La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

LA TETE A L’ENVERS

2 Commentaires

crumb-9 - copie Nous sommes de nos jours soumis à un bombardement médiatique qui déclenche une fragmentation de la pensée dont l’ultime avatar se décline en 140 signes maximum.

Les petites phrases assassines et les slogans des marchands de vent remplacent les grandes idées. C’est plus « fun », plus « trendy », et surtout cela ne nécessite pas trop d’effort de compréhension. Il ne faut pas perdre son temps. Le temps c’est de l’argent. Bel adage en vérité. Quand on a l’argent, le temps manque et quand on a le temps c’est l’argent qui manque. Une petite minorité – composée de « people » et de « happy few » – jouit simultanément des deux mais l’immense majorité de l’humanité cavale derrière en essayant de gagner un peu de temps ou un peu d’argent, en fonction de la situation.

L’argent étant une invention de l’homme, il arrive de temps en temps à en attraper pour l’amasser ou l’échanger contre des objets ou un peu de temps libre. Mettre du temps de côté c’est plus difficile. Quand le temps n’est pas libre c’est que nous sommes occupés à travailler ou à chercher du travail ou n’importe quel moyen d’amasser de l’argent. Tout cela est bien rôdé. L’oisiveté est mère de tous les vices, paraît-il. Nous avons tous en tête l’histoire de la fourmi laborieuse qui envoie balader cette feignasse de cigale. Travailler c’est bien, buller c’est mal.
C’est ainsi que jadis, l’homme libre, maitre de son destin, faisait trimer l’esclave. Quelques millénaires plus tard, progrès technique oblige, il n’y a officiellement plus d’esclaves. Nous ppsilexandthecity3_1600 - copiesommes libres de choisir la taille et la longueur de nos chaines. En revanche, les maitres sont toujours là. Rien n’a changé pour eux. Ils dégustent les fruits de notre labeur tout en nous prodiguant de bons conseils. Ils ont également mis en place des programmes, des grilles et des chaines pour occuper notre temps libre. Au lieu de regarder le ciel, les nuages, on est collé sur un écran, appliqués à télécharger des applications. Triste topique.

Perdus dans le bruit médiatique, nous n’entendons plus la nature sauf lorsqu’elle se fâche. Nos outils creusent, perforent, tuent, transforment et nos déchets empoisonnent la vie de la planète. On fait passer le sage pour un simple d’esprit et l’exploiteur se déguise en entrepreneur et en homme d’affaires. Le sage n’est pas « réaliste », il n’a rien à vendre et « ce n’est pas avec ces idées que l’on fera bouffer les gens », déclare l’homme d’affaires qui lui, a des tas de choses à vendre aux travailleurs qui ne sont plus des esclaves et qui ont du temps libre. Temps libre que l’on est censé utiliser pour acheter des produits. C’est ainsi que l’argent retourne vers le haut – et que le travailleur, esclave de ses pulsions consommatrices, retourne travailler pour gagner de l’argent et acheter des produits… Cercle vicieux pour les uns, vertueux pour les autres, en fonction de la position occupée dans la pyramide sociale.

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Parfois, le travailleur a envie d’autre chose. Il a envie de prendre le temps et de le regarder s’écouler. Le temps de travail, on en parle beaucoup. Le travailleur pense que c’est trop long pour l’argent que cela lui rapporte. Le maitre trouve que le travailleur lui revient trop cher et voudrait bien rallonger le temps de travail mais sans allonger d’argent. Deux visions difficilement conciliables. Mais au final, on s’accorde sur la notion essentielle : le travail. Qu’il y en ait trop ou pas assez, le travail reste l’Alpha et l’Omega de notre monde. Et le travail c’est un peu comme le cul. C’est souvent ceux qui en parlent le plus qui en font le moins. Tout ceci est assez instable et de temps à autre les travailleurs retournent la table des négociations. Il arrive même qu’ils se mettent en grève, arrêtent de fabriquer des machins avec des machines et les hommes d’affaires qui n’ont pas de temps à perdre avec ce genre de choses y perdent parfois de l’argent. On a même vu passer des révolutions.
Alors pour faire tenir cet édifice branlant, on insuffle de la peur. Cela fonctionne un peu comme la gélatine alimentaire. Le cerveau devient d’ailleurs une sorte de gelée qui se contente de recevoir des signaux et se garde bien de les analyser ou de les interpréter. Se chier dessous est un geste simple, délicieusement régressif. On joue à se faire peur avec ce qui ne nous menace pas directement mais l’on reste de marbre devant des faits qui devraient nous effrayer. Nous avons peur des terroristes mais nous trouvons raisonnable d’enfouir dans le sol des déchets nucléaires extrêmement radioactifs. Nous avons peur de mourir un jour alors que le plus effrayant c’est le vide de nos vies rongées par le productivisme et le matérialisme.

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Sous couvert de civilisation, on emmerde les derniers peuples qui vivaient en symbiose avec la nature, on les envoie dans des écoles pour leur apprendre à lire et à écrire afin qu’un jour ils puissent connaître l’enivrante liberté consistant à choisir entre deux marques de soda. La belle affaire.
Les calottes polaires et les glaciers n’ont plus qu’un parfum, celui de la fonte. La vie disparaît des océans mais on s’en fiche parce que cela ne se voit pas et que de plus les poissons ne votent pas et n’achètent rien. On parle de crise migratoire sans vouloir admettre que les causes profondes en sont les conflits générés par l’extrême inégalité que l’homme a instauré à une échelle inédite dans sa courte histoire entre ceux qui luttent pour ne pas mourir et ceux qui les regardent avec des sentiment mêlés allant de l’indifférence à la pitié.

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Alors travailler comme un abruti pour enrichir une poignée de branleurs ce n’est pas ma tasse de thé. Je préfère réfléchir que fléchir, prendre mon temps avant de courir après l’argent, jouer avec mes enfants plutôt qu’en Bourse. Vivre de peu plutôt qu’accumuler de façon compulsive, partager et échanger plutôt qu’empiler des richesses bien illusoires, m’enrichir l’esprit au lieu de m’encombrer le cerveau avec ce tsunami d’informations qui nous submerge et nous rejette sur les rivages de l’incompréhension. Ce n’est pas difficile. Il suffit de trier et de ne garder que l’essentiel, la « substantifique moelle » de Rabelais. Le reste n’est que tromperie et illusion.
C’est au prix de cet effort qu’un jour nous cesserons de marcher la tête à l’envers .

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Auteur : Riccardo

Quand j'avais quinze ans c'était "peace and love". Quand j'avais vingt ans on gueulait "no future". Maintenant que j'ai passé le cap du demi-siècle cela m'ennuie un peu de constater que nous fonçons droit dans le mur... Après "no future" c'est quoi ?

2 réflexions sur “LA TETE A L’ENVERS

  1. Tu m’expliques pourquoi j’ai laissé tomber touitteur, pourquoi je n’ai pas réussi à me brancher sur fessebouc, pourquoi je n’ai pas la télé et encore pas mal d’autres trucs de même farine.

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