La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

AU BONHEUR DES CONS

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Cavanna nous a laissé un beau livre au titre sans équivoque, « Et le singe devint con », qui retrace l’épopée de l’(in)humanité. Il savait de quoi il parlait, ayant connu les joies du travail forcé dans les usines du 3ème Reich, cette parenthèse nazie dont quelques sales cons ont la nostalgie.

Pour rester dans l’actualité locale, entre le gendarme égorgé par un taré se réclamant d’une religion et la vieille dame assassinée, elle aussi pour des questions d’appartenance religieuse, mais avant tout pour être dévalisée de façon crapuleuse, il existe un point commun : la connerie abyssale des assassins.

Etre con n’est pas un problème. Nous le sommes tous un jour ou l’autre. Mais que cela entraine la mort d’autres personnes est intolérable. Soyez con autant qu’il vous plaira mais dans l’intimité. Ne nous obligez pas à subir les conséquences de votre connerie. Pour aller au paradis où vous attendent – paraît il – des vierges peu farouches, suicidez vous donc, mais au fond des bois, discrètement, sans éclat comme il sied à un brave con. Mais peut-être faites vous partie des sales cons, un sous groupe infiniment plus nocif. La vie est déjà assez compliquée, pas la peine d’en rajouter. Parce qu’il n’y a pas que les cons meurtriers. La connerie revêt des formes multiples, se glisse partout, envahit et contamine la planète. Il existe même des pauvres cons. Des cons de gauche, des cons de droite, des cons en haut et des cons en bas pour leur donner le pouvoir.

Une des formes les plus abouties de la connerie humaine…

Une autre expression de la connerie plus sournoise mais tout aussi nocive à moyen terme…

La connerie fait disparaître la faune et la flore pour fabriquer des produits nouveaux comme l’indispensable smoothie papaye – citron vert – artichaut ou encore le très branché surimi de crabe terrestre à la baie de goji qui font le bonheur des abrutis urbains et friqués, sans oublier le missile à l’uranium appauvri qui perce le béton comme du beurre. Les animaux, à part ceux qu’on élève dans des camps de concentration pour les becqueter, cela ne sert à rien. Il suffit d’en garder quelques-uns dans des réserves, mais on ne va pas s’emmerder avec des lions, des éléphants, des rhinos et des gros hippopotames. On en a rien à foutre des mésanges, des chardonnerets et de tous ces cons d’oiseaux bouffeurs d’insectes et de graines. D’ailleurs, il n’y a plus d’insectes à part dans les documentaires à la télé et dans les livres retraçant le cycle des libellules ou celui des hannetons. Franchement, de vous à moi, vous trouvez que c’est beau un hanneton ? Et puis, faut pas non plus exagérer sur la disparition des espèces : en ville il y a de plus en plus de cafards et de rats. Les pessimistes sont donc priés de la boucler. On va même réintroduire deux ours dans les Pyrénées, c’est vous dire.

L’homme, histoire de se justifier, a même été jusqu’à s’inventer des dieux, des sortes de trucs fumeux avec des bouquins assez arides à lire mais où on peut trouver en cherchant entre les lignes des injonctions à flinguer ceux qui n’ont pas de dieux, ou encore ceux qui ont un dieu, mais différent du vôtre. Après plusieurs millénaires de guerres, certains pays -mais pas tous- sont arrivés à la conclusion que l’on pouvait croire au dieu que l’on voulait à condition de ne pas emmerder son voisin avec. On a même, par endroits, le droit de ne pas croire en dieu. En fait dieu c’est comme la bite : faut pas le montrer en public, c’est un truc personnel.

Le problème c’est que l’on a remplacé dieu par le fric. Et franchement c’est pas une réussite. Avec les dieux, il faut se mortifier toute une vie pour accéder au paradis, mais une fois mort et pas avant. Avec le fric, c’est pire, il faut se faire chier pour en avoir ( ou faire chier les autres ce qui est moins fatiguant et laisse le temps d’avoir des loisirs pendant que les autres travaillent pour vous ) mais, une fois mort, on n’en profite plus. D’où probablement cette féroce rapacité des négriers d’hier et des hommes d’affaires d’aujourd’hui, conscients de la courte durée de leur magnificence. Ils sont riches à crever c’est vrai. Ils vont crever comme le plus pauvre des pauvres, c’est encore plus vrai. De quoi devenir dingue, con et méchant.

En conclusion, on ne se méfie guère du brave con, celui qui broute en troupeau dans les centres commerciaux, qui achète tout et n’importe quoi, des bagnoles, des trucs qui se cassent et qui finissent à la poubelle. A la différence du sale con, le brave con n’est – a priori – pas agressif. Enfin aussi longtemps qu’il peut consommer, brouter, digérer et péter devant un écran plat. Mais le brave con se reproduit à une fréquence alarmante et, même s’il n’est pas foncièrement méchant, sa multitude finit par peser lourdement sur l’écosystème. La solution idéale consisterait à canaliser la connerie et à la transformer en énergie renouvelable. Ainsi, nous serions tous autonomes puisque, c’est bien connu, on est toujours le con de quelqu’un.

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MAI 68 : EX-FAN DES SIXTIES …

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Un demi siècle après Mai 68 le bilan est pour le moins mitigé… Pour autant, la situation n’est pas la même qu’à l’époque et on ne rejouera pas la même pièce. Il y a 50 ans, le plein emploi était la norme. Aujourd’hui, 4 à 5 millions de personnes sont au chômage, et ce ne sont pas tous des planqués et des assistés, contrairement à ce qu’on tente de nous faire avaler. Ce sont avant tout des gens qui vivent une situation le plus souvent difficile, financièrement et psychologiquement parlant.

Il y a 50 ans, on gueulait contre la société de consommation. Aujourd’hui nous sommes englués dans l’hyperconsommation mais uniquement pour ceux qui en ont les moyens. Les loyers ont explosé, les salaires stagnent et les richesses sont de plus en plus inégalement réparties. Une toute petite minorité possède (ou prétend posséder) la quasi totalité des ressources de la planète.

Il y a 50 ans on parlait de lutte des classes. Aujourd’hui, on est « winner » ou « loser ». la novlangue est passée par là. On est plus demandeur d’emploi, on est « candidat ». Le supérieur est devenu un N+1….. Les stagiaires pas chers pullulent dans les entreprises. Il parait que c’est bon pour eux de bosser à l’oeil, ça leur permet d’acquérir de l’expérience…

Il y a 50 ans les premiers écologistes nous mettaient en garde contre la destruction de l’environnement. Aujourd’hui, c’est la vacance de monsieur Hulot et la disparition des insectes et des oiseaux dans les campagnes, la vente de centrales nucléaires à l’Inde, l’empoisonnement des sols et des cours d’eau, le triomphe de la bouffe industrielle…

Il y a 50 ans, on pouvait encore envoyer chier un patron et aller travailler ailleurs. Aujourd’hui, le salarié est invité à être motivé, disponible, propre sur lui et prêt à avaler des kilomètres de couleuvres. Pour les râleurs c’est : « Si vous n’êtes pas content, vous pouvez démissionner, il y a du monde qui attend derrière la porte ». Les patrons se régalent et surfent sur le chômage de masse qui permet de sélectionner les plus « méritants » et de mettre sur la touche ceux qui l’ouvrent un peu trop.

Dessin de Tignous assassiné par des décérébrés…

Il y a 50 ans , il y avait déjà de beaux écarts entre les plus riches et les plus pauvres. De nos jours, il paraît normal que certains se gavent de manière indécente pendant qu’augmente le nombre de sans domicile. Nous avons même des travailleurs pauvres qui avec ce qu’ils gagnent ne peuvent pas se loger et dorment dehors ou dans leur voiture pour ceux qui en possèdent une. Et on s’habitue au triste spectacle des gens qui cherchent à manger dans les poubelles et aux campements sauvages en ville tout en se disant qu’on peut facilement se retrouver éjecté de son appartement pour peu que l’on perde son emploi.

Il y a 50 ans, on avait encore des espaces pour rêver et les Shadoks avant le journal de 20 heures. Aujourd’hui on a le porno à domicile sur un écran aussi plat que notre compte en banque et les réseaux sociaux pour pleurer, s’indigner et partager d’un seul clic. La révolution virtuelle est passée par là.

Il y a 50 ans, les gens ne mouraient pas en traversant la Méditerranée. Il y a 50 ans, on se parlait face à face et aujourd’hui on joue les idiots du village global, vissés à nos « Smartphones » bourrés d’applications qui nous rendent cons comme des balais et permettent à nos bons maîtres de nous pister jusqu’au fond des toilettes.

Mer Méditerrannée 2017 (photo: Santi Palacios)

Paris 2017  (photo R.Walter)

Il y a 50 ans les forces de l’ordre ne ressemblaient pas à des robocops. Ceci dit, sous le macadam il reste des pavés.

C’est pour toutes ces raisons que Mai 2018 ne ressemblera pas à Mai 68. Mais j’aimerais bien que ca pète car, objectivement, la situation est pire qu’à l’époque. Une poignée de salopards ultra riches a mis la main sur les circuits d’information et tente de nous faire avaler que le problème principal c’est l’insécurité, la fraude au RSA et les sans papiers. On nous demande de respecter ceux qui se gavent au prétexte qu’ils sont « premiers de cordée » et qu’ils créent des emplois. Emplois de merde sous-payés grâce aux allègements de charges patronales, emplois d’esclaves dans les entrepôts de sociétés multinationales fuyant le fisc via des montages douteux mais légaux. Merci patron. Bosse et tais toi, remercie ton exploiteur qui te permets de vivre car sans lui tu n’es rien…. Ils ont le fric, le pouvoir et tu n’as que ta force de travail et ta colère rentrée…

Car la colère est là. Les gueux finiront un jour par incendier les châteaux de ceux qui les utilisent et les méprisent. Quand la pression est trop forte, le couvercle de la marmite saute. C’est une loi physique et il serait stupide de ne pas en tenir compte.

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EVOLUTION-REVOLUTION-EXTINCTION ?

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J’ai lu quelque part que les oiseaux étaient les cousins lointains des dinosaures, ainsi qu’en attestent quelques fossiles de ptérodactyles et d’archéoptérix. Le premier ressemblant à un lézard bizarre volant, l’autre arborant déjà une ébauche de plumage.

Un ptérodactyle tel qu’on peut l’imaginer…

Reconstitution d’un Archéoptérix.

Fossile de pterodactyle.

Joli pied de nez de l’évolution. L’ordre animal qui engendra les créatures les plus gigantesques jamais vues sur cette planète s’est projeté dans les oiseaux, si légers qu’ils peuvent voler – sauf l’autruche et quelques lourdauds – et planer au fil du vent.

Tout cela est bien organisé. Nous sommes contemporains des mésanges, des merles et des corneilles et n’avons jamais eu à cohabiter avec le redoutable Tyrannosaurus rex, tout en gueule et en mâchoires. Nous n’avons pas été piétiné par un Brontosaure myope ou déchiqueté par un gang de Vélociraptor. Nos lointains ancêtres connurent en revanche le rhinocéros laineux et l’ours des cavernes, ce qui les amena à maitriser le feu, un pas fondamental dans l’histoire de l’homme. Chauffer, cuire, fondre des métaux, début d’une fantastique épopée qui, en ce mois de mars 2018, fait que je suis entouré de dessins et de peinture ornant les murs d’un musée où j’officie en qualité de d’agent d’accueil et de surveillance. Je dois, entre autres missions, veiller à ce que les visiteurs ne photographient pas les œuvres.

Tout ca pour en arriver là. Du diplodocus au touriste en passant par l’archéoptérix. Quelle évolution ! Il faut dire que l’homme, non content de contrôler le feu, s’attaqua au feu primal de l’atome et parvint à ses fins en déclenchant la fission nucléaire, libérant ainsi une énorme énergie qu’il utilisa tout d’abord pour fabriquer des bombes atomiques et les tester in vivo sur des populations civiles. Après cette hécatombe, vint la version « soft », le nucléaire civil qui fournit l’électricité nécessaire à notre mode de vie actuel. Bien sûr, ceci n’est pas sans dangers et il est déjà arrivé, à Three Mile Island, à Tchernobyl, à Fukushima, que des centrales soient endommagées et crachent des rejets radioactifs plus ou moins nocifs, jamais inoffensifs.

Mais voilà que je succombe à la manie des gardiens et que mon esprit bat la campagne antinucléaire alors qu’une autre de mes missions dans ce musée consiste à renseigner et accueillir les visiteurs. Laissant là mes réflexions sur les projets d’enfouissement des déchets ultimes hautement radioactifs, j’écoute une dame, la soixantaine élégante, me demander s’il est possible de prendre des photos. N’aurait elle pas remarqué les nombreux panneaux et pictogrammes l’interdisant ?

« Oui, j’ai bien vu les panneaux, mais c’est pour les appareils photo n’est ce pas ? Moi, c’est avec un téléphone… ».  Sourire désarmant. Est ce qu’elle plaisante ? Nenni, ma foi. Pas un grain d’ironie dans son propos – j’aurais préféré – juste bien calée dans sa tranchée mentale avec ses œillères psychiques. Désarmant. « Madame, ce pictogramme signifie que tout type de prise de vues est interdit dans cette exposition et ce nonobstant le médium employé. Je vous souhaite une agréable visite madame ».

L’espace d’un instant, je rêve d’un tyrannosaure affamé que je pourrais lâcher dans l’exposition afin qu’il dévore les contrevenants. Je le dis sans colère et avec un certain détachement. Quoique rappeler à l’ordre plusieurs fois le même petit malin qui a décidé de faire son petit safari photo dans l’expo, cela peut mettre les nerfs en pelote.

C’est ainsi que s’écoulent mes journées de travail, à tenter de canaliser les pulsions de cet ultime avatar de l’évolution, l’obstiné Smartphonosaurus musealis. Et vous, ca va ?

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