux plus ou moins assumés d’intolérance vis à vis des medias ou des « abrutis » qui ont pour tort principal de ne pas penser comme eux.

Sur les fameux réseaux sociaux, c’est pire encore. On s’engueule, on s’insulte et on partage des vidéos plus ou moins truquées, des infos plus ou moins bidons. C’est la fête à Neuneu qui, planqué derrière son écran, jubile en traitant d’enfoirés tous ceux qui ne sont pas d’accord avec lui, la fête aux anonymes qui savent tout mieux que personne et donnent des leçons d’intelligence parfois inintelligibles. Ensuite, on s’étonne qu’un tiers du corps électoral ne sache pas encore pour qui voter.

Cette indécision est peut-être le signe d’une certaine maturité politique. Pas mal d’électeurs sont conscients que, quel que soit celui (ou « celle » mais là j’ai comme un blocage) qui sera nommé(e) à l’Elysée, les choses ne changeront que superficiellement. Les fauchés continueront à ramer, même si les plus « à gauche » promettent des miettes plus grosses du gâteau et que les « à droite » se préparent à faire baisser les chiffres du chômage en éjectant les chômeurs quitte à les mettre à la rue. Les plus riches, de toute façon, s’en sortiront toujours, leur fortune les mettant à l’abri de ce genre de danger. Si cela devient trop « partageux » pour eux, ils se tireront ailleurs avec leur pognon. Mais gageons qu’ils resteront ici, se contentant de mettre leur magot à l’abri dans un paradis fiscal. Les candidats n’ont pas de baguette magique et le désenchantement sera à la hauteur des attentes. C’est pour cela que je n’attends pas grand chose de ces élections qu’on nous annonce pleines de surprises.

Cette campagne aura au moins permis de montrer l’hypocrisie de quelques candidats. De Fillon l’honnête homme qui gratte tout ce qu’il peut pour entretenir son manoir et qui s’en sort tout juste avec plus de 20 000 euros par mois, à Marine le Pen qui prétend être pour le strict respect de l’autorité mais refuse de se rendre aux convocations policières ou judiciaires, en passant par le fumeux Macron pour qui, de toute évidence, la présidence n’est qu’un tremplin vers une carrière à l’international, la coupe est pleine.

Derrière, les « petits candidats » en profitent pour flinguer à bout portant. Poutou se sera au moins payé Le Pen et Fillon à une heure de grande écoute. Merci pour lui. Lasalle, bien sympa avec son béret, incarne cette France rurale que les citadins contemplent depuis l’autoroute, Arthaud dévide la litanie du capitalisme mortifère et nous chante les bienfaits des soviets version Potemkine car chacun sait qu’une usine dirigée par un conseil ouvrier ne pollue pas alors que lorsqu’elle est aux mains du grand capital elle rejette des tas de saloperies. Rien de nouveau sous le soleil. Sauf que nous sommes de plus en plus nombreux à ne plus croire qu’il suffit de changer la tronche du président pour « changer la vie ».

Il nous reste encore cinq jours pour dessiner des moustaches et marquer des conneries sur les panneaux électoraux et puis l’expression du suffrage universel (sauf les étrangers qui vivent ici depuis des décennies, bossent et paient leurs impôts, malgré le fait qu’on leur promet le droit de vote depuis…. 1981) sifflera la fin de la récréation. Les salariés retourneront au boulot, les chômeurs à leur précarité, les riches à leurs dividendes.

Lorsque je lis les différents programmes, je me souviens avec un brin de nostalgie de ce bon vieux slogan de  mai 68 qui exigeait « l’imagination au pouvoir ». Un demi-siècle plus tard, on cherche désespérément des fragments d’imagination dans tous ces foutus programmes qui tiennent plus du saupoudrage et de la retape putassière que de la feuille de route. Quand de surcroit, on sait que nombre de points sont juste là pour attraper une fraction de l’électorat, qu’il s’agisse de la suppression de telle ou telle taxe, de l’interdiction ou de la légalisation du pétard, de la sortie ou non de l’Europe…. Et qu’une fois élu, on nous jouera la classique et vieille rengaine de « l’héritage catastrophique légué par le précédent gouvernement » avec le refrain du « réalisme : J’voudrais bien mais j’peux point « …. Alors, à défaut d’imagination créative, on chatouille l’électeur du côté de l’imaginaire. L’une prétend nous faire avaler que si on fout à la porte tous les étrangers ( en commençant par les plus basanés) et que l’on ferme les frontière pour rester entre gaulois pur porc, tout ira bien comme autrefois, au bon vieux temps de l’OAS de papa, quand on pouvait casser du nègre, du pédé ou du raton au nom de la nation et en toute tranquillité. Le village gaulois d’Astérix avec la potion magique du FN, un cocktail composé d’un quart Vichy et de trois cars de flics. Un vrai bonheur. Sinon, on a Bolivar et Pécuchet en hologramme, Cheminade et les extra-terrestres, Tintin chez les Soviets… Quel panard !

D’autres nous expliquent qu’il suffit de dépouiller les riches à l’aide de quelques lois et décrets comme si les grosses fortunes n’étaient pas déjà à l’abri. Et, si d’aventure, on jouait cette carte là qui plait toujours aux petites gens qui, trop souvent, rêvent d’être riches avec les jacuzzi et les jets privés pour aller d’une résidence secondaire à une tertiaire ou une quaternaire, il n’est pas dit que cela apportera le bonheur à tout le monde. S’il est vrai qu’une certaine droite m’insupporte avec sa justification de l’inégalité et son mépris des plus faibles, il est tout aussi vrai que partout où l’on a vendu aux gens le « pouvoir du peuple » cela s’est accompagné de passe-droits, de confiscation abusive, d’internements plus ou moins justifiés, d’interdictions diverses et variées et de l’émergence d’une nomenklatura, forcément bienveillante et éclairée, pour diriger ce peuple pas si malin que cela. Il faut relire 1984, mais aussi et surtout « La ferme des Animaux » de Georges Orwell pour comprendre que les cochons sont parmi nous et se méfier de leurs tours.

On nous gave avec le vote « utile » mais parfois j’ai le sentiment qu’il existe également un vote « inutile » consistant à nous laisser choisir ceux qui, forts de leur « légitimité » iront sans état d’âme caler leurs fesses dans le trône élyséen sans oublier d’installer leur cliques aux postes clés. Vous l’aurez deviné, je ne sais pas pour qui voter. Alors pas de consigne électorale, que chacun se démerde et on verra bien ce qui sortira des urnes. Quitte à ériger des barricades si c’est brun et que ça pue.

Fondamentalement, la vie est ailleurs que dans ces empoignades qui évoquent plutôt les jeux du cirque qu’un réel débat démocratique où chacun écouterait l’autre, quitte à mettre son égo de côté, pour essayer de trouver une solution commune satisfaisante pour tous. On en est pour le moment fort éloigné…

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LA FARCE TRANQUILLE

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Je ne vais probablement pas regarder le « débat » de ce soir . Cette farce tranquille où chaque participant disposera de moins de deux minutes par thème pour exposer son programme ne m’intéresse pas. Après le « speed dating » , le « speed politics ». Je préfère encore lire un bon bouquin, aller au cinéma ( c’est 4 euros en ce moment ) ou juste sortir et me balader s’il fait doux.

Préparation du cirque télévisuel…

Moins de deux minutes pour expliquer comment on va lutter contre le chômage ou le dérèglement climatique ? Foutage de gueule manifeste. Et si en plus on est obligé de se tartiner des trucs sur la lutte anti-terroriste et autres repoussoirs destinés à ne pas parler de l’essentiel : la répartition des richesses produites par le pays, autant consacrer la soirée à autre chose.

Les inclus et les exclus -Paris 2016

Ecouter de la musique, lire des histoires aux enfants, dessiner…. Tellement de choses plus intéressantes que se coller la tronche pendant trois heures ( !) devant un écran plat pour écouter des insanités et guetter le moment du « clash » entre deux candidats. Mélenchon va essayer d’être calme, Marène La Pine va jouer la révolutionnaire qui veut sauver la nation, Fillon va jouer l’honnête homme…. Un truc à replonger dans la drogue pour oublier tous ces faux-culs.

En attendant, je relis ca qui est tombé dans ma boite mail : « Bonjour, J’ai étudié avec attention votre candidature mais je suis au regret de vous informer que votre profil ne correspond pas au poste à pourvoir. Ceci ne préjuge pas de la qualité de votre candidature et je vous engage à ne pas vous décourager.Je vous souhaite de réussir dans votre recherche.Bien cordialement… »

Presque envie de remercier celui qui a pris au moins le temps de répondre à ma candidature. Pour une fois que c’est pas un robot qui envoie un accusé de réception…

Ce matin, j’ai amené ma fille à l’école et puis j’ai regardé les autres parents filer au boulot avant de rentrer chez moi sans savoir trop quoi faire de cette journée là. Il paraît que c’est le printemps. Il paraît que c’est lundi.

Les riches auront à manger, les pauvres auront de l’appétit ( Coluche)

Je vais aller pêcher les produits alimentaires moins chers car proches de la date de péremption dans les gondoles des magasins environnants. Je vais acheter des cadres pour mon exposition avec de l’argent que je n’ai pas et puis, à 16h30, j’irai chercher ma fille à la sortie de l’école et, malgré mon désespoir tranquille, je vais jouer et rire avec elle qui trouve encore que le monde est beau car elle n’est pas encore confrontée à ce monde de fric et de pouvoir.

Vers une société de cons sans sommation ?

Il y a des jours comme ca où j’oscille entre fatigue, ennui et colère rentrée. Alors ce soir, pas question de regarder ces bouffons qui vont faire semblant de s’intéresser aux problèmes du peuple alors qu’ils roulent carrosse, s’habillent chic et bouffent dans des restaurants de luxe. Le jour où je les verrai prendre le métro et faire la queue à la caisse pour payer leurs achats, on en reparlera. Mais pour l’instant, qu’ils aillent se faire pendre ailleurs.

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