La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

LE BLUES DE MONSIEUR LALOUZE

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La farce tranquille…

Monsieur Lalouze se pète un gros coup de blues. Il a fêté ses 60 piges et , grâce à un ami, il a pu quitter la ville pendant deux semaines pour aller contempler les vacanciers sur le littoral atlantique.

Le retour en train lui a permis de jeter un œil curieux sur ce pays qui est le sien – enfin c’est une façon de parler dans la mesure où il n’en possède que la langue. Il a vu défiler à toute vitesse les petits villages, les clochers, les champs, tout un bazar rustico-agricole qui a cédé la place au ciment et au béton lorsque le train s’est arrêté à Montparnasse.

Monsieur Lalouze a donc retrouvé son appartement – dont il n’est pas propriétaire –  son ordinateur et sa solitude car à la mi-aout tout ce qui est capable de bouger se barre. Ne restent que les cafards,  les fauchés ou les malheureux qui travaillent sous le cagnard. Fini les glaces le soir face à la mer. Retour au compte bancaire quasiment vide, aux rues désertées, à l’épicier fermé et à l’attente.

Attendre que la petite famille revienne de voyage, attendre octobre pour retravailler, attendre encore et toujours. Au final, monsieur Lalouze n’attend plus rien : il s’ennuie grave dans son deux pièces avec vue sur la rue Marcadet. Il n’a même plus l’envie de sortir faire des photos. Tout l’emmerde. Ca pue la déprime dans les coins sombres…
Il se demande comment tenir jusqu’à la prochaine paie qui arrivera fin octobre, c’est à dire dans deux mois et demi. On lui a envoyé des paperasses pour lui dire qu’en 2018 il pouvait prétendre à la retraite. On lui a même fait une estimation du montant de ladite retraite : russe tendance Bérézina. Il faudra continuer à gratter pour compléter.

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Monsieur Lalouze reste lucide et se dit qu’il n’est pas le plus malheureux et que, comme dans ce fameux  film, « jusqu’ici tout va bien ». Il aurait pu naitre ailleurs, dans un pays en guerre, chez des cons intolérants, au fond d’un désert. Les options sont multiples. Il est malgré tout content d’être en vie – même si parfois c’est un peu compliqué de s’en tirer sans fric . Il aura toute la mort pour se reposer comme disait Moustaki.

Et comme il a encore un accès internet et une radio, il se tient au courant de la marche du monde. Un matin tout va bien parce que des athlètes français ont chopé des médailles et que le gouvernement a vendu quelques millions de matériel de guerre – c’est bon pour l’emploi précise un ministre qui ne se formalise pas plus que ca du fait que fabriquer des engins de mort c’est quand même pas un boulot innocent. Le jour suivant c’est raté : pas de médaille, pas de vente d’armes. Et son forfait deux heures de communication sur son mobile est bouffé. Sale journée.

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Et pour l’attaque radicale c’est combien ?

Il s’étonne de la folie des hommes qui , conjuguée à la connerie, transforme la vie sur cette fabuleuse planète en un putain de calvaire. Il est impressionné de constater que son conseiller chez Paul Emploi – c’est pareil en fait ce n’est pas le sien, pas plus qu’il n’est propriétaire des nombreux espaces personnels qui lui sont dévolus sur internet – lui fasse parvenir le compte rendu d’un entretien téléphonique qu’il est censé avoir eu avec lui alors que ce jour là il n’était pas là. L’autre pourra toujours montrer à ses supérieurs qu’il a bien travaillé. On est au cœur du virtuel et de l’intelligence artificielle. C’est peut-être pour ca que ca merde.

Monsieur Lalouze se dit que, même sans une thune, il devrait au moins sortir de son trou et se balader dans les rues de la ville. Mais il est frappé de plein fouet par une forme d’aboulie et regarde les mouches au plafond du salon. Et pour que le blues soit complet, il a droit à une invasion de cafards dans la cuisine. S’il savait chanter, il en ferait une putain de bonne chanson, mais il a surtout envie d’exterminer ces redoutables insectes qui se cavalent la nuit lorsqu’il entre dans la cuisine pour boire un verre d’eau. Il parait que ces sales bêtes résistent même aux radiations nucléaires. Alors monsieur Lalouze peut toujours tenter de les gazer avec des bombes pleines de produits bien pourris, les cafards résistent. Monsieur Lalouze se dit qu’il devrait prendre modèle sur eux pour lutter contre la connerie ambiante qui gangrène les cerveaux .

Monsieur Lalouze se demande ce qu’il fout sur terre et comment il va s’en sortir. Il se demande s’il aura la force et l’énergie nécessaire pour être un mari et un père décent. Monsieur Lalouze trouve que le monde ne tourne pas rond. Enfin, pour être plus précis le monde tourne rond mais l’humanité déconne sévèrement et c’est probablement le plus grand mystère auquel il est confronté. L’homme met depuis toujours une belle énergie à dégueulasser la planète, à se battre, à piller, tuer, exterminer… A croire que la paix lui fait peur.

Monsieur Lalouze porte en bandoulière un désespoir profond, lucide et tranquille. Il sait que tout cela aura une fin. Reste à savoir où, quand et comment. Mais pour d’évidentes raisons, il préfère ne pas le savoir et continuer à vivre parce qu’il n’a pas le choix, qu’il n’est pas seul sur terre et qu’il doit continuer à se bagarrer jusqu’au bout. C’est aussi cela le blues. Putain de cafard(s) !

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Auteur : Riccardo

Quand j'avais quinze ans c'était "peace and love". Quand j'avais vingt ans on gueulait "no future". Maintenant que j'ai passé le cap du demi-siècle cela m'ennuie un peu de constater que nous fonçons droit dans le mur... Après "no future" c'est quoi ?

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