La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

EN ATTENDANT LA PANNE où SI L’ON PARLAIT D’AUTRE CHOSE QUE D’ABDELSLAM …

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11224409_863374900443031_8339718628591259395_nDevant la mairie du 18ème deux jeunes voyageuses avec leurs gros sacs à dos recherchent désespérément l’auberge de jeunesse de la rue Ramey. Elles sont sorties du métro, l’œil rivé à l’écran de leur téléphone portable (smartphone en novlangue), indifférentes aux gens du quartier. Le regard file à la recherche des plaques de rue. Elles sont perdues, désorientées. Je ferais bien le pas pour les aider, mais j’ai envie de voir combien de temps va durer ce sketch là. Autrefois, on regardait, on demandait son chemin et on arrivait en général à ses fins. Aujourd’hui, le voyageur, tel un zombie fébrile avance dans la ville, la tronche collée sur l’écran. Du coup, il ne voit ni les façades des maisons, ni les gens qui vivent là. Il avance dans sa bête solitude numérique, confiant dans la technologie du GPS et instinctivement méfiant à l’égard du pékin qui s’immisce dans sa vie pour lui demander s’il peut l’aider.

Après trois quatre minutes de recherches et deux démarrages pas trop assurés dans de mauvaises directions, nos deux voyageuses finissent par franchir le pas et demandent à un passant où se trouve l’hôtel en question. Peut-être qu’elles auraient du commencer par là. Je trouve un peu triste que le voyage, qui est une porte ouverte sur l’autre et sur les rencontres, devienne ce triste cheminement entre l’application « trouver une pizzeria » et « jamais seul avec ma tablette ». Est ce moi qui vieillit où ce monde devient il de plus en plus mécanique et de moins en moins humain ?

Nous nous retrouvons tous avec ce fil à la patte, un ordinateur plein de photos que l’on ne regarde plus et quelques giga octets de musique que nous n’écoutons guère. On nous incite à commander le moindre objet sur internet, à cliquer pour exister. Au final, on est pas loin de l’animal dans un laboratoire qui appuie sur un bouton pour faire tomber la bouffe. Il y a quelques décennies, être « branché » c’était préférer un feu de bois avec des potes à la fée électricité. Aujourd’hui, nous sommes câblés, connectés, emberlificotés dans un paquet de mots de passe et d’identifiants, et pour obtenir le moindre renseignement, il faut se mettre à nu, numériquement parlant, laisser une adresse mail qui sera rapidement bombardée de messages inutiles, se laisser suggérer des amis et des centres d’intérets par des algorithmes pervers.

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Et mon cul c’est du poulet ?

En ce moment, comme mon âge n’est pas un secret sur la toile, Facebook me suggère avec insistance une page sur la thématique fascinante de la prostate et une autre « publication suggérée » qui tente depuis trois mois de me fourguer un sweet-shirt à la gloire des gens nés en 1956. Big Brother n’est au final qu’un marchand de soupe frelatée qui voudrait bien me fourguer sa came. La prochaine étape sera de ficher les malfaisants qui ne laissent pas de traces sur la toile.

Sur le fond, je m’en fiche bien. Hélas cette numérisation galopante entraine la disparition de nombreux bureaux et services où l’on était en contact réel avec de vraies personnes. De nos jours, si l’on postule à un emploi, on reçoit dans les cinq minutes un courrier « personnalisé » vomi par un robot qui vous « remercie de l’intérêt que vous portez à notre entreprise » tout en précisant que si l’on ne reçoit pas d’autres « alertes » sous trente jours, c’est même pas la peine d’insister. J’adore tous ces faux courriers où l’adresse est no reply @ mon cul.com….
Parfois je rêve de LA panne. La grosse qui nous renverrait d’un coup à nôtre humaine condition, nous obligerait à quitter ces putains d’écrans qui nous bouffent l’âme, nous permettrait de retrouver le sens de la vraie vie où l’on se parle en face sans interface « ludique et conviviale ». Le paradoxe c’est que je tape tout cela sur un foutu clavier et que je vous passe ce message via des « réseaux sociaux » et des serveurs énergivores qui, non contents de détruire les liens humains, niquent la planète grâce à l’électricité nucléaire. Et le pire, c’est que cela ne nous rend pas plus intelligents ni plus sages. En revanche nous sommes de plus en plus dépendants des « fournisseurs d’accès », un secteur où dit on se réalisent les plus spectaculaires des marges bénéficiaires. Pas étonnant qu’on y trouve autant de requins affolés par l’odeur du pognon.
Comme disent les Vénitiens : « Mondo cane »….

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Auteur : Riccardo

Quand j'avais quinze ans c'était "peace and love". Quand j'avais vingt ans on gueulait "no future". Maintenant que j'ai passé le cap du demi-siècle cela m'ennuie un peu de constater que nous fonçons droit dans le mur... Après "no future" c'est quoi ?

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