La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

VIVARTE, UN MONOPOLY BIEN POURRI

1 commentaire

Un mauvais feuilleton avec des fonds d’investissement un peu vautours, des patrons incompétents mais grassement rémunérés, des milliards qui passent bien au dessus de la tête d’employés payés au salaire minimum avant d’être virés faisant les frais d’une mauvaise gestion combinée avec la rapacité des fonds d’investissement qui rachètent pour mieux revendre après avoir viré une partie du personnel. Un Monopoly en forme de jeu de massacre où certains se remplissent les poches pendant que d’autres perdent leur boulot.

Vivarte est une entreprise française qui emploie 17 000 personnes. Il est la propriété des fonds d’investissement américains Alcentra, Babson, Golden Tree et Oaktree depuis 2014. Vivarte possède plus de 5 000 magasins sous 24 enseignes différentes dont André, Caroll, Chevignon, Kookaï, La Halle, Minelli, Naf-Naf, Pataugas.

En 2004, le groupe Vivarte est racheté à hauteur de 55 % par PAI Partners (anciennement Paribas Affaires Industrielles) un fonds d’ investissement français qui le revend deux ans plus tard au fonds britannique Charterhouse par une opération de LBO.

Qu’est ce que le LBO ? : le LBO (acronyme de l’anglais : leveraged buy-out), qui permet le rachat d’entreprise par endettement ou la prise de contrôle par emprunt est une technique financière d’achat d’entreprise.

Le but de l’opération est de permettre aux repreneurs de racheter une société en dépensant un minimum d’argent. Dans les grosses opérations, le repreneur est en général un fonds de capital-investissement. Les charges financières des dettes contractées par la holding seront payées grâce aux remontées de dividendes provenant de la cible. Les repreneurs vont pouvoir acquérir la cible grâce aux ressources même de celle-ci. Au bout de quelques années, la société cible est revendue ou introduite en bourse, ce qui génère souvent de confortables plus-values pour ses actionnaires. La holding pourra déduire de l’impôt sur les sociétés les intérêts de l’emprunt si elle détient une forte participation dans la société cible. Les LBO suscitent des débats, notamment sur leur utilité économique et sociale. Selon les critiques ils profitent de l’abondance de la liquidité, et ils ont tendance à endetter les entreprises. ( source : http://www.lafinancepourtous.com ).

Une autre définition, officielle celle-ci :

Le Leverage Buy out (LBO) ou rachat avec effet de levier est un montage financier permettant le rachat d’une entreprise par le biais d’une société holding. Les repreneurs deviennent actionnaires majoritaires de la société rachetée qui doit rembourser l’emprunt en reversant ses bénéfices à la holding. L’entreprise rachetée supporte seule le remboursement de l’emprunt (qui peut atteindre jusqu’à 80 % du capital) et peut, en période de faible croissance notamment, connaître des difficultés à cause d’un fort endettement.
(Source : https://www.service-public.fr/professionnels-entreprises).

LA BOULIMIE PUIS L’INDIGESTION

En 2007, le groupe Vivarte rachète la chaîne Défi Mode (191 magasins implantés en France).
En 2008, Vivarte rachète Défi mode et SuperSport.
En 2009, Vivarte fait l’acquisition de la marque de mode éthique ( sic !) Les Fées de Bengale.

En 2013, souffrant du poids des charges de remboursement de la dette et ayant déjà fait face à plus de 1,2 milliard d’euros de frais financiers remboursés depuis 2007, Vivarte suspend l’intégralité des paiements sur sa dette et la renégocie avec ses créanciers et entreprend une restructuration financière de plus de 2 milliards d’euros d’effacement et d’une réinjection de liquidités de 500 millions d’euros. En août 2014, Vivarte trouve un accord avec 12 prêteurs dont 4 rentrent au conseil d’administration (Alcentra, Babson, Goldentree et Oacktree) pour restructurer sa dette à hauteur de 2,8 milliards d’euros.

Les prêteurs taillent dans la bête pour récupérer leurs billes

Le 7 avril 2015, Vivarte présente un plan social portant sur plus de 1 300 employés (sur 4 256) à La Halle aux Vêtements, son enseigne phare plombée de lourdes pertes : 23 M€ pour l’exercice se terminant en août 2012 sous la houlette de l’ancien PDG Georges Plassat, 72 M€ pour 2013 et 153 M€ pour 2014. Ces licenciements interviennent alors que dans le même temps sont évoqués les indemnités de 2 millions d’euros du PDG de Vivarte entre 2012 et 2014. En octobre 2016, l’entreprise supporte une dette de 1,5 milliard d’euros. En novembre 2016 et janvier 2017, les salariés qui redoutent le démantèlement du groupe pour rembourser les fonds « vautours » manifestent devant le siège social. Le 24 janvier, alors que de nouveaux emplois pourraient être menacés par la restructuration, la mise en vente d’André et de Naf Naf est annoncée. L’entreprise annonce également la fermeture de 147 magasins Halle aux chaussures au lieu de 132, pour environ 700 à 800 suppressions d’emplois ( source : Wikipédia ). Virer des gens pour sauver les meubles cela s’appelle un PSE ( plan de sauvegarde de l’emploi ).

Patrick Puy, actuel PDG de Vivarte, est une figure du « restructuring » (élagage à la tronçonneuse des entreprises qui se redressent ou en crèvent ). Son boulot : fermer des usines, virer des cadres et organiser des plans sociaux pour des milliers de salariés. Cet ex-PDG de Moulinex ( plan social de 4 000 salariés qui n’a pas empêché le groupe de déposer le bilan en 2001), déclare : « Ce n’est pas forcément moral, mais pour obtenir cette cohésion, vous virez d’emblée les trois membres du comité de direction les plus réfractaires, même s’ils sont bons, pour ne pas donner aux autres un exemple de réaction ». (interview dans Capital du 31-10-2016). Ce qu’il ne dit pas, c’est que derrière ces trois là, il y a aussi des centaines ou des milliers de gens qui perdent leur emploi pour que des actionnaires ou des fonds d’investissement – où les deux à la fois – s’enrichissent en dépeçant les entreprises.

UN AUTRE FAN DU LBO

(extrait d’article dans La Tribune – 20-4-2016).
La recette de Patrick Drahi ? Le LBO, consistant à s’endetter pour racheter ses proies. Ceci fait, il « résout les problèmes », comme il s’en vante, notamment en taillant fortement dans les coûts de ses acquisitions. L’objectif est clair: dégager vite du cash, qu’il fait ensuite remonter à Altice pour éponger son énorme dette. Fin 2015, celle-ci s’élevait à 35,5 milliards d’euros, auxquels s’ajouteront prochainement 8 milliards supplémentaires liés à l’acquisition de Cablevision aux Etats-Unis. « L’important, c’est de passer du bon temps, de ne pas se prendre la tête, de ne pas se stresser. « … « Moi j’ai dit que de toute façon, j’ai pas pris beaucoup de risque, c’est la banque qui a tout prêté. Et puis quel est mon risque si dans 4 ou 5 ans je ne peux plus rembourser mon crédit ? » 

La banque se paiera en augmentant de 10% les frais bancaires sur des millions de comptes courants et Monsieur Drahi pourra continuer à emprunter pour acheter pour compresser les dépenses pour passer du bon temps et ne pas stresser. Le monde est bien fait.

D’un côté des milliers de petites mains qui se lèvent tous les matins pour aller bosser et permettre à Drahi et consorts « de passer du bon temps, de ne pas se prendre la tête, de ne pas se stresser », de l’autre, des types accros au fric au delà de ce que l’on peut imaginer, des fonds d’investissement spéculatifs qui se gavent, des sièges sociaux prestigieux et des bénéfices planqués derrière des trustees et de holdings aussi anonymes que des cartels mafieux.

Combien de temps ce jeu de dupes peut il encore durer ? J’entendais ce matin un sbire du MEDEF expliquer que « l’entreprise crée des emplois », ce qui n’est pas toujours vrai, allez en parler aux milliers de personnes qui ont perdu leur travail, leur maison, leur famille pour le plus grand bénéfice de fonds vautours. Et puis, dans cette affaire Vivarte, on trouve une fois encore des patrons qui prennent à la fois de mauvaises décisions et beaucoup d’argent. On va nous ressortir la mondialisation, la concurrence et tout et tout. En attendant, les patrons foireux se prennent des briques et envoient dans le mur les petites mains qui se levaient tous les matins pour aller bosser et gagner de quoi vivre.
Il serait temps que les spéculateurs et les gougnafiers se les prennent en pleine gueule ces petites mains. Sans elles, pas de richesse. Tournée et grève générale ?

PS : les fonds d’investissement vous souhaitent une bonne et heureuse année 2017 et vous remercient de votre participation.

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Auteur : Riccardo

Quand j'avais quinze ans c'était "peace and love". Quand j'avais vingt ans on gueulait "no future". Maintenant que j'ai passé le cap du demi-siècle cela m'ennuie un peu de constater que nous fonçons droit dans le mur... Après "no future" c'est quoi ?

Une réflexion sur “VIVARTE, UN MONOPOLY BIEN POURRI

  1. …comme les magiciens qui font disparaître un éléphant sous nos propres yeux!

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