La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

FLICS, FLAQUES,FLOPS …

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« …les CRS ont été visés par des projectiles, ils ont chargé et envoyé des gaz lacrymogènes pour calmer la foule. » Cette phrase qui vaut son pesant de cacahuètes figure dans un article du Monde.fr en date du 14 avril. Dont acte.

vauUne minorité d’agités leur balançant des trucs, ils « calment » la foule, c’est à dire la majorité qui ne lance rien, en chargeant et en tirant des lacrymos. Je ne veux pas taper sur les médias, mais cela me gêne quand même qu’un journaliste puisse écrire un truc comme ca, que sa hiérarchie n’y trouve rien à redire et que l’on diffuse cette ânerie. Mais il n’y a plus qu’une minorité de journaux dirigés par des gens de presse et les belles plumes se font rares. Les banquiers sont passés par là.

Ceci dit, le problème reste entier. Et depuis des décennies, il peut y avoir une énorme mobilisation pour telle ou telle cause, le traitement médiatique est toujours le même. Côté images, une fois que l’on a fait quelques vues d’ensemble pour montrer la foule, que reste il à photographier ? Les panneaux les plus rigolos, le gamin ou la copine sur les épaules de son père ou de son copain. Allégorie garantie. Ensuite, on tentera de trouver la jolie jeune fille qui incarnera bon gré mal gré une sorte de Marianne, effigie de la lutte. Et c’est fini.

Mais en fait ce n’est pas fini. Le meilleur est à venir d’un point de vue iconographique. On attend ceux qui feront la une, même s’il ne sont qu’une poignée. Les casseurs. Malheur au photographe qui ne rapporte pas d’images choc. « T’as pas fait les casseurs ? Tout les autres les ont fait! ». C’est pourquoi en fin de manifestation, on voit assez souvent trois groupes se constituer au moment de la dissolution.

Le premier groupe est composé de gens en général masqués, cagoulés. On sent bien qu’ils ne sont pas venus pour fraterniser avec les forces de l’ordre.

Le second groupe est constitué de policiers en civil qui, jusqu’au moment où ils mettent leur brassard, ressemblent beaucoup au premier groupe. Mais les confondre peut couter cher.

Le troisième groupe est constitué de photographes et de cadreurs qui attendent le début de la corrida pour obtenir ces images qui feront trembler le pays le soir même.

Une poubelle en feu filmée au grand angle avec deux cagoulés au second plan et hop, on obtient un effet intifada sur le boulevard Magenta. La France, tétanisée par ce terrible spectacle, en oubliera même le motif de la manifestation. A chaque fois c’est la même histoire. Les organisateurs déplorent les violences causées par des éléments forcément extérieurs quand on ne clame pas que c’est la police qui a pété les vitrines. Peut importe la forme, sur le fond, c’est la violence qui l’emporte d’un point de vie médiatique.
Je ne jette pas la pierre aux photographes et aux cadreurs. Ils font leur travail. En revanche, le choix éditorial – sur lequel ils ont rarement un droit de regard – de privilégier les « photos choc » au détriment du reste peut se discuter. Et puis le grand coupable c’est le lecteur ou le spectateur, ce vampire tranquille qui en redemande à chaque fois.

Et voilà qu’un OVNI débarque dans tout ca. Nuit Debout, constitué de citoyens de base qui ont le sentiment qu’il est urgent de bâtir autre chose. Avec tous les problèmes que cela suppose. Tout le monde est à peu près d’accord sur un point : le système actuel n’est plus vraiment au service du peuple. Fort de ce constat, Nuit Debout propose un débat citoyen, sans violence et ouvert à tous. On entend dans ces débats le meilleur et le pire, les opinions sont très diverses, tout autant que les rares propositions. Les aléas de la spontanéité, réelle ou supposée. Côté photo, on a des gens assis, un air de fête et quelques têtes amusantes. Pas de poubelles en flammes, pas d’émeutes pendant les douze premières nuits. Nuit Debout n’est pas un mouvement violent. Son « service d’ordre » prône la sérénité, un concept qui suppose un niveau de conscience collective qui n’est, hélas,  pas unanimement partagé. Le mouvement est intéressant mais fragile. Comment expliquer à une dizaine de zozos décidés à casser que ce n’est pas dans l’esprit du rassemblement et que pas mal de monde n’attend que ce genre de débordements pour virer tout le monde ?

Nuit Debout propose autre chose que ces manifestations au rituel bien établi (voir les trois groupes). Plutôt que rabâcher des slogans crachés par la sono, on est invité à réfléchir. Mais à chaque fois que je passe là-bas, j’entends des gens demander « quel est votre programme ? »…. Il en existe bien un, mais qui, à mon humble avis tient plus de l’inventaire à la Prévert que d’un socle solide pour bâtir quelque chose. En l’état actuel, on est plutôt en train de construire des châteaux de sable. Sous les pavés la plage ? Même plus. Et bientôt, il y a fort à parier qu’une marée bleue et casquée viendra virer tout le monde avant que les hommes en vert effacent les graffitis au sol. On laissera l’intouchable « mausolée » dédié aux victimes des attentats et on rendra l’espace aux skates boards. Fun fun fun….

boycott1-300x203Pourtant, le peuple dispose d’armes non violentes et très efficaces. Le boycott en est une. Je ne parle pas du boycott électoral, un plan assez risqué au vu des scores du FN. Je parle de la manière de vivre de chacun, de la façon dont nous dépensons nos ronds. Par exemple, peut on réclamer un autre monde en continuant à cautionner les pratiques pourries des grandes surfaces qui aujourd’hui reviennent en force intra muros sous des étiquettes « cool » ( Monop’ pour Monoprix , A2pas pour Auchan, etc…). Ces boites là ont décidé de tout dégager, jusqu’à l’arabe du coin. Bientôt ils seront en situation de monopole absolu. Il ne restera plus que d’improbables épiceries « spécialisées » pour nous fourguer des légumes « frais du jour » et des condiments exotiques qui feront les délices de ceux qui pourront se les offrir. Et nous n’aurons plus d’autre choix qu’enrichir le sympathique Leclerc (celui qui nous défend face aux méchants lobbies) et la famille Mulliez qui préfère vivre en Belgique pour éviter d’être trop taxée sur sa fortune.

Offres-noel

Quand le Père Noël est une enflure…

Boycott disais-je. N’achetons plus chez les gros qui nous prennent pour des cons. Cessons d’encenser Apple, la boite cool qui planque son fric aux Iles Vierges. Crachons sur les promotions bidons, les offres exceptionnelles, les prix cassés qui le sont car derrière ce sont les salaires et les vies qui sont cassés. Cette forme d’action est simple et efficace. Boycottons Amazon qui fait trimer des gars dans des hangars sous contrôle d’un flicage informatique orwellien. Achetez à proximité, à des vrais gens et non à des chaines ou des franchises pas très franches.
Achetez moins, achetez mieux.

Et si Nuit Debout se dissout un de ces jours, continuez à penser, à choisir. Après le rêve du grand soir, après les nuits debout, c’est à chacun d’ouvrir les yeux. Peut-être qu’ainsi le jour se lèvera sur autre chose que ce chaos mercantile où nous errons pendant qu’une petite minorité se joue de nos vies pour faire du profit. Restons debout nuit ET jour.

http://www.nuitdebout.fr/

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Auteur : Riccardo

Quand j'avais quinze ans c'était "peace and love". Quand j'avais vingt ans on gueulait "no future". Maintenant que j'ai passé le cap du demi-siècle cela m'ennuie un peu de constater que nous fonçons droit dans le mur... Après "no future" c'est quoi ?

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