La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

MAI 68 : EX-FAN DES SIXTIES …

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Un demi siècle après Mai 68 le bilan est pour le moins mitigé… Pour autant, la situation n’est pas la même qu’à l’époque et on ne rejouera pas la même pièce. Il y a 50 ans, le plein emploi était la norme. Aujourd’hui, 4 à 5 millions de personnes sont au chômage, et ce ne sont pas tous des planqués et des assistés, contrairement à ce qu’on tente de nous faire avaler. Ce sont avant tout des gens qui vivent une situation le plus souvent difficile, financièrement et psychologiquement parlant.

Il y a 50 ans, on gueulait contre la société de consommation. Aujourd’hui nous sommes englués dans l’hyperconsommation mais uniquement pour ceux qui en ont les moyens. Les loyers ont explosé, les salaires stagnent et les richesses sont de plus en plus inégalement réparties. Une toute petite minorité possède (ou prétend posséder) la quasi totalité des ressources de la planète.

Il y a 50 ans on parlait de lutte des classes. Aujourd’hui, on est « winner » ou « loser ». la novlangue est passée par là. On est plus demandeur d’emploi, on est « candidat ». Le supérieur est devenu un N+1….. Les stagiaires pas chers pullulent dans les entreprises. Il parait que c’est bon pour eux de bosser à l’oeil, ça leur permet d’acquérir de l’expérience…

Il y a 50 ans les premiers écologistes nous mettaient en garde contre la destruction de l’environnement. Aujourd’hui, c’est la vacance de monsieur Hulot et la disparition des insectes et des oiseaux dans les campagnes, la vente de centrales nucléaires à l’Inde, l’empoisonnement des sols et des cours d’eau, le triomphe de la bouffe industrielle…

Il y a 50 ans, on pouvait encore envoyer chier un patron et aller travailler ailleurs. Aujourd’hui, le salarié est invité à être motivé, disponible, propre sur lui et prêt à avaler des kilomètres de couleuvres. Pour les râleurs c’est : « Si vous n’êtes pas content, vous pouvez démissionner, il y a du monde qui attend derrière la porte ». Les patrons se régalent et surfent sur le chômage de masse qui permet de sélectionner les plus « méritants » et de mettre sur la touche ceux qui l’ouvrent un peu trop.

Dessin de Tignous assassiné par des décérébrés…

Il y a 50 ans , il y avait déjà de beaux écarts entre les plus riches et les plus pauvres. De nos jours, il paraît normal que certains se gavent de manière indécente pendant qu’augmente le nombre de sans domicile. Nous avons même des travailleurs pauvres qui avec ce qu’ils gagnent ne peuvent pas se loger et dorment dehors ou dans leur voiture pour ceux qui en possèdent une. Et on s’habitue au triste spectacle des gens qui cherchent à manger dans les poubelles et aux campements sauvages en ville tout en se disant qu’on peut facilement se retrouver éjecté de son appartement pour peu que l’on perde son emploi.

Il y a 50 ans, on avait encore des espaces pour rêver et les Shadoks avant le journal de 20 heures. Aujourd’hui on a le porno à domicile sur un écran aussi plat que notre compte en banque et les réseaux sociaux pour pleurer, s’indigner et partager d’un seul clic. La révolution virtuelle est passée par là.

Il y a 50 ans, les gens ne mouraient pas en traversant la Méditerranée. Il y a 50 ans, on se parlait face à face et aujourd’hui on joue les idiots du village global, vissés à nos « Smartphones » bourrés d’applications qui nous rendent cons comme des balais et permettent à nos bons maîtres de nous pister jusqu’au fond des toilettes.

Mer Méditerrannée 2017 (photo: Santi Palacios)

Paris 2017  (photo R.Walter)

Il y a 50 ans les forces de l’ordre ne ressemblaient pas à des robocops. Ceci dit, sous le macadam il reste des pavés.

C’est pour toutes ces raisons que Mai 2018 ne ressemblera pas à Mai 68. Mais j’aimerais bien que ca pète car, objectivement, la situation est pire qu’à l’époque. Une poignée de salopards ultra riches a mis la main sur les circuits d’information et tente de nous faire avaler que le problème principal c’est l’insécurité, la fraude au RSA et les sans papiers. On nous demande de respecter ceux qui se gavent au prétexte qu’ils sont « premiers de cordée » et qu’ils créent des emplois. Emplois de merde sous-payés grâce aux allègements de charges patronales, emplois d’esclaves dans les entrepôts de sociétés multinationales fuyant le fisc via des montages douteux mais légaux. Merci patron. Bosse et tais toi, remercie ton exploiteur qui te permets de vivre car sans lui tu n’es rien…. Ils ont le fric, le pouvoir et tu n’as que ta force de travail et ta colère rentrée…

Car la colère est là. Les gueux finiront un jour par incendier les châteaux de ceux qui les utilisent et les méprisent. Quand la pression est trop forte, le couvercle de la marmite saute. C’est une loi physique et il serait stupide de ne pas en tenir compte.

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DU PAIN ET DES JEUX….

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Monsieur Lemaire, ministre de l’économie, achète son pain et paie les tickets de métro de ses enfants. C’est ce qu’il a tenu à préciser devant les ouvriers de Peugeot PSA afin de leur démontrer qu’il était un citoyen comme les autres.

Le temps passe mais le pouvoir ne change guère sa façon d’agir …

Si honorables que soient ces dépenses, c’est un peu court comme argument pour se justifier devant un délégué CGT bien remonté qui l’apostrophe avec vigueur et lui rappelle que, dans l’usine en question, les effectifs sont passés de 14 000 à 7000 et que parmi ces 7000 se trouve un fort contingent d’intérimaires. Monsieur Lemaire, mécontent d’être ainsi interpellé, s’abrite derrière sa baguette et ses tickets de métro pour répondre que les syndicats ne représentent rien et que les ouvriers qu’il a rencontrés sont fiers de travailler pour Peugeot. Fiers de quoi ? De gagner un gros SMIC après 15 ans de travail sur les chaines de production ? Cela n’est pas très sérieux monsieur le ministre… Ce n’est pas avec la fierté que l’on vit mais avec un salaire décent.

Lemaire, lui, n’est pas fier. Florence Parly non plus. Ils sont comme nous. Ils travaillent. Bon d’accord, ils sont un petit peu mieux payés. Madame Parly, lorsqu’elle travaillait à la SNCF, touchait 52 000 euros par mois. Pourtant, ce qui pose problème, c’est le statut « privilégié » des cheminots. Faut il rire ou pleurer ?

Avec ces modestes émoluments, Madame Parly peut s’offrir pas mal de baguettes et de carnets de tickets de métro. Il en reste encore assez pour faire quelques investissements immobiliers et placer quelque monnaie sur de belles et grasses assurances vies. La semaine dernière, c’était un millionnaire, député « en marche » qui fustigeait ceux qui ne parlaient que de pouvoir d’achat.

Un joli petit pécule…. Félicitations !

Ils sont mignons tous ces gens bien nés du côté beurré de la tartine, élevés dans les quartiers insensibles et loin de la France d’en bas comme disait Raffarin, qui ont pu dès le lycée se constituer des réseaux entre fils et filles de bonne famille avant d’intégrer ces fameuses « grandes »  écoles d’où ils ressortent formatés en mode technocrates. Ils sont mignons mais ils commencent à sérieusement agacer ceux qui sont nés sans patrimoine et qui rament entre 1500 et 2000 euros quand ce n’est pas moins. Pour eux, la baguette et le ticket de métro pèsent plus lourd dans le budget que pour Lemaire ou Parly. Il serait honnête de ne pas l’oublier et de ne pas se limiter au pain et au métro.

C’est fatiguant d’entendre ces gosses de riches donner des leçons aux pauvres qui, chacun le sait, ne savent pas gérer leur argent. Figurez vous que certains smicards, non contents de ne pas être foutus d’économiser, sont même endettés. C’est bien la preuve qu’ils sont irrécupérables, non ? Ne pas mettre d’argent de côté lorsque l’on gagne 1200 euros net par mois est bien la preuve d’un manque total de rigueur budgétaire. Et lorsque l’on taxe le tabac de façon exponentielle, c’est pour sauver ces misérables qui, non contents de ne plus avoir d’argent à partir du 15 du mois, se bousillent les poumons et finissent par coûter une fortune à la collectivité. Heureusement que Lemaire est là pour resserrer les boulons de la machine à fabriquer du fric pour les actionnaires.

Heureusement aussi, Mars arrive. Mars, le dieu de la guerre. Et avec lui le printemps. Un printemps que je souhaite bouillonnant, éruptif, une révolution des bourgeons, de la sève plein les tiges, bref, la pêche. On pourra peut-être parler de trucs moins couillons qu’un ministre qui achète sa baguette « comme tout le monde », on pourra par exemple parler du coût exorbitant du logement, des bas salaires qui stagnent et permettent juste de mal vivre et de continuer à se faire exploiter, on pourra parler du pouvoir d’achat ( ben oui), des services publics ou de ce qu’il en reste, de mixité sociale réelle, de l’enfouissement des merdes radioactives dans la Meuse ( avec un premier ministre ex- Areva cela semble incontournable), de la bande à Danone, Pénicaud en tête, qui pédale dans le yaourt, du rabotage progressif de nos existences, socialement ou économiquement parlant, des émissions télé qui décérèbrent les téléspectateurs… On pourra. Mais rien n’est moins sûr, hélas. Ce gouvernement qui a la main lourde et préfère le monologue au dialogue n’a pas hésité à envoyer 500 gendarmes pour virer une vingtaine d’activistes qui occupaient le site où l’on se propose d’enterrer des déchets ultimes bien pourris ?

Après la neige et le froid, un débordement de foule dans les rues est ce qui pourrait arriver de mieux. Comme chantait Morrison « Ils ont les canons mais nous avons le nombre ». Que la base remue et le haut du panier se retrouvera par terre le cul à l’air !

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EN REDESCENDANT DE LA MONTAGNE

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C’est fou comment ca peut faire du bien de crapahuter dans les Pyrénées avec deux amis ! C’est fou comment un grand paresseux comme moi peut se sentir heureux d’avoir retrouvé un travail ! J’aurais jamais cru ca quand j’avais vingt ans et que j’errais à travers l’Europe pas encore monétisée en me prenant pour Rimbaud et Kérouac réunis…

Maintenant que j’ai passé le « cap fatidique de la soixantaine » ( expression piquée dans un polar qui m’a fait sourire ) , je me dis que j’ai eu jusqu’ici la chance de choisir ma vie, avec des hauts et des bas bien sûr, mais rien de franchement tragique. Pendant ces cinq jours sur la ligne de crête des Pyrénées, j’ai déconnecté de toute la merde qu’on nous inflige, j’ai pu de nouveau sentir mes muscles, respirer de l’air pas pourri, boire à la source, me nettoyer les cellules et les neurones. Et puis il a bien fallu redescendre.

A Lourdes, en attendant mon train, j’ai vu les dévots marcher dans la grotte du pied gauche et puis le TGV m’a ramené à Paname à plus de 300km/h. Je me suis souvenu d’avoir accompli ce trajet en stop, sans fric, en bon clochard céleste. Là, assis, à regarder filer le paysage, j’ai trouvé cela bien pratique, mais un peu tristounet aussi. Trop speed.

Aujourd’hui, les clochards n’ont plus grand chose de céleste. Ils s’installent dans les angles morts de la ville, dorment dehors sous la pluie et n’attendent plus rien. Nous sommes entrés dans la « logique » winners-losers. Du coup, tout apprenti baratineur nous balance du gagnant-gagnant ( gnangnangnan), du cercle vertueux et autres tartes à la crème. La novlangue triomphe. Appeler un chat un chat est devenu vulgaire et stupide. Triomphe du jargon et apothéose de la confusion.

25 juillet- Méditerranée

Méditerranée – Juillet 2017 – Photo Santi Palacios

Mais rassurez vous. Pendant vos vacances, l’exploitation des plus pauvres par les plus riches continue. Le gouvernement en profite pour passer de grosses saloperies que l’on découvrira entre la rentrée et Noël. Les migrants meurent et se noient pendant que sur les plages, ca bronze peinard tout en geignant sur le prix des glaces et des beignets.

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Tanguy ou Laverdure ?

Pour nous distraire, notre président se déguise en aviateur, reçoit des personnages clés comme Bono ou Rihanna, gratte cinq euros sur le dos des plus pauvres ( quoi merde, vous n’allez pas chialer pour cinq euros ? ), prépare ses stratégies de winner parce qu’on va quand même pas s’emmerder avec ces salauds de pauvres. En plus le déguisement de SDF, c’est moins glamour que la combinaison de vol et puis ca pue, alors, vae victis, malheur aux vaincus, à ces losers qui n’ont plus que leur mur Facebook pour pleurer.

smell bullshit copieTous les partis politiques ont changé de nom, le PS c’est « Nouvelle gauche » ( on ne rit pas ), la droite est devenue « Les républicains », le FN cherche un autre nom, genre « Les Patriotes » ou « La Patrie en Danger ». Un truc d’escroc. Changer de nom et arnaquer sous pseudonyme…

Purée ! Si je n’avais pas ce travail dans un lieu ou peignait Utrillo et où vécut Léon Bloy, je serais resté là-haut dans la montagne. Revenir à Paris, c’est remettre les pieds dans le marigot à crocodiles en essayant de ne pas se faire happer.

Ecartelé entre l’envie de faire ma petite vie de bonhomme ordinaire et celle d’aller foutre le feu dans les quartiers insensibles. C’est l’été à Paname. Rues vides. Même les spams se font rares. On attend la rentrée qui pourrait être « à risques ». Et puis, au printemps 2018, Macron pourra inviter Cohn-Bendit à l’Elysée pour fêter le 50ème anniversaire du 22 Mars. Il est d’ailleurs question d’inscrire le lancer de pavés au programme des prochains J.O, ce truc dont plus personne ne veut et qui va nous couter une blinde. La grande fête du sport et des BTP réunis. De l’or, du bronze et du béton.On me dit que « cela permettra de réaliser des infrastructures, blablabla… ». On peut pas les réaliser sans se cogner tout ce bordel olympique ?

J’étais si bien à en chier dans la montagne avec mon sac sur le dos. Mais le plaisir est toujours contingenté. Ici, à Paris, j’ai un toit, de l’eau et de l’électricité, quelques bouquins et ce fichu clavier. Mais aussi quelques images qui me hantent. Et toujours ce vieux rêve d’un monde sans guerre et sans misère, un univers sans militaires, sans connards ambitieux et sans compétition. Utopia. Un autre monde. Ailleurs. Mais en attendant, il faut ramer dans la vase en espérant qu’un improbable sursaut de l’homme rendra un jour la terre plus agréable à vivre. J’en rêve pour mes descendants.

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