La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

LA MAIN DANS LA CULOTTE DU ZOUAVE

2 Commentaires

DSCF6143Pendant une bonne grosse semaine, la France a eu les yeux rivés sur le zouave du pont de l’Alma, ce qui a permis à quelques guignols de respirer un peu en espérant que les mouvements sociaux et la grogne du peuple seraient solubles dans la crue.

L’enchainement rêvé du pouvoir c’est « la grande fête du sport » supposée détendre la population qui, entre les manifs, le chômage de masse, les Panama papers, les Luxleaks, le temps pourri, a les nerfs à fleur de peau. Alors, en avant marche, comme dit un de nos ministre, rétif à l’ISF qui le concerne, mais ardent partisan de la modération salariale pour les autres. A l’exception des « grands patrons » bien sûr. Ne confondons pas les torchons et les serviettes.
Allez les Bleus ! Ils ne sont plus black, blanc, beur, mais qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse. Sur fond de décrue, on aménage le Champ de Mars en « fan zone », c’est à dire un espace pour les fanatiques du ballon rond. Les bourges du quartier sont un peu réticents, entre le manque à gagner, la peur des hooligans ou des terroristes et les problèmes de stationnement. Pourtant, ce qui est vraiment terrifiant c’est David Guetta à la sono.

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Les fan zones sont sécurisées. Il est interdit de venir avec son lance-roquettes ce qui est assez compréhensible. Dans le même souci sécuritaire, il est interdit d’apporter à boire ou à manger. Des stands seront là pour vendre de la bouffe et des boissons à des tarifs prohibitifs. Mais que ne ferait on pas pour aider Mac Donald, cette entreprise soupçonnée d’évasion fiscale. D’ailleurs,  les entreprises organisant l’Euro seraient, dit on, exonérées d’impôts. On ne prête qu’aux riches.

Et puis comme le dit un anthropologue (!) dans le Parisien Libéré : « Les compétitions de football marquent une rupture avec notre quotidien, très morose, très gris en ce moment. Nos ennuis et nos tracas s’estompent. Ca n’efface pas les problèmes, mais le temps de l’événement, on fait comme une pause et on pense à autre chose(…) On va pouvoir dire des gros mots qu’on ne dit pas généralement et on va souffler un bon coup ». On appréciera la finesse du propos, au ras de la pelouse.

A noter que pour les gros mots, pas besoin de l’Euro, on a déjà les manifs où les insultes volent bas entre flics et manifestants. L’anthropologue poursuit dans la même veine : « Le temps de la compétition, les relations entre les gens changent. Il y a moins de hiérarchie, plus de connivence, tout le monde au boulot se dépêche de rentrer pour voir le match (…) le foot c’est un trait d’union entre les gens… ».. Finie la lutte des classes, tous derrière les bleus. Magie du sport…

DSCF6227Avis aux grévistes : ne vous mettez pas en travers de la route de celui qui « se dépêche de rentrer pour voir le match ». Entre les amateurs de foot et les victimes des dégâts des eaux, on peut déjà prédire que tout mouvement social sera durement stigmatisé car « l’heure n’est plus à la contestation ou à l’affrontement, blablabla, élan indispensable de solidarité, blablablabla, le vivre ensemble, blablabla »…. Tout ceci entrecoupé de témoignages édifiants sur « ceux qui ont tout perdu dans la crue » et « la folle liesse des supporters »…
Comment oseriez vous revendiquer quoi que ce soit quand d’autres ont les pieds dans l’eau ? Faudrait être un sacré dégueulasse. Vous êtes dans la merde, c’est vrai, mais au sec.

Rassurez vous, les beaux quartiers ont été épargnés et les riches peuvent tranquillement vaquer à leurs affaires. Les fauchés, crue ou pas, constatent que leur compte en banque reste à sec. Il leur reste les yeux pour pleurer et les « fan zones » pour s’éclater devant les exploits de joueurs surpayés. Du pain rassis et des jeux pourris. Il paraît que l’on a besoin de ca pour se détendre et se changer les idées. Pour oublier les arnaques des grands de ce monde, oublier les migrants qui se noient, ceux qui dorment dehors, oublier tout ce qui pourrait gâcher la fête.

Comme une vague impression d’être, une fois de plus, pris pour des cons. Envie d’une crue soudaine et limitée au Champ de Mars, histoire de faire foirer ce plan miteux où la cote de popularité du gouvernement se balade quelque part entre la culotte du zouave et le point de penalty.

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Auteur : Riccardo

Quand j'avais quinze ans c'était "peace and love". Quand j'avais vingt ans on gueulait "no future". Maintenant que j'ai passé le cap du demi-siècle cela m'ennuie un peu de constater que nous fonçons droit dans le mur... Après "no future" c'est quoi ?

2 réflexions sur “LA MAIN DANS LA CULOTTE DU ZOUAVE

  1. Cà fait du bien de lire çà.

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