La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

ELOGE DE LA CONNERIE

4 Commentaires

En l’an 1509, Erasme composa, tout en voyageant à travers l’Europe, son admirable « Eloge de la folie », ouvrage toujours très pertinent dont je vous recommande la lecture. Un demi millénaire plus tard, après une énième relecture de ce texte merveilleux, je me dis que pour être dans l’air du temps, on pourrait avantageusement rédiger un « Eloge de la connerie » tant le spectacle de l’activité humaine en est confit. 

La connerie est, sans conteste, la ressource la mieux partagée au monde, on la trouve sur tous les continents habités et dans toutes les contrées ; chacun en est détenteur, à plus ou moins forte dose, personne n’est à l’abri et tout le monde peut, à des degrés divers, en dire ou en faire. Sans parler des risques de contagion. 

Elle nous est familière, au point que nous parlons de « belle », de « vraie » ou de « sombre » connerie ; de brave (ou bon) con pour qualifier le premier stade de contamination, de pauvre con pour le stade intermédiaire, et de sale con pour les cas les plus avancés. Dans les grandes lignes, le brave con est conciliant, le pauvre con condescendant et le sale con conquérant. Ces trois grandes catégories incluant nombre de variants. Pour condenser le propos, bornons nous à évoquer le con damné, le con fondu, le con posteur ( qui ne sévit que sur la toile), le con pote ( faux ami ), le con qui s’adore, le con pressé, le con sacré (sacré con), le con sanguin ( attention aux coups), le con casseur, ce con centré , le con vaincu, le con pétant, le con passé, le con cerné…. Il en existe d’autres mais je ne voudrais pas vous décourager par une fastidieuse compilation.

Le brave con est le type le plus répandu. Pas méchant pour un rond, conscient de ses limites, conciliant à l’extrême, il concède à d’autres la direction des affaires, y compris les siennes, mais n’en veut à personne. Il est à deux doigts de la sagesse mais, victime d’une sorte de constipation de la pensée, ne le sait pas. Le brave con consomme consciencieusement ce qu’on lui conseille, contribue concrètement à la destruction de l’environnement, est capable de compatir sur commande et vénère la convivialité. Le brave con n’est – a priori – pas agressif, même si parfois il comprend mal le contexte. Et s’il préfère les consonnes aux voyelles, c’est qu’il croit que ces dernières sont les concubines des voyous. 

Le pauvre con est en revanche capable d’agressivité, le plus souvent par concupiscence et excès de confiance en ses capacités qu’il a tendance à surestimer. Il s’épanouit sur les réseaux sociaux où il donne son avis sur tout et n’importe quoi, n’hésitant pas à traiter de cons ceux qui ne sont pas fascinés par son ramage. Il ne faudrait pas le prendre pour le con qu’il n’est pas et, s’il étale son inculture comme une mauvaise confiture, c’est pour contrebalancer les complots des reptiliens et autres illuminati qui dirigent le monde. Concis, il  considère « qu’on est sacrément con de ne pas concevoir qu’on nous prend pour des cons». Heureusement, le pauvre con, confiant en ses sources, est prêt à partager ses convictions. Il se contorsionne pour contourner la réalité, se complait dans la controverse et le conciliabule de concert avec ses congénères, dénonce sans complaisance les combines et les conjurations que ses compétences lui ont révélé. 

La dernière catégorie est la seule vraiment nocive. Le sale con est dangereux car, contrairement aux précédents, il JOUE au con pour arriver à ses fins qui consistent à contrôler ses contemporains, n’hésitant pas à les qualifier de compatriotes ou de concitoyens, en un mot comme en deux, pour in fine les réduire à la portion congrue. Il passera de la concertation à la contrainte sans contretemps, et s’il est conspué ou contredit, il enverra les condés au contact pour cogner sans complaisance ni concession. Le sale con s’appuie sur les braves et pauvres cons à qui il promet, en échange de leur confiance, une conjoncture incontestablement convenable. Les cons marchent dans la combine et c’est ainsi qu’on avance cahin-caha vers le chaos.  

Auteur : Riccardo

Quand j'avais quinze ans c'était "peace and love". Quand j'avais vingt ans on gueulait "no future". Maintenant que j'ai passé le cap du demi-siècle cela m'ennuie un peu de constater que nous fonçons droit dans le mur... Après "no future" c'est quoi ?

4 réflexions sur “ELOGE DE LA CONNERIE

  1. Bien vu, et consternant…

    Aimé par 1 personne

  2. Pas con cet éloge, Richard ! Bravo !… Patrick JL

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