La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

MONTMARTRE BLUES

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En haut de la Butte

Humide et froide

Le vent mugit

Et la pluie danse.

Rue Becquerel

Un homme fume un pétard

Pour se donner des ailes.

 

Sous la lumière des réverbères

Scintille la pluie.

Danse le vent 

Les volets claquent

Sous un porche ancien

Entrebâillé sur de discrets jardins 

Où les arbres dénudés

Exhibent leur noirceur.

 

Non loin d’ici

Coincé entre deux mondes

Le passe-muraille

Contemple impavide

Le pluie hachée par le vent

Qui mugit tristement

Au dessus des sarments.

Nos âmes s’envolent

Emportées par la bise

Au delà de la ville

Le soir et le vent tombent

Les réverbères déchirent l’ombre

Nos destins se reflètent

Sur le trottoir humide et gras,

On se hâte entre deux rafales glacées

Vers le chaud, le trou, l’abri, le nid.

 

 

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SOUVENIR 1979

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Il réalise qu’il ne lui reste plus qu’un paquet chiffonné d’illusions et qu’il a fumé la dernière avant d’aller dormir.

Sonnez violons, la fin d’une passion qui refuse la violence, la fin des rires et des caresses.

D’autres viendront, d’autres saveurs et d’autres goûts. Ca ira mieux demain et le héros se glisse avec délice dans une peau de chagrin toute neuve. Il voudrait être pierre pour ne plus s’émouvoir, mais n’est que ce caillou qui dévale vers le bas de la montagne qu’il voulait conquérir. Le grain de sable a cassé la machine, a semé le bordel dans sa petite musique et il n’a qu’à se taire en ramassant les éclats de soleil qui lui parsèment encore la tête.

Avant de retourner à la poussière, aux portes du désert, deux yeux le poursuivent pour répéter que c’est fini, que l’héroïne est repartie pour toujours, que ce n’est plus un jeu. Il cherche quelques larmes et ne retrouve rien, balance la cendre sur le plumard, regard au loin : héroïne terminée, tout est déconnecté, il regarde le soleil sans trouver de chaleur, l’hiver, d’un coup, lui est tombé sur la tête.

Il repense à la danse, la danse de l’univers, le temps est mort pour une éternité d’instants et la folie l’attend dans le tonnerre et les éclairs.

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EN VILLE

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Soleil glacé lumière froide,
Sous mes pieds le pavé,
Un désespoir tranquille
En plein cœur de la ville.
Ma jeunesse s’est enfuie
Et ma joie s’est tarie,
Pourtant j’ai toujours envie
D’aimer de rire et de courir.

Aujourd’hui c’est dimanche.
Sur le parvis des églises
Les pauvres font la manche,
Grelottant sous la bise,
Et rêvant d’une boutanche
Pour éponger la crise
Et s’en payer une tranche.

Soleil glacé lumière froide,
Une journée passée à tuer le temps.
Attendre demain encore et toujours,
La tête ailleurs au delà des nuages
A rêver d’un monde meilleur.
Caresser l’espoir illusoire
D’un éternel été…

Paris – 2013

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