La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

VACHERIE DE MONDIALISATION !

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Retour au cœur de Paris après un dimanche à la campagne où j’ai retrouvé brièvement le plaisir de distinguer des milliers d’étoiles et la Voie Lactée, où ma fille a pu voir des animaux vivants, chercher des œufs frais pondus dans un poulailler, marcher sur des petites routes et des chemins sans croiser des centaines de voitures. Un retour à la vie, mais aussi à des préoccupations terre à terre. La sécheresse et un cycle saisonnier catastrophique qui font que cette année les noyers ne donnent pas de noix, les pommiers très peu de pommes et ainsi de suite. Tant pis pour les conserves et les confitures…

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La vie aux champs… Très loin d’Auchan.

Face à cela, je repense aux temps anciens où les récoltes bonnes ou mauvaises faisaient qu’en hiver on mangeait à sa faim ou pas. C’est une lapalissade de rappeler qu’à la campagne on est plus proche de la nature, mais, revenu à Paris, lorsque je vois sur le marché du boulevard Ornano les piles de fruits et légumes venus du Maroc, d’Espagne ou même du Kenya, du Costa Rica ou d’Argentine, je me dis que ce monde prétendument moderne marche à côté de ses pompes. Les urbains ne se posent même plus la question de savoir d’où vient ce qu’ils mangent. Ils mangent et cela leur suffit.

Je ne m’appesantirai pas sur la floraison de ces épiceries du troisième type où des vendeurs à rouflaquettes, déguisés en Félix Potin du siècle dernier, dealent des pates à 5 euros le paquet de 500 grammes et des sardines à 9,90 la boite. Bien sûr, tout cela est bio-éthique-sans gluten ni OGM. Bien sûr ceux qui hantent les épiceries en question sont hipsterisés à mort, vapotent et sifflent des bières bio en terrasse à l’heure du happy hour en contemplant d’un air faussement affligé – en fait ils s’en foutent – les derniers prolos parisiens, ces inconscients qui s’empoisonnent en faisant leurs courses dans la supérette du quartier.

Il faudra un jour expliquer à ces joyeux couillons qu’avec 1000 euros par mois, le bio reste hors de portée pour les bas salaires, que boire des bières bio à 5 euros la pinte est un luxe imbécile et que c’est toujours dommage de voir les petits commerces et artisans disparaître pour être remplacés par des agences bancaires et immobilières, des bars à thèmes ( bar à eau, à chicha, à bières, baratin mais surtout pas de bars à putes !). Près de chez moi, un magasin a ouvert, qui vend des fruits et des légumes « en direct des producteurs locaux ». L’intention est louable, circuit court et tout et tout. Hélas, le type qui officie se sent obligé de se déguiser en rural. C’est tout juste s’il ne se parfume pas au purin pour légitimer son entreprise. L’idée est de ne plus engraisser toute une chaine d’intermédiaires. Au final, il vend ses produits plus cher que tout le monde. Les marges scandaleuses des intermédiaires tombent directement dans sa poche et je ne suis pas persuadé que le producteur s’y retrouve. Ces nouveaux BOF ( les beurre-œuf-fromage qui s’enrichirent pendant la dernière guerre) ont le vent en poupe, tout comme les barbiers et les caves à vin qui envahissent le quartier.

2037429797Pour couronner le tout, je viens de lire « Le crépuscule de la France d’en haut », un petit livre vitriolesque de Christophe Guilluy, qui en un raccourci saisissant nous dit : « Finis les Rougon-Macquart, bienvenue chez les hipsters ». Ces derniers « faisant la promotion du vivre-ensemble, mais participant à l’ethnicisation des territoires et à la multiplication de collèges-ghettos en contournant la carte scolaire ». Il démonte cette bourgeoisie new school : « les bobos contestataires de salon de l’économie mondialisée qui  revendiquent en apparence une société ouverte et mixte (…) et qui disposent d’une arme absolue et discrète pour renforcer leur position sociale, spatiale et culturelle : la loi du marché (…) Nous avons basculé en très peu de temps dans une société socialement inégalitaire et sous tensions identitaires. Ce basculement, désastrueux pour les classes populaires, a provoqué un chaos social et culturel sans précédent. Un chaos couvert par le son de cette fanfare républicaine qui joue de plus en plus fort, mais aussi de plus en plus faux.»

Bref, lecture instructive et jouissive qui bouscule les soit disant règles du jeu de la mondialisation. Mention spéciale pour le modèle californien « qui repose sur une idéologie libérale-libertaire qui constitue depuis des décennies la synthèse la plus accomplie de la cupidité des hommes d’affaires libéraux et de la contre-culture californienne de l’extrême gauche des sixties ». Distribution de baffes de tous les côtés. C’est toujours réjouissant, même si le constat est amer. En 1946 les catégories populaires, ouvriers et employés représentait 20% des députés à l’Assemblée Nationale. Ce pourcentage est tombé à 1,9 en 2012.

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Des vaches laitières heureuses…

Entre le hipster de pacotille et le paysan qui se lève à six heures du matin pour aller traire ses vaches ( même bio, l’heure c’est l’heure) ca risque de clasher un de ces quatre. Et n’oublions pas que la majorité des Français vit dans des villages, des bourgs et des petites villes, ce qui ne les empêche pas de savoir ce qui se passe sur la planète. Pourtant, sur une radio, chaque jour, sans aucune pudeur, « les informés – c’est à dire un aréopage de journalistes-éditorialistes parisiens- décryptent l’information » . Comme si nous étions trop cons pour comprendre qu’une oligarchie est en train de tout confisquer à son seul profit en nous jetant des miettes pour ne pas se faire mordre.

L’auteur en arrive à l’idée que « le FN n’est qu’un symptôme d’un refus radical des classes populaires du modèle mondialisé. L’antifascisme de salon ne vise pas le FN, mais l’ensemble des classes populaires qu’il convient de fasciser afin de délégitimer leur diagnostic, « un diagnostic d’en bas » qu’on appelle populisme ». Lecture dérangeante mais que je recommande avant d’aller choisir celui ou celle à qui nous délèguerons le droit de gouverner pendant les cinq années à venir. Mais on peut aussi s’abstenir si l’offre est trop déplorable. Voter est un droit mais pas une obligation.

Dehors la nuit tombe sur le béton. Nez en l’air je cherche les étoiles et ne vois qu’un trou noir.

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Auteur : Riccardo

Quand j'avais quinze ans c'était "peace and love". Quand j'avais vingt ans on gueulait "no future". Maintenant que j'ai passé le cap du demi-siècle cela m'ennuie un peu de constater que nous fonçons droit dans le mur... Après "no future" c'est quoi ?

Une réflexion sur “VACHERIE DE MONDIALISATION !

  1. triste réalité…le pouvoir et l’argent sont les maîtres du monde…j’ai écris 4 lignes sur cela dans mon blog.

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