La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

LES FANTOMES DE LA RUE D’ALGER

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Descente en centre ville. Conjonction des soldes et de la fashion week…. Place Vendôme pleine de grosses voitures noires aux vitres teintées. Rue Saint-Honoré, rue d’Alger, devant laquelle je ne passe jamais sans un pincement au cœur. Le quartier est devenu encore plus branché chic et fric que dans les années 80.
DSCF2391DSCF2380DSCF2395_2 Un seul café est resté fidèle à ce qu’il était : merci à la maison Teisseire de ne pas s’être laissé bouffer par le néo-chic du 21ème siècle. Habitué à mon 18ème , j’ai l’impression d’être en voyage. Etalage de fric pour affirmer sa « réussite », costards et looks branchouilles, tous colettisés en terrasse…

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Par endroit, des pauvres, comme des rappels du monde extérieur. Ici , même en soldes, c’est encore trop cher pour les gens ordinaires. Rue Scribe, deux très jeunes filles maquillées me demandent si je peux les photographier avec leur I-phone. Des mannequins russes qui s’amusent entre deux présentations de mode. A deux pas de là, un vieux clochard erre avec ses sacs plastique.

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Je repense à une chanson de David McNeil qui dit qu’il y a « les locomotives et les wagons voyageurs, ceux qui en vivent et ceux qui en meurent »… Madeleine, Saint-Lazare. Je retrouve une foule plus conforme à mon quotidien. Je m’engouffre dans le métro et ressort devant la mairie du 18ème. Paris, comme toutes les grandes villes est un collage absurde de fric et de galère. Vivement demain. Vivement le boulot et puis le bol d’air dans les Pyrénées. Revoir une fois encore le Mont Perdu à l’horizon…

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TROIS FOIS RIEN

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Depuis qu’un OPNI (objet politique non identifié) s’est posé à l’Elysée, le vulgum pecus s’interroge. Qui est Emmanuel Macron ? Un banquier spécialisé dans les fusions-acquisitions reconverti dans le salut de la nation ? Un produit de la méritocratie qui a su s’élever vers la fonction suprême grâce à son intelligence hors du commun et son acharnement au travail ? Un envoyé des reptiliens illuminati qui vont grâce à lui anéantir notre douce France qui va, en 2018,  ravir à la Russie la seconde place des vendeurs d’armes sur la planète ? Les spéculations vont bon train, même s’il en a supprimé pas mal pour les remplacer par des bus lorsqu’il était ministre…

Il n’est ni de gauche ni de droite. Bien au contraire. Et ce n’est pas la peine d’essayer de le comprendre puisque sa pensée est « trop complexe » ( c’est lui qui le dit ) pour qu’il se laisse interviewer par des journalistes, ces enquiquineurs qui affaiblissent certains de ses ministres avec leurs enquêtes intempestives. On nous a dit et redit qu’il fut l’assistant d’un philosophe, ce qui, au pays de Diderot et de Voltaire, vous pose un homme. Il a bien expliqué qu’il n’avait été banquier que pendant quelques années, un intermède aussi court que lucratif, et qu’il ne fallait pas le limiter à cela. Soit.

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Maintenant qu’il a réussi son OPA sur la présidence, on commence à y voir un peu plus clair. Mais un peu seulement. On sent bien qu’il attend que le peuple parte en vacances pour pouvoir passer deux trois trucs pas très populaires. En cela, il n’est guère novateur. Les mauvais coups sont toujours portés entre le 14 juillet et le 15 aout. Et, à la rentrée de septembre, le bon peuple découvre qu’on lui a rallongé des durées de cotisations, raboté quelques avantages, augmenté quelques prélèvements… C’est un grand classique.

Notre président réussit à se faire passer pour quelqu’un d’innovant, ce qui n’est pas trop difficile dans le troupeau de dinosaures qui prétend nous emmener vers des lendemains qui chantent. Il suffit de twitter pour ébahir le badaud et, pour peu que l’on balance une photo sur Instagram, la messe est dite. Putain, vachement moderne le gars ! Mais derrière cette modernité de façade qui est l’apanage de la jeunesse, notre bonhomme se la joue très classique. Jupitérien paraît il. Vous savez, Jupiter, alias Zeus, celui qui transforma temporairement la nymphe Europe en vache pour se la taper sans se faire choper par sa femme, l’irascible Junon. Et là, notre french Jupiter a en main les codes du feu nucléaire. Rien que ca.

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Hommage divin à la filière bovine

Son portrait officiel fait jaser. Ce qui est certain, c’est que c’est la première fois qu’un président occupe presque tout le cadre de la photo. Les autres laissaient un peu d’espace. Lui non. Il occupe le terrain et occulte le reste. Vous me direz que ce n’est qu’une photo, mais elle est assez parlante. Il a un peu une tête de DRH pensant au prochain plan social devant la machine à café. Plus inquiétant, après nous avoir expliqué qu’il voulait être le président de tous les Français ( ce qui est bien le minimum ), le voila qui, au détour d’un discours, nous balance tranquillement qu’il y a ceux qui réussissent et ceux qui ne sont rien. Comme si des êtres humains pouvaient ne rien être. Une conception pour le moins curieuse de l’humanité, surtout venant de quelqu’un se targuant d’avoir été l’assistant d’un philosophe.

On aurait pu croire que c’était un lapsus, qu’il voulait dire ceux qui ne font rien : ce qui n’était pas non plus terrible, mais qui au moins ne renvoyait pas au néant ceux qui ne réussissaient pas ( la réussite s’entendant ici au sens pécunier du terme). Las. Quelques jours plus tard, parlant de terroristes, le voilà qui récidive en affirmant que ces gens ne sont rien. Ca devient ennuyeux et inquiétant. Les terroristes en question sont bien évidemment des gens plus qu’antipathiques. Mais ils ne sont pas rien. Ce sont des êtres humains comme vous et moi. C’est peut-être cela le plus terrifiant. Se dire que nous sommes comme eux, des humains, avec leurs faiblesses, leurs envies… Mais dire qu’un groupe d’humains n’est rien n’a rien d’anodin. Déshumaniser l’autre, c’est le nier.

Passons sur la ministre du travail qui déclare que le Code du travail « en gros n’est fait que pour embêter 95% des entreprises » alors que comme beaucoup, je pensais qu’il était là pour définir les relations entre les travailleurs et les employeurs. A l’aune de ce jugement, revoyons le code de la route qui n’est là que pour embêter 95% des automobilistes et tout ira mieux. Non ?

Tous ces petits riens finissent par me laisser songeur. Ce n’est pas que cela soit trop complexe, mais, comment vous dire, j’ai la sale impression que ces gens là prennent le pays pour une boite dont ils seraient les dirigeants, se préparant à dégraisser pour augmenter les marges, à optimiser les performances, bref, à nous faire bouffer toutes les conneries managériales qui servent de substrat à leur pensée politique. Et mon petit doigt me dit que ca va pas marcher. Et puis, En marche, ca fait quand même un peu bidasse. Ceci dit, c’est normal quand on vend des canons. Rompez.

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