La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

UN PETIT NICOLAS PEUT EN CACHER UN AUTRE

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Bonjour, vous ne me reconnaissez pas ? Je suis le petit Nicolas, celui qui vous faisait bien rire avec sa copine Carla qui joue de la guitare. Hein, quoi ! Vous m’avez déjà oublié ! Tout ca parce que je me suis fait virer et que j’ai été dans le privé. Bande d’ingrats !

En fait j’avais décidé de ne plus prendre la parole mais là je suis un peu obligé parce que c’est plus possible. Il y a un autre Nicolas dans l’école où j’étais avant d’être mis à la porte. Nicolas Bulot qu’il s’appelle et tout le monde dit qu’il est vachement sympa, tout ca parce qu’il dit qu’il faut changer notre façon de vivre sinon on va détruire la planète. Il me fait un peu penser au vieux papy Jacques qui disait que la maison brûle on qu’on ne faisait rien pour éteindre le feu. Des histoires pour pas grand chose rien que pour frimer devant les filles.

C’est Carla qui m’a dit que je devais parler. Elle a même dit que j’aurais pu être un prophète, alors c’est sûr que ca rend les autres jaloux, que ce soit le gros François ou ce sournois d’Emmanuel qui fait le malin parce qu’il a sauté une classe et la prof. Lui je peux vraiment pas le sentir. Il fait semblant de pas être comme nous, genre je suis pas là pour jouer au chef et puis ce qui m’intéresse c’est que tout le monde soit heureux et patati et patata.

Au final, comme d’habitude, c’est celui qui a fait le plus de promesses qui a été élu chef de classe. Mais Emmanuel il a été pire que nous. Il avait promis du rab à la cantine et puis il augmente les tarifs mais le rab ce sera peut-être l’an prochain qu’il dit. Il fait semblant d’aimer les pauvres mais il s’arrange pour que les plus riches comme Geoffroy qui a un papa qui lui achète tout ce qu’il veut ne soient pas obligés de partager leur goûter avec ceux qui n’en ont pas. Alceste trouve qu’Emmanuel a bien raison mais de toute façon, il ne partage jamais alors c’est normal qu’il aime bien Emmanuel.

Emmanuel, c’est le genre à te dire que « Si tu veux avoir un gros sac de billes comme moi tu n’as qu’à mieux travailler à l’école » ou que « De toute manière, il n’est pas le Père Noël ». Histoire de dire que c’est pas la peine d’attendre des cadeaux ». Et ses copains ils sont du même genre, à pleurer parce qu’ils mangent trop de pâtes ou parce qu’ils peuvent plus s’acheter des super jouets depuis qu’ils ont choisi d’aider Emmanuel à être le chef.

Le pire c’est qu’ils continuent à m’embêter avec l’accident qui est arrivé à Mouammar comme si c’était ma faute. C’est pourtant pas moi qui lui ait dit d’aller jouer dans un tuyau tout dégoûtant au fin fond de la Mer de sable. Et puis on dit que je l’ai fait tomber parce qu’il m’avait donné plein de sac de billes et que ça m’ennuyait de lui devoir quelque chose. Et ben c’est pas vrai et les autres c’est juste des menteurs. demandez donc à Bernard-Henry, il vous dira que je n’y suis pour rien.

La preuve que ce sont des sacrés menteurs, c’est qu’ils m’ont viré du public et m’ont obligé à partir dans le privé, soit disant qu’ils allaient diriger la classe autrement. En fait ils m’ont piqué pas mal d’idées mais comme c’est plus moi, les autres ils ne disent rien et se font faucher leurs billes sans rien dire. Et le meilleur ami d’Emmanuel, celui qui joue le bras droit, on dirait qu’il se prend pour le Bouillon. A chaque fois qu’on n’est pas content, il dit qu’il faut être pédagogue, comme si on était des fils d’imbéciles qui comprennent rien à rien. Et puis quand il fait des bêtises, il dit simplement qu’il assume. Moi ca m’assomme ce genre de truc.

Tout ca pour vous dire que j’en ai gros sur la patate et que ce Nicolas Bulot ne l’emportera pas au paradis. D’abord, je suis sûr qu’Emmanuel va lui jouer un mauvais tour d’ici peu et qu’il sera obligé de repartir à Ushuaïa en Vélib. Ca lui apprendra à ne pas avoir voulu être mon ami, moi qui pourrait faire prophète, style Saint-Nicolas,  avec mes copains Brice Boutefeux et Glauque Néant. Le Bulot finira comme Marine, au fond de la classe à se faire oublier.

En attendant, je vous souhaite de bonnes fêtes et on se retrouvera à la rentrée. Enfin j’espère.

 

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POUR UN MONDE MOINS IMMONDE

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C’est trop con de se mettre la rate au court-bouillon pour du pognon. Hélas, sans cet indispensable viatique, pas de toit, pas de bouffe, même si vous avez la chance de vivre dans un pays riche. A croire que répartir équitablement les parts du gâteau est une mission impossible. A croire que toutes ces « élites » issues des grandes écoles n’y ont jamais entendu quelques mots simples comme partage, justice, bonheur, équité. Ils sont en revanche capables de nous pondre des algorithmes à gogo pour envoyer des missiles sur la tronche des autres ou pour faire tourner plus vite les bourses, ce bonneteau du siècle. « Un, deux, trois, et trouvez moi la bonne carte pour investir, et non, monsieur, vous avez perdu, c’est une bulle immobilière et maintenant barrez vous et laissez la place au prochain nigaud ».

Il va falloir vous serrer la ceinture pour que les gros puissent continuer à se gaver, pour qu’un Jeff Bezos gagne des milliards en faisant travailler des gars dans des conditions bigbrothersques ( mais il faudrait commencer par ne plus rien acheter sur Amazon pour que cela change), il va falloir vous serrer la ceinture pour remettre les finances du pays à l’équilibre, il va falloir vous asseoir sur votre système de santé et vos retraites par répartition afin que les banques et les assurances puissent encore mieux se gaver sur votre dos en vous piquant vos derniers ronds. Et puis si vous n’avez plus rien, on vous concèdera un crédit pour que vous puissiez continuer à acheter et que les sangsues s’engraissent.

Cet état de chose vous révolte ? Alors vous pouvez défiler entre République et Bastille entre deux rangées de robocops avec, derrière la manif, les services de nettoyage qui vous rendent la rue plus propre qu’avant le défilé. Et arrivé à Bastille, merguez frites, on roule les banderoles et on rentre dans son trou parce que demain faudra retourner au boulot parce que l’entreprise le veut.

Face à la première révolution industrielle, les exploités tentèrent de s’organiser. Prolétaires de tous les pays, unissez vous. Devant la menace, les maitres de forges et autres bourgeois rentiers organisèrent de 1914 à 1918 une terrible boucherie en plein air qui faucha dans la fleur de l’âge une bonne partie de ces partageux. Les survivants, abasourdis, eurent droit aux Années folles qui s’achevèrent dans les camps d’extermination nazis. Vingt ans plus tard, dans les années soixante, un mouvement de contestation fit le tour de la planète. La jeune génération refusait la société de consommation. Des penseurs s’exprimaient, des écologistes mettaient en garde contre le saccage de la planète. Des communautés rurales ou urbaines tentaient de s’organiser autrement, à l’écart du capitalisme triomphant qui bétonnait sans état d’âme les centres villes et couvrait les banlieues d’hypermarchés et de parkings. ZUP, ZAC, c’était le progrès qui débarquait, le triomphe du jetable et le début de la fin. L’épouvantail soviétique calmait les masses qui accédaient au crédit à la consommation, on vilipendait les écolos, accusés de vouloir retourner à la bougie pendant que les centrales nucléaires poussaient comme des champignons vénéneux. Les campagnes se vidaient au profit des villes, de plus en plus tentaculaires, avec des pavillons à crédit pour les veinards et des cages bétonnées en location pour les moins vernis. Et l’argent n’a jamais changé de main. Les vieilles familles se transmettent les patrimoines par héritage, l’accroissent par des mariages ( il n’y a que dans les contes de fées que le prince épouse une petite bergère ).

Rien ne bouge, à part la longueur des jupes et une pseudo liberté qui consiste à consommer. On nous parlait en ces temps là de l’avènement d’une « société des loisirs » où les machines produiraient des biens pendant que nous passerions notre temps à nous distraire et à nous cultiver. Au final, on se retrouve avec des mouchards dans les téléphones et les ordinateurs, des drones qui espionnent et qui tuent. La belle affaire !

Beaucoup se réfèrent au « 1984 » de Georges Orwell, devenu prophète à titre posthume alors que la société moderne est plutôt plutôt proche du « Meilleur des mondes » de Aldous Huxley.
Ici, plus près de nous, on vient de voter une loi accordant « le droit à l’erreur » ( sic!) pour les entreprises. Le citoyen, lui, est prié de circuler et de consommer – à crédit s’il le faut, pour faire tourner la machine. Il n’a pas droit à l’erreur. La dernière pièce du puzzle, ardemment réclamée par les apprentis sorciers qui jouent aux maitres du monde et de la finance réunis, c’est une loi sur le « secret des affaires » qui permettrait d’inculper formellement tout individu ayant la mauvaise idée de donner les chiffres réels sur les entreprises. On tente de réduire la durée et le nombre d’émissions d’investigations économiques sur les chaines du service public… Tout ceci mis bout à bout n’est pas très appétissant.

Oui je devrais me taire, arrêter de me mettre la rate au court-bouillon, je devrais acheter des trucs à crédit, un micro-ondes, le dernier modèle de téléphone fabriqué à bas coût en Chine par une entreprise qui fait tout pour échapper au fisc, qu’il soit américain ou européen. Je devrais contribuer à enrichir ceux qui sont déjà obscènement fortunés car le fric c’est pire que l’héroïne : un fois accro, on n’en en a jamais assez. Et demandez donc aux plus pauvres si les crises de manque sont virtuelles.

Oui, je devrais me taire, me nourrir de bouffe industrielle, regarder notre planète partir en couille sur une télé écran géant HD. Je devrais. Mais j’ai pas envie. J’ai envie de crever la bête, de faire la peau à ce système de merde qui est en train d’installer son gros cul sur nos vies. J’ai envie de révolution, mais dans un sens global et total, d’une révolution économique, politique, psychique… Une libération des esprits et des énergies.

J’ai envie d’un monde meilleur pour nos descendants. N’en déplaise à Jeff Bezos qui , bouffi de pognon, rêve d’aller sur la Lune et de se faire greffer des organes pour vivre plus longtemps. Jeff, tu partiras comme les autres, tes milliards de dollars ne pourront pas t’acheter l’éternité. J’espère juste ne jamais te croiser dans l’au-delà s’il existe. Je pourrais bien te mettre ma main en travers de la gueule.

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LETTRE OUVERTE AU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

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Monsieur le président,

J’ai écouté avec grand intérêt votre discours aux maires de France où vous avez qualifié la taxe d’habitation d’impôt injuste. Néanmoins, il m’a fallu l’acquitter cette année encore. Cette taxe représente un demi-mois de mon salaire qui lui même correspond à un mois de mon loyer. Précisons, en ce qui me concerne, que cette taxe « injuste » a augmenté de 55% (!) , sans aucune justification, entre 2015 et 2016. 

J’habite un deux pièces de 50m2 en location dans le 18ème arrondissement avec ma femme et ma fille. Depuis cinq ans je renouvelle ma demande pour un logement social et je n’ai jamais reçu de proposition de logement. Je dois être trop riche. La preuve c’est que la CAF qui me concédait généreusement une allocation logement de 63 euros par mois a mis fin à ce versement et m’a même réclamé cet été un trop perçu de 141 euros que j’ai dû rembourser malgré mon découvert bancaire car cet organisme me menaçait de poursuites judiciaires en cas de non-remboursement.

J’attends maintenant la taxe d’ordures ménagères – que je paierai également à crédit et en stéréo comme dans la chanson. Je mange à crédit, paie la cantine de ma fille à crédit, etc… Depuis quelques années je m’enfonce doucement. J’ai dû emprunter de l’argent à ma banque pour ne pas couler, accepter l’aide de mes proches et maintenant je ne sais plus quoi faire pour honorer mes dépenses incompressibles.

C’est grave docteur ? Je risque pas l’accoutumance à Jaurès ?

J’ai retrouvé un emploi mais mon salaire est si bas qu’il ne me permet pas de vivre normalement. J’entends par là le simple fait de pouvoir m’acquitter de mon loyer, me nourrir et payer des diverses taxes auxquelles je suis assujetti car il semble que dans ce pays un revenu fiscal de 2000 euros par mois pour un couple avec enfant nous classe dans la catégorie des privilégiés.

Cher président, vous l’avez dit vous même, vous n’êtes pas le Père Noël. Je n’aurais donc pas la naïveté de vous envoyer la liste des cadeaux que j’aimerai recevoir sous le sapin. Et je suppose que je dois me réjouir de ne pas faire partie de la cohorte de miséreux qui dort dehors, se nourrit dans les poubelles des magasins d’alimentation et chie dans le caniveau. Mais comme vous avez également promis que cet hiver personne ne serait à la rue, je suppose que j’ai des hallucinations et que ces sans domicile fixe sont virtuels.

Je conçois que votre fonction n’est pas simple, mais je constate que vos premières ordonnances ont fragilisé les droits des travailleurs tout en épargnant les plus riches, ces fameux « premiers de cordée » qui selon vous tirent le pays vers le haut. Hélas ils tirent si fort que la corde étrangle ceux d’en bas. Il y a là quelque chose à retravailler, si je peux me permettre.

Monsieur le président, avec votre expérience dans la haute finance, pourriez vous me dire comment je dois procéder pour me sortir de cette situation sans verser dans le trafic, le vol ou la délinquance ? Il va de soi qu’aucune de ces voies n’est une solution, mais j’ai parfois le sentiment amer qu’être honnête dans ce pays est devenu une faiblesse plus qu’une vertu.

photomontage : le président n’est pas le Père Noël…

Monsieur le président je vous souhaite un joyeux Noël à l’Elysée. Je peux vous fournir les boules pour le sapin. C’est tout ce qui me reste.

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