La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

SAMEDI MATIN, LE ROI,LA REINE ET LE PETIT PRINCE…. (remix 2016)

2 Commentaires

 

Drôle de semaine avec des hauts et des bas. Le haut, c’est d’avoir réussi, après quelques aller-retours entre mon employeur intermittent et Paul Emploi, à rétablir le versement de mes allocations. Une bête erreur dont j’ignore l’origine qui au final a été corrigée. On peut en rire mais, pendant une semaine, je me suis demandé combien de temps allait durer ce quiproquo administratif. On respire et il n’y a plus qu’à attendre début octobre pour entamer le nouveau contrat de trois mois. Après on verra. Heureusement, mes années d’errance m’ont vacciné contre la précarité, mais ce n’est pas toujours simple à vivre, surtout pour les proches. A titre personnel, aussi longtemps que j’ai un toit au dessus de la tête, de l’eau, de l’électricité et de quoi manger, j’estime que, «  jusqu’ici tout va bien ». En bas de l’immeuble où je vis, des gens dorment dehors.

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Déco, jardin…. et un petit peu de béton.

Hier, passage vers la porte Montmartre. Un attroupement devant le square Binet attire mon attention. C’est un marché de pauvres. Roms, africains, ils sont là pour tenter de vendre des fringues et des objets divers, posés par terre sur des tissus. Moins chic qu’un vide grenier. Je déambule parmi la foule lorsque d’un coup, panique, tout le monde remballe. Des agents de la préfecture arrivent et collent des PV aux moins rapides. Pendant qu’ils demandent aux vendeurs de dégager, les ventes continuent. La grande pauvreté ne connaît pas la trêve. Je discute avec un des agents qui m’explique que ce marché se déplace entre la porte Montmartre et celle de Saint-Ouen, un jeu du chat et de la souris qui prêterait à sourire si ses acteurs n’étaient pas dans une telle débine.

Sur ce, une femme débarque et m’accuse d’avoir pris en photo la plaque d’immatriculation d’un fourgon fatigué. Mon boitier est sous la veste, comme d’habitude, mais je n’ai pas eu le cœur de « documenter » cette misère extrême. On discute un peu et la méfiance tombe. Je repars vers le boulevard Ney où quelques prostituées opèrent en plein jour le long du chantier du tramway.

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Le maquis de Montmartre et les « beaux » quartiers….

Cinq cent mètres plus loin, on surplombe les jardins du Ruisseau et ses tables installées le long des voies désaffectées de la petite ceinture par la Recyclerie. C’est peu dire que le choc visuel est rude. Le lumpenprolétariat croise le bourgeois bohème mais ces deux mondes s’ignorent et cohabitent sans se mêler. Dix-huitième arrondissement, terre de contrastes. Je me rends à la mairie pour régler une facture de cantine. Dans le hall, une exposition sur le Vieux Montmartre. Sur une photo panoramique ancienne, on voit bien comment le « maquis » était encadré d’avenues chics bordées de beaux arbres. Un bon siècle plus tard, la ségrégation est toujours là. Plus d’apaches sur les fortifs, mais des campements au delà du périphérique. Ceci dit, c’est probablement moins violent qu’autrefois, malgré ce que certains veulent nous vendre. Le quotidien est plus apaisé pour la plupart. Pour autant la violence n’a pas disparu et quand elle éclate, c’est sous des formes nouvelles et terrifiantes.

Avant de récupérer ma fille à la sortie de l’école, il reste une petite heure que je mets à profit pour retrouver quelques sites figurant sur les vieilles cartes postales.

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Hier hôtel, aujourd’hui club échangiste…. Sic transit gloria mundi.

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Ensuite, petite halte au square Clignancourt. Les gamins jouent, les vieux squattent les bancs, deux zigotos roulent un pétard, un bonhomme assis tout seul joue doucement de la guitare. C’est là que je vis. Hier, j’étais dans les beaux quartiers pour un vernissage, histoire de saluer deux trois connaissances, mais aussi pour voir d’excellents tirages. Quelques splendeurs de Marc Riboud et puis d’autres trucs, parfois étonnants, parfois agaçants.

La foule n’avait pas la même allure que celle du square Binet. Le microcosme parisien de la photo ne se porte pas trop mal et tant mieux. Ca râle mais cela fait bien trente ans que c’est comme ca. On regrette un hypothétique âge d’or qui n’a jamais vraiment existé. Il en va dans la photo comme dans les autres secteurs économiques : l’arrivée de l’informatique simplifie les accès et les procédés, mais en même temps cannibalise les emplois.

Je me rince l’œil un dernier coup sur les beaux tirages de Marc Riboud et repars vers mon dix-huitième. En bas de l’immeuble, les gens dorment toujours dehors. Un peu péteux, je passe devant eux et retrouve mon petit chez moi et les miens. A la radio, un paquet d’infos ineptes allant du résultat des primaires à droite à des matches de tennis en passant par la météo. Demain il fera beau.

 

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Ce soir, je me plongerai dans ma dernière acquisition : « Paris est une fête » d’Hemingway, acheté un euro à la boutique Emmaüs au coin de la rue Eugène Sue.

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Auteur : Riccardo

Quand j'avais quinze ans c'était "peace and love". Quand j'avais vingt ans on gueulait "no future". Maintenant que j'ai passé le cap du demi-siècle cela m'ennuie un peu de constater que nous fonçons droit dans le mur... Après "no future" c'est quoi ?

2 réflexions sur “SAMEDI MATIN, LE ROI,LA REINE ET LE PETIT PRINCE…. (remix 2016)

  1. le contraste entre ce joli trottoir incurvé et le rectiligne sans âme !
    Regard doux-amer sur la vie telle qu’elle est… j’aime beaucoup la subtilité du regard et de cette réflexion par petites touches.

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