La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

DEPRIME DOMINICALE

1 commentaire

Les quais pourris de pluie et cette fille aux yeux de quelle couleur déjà trop froid trop noir les jours trop courts et la lumière a foutu le camp. Si j’étais une route j’irais au bout du monde. Si j’étais un chemin je serais sans lendemain. Mais je ne suis qu’un homme que le destin dégomme.

La musique pour noyer la panique. J’inscris ma vie dans le ciel gris, en quête d’un passage pour écouler ma rage cette illusion sanglante ce bouillonnement nerveux où s’abreuvent mes chimères. Musique synthétique pour refouler l’ennui, décibels furieux pour écarter les curieux. Dehors c’est déjà mort la déconfiture du futur la lueur blême des écrans plats triste piste aux étoiles et cet instant présent pesant de nullité. Espaces vacants emplis de chair. Pourtant dans les chansons à la con le ciel est toujours bleu même lorsqu’il pleut et qu’un fantôme fragile se penche vers moi pour me parler d’hier.

Manger, dormir et s’ennuyer entre ces moments de ravitaillement corporels où l’esprit n’a rien à faire. Passer des heures à regarder le plafond, fumer pour tromper l’ennui en contemplant les volutes meurtriers qui dansent dans la pièce…Sortir, soit, mais pour quoi faire ? Où se rendre ? L’impression désagréable qu’à part attendre la mort, rien ne vaut la peine de rien.

Et ces journées vides s’empilent au fil du temps. On se voit vieillir sans pouvoir intervenir sur le cours des choses. Les années passent, les cheveux blanchissent, les organes s’usent. La roue ne change jamais de sens de rotation. Le jeune homme devient vieux, les élans fougueux de la jeunesse s’enfoncent dans un passé toujours plus lointain et inaccessible. Restent les souvenirs, mais on ne peut vivre ainsi.

Se battre ? Contre qui, contre quoi ? C’est alors la rage qui s’empare de notre esprit. Que faire face à cette désolante dégradation de la vie qui était si pleine, si prometteuse avant que le poids des ans n’en fassent un objet indéfinissable, pétri d’ennui et de grisaille ? le sexe, la drogue, la musique ? pauvres échappatoires qui ne durent qu’un bref instant avant que nous ne retombions dans la fatale ornière.
Reste le désespoir.

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Les brouillards de Wuppertal trente ans auparavant la route en déroute acide alcool à la recherche d’autre chose aux limites de la vie autre chose qu’un travail famille patrie autre chose en mal de définition impasse en bordure d’autoroute dans le froid, l’hiver, la pluie, les bagnoles et les cabines de camion. Kraftwerk Autobahn. Avant Tchernobyl et Radioactivity…. Les allers-retours en stop entre la Ruhr et les Landes, l’océan au bout de la nationale 10, Köln – Liège- Paris – Tours – Bordeaux, sac au dos et tête en l’air…. On the road en fuite Kérouac et Rimbaud dans la tronche, insouciance de mes vingt ans et le refus d’entrer dans ce système broyeur de rêves où j’ai fini par atterrir le jour où j’ai cru que l’on pouvait s’en sortir…. Finie l’errance, finis les rêves, apprentissage de la chaîne, des chefs et des joies de la consommation.

Trente ans plus tard, immense nostalgie et gros cafard. Le passé brille, les moments difficiles sont oubliés, reste le désespoir d’être humain dans ce monde qui l’est de moins en moins, les lois du marché nous marchent dessus, le réveil est rude et l’ennui guette au long du week-end. Pas évident de se repaître d’émissions débiles en guise de détente, de passer du pétard au Ricard, d’oublier les immenses espérances passées pour se reformater en « individu raisonnable » et accepter avec indifférence l’absurdité quotidienne, manger en regardant mourir les autres à la télé, aller bosser en enjambant les sans-domicile-fixe qui dorment au pied des bureaux… Complice des plans sociaux – euphémisme moderne – et témoin impuissant de la parade des « people » qui n’ont rien de populaire… se résoudre à vivre dans un système où l’on trouve pas sa place, commune contradiction autrefois résolue par la fuite en avant en des voyages improvisés où l’on trouvait des frères un peu partout.

La mort des utopies fait qu’il ne reste qu’un paysage social sinistré et les couleurs hallucinogènes du PAF pour s’évader. Nostalgie bercée de musiques d’hier, des gueulantes de Morrison aux solos fous d’Hendrix, de l’arrogance des Stones – devenus rockers institutionnels – aux bidouillages électroniques du Krautrock, c’était avant les mix et les remix, à cette époque où l’on croyait encore en ce monde meilleur que nous n’avons pas été capable de bâtir et nous voilà englués comme les générations précédents, devenus ce que nous haïssions, parents coïncés tentant d’accéder à la propriété – c’était le vol – épargnant pour des plans-retraite après avoir échafaudés des plans- comètes, des plans-dope, des plans pas possible….Oh, comment sommes nous redescendus si bas après avoir planés si haut ?

Le prochain plan c’est underground six pieds sous terre avec des fleurs à la Toussaint.

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Auteur : Riccardo

Quand j'avais quinze ans c'était "peace and love". Quand j'avais vingt ans on gueulait "no future". Maintenant que j'ai passé le cap du demi-siècle cela m'ennuie un peu de constater que nous fonçons droit dans le mur... Après "no future" c'est quoi ?

Une réflexion sur “DEPRIME DOMINICALE

  1. j’ai aimé « Le livre des brèves amours éternelles » de Makine… qui déroute… où les amours éternelles ne sont pas celles que l’on suppose.

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