La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

CHAUD BUSINESS !

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Chaleur sur la ville. Béton, poussière et particules fines. Ca bronze dans les squares et sur les trottoirs entre les poubelles et les bagnoles. A chaque inspiration, de la merde jusqu’au fin fond des poumons. Heureusement y’a Macron qui lave le cerveau et Nicolas Bulot qui trie les particules alors allez en paix braves gens, remplissez vos caddies de saloperies en promotion,  tout est rentré dans l’ordre. Le PSG a gagné, ce soir on va enfin savoir – intolérable suspense – qui sera palme d’Or à Cannes, ensuite nous enchainerons comme chaque année sur Roland-Garros et le Tour de France pendant que le nouveau gouvernement nous pondra ses traditionnelles vacheries estivales.

Manchester déjà s’estompe dans les retours du weekend. Bison Futé prévoit une journée noire et les fauchés peuvent crever sur les trottoirs brulants. L’indifférence est de retour, chacun pour soi et Macron pour tous. Les gens se noient en Méditerrannée pendant qu’une bande de chefs d’états bloque les habitants de Taormina chez eux pendant trois jours pour pouvoir se serrer la louche et faire un selfie géant à la fin d’un sommet inutile. Une vidéo conférence suffirait amplement pour ce genre de réunion à la con.

Titus, le nouveau gadget de la police en France….

Eternel recommencement des infos qui bégaient. En fait rien ne bouge, rien ne change. Les cons-sommateurs consomment, la planète part en couille mais c’est promis, il y aura des soldes et des promotions en juin. Les plus riches se marrent et les plus pauvres dorment dehors mais ce n’est pas grave car ils n’habitent pas aux mêmes endroits.

L’impression que tout est joué et que, malgré les avertissements des premiers écologistes dans les années soixante, malgré les rapports des scientifiques, tout le monde s’en fout et continue à gaspiller les ressources de la planète pour – paraît il – mieux vivre. Rien ne change. L’ennemi c’est le fumeur de joints et non le fabricant d’armes. L’ennemi c’est le rêveur qui partage et qui donne, ce n’est pas la multinationale qui pollue pour fabriquer des merdes qu’elle vendra sur toute la planète afin d’enrichir une poignée de trous du cul terrés dans leurs bunkers sécurisés et une horde d’actionnaires qui bandent sur leurs dividendes.

…au moins cinq enfants.

Envie de foutre le camp loin de ce carnage organisé où l’on s’émeut à juste titre sur une gamine de huit ans assassinée dans un concert mais où les centaines de victimes civiles tuées par des drones, des gaz, des bombes n’ont même pas de noms et sont expédiées en quelques lignes dans nos médias. Envie de retrouver ce qui nous faisait vibrer il y a quelques décennies. Faites l’amour pas la guerre. Arrêtez de nourrir cette bête qui vous dévore l’âme. Cette société mercantile ne tient debout que parce que nous le voulons bien. Renoncer à la liberté pour s’entasser dans des centres commerciaux c’est vraiment la plus minable des destinées pour l’humanité.

Achetez des fleurs et des robots mixeurs pour la Fête des Mères,  enrichissez quelques familles exilées fiscales pour faire le bonheur de votre petite maman. Ensuite ce sera la fête des Pères, celles des grands-mères, celle des secrétaires…. Au final c’est tous les jours la fête du fric et de la consommation. Le printemps est chaud. Trop chaud. Mais c’est pas demain la veille que les moutons trouveront les ressources pour botter le cul des spéculateurs qui leur bouffent la laine sur le dos… A moins que le cinquantième anniversaire de Mai 68 ne signe le retour en force des Enragés, plus radicaux encore que les Insoumis tous alignés derrière le même bonhomme. En attendant, dormez bien, hydratez les plantes et les vieux, nos dirigeants s’occupent du reste.

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COACHING, FOODING, RUNNING…

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Dans mon quartier il y a de plus en plus de barbiers éthiques, de caves à vins bio qui coutent la peau du cul et de bistrots branchés qui ressemblent à des hangars avec leurs murs brut de béton où des artistes maudits accrochent des trucs. Les vrais bistrots avec les vrais pochetrons disparaissent et les brèves de comptoir n’existent plus que sur les réseaux sociaux. Les artisans baissent le rideau et épiceries-recycleries-librairies fleurissent. J’imagine qu’il faudra bientôt passer sa commande en envoyant un mail au barman où encore télécharger l’application « Patron remettez nous ca ou je tue le chien.com » qui, hélas, ne fonctionne que sur Androïd. J’hésite encore un peu à me faire pousser une barbe style aventurier du coin de la rue parce que j’ai peur de ressembler à un nain de jardin et je ne suis pas assez tatoué pour oser rentrer dans ces établissements branchés. D’ailleurs, ne disposant pas du dernier modèle de portable Apple ni du look jeunesse moderne panurgienne, je picole à la maison car la vision de ces troquets où tout le monde a la gueule rivé sur son écran me fout le cafard. De plus je réalise ainsi de belles économies même si je me prive de ces moments de grande convivialité que sont les « Happy hours » où tout le monde se retrouve sur le trottoir avec sa pinte de pisse à 5 euros pour cloper et bavarder au grand désespoir de ceux qui vivent au premier étage.

Ce mode de vie ne risque guère de disparaitre avec l’élection d’un président technocrate pur jus qui va nous connecter de gré ou de force. De plus en plus de services sont inaccessibles autrement que par un site où après avoir vomi son identifiant on accède à un espace soit disant personnel. On ne se tire plus en stop au hasard de la route, on se connecte à blablacar pour prendre rendez-vous porte d’Orléans avec un type dont on connaît la marque de la bagnole, sa couleur et son numéro d’immatriculation . Efficace mais un peu tristounet…

On télécharge des tutoriels pour apprendre à traverser la rue, des applications pour trouver la meilleure pizza après 22 heures. On est bombardé de messages mirifiques nous promettant des Paris-Barcelone à 15 euros mais lorsque l’on tente de programmer un aller-retour à ce tarif mirifique on tombe sur des billets plein pot à 200 euros. Monde virtuel pour arnaque réelle. On a des potes par centaines sur les réseaux sociaux mais on ne connaît pas toujours son voisin de palier.  J’en viens à rêver de panne d’électricité pour remettre les pendules à l’heure.

Restent la pluie, le soleil et deux trois éléments naturels qui refusent d’être financiarisés. Et encore, on tente de nous persuader de l’utilité de recevoir des tas d’alertes en temps réel. Assis dans les toilettes en train de satisfaire un besoin naturel, mais informés en temps réel sur la météo du jour à Kuala Lumpur. En revanche, peu d’informations sur la façon dont on se fait baiser au quotidien par le marketing et le big data, cette petite sœur de Big Brother.

Dans les années 60 être branché c’était cool alors qu’aujourd’hui être connecté a quelque chose de sinistrement technologique. Je préfère me brancher en fumant un pétard et en écoutant un bon morceau de musique qu’en me connectant à des fournisseurs d’accès qui revendent des clics. Je préfère me prendre le chou avec un être humain que fraterniser avec des machines. Le bio-éthique-local et sa bonne conscience de niais repu commence à me gaver. Manger local à Paris cela devrait consister à bouffer des pigeons et des brochettes de cafard. Un cercle alimentaire vertueux et respectueux de la biosphère. Mais c’est tout le contraire. On voit fleurir des établissements où l’on sert un café bio, récolté à la main, car l’éthique, en nos pays riches, consiste à encourager le travail manuel des petites gens au Mexique, au Vietnam ou en Ethiopie. C’est sain, et, en sirotant le bon café éthique où le smoothie guarana-citron vert- myrtille sauvage, on contribue à l’élévation des âmes en ces pays lointains où le rêve des gamins c’est de trier à la main des haricots verts extra-fins qui prendront l’avion pour nourrir des rupins déguisés en clodos avec des futals très chers élégamment déchirés aux genoux et au cul.

D’ailleurs on ne se nourrit pas, on pratique le fooding ; on ne court plus, on s’éclate dans le running, le data collecting, le blogging et le déblocage d’appareils aussi fragiles que sophistiqués. L’ennemi de la modernité c’est la poussière, le grain de sable dans la machine qui fait qu’on arrive pas toujours à moudre aussi finement que l’on voudrait les velléités de liberté de ceux qui s’agacent de passer leur vie à recharger des batteries et d’être sans cesse connectés. Cette connexion tant vantée n’est rien d’autre qu’un fil à la patte, une laisse virtuelle pour mieux nous apprendre le caniveau cybernétique. Heureusement, le coaching est là pour nous apprendre à maitriser tout ce merdier !

Ce « nouveau » monde soit disant moderne reprend les codes antiques où une fraction de la population pète dans la soie pendant que le reste est réduit à un esclavage sournois qui n’ose même pas dire son nom et prétend même assurer l’essor d’une classe moyenne dans des pays où certains n’ont toujours pas accès à l’eau potable ou à l’électricité. Le but ultime étant de connecter les peuples soi-disant primitifs et de vendre des cochonneries aux Pygmées, du Coca aux dernières tribus libres du fin fond de l’Amazonie. Les Jivaros réduisaient les têtes de leurs ennemis et de nos jours on réduit le cerveau des humains pour en faire des consommateurs car il faut faire tourner la machine. Foutu pressing où l’on lessive les esprits tout en blanchissant  l’argent sale.

Monde d’imbéciles, monde servile. Nous valons mieux que cela. Cessons de consommer l’inutile, déconnectons nous des serveurs espions, regardons à nouveau le ciel, les étoiles et retrouvons notre âme d’enfant pour nous émerveiller devant la nature au lieu de la piétiner comme de gros cons. Cela pourrait être le début d’une vraie évolution, mille fois plus intéressante que ces piètres révolutions qui consistent à tourner en rond autour du pot de confiture en rêvant de le renverser pour y plonger le doigt.

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AU ZOO ENTRE DEUX EAUX

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Et hop, emballé c’est pesé. Emmanuel Macron, né le 21 décembre 1977 à Amiens a été élu président de la République française le 7 mai 2017. Bizarre pour un vieux schnoque comme moi de me dire que ce type est né trois mois après la sortie de « Never mind the bollocks » des Sex Pistols. Un président post-punk, propre sur lui, bosseur, intelligent. Un sacré casting ! Et vu les louanges, c’est presque un Obama blanc qui va nous diriger. Wait and see. Et oui, en plus « he speaks good english » ce qui change de ces types qui ont fait de grandes écoles mais qui baragouinent en pidgin et nous foutent la honte dans les sommets internationaux.

Dans son livre, sobrement appelé « Révolution » (il est gonflé comme un pneu de compétition ce bonhomme), il dit : « La solution est en nous. Elle ne dépend pas d’une liste de propositions qui ne se feront pas. Elle ne saurait émerger de la construction de compromis bancals. Cette conviction, par la suite, a déterminé mon engagement politique, en me rendant sensible à l’injustice d’une société d’ordres, de statuts, de castes, de mépris social où tout conspire – et pour quel résultat ! – à empêcher l’épanouissement personnel. ». On va voir si cela se traduit réellement dans la vraie vie. Wait and see. Sinon, toujours dans le même bouquin, j’ai trouvé ca « …ces mots que chante Léo Ferré dans une chanson qui ne cesse de m’émouvoir : « Ne rentre pas trop tard, surtout ne prends pas froid. »  Moi chez Léo, c’est pas forcément ces mots là qui m’émeuvent le plus. J’aimerais bien savoir ce que notre président pense de « Préface », « Ils ont voté » ou encore de « Il n’y a plus rien ». Parce que Léo qui conseille de prendre une petite laine, c’est bizarre. Limite incongru.

Macron a été assistant du philosophe Paul Ricoeur. Ca change de Pasqua, commercial chez Paul Ricard. Un philosophe ca jette un max. Celui ci n’était sûrement pas un mauvais bougre, mais en 1941 il fut conférencier du « Cercle Pétain » de son camp de prisonniers et en 1939, il écrivait, dans un article pour « Terre Nouvelle » ( en latin Terra Nova ), les choses suivantes : « J’ai dit que les démocraties défendaient des valeurs impures. Je crois devoir ajouter que, depuis quelques années, nous ne sommes plus sûrs de défendre des valeurs réelles. Je vous le demande, mes camarades, en ce début de 1939, – je vous le demande avec un fond de tristesse et de découragement, qu’est-ce que nous représentons dans le monde actuellement, qu’est-ce que nous défendons ? Nous n’avons pas su faire une France vraiment démocratique. Le Front populaire est mort et bien mort. Aucun idéal n’a pris sa place. Ce pays n’est plus capable d’idéal. Il ne semble même pas capable d’être fasciste. Il prend son parti de tout cela. Le règne actuel de nos équipes gouvernementales est le signe d’un pays qui ne croit plus à rien. Des hommes sans moralité dirigent les affaires extérieures et intérieures de ce pays. Dites-moi si vous êtes fiers à la pensée que personne n’est capable de souffler sur ces gens-là ». Du lourd, mes amis, du très lourd. Mon respect pour le philosophe en prend un bon coup sur la cafetière. C’est vrai que ca date et que depuis on est passé à autre chose, mais quand même…

Après, j’ai peur de m’ennuyer avec Macron. Brillant, travailleur, intelligent, c’est presque le Agnan du Petit Nicolas, mais sans les lunettes. Ceci dit, on a évité d’être « remis en ordre » par les petits gars de la Marine ce qui est clairement une bonne chose. A vingt heures, dans ma rue, lorsque les résultats sont tombés, les clients du restau-bar africain ont manifesté bruyamment leur soulagement. C’est vrai que pour eux, le FN au pouvoir c’était plus qu’un cauchemar. Moi j’aurais voulu Hamon qui parlait d’humanisme et voulait dépénaliser le chichon. Macron aussi, mais en filant des amendes au fumeurs de joint. Toujours ce côté net, propre… Pas Woodstock pour deux ronds, le gars. Le chicon oui, le chichon non. Post punk. Cold wave…

Sinon, il y avait aussi Mélenchon. Mais j’ai du mal avec le bonhomme qui ne cesse de dénoncer le « système » et les institutions de la Vème république alors qu’il s’y épanouit depuis une trentaine d’années. Je ne trouve pas ça très net. Soutenir que Fidel Castro et Chavez c’est bien, ca m’énerve. Arrêtez moi si je me trompe mais il me semble bien qu’à Cuba, Fidel Castro a gouverné sans partage et sans opposition de 1959 à 2008 et que maintenant c’est son frère qui est aux manettes et que pendant ce demi siècle les Cubains n’ont jamais eu d’autres choix car il n’y a jamais eu d’élections présidentielles. Et le Vénézuela ne me semble pas être dans une situation enviable à l’heure actuelle, malgré la révolution chaviste. Je suis désolé mais pour moi ce n’est ni la démocratie, ni la liberté. J’aime bien qu’on me laisse un peu d’espace pour penser par moi même et vivre comme je l’entends, dans la mesure où cela ne gêne pas l’autre. Cela doit être mon vieux fond d’éducation bourgeois mixé d’un poil d’anarchie. Je n’aime pas ceux qui excluent au nom d’un parti ou d’une ligne politique. Je suis insoumis depuis bien avant Mélenchon et son hologramme. Viscéralement.

Revenons à Macron, cet OVNI qui a atterri à la tête du pays. Que nous dit il de la politique ? Des choses que nous n’avons pas l’habitude d’entendre dans la bouche d’un homme politique:

« L’action politique est en effet d’une nature autosuffisante, de l’ordre du divertissement pascalien : une fois que c’est fait, c’est fait. Mais c’est une fuite. Quant à la parole médiatique, c’est la nourriture donnée à un monstre qui n’arrête jamais. Il considère au début que cette parole est intéressante. Puis il en demande davantage. Il prend ce que vous lui donnez, jusqu’au moment où il vous rejette, considérant qu’il a tout entendu et que vous n’avez plus rien à livrer. C’est pourquoi l’action politique se construit aussi par des périodes de parenthèse, de retrait vis-à-vis de l’action. Elles sont importantes. C’est pourquoi je ne crois ni à la transparence complète ni à l’agitation absolue, qui constituent deux grandes faiblesses du moment politique actuel. »

Balancer que l’action politique est de l’ordre du divertissement pascalien !  Rien que ça. On attend la réponse des autres, des opposants et des mécontents. Même Mélenchon dont on nous a vanté la vaste culture va devoir se creuser la tête avant de répliquer à ce genre d’assertion. Tout ceci est curieux et déroutant. La question est de savoir si nous sommes vraiment face à autre chose ou si tout cela n’est qu’habillage d’une réalité moins philosophique, plus sournoise et marchande.

Bref, on ne sait plus sur quel pied danser. Mais ce qui est certain c’est qu’il faut que ca bouge. Les abstentionnistes sont le deuxième parti de France, le FN a récolté plus de dix millions de voix, le chômage pèse toujours très lourd. Macron n’a pas de baguette magique, ce n’est pas un dieu et pas mal de monde l’attend au tournant. Période difficile mais intéressante.

En attendant, je jongle avec mes trois ronds pour payer le loyer, la cantine, la bouffe et les factures « incompressibles ». Le soleil revient et les fachos n’ont pas été élus. On se contentera de ca dans un premier temps. Pas de photo pour cet article car mon boitier est en rade. Méfiez vous des appareils qui s’appellent « Pro ». Ca marche bien, mais à condition de ne pas trop les utiliser parce qu’en fait ils n’ont RIEN de « pro ». Sur ce, bonne journée à toutes et à tous, les nanti(e)s, les fauché(e)s et les zordinaires.

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