La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

EN ALLANT TRAVAILLER…

2 Commentaires

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Hier sur le chemin du travail, au bout d’un long couloir, un homme hors de lui, au delà de la colère mais désespéré, psalmodie en arabe à voix haute. Les usagers filent, les yeux fixés sur leurs chaussures, mal à l’aise devant cette ostensible détresse. Derrière l’homme, une femme assise berce un enfant qui doit avoir l’âge de ma cadette.

Je ne comprends pas l’arabe mais la douleur est dans les mots et le phrasé. En approchant, je vois que l’homme tend à bout de bras des papiers. Ce sont des passeports syriens à la couverture élimée. Preuve que ces naufragés sont d’authentiques syriens, pas de ces opportunistes travestis en famille syrienne pour apitoyer le passant. Il est jeune, une trentaine d’années, mais son visage est marqué. Je laisse quelques pièces au passage, on me remercie et puis je grimpe les marches, saute dans la rame et part vers le musée, habité des suppliques de l’homme. On voudrait parfois être un extraterrestre pour remettre un peu d’ordre dans ce bordel cosmique.

Dehors, deux types discutent, assis au milieu de sacs en plastique. Plus loin, sous les arcades de la rue de Rivoli, quelques ombres émergent dans les encoignures de porte. C’est l’heure. Faut bouger. Marcher. Mancher si on a la tête à cela. Je respire un grand coup et je traverse la rue. Entrer. Badger. Vestiaire. Dépose du blouson. Veste noire, pantalon idem, badge autour du cou, tel une vache avec sa clarine, je rejoins mon poste de travail.

Exposition temporaire « Le geste baroque ». Un poil religieux. Un ostensoir en or dégoulinant de pierres précieuses, un couvercle de sarcophage en forme de squelette amoché, des anges en bois de tilleul et une surprenante maquette de Salzburg au 18ème siècle. Envie d’y installer un train électrique. Un Jésus baroque avec sa cape dorée qui lui donne une allure de Superman éploré. Et des visiteurs en nombre.
Un couple italien m’aborde pour avoir des précisions sur le sarcophage, car les explications sont en français. Je traduis. La femme s’étonne.

-vous êtes italien ?
-non. Sono francese
-mais vous parlez bien l’italien. Vous êtes marié à une italienne ?
– Mia moglie è giapponese.

La soirée s’écoule avec les collègues, sa pause et son vidage rituel du musée qui, lorsque tout se passe bien, s’achève vers 21h45. Retour à la nuit, au froid. Avenue de l’Opéra, un type dans un vieux sac de couchage tente de dormir devant l’entrée d’une boutique de parfums. Descente. Ligne 14 aseptisée. Puis la 12. Saint-Lazare ressuscité, le tunnel passe sous la Butte et je descends devant la mairie du 18ème, décorée de grands sapins enguirlandés. Une jeune fille m’aborde pour me taper «un peu d’argent» puis repart avec sa bande vers le bout de la rue. Je prends l’autre pour rentrer chez moi. Un groupe de touristes tente un selfie collectif avec le sacré-Coeur en arrière plan. Je leur tire le portrait avec leur téléphone.

-Where are you from ?

-India. 

Paris carrefour planétaire.

Demain sera un autre jour. Et après le baroque je m’offre une tranche de rock fort en attendant le sommeil.

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Auteur : Riccardo

Quand j'avais quinze ans c'était "peace and love". Quand j'avais vingt ans on gueulait "no future". Maintenant que j'ai passé le cap du demi-siècle cela m'ennuie un peu de constater que nous fonçons droit dans le mur... Après "no future" c'est quoi ?

2 réflexions sur “EN ALLANT TRAVAILLER…

  1. T’as de bons yeux tu sais!

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