La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

EN GUERRE ?

1 commentaire

La tragédie niçoise nous met face à nos responsabilités. Difficile de penser au bel été alors que le sang a coulé et, que selon toute probabilité, il coulera encore. Impossible de dire où et quand mais c’est une certitude. J’entendais le lendemain du drame des festivaliers à la Rochelle déclarer que cela ne les empêcherait pas d’aller au concert.  J’ai également entendu toutes ces déclarations solennelles de nos politiciens, ceux au pouvoir comme ceux de l’opposition, appeler à l’augmentation des budgets de la police et de l’armée, se critiquer les uns les autres en une tragique cacophonie alors que, toutes tendances confondues, personne n’a été jusqu’ici en mesure de stopper Daesh, la monstruosité née au Moyen-Orient qui ensanglante la planète entière.

DSCF2768Certains préconisent l’emprisonnement préventif des individus suspects, d’autres dénoncent le jeu trouble de la Turquie ou de l’Arabie Saoudite. Chacun y va de son commentaire et dans les médias c’est un défilé d’experts plus ou moins talentueux qui vendent leur soupe sans que l’on y trouve l’ébauche d’une solution. C’est un curieux métier, expert pour les médias. On peut se tromper mais on reste expert.

Sommes nous en guerre ? Hélas oui. Sinistre constat pour les gens de ma génération, nés une petite décennie après l’horreur nazie, les camps d’extermination et les frappes nucléaires d’Hiroshima et de Nagasaki, sans oublier les bombardements de Tokyo, de Coventry ou de Dresde. C’est peut-être cet héritage douteux qui nous a fait croire à l’utopie hippie et à son beau slogan de « faites l’amour pas la guerre ». Mais nous avons pu voir au fil des années les contestataires et les « révolutionnaires » de 68 devenir des notables bedonnants et bien pensants; nous avons vu – enfin – la gauche parvenir au pouvoir. Nous avons vu l’effondrement de l’URSS, la fin de l’apartheid en Afrique du Sud; la fin de l’équilibre de la terreur qui était, bon an mal an, un équilibre.

Nous avons brièvement cru que c’était le début d’une ère de liberté. C’était faire l’impasse sur le manque de sagesse de l’humanité et sur l’avidité du complexe militaro industriel qui a besoin d’écouler ses produits comme n’importe quel fabricant. Et le seul débouché possible pour l’armement c’est les conflits, entre états ou entre factions, peu importe, il se trouve toujours des filières pour vendre et acheminer des armes. Et on trouvera toujours assez de gros cons fiers de parader devant les civils avec des fusils d’assaut. Même en temps de paix on fait défiler nos troupes, histoire d’exhiber notre puissance.

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Alors suis je en guerre ? Assurément. Mais contre qui ? C’est là qu’il importe de réfléchir avant d’agir. A première vue, la chose est simple : c’est la faute à Daesh et, par extension, aux musulmans et aux arabes. Du moins c’est ce que l’on veut nous faire avaler. C’est sûr que j’ai peu d’atomes crochus avec les fanatiques qui tuent au nom d’un dieu. Mais, de grâce, ne nous prenez pas pour des cons en nous demandant de voir en tout musulman un terroriste potentiel. Laissons cet argument puant à l’extrême droite qui, ne pouvant plus être officiellement antisémite, ne se gêne guère pour accuser les arabes de tous les maux qui frappent le pays. Je me méfie de ces « patriotes » qui aujourd’hui se dressent pour défendre une « identité » française alors que leurs parents s’étaient couchés devant les nazis quand ils n’avaient pas collaboré avec eux.

Alors oui je suis en guerre. Et cela me fait bien chier. Je préfère l’intelligence à la violence et je hais les marchands d’armes. C’est plus fort que moi : j’aime pas la guerre. Les conflits frappent avant tout des gens ordinaires, des citoyens désarmés qui tentent de sauver leur vie et leur progéniture de la folie homicide.

Pour l’instant, nous vivons ici une drôle de guerre sans ruines, sans ligne de front. A chaque attentat, tout un chacun s’indigne avant de s’en retourner vaquer à ses affaires. C’est la vie… Mais mon cœur saigne lorsque je pense aux Syriens, aux Irakiens, aux Libyens qui vivent l’enfer sur terre jour après jour, coincés entre des armées régulières, des coalitions étrangères et des tarés extrémistes armés jusqu’aux dents. Mais pour faire bonne mesure, je suis aussi en guerre contre l’opacité des circuits financiers où l’argent sale est blanchi, je suis en guerre contre les paradis fiscaux où le crime organisé côtoie sur les listings l’évadé fiscal et le terroriste. Il se dit que l’argent est le nerf de la guerre. Il serait donc grand temps de nettoyer certaines écuries même si elles ont pignon sur rue. Hélas, trop de transparence nuirait à certains intérêts. Il convient de protéger nos banques et nos entreprises, parait il. Et de remettre le couvercle sur la lessiveuse à pognon avant que cela ne déborde.

Je suis aussi et surtout en guerre contre la bêtise. Cette ressource est probablement la mieux répartie sur la planète. La bêtise d’une banderole proclamant « même pas peur » après le massacre du Bataclan et les poses héroïques des petits gars prenant le lendemain une bière en terrasse pour affirmer leur courage. La sottise des yakas et des faut qu’on ( ces derniers étant parfois de vrais cons de faucons) . Je suis en guerre contre ceux qui pensent qu’il suffit de raser la moitié du Moyen-Orient pour que les choses aillent mieux, je suis contre les cons du FN qui affirment qu’il faut « mettre dehors tous les arabes », je suis contre tout ceux qui nous demandent de frapper sans réfléchir, je suis contre ceux qui proposent des solutions exterminatrices et totalitaires. Je suis en guerre contre la connerie. Je ne connaitrai donc jamais la paix. Ce qui ne m’empêche pas de l’appeler de tout mon cœur.

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Auteur : Riccardo

Quand j'avais quinze ans c'était "peace and love". Quand j'avais vingt ans on gueulait "no future". Maintenant que j'ai passé le cap du demi-siècle cela m'ennuie un peu de constater que nous fonçons droit dans le mur... Après "no future" c'est quoi ?

Une réflexion sur “EN GUERRE ?

  1. Eh oui. Nous avons connu plusieurs guerres mondiales, l’occupation nazie, les massacres, le génocide des juifs.
    Désormais, nos « représentants » sont devenus prudents et pragmatiques.
    Ils vont faire leurs guerres ailleurs que chez nous.
    Mais les morts sont toujours là, même s’ils ne sont plus français ou allemands, ou américains, mais syriens ou africains.
    Et le résultat est finalement le même : ce sont toujours leurs guerres et nos morts.

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