La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

JE VOUS SALUE MA RUE PLEINE DE GRÂCE

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A première vue je suis une rue bien banale, un peu bancale et sans histoire, d’ailleurs mon nom importe peu, faisons l’impasse sur le sujet. Le nom d’une rue n’est qu’un attribut. Il est permis de le modifier. Le nom passe et la rue reste.

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Quand tout roule, je suis bien chaussée mais quand cela tourne mal, il arrive que l’on me dépave. Certains ont prétendu que mes dessous cachaient une plage pendant que d’autres affirmaient qu’il ne fallait en aucun cas plier sous ma pression. Et moi, bonne fille que je suis, je dois supporter les sautes d’humeur des humains qui m’ont amenés à être ce que je suis aujourd’hui, avec mon manteau de goudron couvrant l’acné de mes pavés, mes trottoirs et leurs caniveaux, sans oublier toutes ces perfusions imposées, de la buse d’égout à la fibre optique, pour le coup me voilà promue autoroute de l’information et de l’évacuation réunies. Moi, je me marre doucement parce que je n’ai jamais été autre chose qu’un lieu de rencontre et de passage. Et croyez moi, depuis le temps j’en ai vu des vertes et des pas mûres. Ce doit être pour cela que l’on dit que l’aventure est à mon coin.

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Je n’ai rien de naturel, j’en conviens. Créée par l’homme, je disparaitrai avec lui. En attendant je suis l’objet d’innombrables métaphores. On se réfère à l’homme de la rue pour exprimer l’opinion du peuple. Certains tiennent le haut du pavé et prétendent avoir pignon sur rue alors que d’autres y sont. Plus récemment on s’est mis à parler de la presse de caniveau comme si j’y étais pour quelque chose. Jusqu’aux anciens des quartiers populaires qui regrettent le sirop de la rue en se rappelant leurs jeunes années. Bref, tout le monde parle de moi, je suis très tendance. La preuve, aujourd’hui c’est le grand boom  du « street art » et de la « street photography ». Je n’aurais jamais imaginé devenir un lieu d’exposition, mais bon.

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Tout ceci a commencé il y a fort longtemps. Au début je n’étais qu’une sente malodorante entre des rangées de huttes. Puis, petit à petit, j’ai évolué. Je suis devenue ruelle. Plus tard, on m’a doté de trottoirs sous lesquels on a creusé des canalisations pour évacuer les eaux usées, on a numéroté les maisons qui me bordaient, on m’a élargie, parfois même démolie pour faire place à de nouveaux axes de communication. Il m’est arrivé de disparaître pour renaitre sous forme d’avenue ou de boulevards. Mais si je change d’avatar, je vais toujours d’un point à un autre pour relier les humains.

Un jour pourtant, la nature reprendra ses droits et je serais engloutie par la végétation mais en attendant ce moment on peut toujours entonner la vieille prière qui dit « Je vous salue ma rue pleine de grâce ».

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Auteur : Riccardo

Quand j'avais quinze ans c'était "peace and love". Quand j'avais vingt ans on gueulait "no future". Maintenant que j'ai passé le cap du demi-siècle cela m'ennuie un peu de constater que nous fonçons droit dans le mur... Après "no future" c'est quoi ?

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