La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

COMME UNE ENVIE DE DEPAVER LA RUE…

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C’est la rentrée nous ressassent les médias à longueur de journée. La belle affaire ! Ceux qui ont eu la chance de partir sont revenus et ceux qui ne sont pas partis se sentent un peu moins seuls depuis une semaine. On a enfin jeté le burkini aux orties et le manège désenchanté peut recommencer à tourner avec la même bande son et les mêmes tristes guignols aux manettes.

ecart-cgtcg08-cg08-syndicat-cgt-ardennes-08C’est la rentrée pour la France d’en haut, avec un candidat à la présidentielle qui risque de passer en correctionnelle pour le financement illégal de sa campagne de 2012, un ex-ministre qui, le premier jour de son procès pour blanchiment de fraude fiscale, se justifie en expliquant que ce compte en banque litigieux était destiné à financer les activités politiques d’un ex-premier ministre, mais que ce dernier n’était pas au courant. Il ne risque guère de contester ces propos puisqu’il est mort cet été. Tout ceci a une odeur bien connue : celle de la merde.

La France d’en bas regarde tout cela et découvre à la rentrée la hausse des transports, de l’électricité et la baisse des allocations logement dont le plafond d’attribution a été relevé cet été. La hauteur sous plafond c’est pas toujours un cadeau.
La France d’en bas se console avec l’allocation de rentrée scolaire qui, chez les plus démunis, servira à acheter à bouffer dans les grandes surfaces et enrichira un peu plus ces grands philanthropes que sont les Auchan, dont les propriétaires vivent en Belgique pour éviter le « matraquage » fiscal, ou les Leclerc – le pays où la vie est moins chère et où les salaires sont plus bas. La France d’en bas, qui n’a pas les moyens de s’exiler, fait de son mieux pour éviter le matraquage tout court.

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Paris – Septembre 2016 .

La France d’en bas court après les aides pour ne pas couler. La France d’en bas se fait enfler par les margoulins fournisseurs d’accès puisqu’aujourd’hui, sans portable et sans adresse mail, il est assez difficile de contacter les institutions ou les employeurs potentiels. Le bizness est juteux et offre des marges confortables. Mais c’est parfois insuffisant pour les requins de la finance. Ce bon monsieur Drahi, qui a mis la main sur SFR à la manière d’un flibustier, vient d’annoncer qu’il va virer un employé sur trois, sous la forme de départs volontaires. Comme si on lâchait volontairement son emploi alors que 3 ou 4 millions de gugusses pointent au chômage. Drahi s’en fout, il n’est pas là pour ca. D’ailleurs il habite en Suisse et sa boite est installée au Luxembourg. Le patriotisme économique a ses limites.

Pendant ce temps, chez Paul Emploi, un conseiller rédige un compte-rendu fictif d’entretien d’évaluation. Pas de bol, c’est le mien qui joue à ça. Le même Paul Emploi ne me verse plus mes allocations de retour à l’emploi ( l’intitulé prête à sourire ) disant que c’est à mon employeur de le faire puisque je dépends du secteur public. L’employeur en question m’assure qu’il va faire le nécessaire dans les meilleurs délais. En attendant que cet échange au ras du filet – c’est moi qui fait la balle – porte ses fruits, il faut néanmoins payer le loyer, les factures, les frais de bouche – même s’ils sont moins conséquents que ceux de l’Elysée. On s’en sortira , à crédit et en stéréo, comme dans la chanson.

La France d’en bas a parfois le sentiment que la France d’en haut préfère regarder ailleurs. Il est vrai que ce n’est pas très ragoûtant ces histoires de gens coincés entre le seuil de pauvreté et le plafond des ressources. C’est plus tendance d’avoir des comptes en banque exotiques, d’acheter des entreprises pour réaliser des plus-values en supprimant des emplois, s’éclater dans ce Monopoly où on achète des vraies maisons avec de l’argent virtuel sans jamais passer par la case prison. La geôle c’est pour la France d’en bas. Chez la France d’en haut, on fait appel – c’est suspensif – et on continue à se gaver aux frais de la princesse.

La France d’en bas sent sous les bras pendant que la France d’en haut prend son pied.

La France d’en bas s’inquiète des attentats terroristes pendant que celle d’en haut fourgue des armes aux pays soupçonnés de les financer. La France d’en bas est partagée entre ceux qui rêvent d’une révolution nationale pétainisante et d’un retour de l’ordre moral, sans grève ni syndicats, et ceux qui croient encore à la lutte des classes. Et puis il y a ceux qui n’attendent plus rien, qui fonctionnent au lieu de vivre, qui suivent le sport pour oublier le reste, qui ferment les écoutilles pour ne plus être éclaboussés par le nauséabond clapot de l’actualité.

1540-1Maigre consolation : avec ou sans pognon, un jour arrive où la France d’en haut et la France d’en bas se retrouvent au même endroit : la France d’en dessous, six pieds sous terre. En attendant, on essaye de vivre ou de survivre. Et bientôt, comme il faut choisir un nouveau maitre, tous les prétendants au trône vont trouver des solutions aux problèmes de la nation.

J’attends avec impatience ce feu d’artifice de la pensée qui illuminera les soirées eau et pain sec du petit peuple que tout le monde viendra caresser dans le sens du poil parce qu’il ne faut jamais oublier que ce qui motive la plupart des prétendants à la fonction suprême, ce n’est ni l’ambition personnelle, ni la mégalomanie, mais l’intérêt du peuple et le bien être de la nation. On s’en rend compte chaque matin.

Vive la rentrée. Et sachez le, sous le macadam, il reste encore des pavés. A bon entendeur.

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Auteur : Riccardo

Quand j'avais quinze ans c'était "peace and love". Quand j'avais vingt ans on gueulait "no future". Maintenant que j'ai passé le cap du demi-siècle cela m'ennuie un peu de constater que nous fonçons droit dans le mur... Après "no future" c'est quoi ?

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