La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

POUR UN MONDE MOINS IMMONDE

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C’est trop con de se mettre la rate au court-bouillon pour du pognon. Hélas, sans cet indispensable viatique, pas de toit, pas de bouffe, même si vous avez la chance de vivre dans un pays riche. A croire que répartir équitablement les parts du gâteau est une mission impossible. A croire que toutes ces « élites » issues des grandes écoles n’y ont jamais entendu quelques mots simples comme partage, justice, bonheur, équité. Ils sont en revanche capables de nous pondre des algorithmes à gogo pour envoyer des missiles sur la tronche des autres ou pour faire tourner plus vite les bourses, ce bonneteau du siècle. « Un, deux, trois, et trouvez moi la bonne carte pour investir, et non, monsieur, vous avez perdu, c’est une bulle immobilière et maintenant barrez vous et laissez la place au prochain nigaud ».

Il va falloir vous serrer la ceinture pour que les gros puissent continuer à se gaver, pour qu’un Jeff Bezos gagne des milliards en faisant travailler des gars dans des conditions bigbrothersques ( mais il faudrait commencer par ne plus rien acheter sur Amazon pour que cela change), il va falloir vous serrer la ceinture pour remettre les finances du pays à l’équilibre, il va falloir vous asseoir sur votre système de santé et vos retraites par répartition afin que les banques et les assurances puissent encore mieux se gaver sur votre dos en vous piquant vos derniers ronds. Et puis si vous n’avez plus rien, on vous concèdera un crédit pour que vous puissiez continuer à acheter et que les sangsues s’engraissent.

Cet état de chose vous révolte ? Alors vous pouvez défiler entre République et Bastille entre deux rangées de robocops avec, derrière la manif, les services de nettoyage qui vous rendent la rue plus propre qu’avant le défilé. Et arrivé à Bastille, merguez frites, on roule les banderoles et on rentre dans son trou parce que demain faudra retourner au boulot parce que l’entreprise le veut.

Face à la première révolution industrielle, les exploités tentèrent de s’organiser. Prolétaires de tous les pays, unissez vous. Devant la menace, les maitres de forges et autres bourgeois rentiers organisèrent de 1914 à 1918 une terrible boucherie en plein air qui faucha dans la fleur de l’âge une bonne partie de ces partageux. Les survivants, abasourdis, eurent droit aux Années folles qui s’achevèrent dans les camps d’extermination nazis. Vingt ans plus tard, dans les années soixante, un mouvement de contestation fit le tour de la planète. La jeune génération refusait la société de consommation. Des penseurs s’exprimaient, des écologistes mettaient en garde contre le saccage de la planète. Des communautés rurales ou urbaines tentaient de s’organiser autrement, à l’écart du capitalisme triomphant qui bétonnait sans état d’âme les centres villes et couvrait les banlieues d’hypermarchés et de parkings. ZUP, ZAC, c’était le progrès qui débarquait, le triomphe du jetable et le début de la fin. L’épouvantail soviétique calmait les masses qui accédaient au crédit à la consommation, on vilipendait les écolos, accusés de vouloir retourner à la bougie pendant que les centrales nucléaires poussaient comme des champignons vénéneux. Les campagnes se vidaient au profit des villes, de plus en plus tentaculaires, avec des pavillons à crédit pour les veinards et des cages bétonnées en location pour les moins vernis. Et l’argent n’a jamais changé de main. Les vieilles familles se transmettent les patrimoines par héritage, l’accroissent par des mariages ( il n’y a que dans les contes de fées que le prince épouse une petite bergère ).

Rien ne bouge, à part la longueur des jupes et une pseudo liberté qui consiste à consommer. On nous parlait en ces temps là de l’avènement d’une « société des loisirs » où les machines produiraient des biens pendant que nous passerions notre temps à nous distraire et à nous cultiver. Au final, on se retrouve avec des mouchards dans les téléphones et les ordinateurs, des drones qui espionnent et qui tuent. La belle affaire !

Beaucoup se réfèrent au « 1984 » de Georges Orwell, devenu prophète à titre posthume alors que la société moderne est plutôt plutôt proche du « Meilleur des mondes » de Aldous Huxley.
Ici, plus près de nous, on vient de voter une loi accordant « le droit à l’erreur » ( sic!) pour les entreprises. Le citoyen, lui, est prié de circuler et de consommer – à crédit s’il le faut, pour faire tourner la machine. Il n’a pas droit à l’erreur. La dernière pièce du puzzle, ardemment réclamée par les apprentis sorciers qui jouent aux maitres du monde et de la finance réunis, c’est une loi sur le « secret des affaires » qui permettrait d’inculper formellement tout individu ayant la mauvaise idée de donner les chiffres réels sur les entreprises. On tente de réduire la durée et le nombre d’émissions d’investigations économiques sur les chaines du service public… Tout ceci mis bout à bout n’est pas très appétissant.

Oui je devrais me taire, arrêter de me mettre la rate au court-bouillon, je devrais acheter des trucs à crédit, un micro-ondes, le dernier modèle de téléphone fabriqué à bas coût en Chine par une entreprise qui fait tout pour échapper au fisc, qu’il soit américain ou européen. Je devrais contribuer à enrichir ceux qui sont déjà obscènement fortunés car le fric c’est pire que l’héroïne : un fois accro, on n’en en a jamais assez. Et demandez donc aux plus pauvres si les crises de manque sont virtuelles.

Oui, je devrais me taire, me nourrir de bouffe industrielle, regarder notre planète partir en couille sur une télé écran géant HD. Je devrais. Mais j’ai pas envie. J’ai envie de crever la bête, de faire la peau à ce système de merde qui est en train d’installer son gros cul sur nos vies. J’ai envie de révolution, mais dans un sens global et total, d’une révolution économique, politique, psychique… Une libération des esprits et des énergies.

J’ai envie d’un monde meilleur pour nos descendants. N’en déplaise à Jeff Bezos qui , bouffi de pognon, rêve d’aller sur la Lune et de se faire greffer des organes pour vivre plus longtemps. Jeff, tu partiras comme les autres, tes milliards de dollars ne pourront pas t’acheter l’éternité. J’espère juste ne jamais te croiser dans l’au-delà s’il existe. Je pourrais bien te mettre ma main en travers de la gueule.

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Auteur : Riccardo

Quand j'avais quinze ans c'était "peace and love". Quand j'avais vingt ans on gueulait "no future". Maintenant que j'ai passé le cap du demi-siècle cela m'ennuie un peu de constater que nous fonçons droit dans le mur... Après "no future" c'est quoi ?

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