La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage


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Ne sont pas venus me voir…. Quel dommage !

Lorsque l’on est fauché, il existe des aides – ce qui fait râler une partie de la population qui trouve anormal que l’on puisse DONNER de l’argent à ceux qui n’en ont plus. A l’intention de ces braves gens, voici le récit d’une matinée à tenter de remplir les dossiers nécessaires à l’obtention – sous conditions de ressources – desdites aides dont, soit dit en passant le montant n’est pas si élevé que le prétendent ceux qui ne les touchent pas car – grand bien leur fasse – ils peuvent s’en passer.

Il m’a fallu du temps pour me faire à l’idée que j’en étais arrivé là. Au point où il n’est d’autre « solution » que d’aller tirer les sonnettes, non pour chercher du travail, mais afin d’obtenir des aides. Pas d’héritage ni de mécène, il faut donc aller chercher les aides avec les dents puisque l’emploi fait défaut. J’ai néanmoins réussi – dans un contexte économique peu favorable – à travailler plus de 610 heures dans les douze derniers mois. Performance largement insuffisante pour parer aux dépenses de base, mais qui m’ouvre des droits à allocations. Pas un pactole, c’est sûr, mais bon, toujours mieux que rien. Me voici donc dans les locaux riants de Pole Emploi où, après avoir mouliné sur un terminal d’ordinateur pas très coopérant, un employé me donne le dossier à remplir et à rapporter avec l’attestation Assedic, la feuille jaune que l’employeur vous délivre un coup sur deux en fin de contrat. Amusant. Je ne l’ai pas reçu. Et les fiches de paie ne servent à rien : c ‘est l’attestation qu’il faut présenter. Retour à la case départ. Je repars avec mon dossier à remplir. Un de plus.

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Je remplis beaucoup de dossiers en ce moment. Avec chaque dossier, il faut présenter quantité de documents et justificatifs de tout poil. Et lorsque après avoir tout réuni, tout photocopié, vous arrivez devant le guichet – après avoir pris un petit numéro et attendu de le voir s’afficher « Bingo ! » sur le bel écran plat – l’employé prend un, parfois deux papiers et vous rend le reste avec un grand sourire en disant : « ca j’en ai pas besoin… ». Parfois, plus déconcertant encore, après vous avoir rendu une bonne partie de ces papiers indispensables dont il n’a pas besoin, il vous en réclame un qui n’était pas sur la liste et que bien évidemment, vous n’avez pas sur vous. Retour à la case départ.
Donc tous ces papiers finissent dans des dossiers. Des dossiers qui s’empilent, pleins de données à rentrer dans des ordinateurs fatigués aux logiciels obsolètes. Cela prend du temps, beaucoup de temps… C’est pourquoi les agences de Pole Emploi ou celles de la CAF sont parfois obligées de fermer l’accueil afin de plonger dans l’océan de dossiers pour tenter de se remettre –un peu – à jour. Ainsi l’agence de la CAF dont je dépends était fermée au public la semaine dernière… du lundi au vendredi. Comme j’ai besoin d’un formulaire à remplir pour entamer un nouveau dossier d’aide, que depuis que mon imprimante m’a lâché, je n’ai plus le matériel adéquat pour imprimer le dossier téléchargeable, je me dis qu’après Pole Emploi, je vais passer à la CAF pour retirer ce fichu formulaire. Pas de Vélib en vue… Decaux boude le 18ème arrondissement ce lundi matin ( NB : les Vélib ne sont pas utilisés QUE par les bobos, mais aussi par les fauchés qui peuvent ainsi se déplacer pour pas cher )… Je me fais donc le chemin à pied. Rue Bélliard et passage sous les voies de la gare du Nord avant d’émerger Porte de la Chapelle et de rejoindre l’agence de la CAF… devant laquelle une queue de 200 mètres s’est formée qui ne semble guère avancer. Bérézina ! Je vais voir le vigile à l’entrée mais « même pour retirer un formulaire il faut faire la queue »….
A mon humble avis, après les documentaires et les coming-out d’employés au bord de la crise de nerfs chez Pole Emploi, le prochain documentaire « en immersion et en caméra cachée » pourrait avantageusement se tourner à la CAF où , là aussi, on sent que les employés en sous-effectifs sont coincés entre l’explosion du nombre d’allocataires et le côté tartignole d’une administration qui se cherche, quelque part entre Kafka et Courteline.
Le tout « coaché » par une poignée d’énarques imbus de leur savoir et concepteurs d’acronymes imbitables pour le citoyen de base. Un exemple ? Prenons la vidéo surveillance à Paris : « La PP a financé son PVPP par le biais d’un PPP ». En bon français : « la Préfecture de Police a financé son Plan de Vidéoprotection Pour Paris par le biais d’un Partenariat Public Privé ». Ce qui accessoirement doit mettre la caméra à un bon prix mais c’est un autre débat comme on dit sur les plateaux télé.

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Et puis en passant sous les voies de la gare du Nord, là où peu de monde passe à pied et où les automobilistes ne tournent pas la tête, on découvre un petit bidonville en pleine ville, bien abrité sous le tunnel… Une infra vie au ras du ballast où la CAF et Pole Emploi n’existent plus. Oui, on trouve toujours pire et je repense à cet employé d’un service social qui après m’avoir reçu et écouté m’a délicatement répondu « Si vous ne faites rien vous allez vous retrouver en enfer ». On n’y est pas encore mais….


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Le sport est une drogue dure qui occulte la réalité. Trois balles font passer au second plan un cataclysme naturel aux Philippines, une tempête anormale en Sardaigne, le chômage et les impôts qui montent, les offres d’emploi , le moral des ménages, les cotes de popularité des politiciens en baisse…

Tout ceci est balayé par « l’incroyable exploit » comme on dit ce matin – et gare à celui qui voudrait mettre sur la table les rémunérations indécentes des joueurs ou encore l’opacité des circuits financiers générés par le football. Aujourd’hui on est censé se réjouir parce qu’une poignée de sportifs nourris aux hormones vont aller au Brésil pour la ….. Coooooooooooupe du Monde !

En ce qui me concerne, la coupe est pleine. Hier, vers minuit, les « aficionados du ballon rond » ( j’aime ces lieux communs du journalisme sportif ), brandissaient des drapeaux, gueulaient leur joie et klaxonnaient à tout va, en dérapage plus ou moins contrôlé. A Barbès, « suite à une décision de la Préfecture de police, les accès à la station sont fermés et la rame ne marque pas l’arrêt » : l’Algérie s’est qualifiée, les fans sont dans la rue et c’est un grand bordel encerclé par la police ( le football appelle la police un peu comme le sel donne soif ).

Et puis sur les trottoirs bien froids, dans des cabines téléphoniques, emmitouflés de guenilles et couchés sur des cartons, les gueux et autres laissés pour compte de la société qui, silencieusement, regardent passer la grande parade des cocus.

Le sport disais-je, est une drogue dure et il faut s’attendre à ce que les medias augmentent les doses. Un gros shoot et le malade ne sent plus rien. Les empereurs romains le savaient bien, qui avaient fait édifier le Colisée et régalaient la plèbe de pain et de jeux. On payait le pain mais les jeux étaient gratuits. De nos jours on raque pour les deux. Putain de progrès !