La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

COMME UN CAFARD AU FOND D’UN PLACARD

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DSCF5678Après avoir exposé hier mes petits soucis avec les administrations lorsqu’elles se lancent dans les nouvelles technologies, je suis donc parti travailler pour oublier un peu mes déconvenues informatiques. Rien de tel que la vraie vie pour se remettre les idées à l’endroit.
Et ce matin, puisque je suis en congé, j’en profite pour faire un saut jusqu’aux bureaux de la CAF, prêt à faire la queue pour obtenir enfin ce mot de passe, sésame sans lequel rien ne s’ouvre. Et, oh surprise – mais en fait je ne suis qu’à demi surpris – les bureaux de la CAF sont fermés du lundi au vendredi. C’est aujourd’hui jeudi. Vous m’avez compris. Un autocollant précise bien que «  pour des contacts plus rapides pensez à consulter le wtf.caf.fr « . C’est le site qui se propose de m’envoyer ce foutu mot de passe «sous quelques jours et par courrier ». On tourne en rond là. Il est également écrit « Pour vos démarches pensez au caf.fr ». Bien sûr.
Retour à la maison, un tantinet déconfit, cela va sans dire. Je repense à la soirée d’hier que j’ai passé au musée, le nez sur la série de tableau de Thomas Cole, peintre américain qui, en cinq toiles,  a brossé le déclin de l’empire.

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Je me demande où nous en sommes aujourd’hui. Quelque part entre l’apogée et la destruction, me souffle mon moi intérieur un peu cafardeux. Et encore, ce n’est que le point de vue d’un petit français qui, depuis sa naissance, a eu la chance de vivre en paix et de manger à sa faim. Si j’étais un barbare, je m’inscrirais immédiatement pour participer à la destruction de l’empire en question, cet empire qui m’envoie des lignes de codes et me donne la sensation d’être une mouche qui se cogne sur la vitre en essayant bêtement de sortir vers le monde extérieur.
En attendant de briser la glace, je tombe sur une tribune dans le Monde où un certain Abdenour Bidar écrit que « Notre crise majeure n’est ni économique, ni financière, ni écologique, ni sociopolitique, ni géopolitique : c’est une crise spirituelle d’absence radicale – dans les élites et dans les masses – de vision d’un sublime dans l’homme qui serait partageable entre tous, athées, agnostiques, croyants. » Absence radicale de vision à tous les étages. Ca me paraît assez juste comme analyse. Et cela dure depuis quelques millénaires. Qu’est ce qui pourrait donc être partagé entre tous, athées , agnostiques, croyants ? Le bonheur et la joie de vivre ? L’amour du prochain ? J’entends déja les ricanements. Soyons réalistes : la seule chose qui semble relier et brancher tout le monde ici bas c’est le fric. Ou le pouvoir.

Si nous devions rendre la planète maintenant, l’état des lieux serait assez catastrophique. Mal entretenue, sale, des trucs cassés, d’autres disparus… On ne va jamais nous rendre la caution, ca c’est sûr. Il faut se préparer à l’idée que bientôt l’espèce humaine vivra dans un monde sans éléphants, sans tigres, sans rhinocéros, à part ceux que nous aurons enfermés dans des zoos. Un monde sans. Un monde « de bruit et de fureur » où presque plus personne n’est en mesure d’écouter le chant de la terre, un monde où nous nous vautrons, abrutis par la surconsommation, les alertes sur des téléphones portables, les visites virtuelles de mondes disparus alors que le notre est en train de sombrer par manque de « vision d’un sublime dans l’homme ». Moi qui aurais simplement voulu un peu plus d’empire sur moi-même, me retrouve au beau milieu d’un foutu champ de mines où il faut consommer pour exister, faire tourner la roue comme un pauvre con de hamster anorexique ou finir à la rue, le nez dans le caniveau. Joli programme.

J’ai des envies de nature, des envies de forêt, des envies de ne plus être planté dans cette ville où tant d’entre nous cultivent l’herbe amère de la solitude au cœur de la multitude. Ailleurs c’est encore moins jobard. Guerre, famine, corruption, trafics en tout genre. Mon seul petit luxe, c’est de pouvoir poser mes fesses au chaud – profitons en tant que cela dure – et me rendre compte que nous sommes dans une belle impasse avec toutes nos grandes idées et toute notre technologie, que le mur se rapproche inexorablement et que le mot fin prendra bientôt tout son sens.
Dans ces conditions, difficile d’affirmer à nos enfants que la vie est belle et que l’espoir fait vivre. Ouais, survivre dans le meilleur des cas. Ce doit être pour cela que tant de gens se cramponnent à l’idée d’un ailleurs un peu vaporeux où enfin ils pourront se reposer près des dieux qu’ils ont imaginés parce qu’ils avaient peur d’un monde qu’il ne comprenaient pas. Aujourd’hui, l’homme « moderne » se targue de connaître le monde dans lequel il évolue. Et grâce à cette connaissance, il fabrique des tas de machins, il s’agite dans tous les sens, sauve des vies d’une main mais en fauche des milliers de l’autre.

DSCF5680 Parfois, j’aimerais bien moi aussi me cramponner à quelque chose, mais le courant de la vie m’emporte de plus en plus vite vers le fond du trou et je me raccroche comme je peux à ceux que j’aime et à ce que j’aime. Je pense à ceux qui ont disparu, que je ne reverrai plus jamais. Ceux qui sont là mais que je devrais un jour abandonner… La vision d’un sublime dans l’homme s’éloigne à grande vitesse et je me trouve comme un gland devant un clavier. Sortir et marcher dans le grand désordre urbain, dissoudre mes inquiétudes dans le grand guignol urbain… Rien ne me tente. La solution c’est un métabolisme en basse consommation, regarder le plafond en guise de vision sublime et attendre je ne sais trop quoi, un miracle ou une grosse merde.

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Quel dommage et quel gâchis ! Des millénaires pour en arriver à ce que les uns surconsomment pendant que les autres crèvent la bouche ouverte dans une molle indifférence. On doit pouvoir faire mieux que cet univers régi par le fric et l’envie d’en avoir.
« L’imagination au pouvoir » reste un slogan et rien de plus. Enfin, non, j’entends à la radio que le « secteur des jeux vidéos est en pleine expansion »…. Pour l’imagination, cramponne toi au joystick mon frère. Tout baigne. Regarde bien l’écran qui t’aide à oublier le mur qui s’approche. Tout baigne. Achète, consomme et crève.

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Ou alors se lever, envoyer chier tout ce qui empêche de voir la vie, briser la vitre, prendre notre essor pour une dernière et sublime trajectoire dans l’azur avant qu’arrive la mort aux yeux de verre. Dire merde aux banques, aux pantins qui peuplent le minable Olympe des pseudo « grands » de ce monde. Dire merde à ce qui nous empêche de respirer à plein poumons. Le bonheur n’est pas à vendre mais à prendre. Mais aujourd’hui, en attendant d’hypothétiques jours meilleurs, tout ce que j’ai à revendre c’est un gros stock de cafard en bombes…

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Auteur : Riccardo

Quand j'avais quinze ans c'était "peace and love". Quand j'avais vingt ans on gueulait "no future". Maintenant que j'ai passé le cap du demi-siècle cela m'ennuie un peu de constater que nous fonçons droit dans le mur... Après "no future" c'est quoi ?

2 réflexions sur “COMME UN CAFARD AU FOND D’UN PLACARD

  1. On ne peut pas dire que tu sois franchement gai, toi ! En même temps, difficile de ne pas partager ce constat accablant. Toutes les issues (à part les chouettes rapports avec quelques chouettes humains) semblent actuellement salement bouchées.
    Et c’est sûr qu’on ne nous rendra pas la caution !

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