La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

UN DIMANCHE A VIDE

4 Commentaires

C’est dimanche. Ca souffle dans la Manche. Coupe Davis à Tokyo, les résultats du derby machin truc, la radio qui ronronne et la cafetière qui sifflote. Je tente de rassembler mes esprits qui ont battu la campagne une bonne partie de la nuit au pays des songes. Pas de rêves extraordinaires, mais des songes très concrets où on cherche du boulot après avoir posé sa fille à l’école, des rêves terre à terre très ordinaires avec des découverts bancaires, des trucs vulgaires qui vous réveillent à cinq heures du mat’, un regard sur le réveil, merde, pourquoi j’ouvre l’œil alors que j’ai encore deux trois heures à passer sous la couette en écoutant la pluie tambouriner dehors.

C’est dimanche. On cause sport et les saloperies habituelles – attentats, faits divers , scandales politiques – passent au second plan. Les entraineurs analysent les résultats et les joueurs disent qu’ils ont eu du mal à entrer dans le match et qu’ils auraient pu gagner mais qu’en face ils étaient plus déterminés et qu’en conséquence ils avaient perdus alors que la victoire était à leur portée. Du sport comme métaphore. Dès demain, le retour triomphant des politiques en campagne, leurs beuglantes finales dans des meetings où l’on s’efforce de croire que la victoire est à portée de mains mais qu’on a eu du mal à entrer dans la bagarre et qu’au final c’est la détermination de l ‘électorat qui fera la différence, blablabla….

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C’est dimanche. Derrière le rideau, une lumière grisâtre et flic floc les gouttes de pluie sur la rambarde du balcon. Dans la pénombre, j’enfile trois fringues et passe à la cuisine pour préparer le caoua du matin en écoutant les infos. Rituel débile mais quasi obligatoire. Les autres dorment encore. Radio en sourdine. Café qui glougloute, regard encore assoupi au dehors. Moche, humide et gris. J’entends les bruits de vie de mes voisins, des tuyaux, des chasses d’eau, un gamin qui couine. Café devant, pain en face, beurre que j’étale en fine couche, je bouffe trop pour quelqu’un qui bosse pas. Gaffe à pas devenir un gros cul et un gros con. Ce serait dommage, après avoir résisté pendant six décennies à la connerie, de se laisser aller ainsi par simple paresse, arrêt de réflexion et ingestion massive d’informations aussi frelatées que formatées.

C’est dimanche. Les français en quart de finale de coupe Davis à Tokyo, mais battus par les anglais au rugby à Twickenham. La troisième guerre mondiale n’arrive toujours pas à démarrer en dépit des efforts de quelques irresponsables politiques. Les leaders déconnent à fond avec l’argent du contribuable et les drones impavides fauchent de ci de là des terroristes et ceux qui ont la malchance d’être autour. Le sexe plus ou moins concrétisé, mais la plupart du temps gravé sur des disques durs; le fric plus ou moins bien planqué mais très inégalement réparti sinon où est le charme d’être riche, le pouvoir qui rend con et cynique les candidats les plus avenants. Les attachés ; les détachés et les rattachés : tous entachés.

C’est dimanche. Je me suis levé tôt comme d’habitude. J’ai bu mon café en écoutant les infos à la radio. J’ai regardé le ciel gris et humide. Trop tard pour se rendormir. C’est un dimanche sans enjeu, un dimanche sans démence, un jour creux, une journée inutile à remplir de foutaises jusqu’au soir où je pourrais plonger dans le noir et oublier un peu ces temps creux où mon esprit tourne à vide.

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Auteur : Riccardo

Quand j'avais quinze ans c'était "peace and love". Quand j'avais vingt ans on gueulait "no future". Maintenant que j'ai passé le cap du demi-siècle cela m'ennuie un peu de constater que nous fonçons droit dans le mur... Après "no future" c'est quoi ?

4 réflexions sur “UN DIMANCHE A VIDE

  1. Un dimanche « dimancheux » au possible, avec un ciel gris sombre qui menace de se répandre,qui nous donne envie de peindre les plafonds en bleu ciel, de fermer les rideaux et d’écouter de la musique brésilienne…

  2. même dans le sud, pluie, temps gris, obligé d’allumer la lumière pour lire à 14 heures.
    Pas mis le nez dehors. Avec un plus un mal de crâne qui ne me quitte pas depuis plusieurs jours.

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