La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

COACHING, FOODING, RUNNING…

3 Commentaires

Dans mon quartier il y a de plus en plus de barbiers éthiques, de caves à vins bio qui coutent la peau du cul et de bistrots branchés qui ressemblent à des hangars avec leurs murs brut de béton où des artistes maudits accrochent des trucs. Les vrais bistrots avec les vrais pochetrons disparaissent et les brèves de comptoir n’existent plus que sur les réseaux sociaux. Les artisans baissent le rideau et épiceries-recycleries-librairies fleurissent. J’imagine qu’il faudra bientôt passer sa commande en envoyant un mail au barman où encore télécharger l’application « Patron remettez nous ca ou je tue le chien.com » qui, hélas, ne fonctionne que sur Androïd. J’hésite encore un peu à me faire pousser une barbe style aventurier du coin de la rue parce que j’ai peur de ressembler à un nain de jardin et je ne suis pas assez tatoué pour oser rentrer dans ces établissements branchés. D’ailleurs, ne disposant pas du dernier modèle de portable Apple ni du look jeunesse moderne panurgienne, je picole à la maison car la vision de ces troquets où tout le monde a la gueule rivé sur son écran me fout le cafard. De plus je réalise ainsi de belles économies même si je me prive de ces moments de grande convivialité que sont les « Happy hours » où tout le monde se retrouve sur le trottoir avec sa pinte de pisse à 5 euros pour cloper et bavarder au grand désespoir de ceux qui vivent au premier étage.

Ce mode de vie ne risque guère de disparaitre avec l’élection d’un président technocrate pur jus qui va nous connecter de gré ou de force. De plus en plus de services sont inaccessibles autrement que par un site où après avoir vomi son identifiant on accède à un espace soit disant personnel. On ne se tire plus en stop au hasard de la route, on se connecte à blablacar pour prendre rendez-vous porte d’Orléans avec un type dont on connaît la marque de la bagnole, sa couleur et son numéro d’immatriculation . Efficace mais un peu tristounet…

On télécharge des tutoriels pour apprendre à traverser la rue, des applications pour trouver la meilleure pizza après 22 heures. On est bombardé de messages mirifiques nous promettant des Paris-Barcelone à 15 euros mais lorsque l’on tente de programmer un aller-retour à ce tarif mirifique on tombe sur des billets plein pot à 200 euros. Monde virtuel pour arnaque réelle. On a des potes par centaines sur les réseaux sociaux mais on ne connaît pas toujours son voisin de palier.  J’en viens à rêver de panne d’électricité pour remettre les pendules à l’heure.

Restent la pluie, le soleil et deux trois éléments naturels qui refusent d’être financiarisés. Et encore, on tente de nous persuader de l’utilité de recevoir des tas d’alertes en temps réel. Assis dans les toilettes en train de satisfaire un besoin naturel, mais informés en temps réel sur la météo du jour à Kuala Lumpur. En revanche, peu d’informations sur la façon dont on se fait baiser au quotidien par le marketing et le big data, cette petite sœur de Big Brother.

Dans les années 60 être branché c’était cool alors qu’aujourd’hui être connecté a quelque chose de sinistrement technologique. Je préfère me brancher en fumant un pétard et en écoutant un bon morceau de musique qu’en me connectant à des fournisseurs d’accès qui revendent des clics. Je préfère me prendre le chou avec un être humain que fraterniser avec des machines. Le bio-éthique-local et sa bonne conscience de niais repu commence à me gaver. Manger local à Paris cela devrait consister à bouffer des pigeons et des brochettes de cafard. Un cercle alimentaire vertueux et respectueux de la biosphère. Mais c’est tout le contraire. On voit fleurir des établissements où l’on sert un café bio, récolté à la main, car l’éthique, en nos pays riches, consiste à encourager le travail manuel des petites gens au Mexique, au Vietnam ou en Ethiopie. C’est sain, et, en sirotant le bon café éthique où le smoothie guarana-citron vert- myrtille sauvage, on contribue à l’élévation des âmes en ces pays lointains où le rêve des gamins c’est de trier à la main des haricots verts extra-fins qui prendront l’avion pour nourrir des rupins déguisés en clodos avec des futals très chers élégamment déchirés aux genoux et au cul.

D’ailleurs on ne se nourrit pas, on pratique le fooding ; on ne court plus, on s’éclate dans le running, le data collecting, le blogging et le déblocage d’appareils aussi fragiles que sophistiqués. L’ennemi de la modernité c’est la poussière, le grain de sable dans la machine qui fait qu’on arrive pas toujours à moudre aussi finement que l’on voudrait les velléités de liberté de ceux qui s’agacent de passer leur vie à recharger des batteries et d’être sans cesse connectés. Cette connexion tant vantée n’est rien d’autre qu’un fil à la patte, une laisse virtuelle pour mieux nous apprendre le caniveau cybernétique. Heureusement, le coaching est là pour nous apprendre à maitriser tout ce merdier !

Ce « nouveau » monde soit disant moderne reprend les codes antiques où une fraction de la population pète dans la soie pendant que le reste est réduit à un esclavage sournois qui n’ose même pas dire son nom et prétend même assurer l’essor d’une classe moyenne dans des pays où certains n’ont toujours pas accès à l’eau potable ou à l’électricité. Le but ultime étant de connecter les peuples soi-disant primitifs et de vendre des cochonneries aux Pygmées, du Coca aux dernières tribus libres du fin fond de l’Amazonie. Les Jivaros réduisaient les têtes de leurs ennemis et de nos jours on réduit le cerveau des humains pour en faire des consommateurs car il faut faire tourner la machine. Foutu pressing où l’on lessive les esprits tout en blanchissant  l’argent sale.

Monde d’imbéciles, monde servile. Nous valons mieux que cela. Cessons de consommer l’inutile, déconnectons nous des serveurs espions, regardons à nouveau le ciel, les étoiles et retrouvons notre âme d’enfant pour nous émerveiller devant la nature au lieu de la piétiner comme de gros cons. Cela pourrait être le début d’une vraie évolution, mille fois plus intéressante que ces piètres révolutions qui consistent à tourner en rond autour du pot de confiture en rêvant de le renverser pour y plonger le doigt.

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Auteur : Riccardo

Quand j'avais quinze ans c'était "peace and love". Quand j'avais vingt ans on gueulait "no future". Maintenant que j'ai passé le cap du demi-siècle cela m'ennuie un peu de constater que nous fonçons droit dans le mur... Après "no future" c'est quoi ?

3 réflexions sur “COACHING, FOODING, RUNNING…

  1. Salut Riccardo,
    Ton billet me rappelle le dessin de Reiser, où on voit trois lascars au fute « élégamment déchiré aux genoux et au cul », qui déclarent : « on a fait du footing, du rafting, du marketing, et on s’emmerding toujours autant …  »
    C’était en 1978 ou quelque chose comme ça.
    On était déjà « en marche », dis-donc…
    Pas pour rien que le Macron me fait furieusement penser à Giscard, et ses supporters aux ‘républicains indépendants », si bien décrits par Ferrat à l’époque.

  2. Reiser et Cavanna ont été – et restent – mes guides pour avancer en ce bas monde 😉

  3. Vous voilà exaucé : le ver informatique qui a sévi dans 150 pays… puisse-t-il f… le même bordel dans la mémoire de Pole Emploi!

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