La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

MONSIEUR LALOUZE ET LA CANICULE

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Monsieur Lalouze se disait qu’un jour viendrait où, entre deux contrats à durée déterminée, arriverait l’été. Que cela pourrait être agréable après cet hiver trop doux et ce printemps pourri.

Le jour vint enfin où, libre mais fauché, il vit arriver le soleil qui, très vite, se mit à chauffer de façon caniculaire. Manque de bol, c’est à ce moment là qu’un lumbago particulièrement douloureux s’attacha à lui. Monsieur Lalouze se bourra d’anti inflammatoires divers, espérant que ce cocktail lui apporterait quelque soulagement.

Le mal de dos s’incrustait et les sales nouvelles tombaient. Un camion qui fonce dans la foule, des morts. Un gamin de dix sept ans armé d’une hache dans un train en Bavière qui termine sous les balles policières. En dépit de tout cela, le tour de France cycliste se déroulait sous haute surveillance et le gouvernement concoctait de nouvelles mesures pour fliquer la population dite « à risques ».  Au sens large du terme…

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Et par dessus tout, quelques journées caniculaires. De celles qui rendent brulants les derniers bancs publics et qui chauffent à blanc toute la ville. Monsieur Lalouze se réfugie chez lui, passe des heures dans la baignoire en lisant des polars, écoute de la musique derrière ses volets clos. Il se dit qu’il n’est pas si mal que ca lorsqu’il voit les sans logis se racornir sous la chaleur qu’ils tentent de combattre en descendant des bières chaudes elles aussi.
Il rêvasse en écoutant du rock, du blues, du jazz, du folk…. Tout ce qui le faisait bouger lorsqu’il avait vingt ans. Il rêvasse et repense à l’été 72, celui d’Istanbul et de l’Anatolie, à toutes ces années de voyage quand il passait sa vie à être de passage, ne jamais se poser, toujours bouger, les orangeraies espagnoles, l’hôtel à deux dirhams à Marrakech, les nuits allemandes…

P1150858Monsieur Lalouze rêvasse et le temps passe. Trop chaud dehors et trop seul dedans. Même son conseiller personnel chez Paul Emploi lui fait faux bond. Un courrier le prévient « qu’en raison du changement intervenu dans votre situation de demandeur d’emploi le rendez-vous avec un Conseiller Pole Emploi , initialement prévu le 27 juillet à 11h, est annulé ». Ce n’est pas de chance. Son conseiller, il le voit une fois par an, dans le meilleur des cas. Et là, même pas. Ceci dit, le conseiller en question, n’a pas de conseils à donner, il a pu s’en rendre compte lors du dernier entretien, l’an dernier.

Le changement intervenu dans sa situation de demandeur d’emploi, c’est qu’il va de nouveau se retrouver en fin de droits cet été. Dans son « espace personnel » sur le site de Paul Emploi, on lui précise même qu’un dossier de demande d’ASS lui a été envoyé. Ce n’est pas vrai mais c’est écrit sur l’écran donc pour Paul Emploi tout est réglementaire. Tous les ans, Monsieur Lalouze arrive en fin de droits et tous les ans on fait mine de lui envoyer un dossier de demande d’ASS ( Allocation Spécifique de Solidarité). Mais comme il finit presque toujours par retravailler un peu, la demande, à peine remplie, est caduque. Mais bon, cela fait tourner la machine à chier des papiers, les scanners et les photocopieuses.

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Monsieur Lalouze arrive en fin de droits et il est fort possible qu’il se retrouve un peu dans la merde le mois prochain. Du coup, en toute bonne logique administrative, le rendez-vous prévu avec le conseiller est supprimé. Monsieur Lalouze n’a plus qu’à se démerder tout seul au lieu d’aller embêter un conseiller avec des questions oiseuses.

Monsieur Lalouze n’est pas à se plaindre : il a un toit, de l’eau et de l’électricité. Tout le confort moderne.

Monsieur Lalouze trouve juste un peu idiot qu’on le laisse tomber au moment où sa situation devient plus critique, mais bon, encore quelques années bancales et ce sera la retraite. Merdique, mais tout le monde ne peut pas avoir un train de vie de sénateur, se dit in petto notre lamentable héros dégoulinant d’ennui entre ses quatre murs.

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Auteur : Riccardo

Quand j'avais quinze ans c'était "peace and love". Quand j'avais vingt ans on gueulait "no future". Maintenant que j'ai passé le cap du demi-siècle cela m'ennuie un peu de constater que nous fonçons droit dans le mur... Après "no future" c'est quoi ?

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