La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

TUER LE TEMPS

3 Commentaires

J’ai perdu un ami, parti trop tôt, trop vite et trop loin… C’est la vie, paraît il. On est là, et puis, d’un coup on s’en va, on quitte le navire pour retourner à l’océan originel. Fini de ramer, fini de cogiter, de s’agiter, de s’énerver… Fini de rire, d’aimer. Fini.

Restent des souvenirs, des voix et des regrets de ne pas avoir fait ceci ou cela, d’avoir dit ceci ou cela. Mais sur le fond ce n’est pas vraiment important. Le cirque continue, le manège tourne et la vie est là avec ses joies et ses peines. On se dit juste que, quoiqu’il arrive, on ne se reverra plus. Ou alors ailleurs pour ceux qui croient en un ailleurs.


Ca fait un trou dans le cœur. On se sent triste et l’agitation du monde semble aussi inutile que prétentieuse devant cet événement définitif. L’impression passagère que plus rien n’est capable de drainer votre attention. On se sent un peu comme un sac plastique rempli de vent et de vide. Pourtant la vie continue d’avancer, la terre de tourner, le printemps de fleurir, les politiciens de promettre la lune, les abeilles de butiner…

Pour finir, comme on ne peut pas rester trop longtemps ainsi entre deux eaux, qu’il faut vivre malgré tout, on sort et on se prend la ville en pleine tronche avec tous ces gens qui ne savent pas, qui ont eux aussi leurs joies, leurs peines. On se fait de nouveau happer par l’actualité, les marchands de peur, les petits bonheurs. On reprend tout doucement son chemin, un peu de guingois parce qu’on s’est pris un méchant coup à l’âme.

La vie continue, tranquillement absurde ou absurdement tranquille, on ne sait plus très bien. Tout paraît dérisoire et pourtant il faut se redresser, tenir droit sur ses deux jambes et avancer sans tortiller. Mon ami n’aurait pas aimé ce genre de faiblesse, lui qui me parlait de ses projets lors de notre dernière rencontre alors que nous ne savions ni l’un ni l’autre que c’était notre ultime discussion face à face. On s’était donné rendez-vous pour plus tard, ici ou ailleurs, pour passer à nouveau quelques heures ensemble à tuer le temps. On savait pas. On ne sait pas grand chose en fait sur nos vies.

On avance comme on peut, on clopine ou on cavale, on bouge pour se dire qu’il se passe quelque chose alors que nous ne sommes que des poussières dans l’univers. Mon ami, je te garde en moi et j’espère un jour te retrouver dans les limbes pour continuer à tuer le temps ensemble.

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Auteur : Riccardo

Quand j'avais quinze ans c'était "peace and love". Quand j'avais vingt ans on gueulait "no future". Maintenant que j'ai passé le cap du demi-siècle cela m'ennuie un peu de constater que nous fonçons droit dans le mur... Après "no future" c'est quoi ?

3 réflexions sur “TUER LE TEMPS

  1. j’ai la chance de croire à un « ailleurs » ça aide un peu…

  2. Nooooon on n’est pas des ectoplasmes ni des protozoaires! Salut Ricardo euh : Riccardo: j’avais pas vu qu’il y avait depuis touj. 2 R! ça vous donne plus de corps… une dimension XXL…
    à découvrir!

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