La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

PUTAIN DE VAGUE !

1 commentaire

Une vague d’indignation a fait le tour de la planète à cause de la photo d’un enfant noyé. Les solidarités s’organisent, les dons, les aides de toute sorte affluent et l’on ne peut que se réjouir de cet élan d’humanisme. Mais le propre d’une vague c’est de retomber pour mourir sur le rivage.

SDIM0108Le rivage c’est notre quotidien, plus ou moins confortable en fonction de nos revenus et de notre appréhension du monde où nous vivons. Notre indignation ne mettra pas fin à ce conflit. La vague retombera. La photo deviendra une « icône » et nous sommes déjà repartis dans nos activités basiques . C’est la vie. Cette vague n’est pas la dernière. La marée monte, la marée descend, les vagues se suivent et finissent à la longue par éroder le rivage, fut il de granit. Pour comprendre, il faut regarder l’océan. Celui de nos contradictions. La mort d’Aylan est insupportable. Mais ni plus ni moins que celles des milliers d’Africains noyés entre Gibraltar et Lampedusa.

Tétanisés par l’horreur moyen-orientale, nous sommes en train d’accepter l’idée que ces derniers sont des réfugiés « économiques » et qu’à ce titre, il est normal de leur fermer la porte au nez. « Nous n’avons pas d’emplois à leur proposer », « on ferait mieux de s’occuper de « nos » pauvres », etc … Mais pourquoi ces réfugiés économiques ? Comment se fait il que le continent africain qui regorge de richesses fabrique autant de miséreux qui abandonnent leur pays et risquent leur vie dans l’espoir d’un travail qui leur permettra d’envoyer de l’argent à ceux qui sont restés là-bas ?
C’est la faute aux Africains eux-mêmes diront certains, pointant du doigts les potentats locaux et la corruption. Mais si l’on regarde tout cela d’un peu plus près, on voit que les potentats locaux sont trop souvent adoubés par des compagnies minière et pétrolières, que l’argent public détournés par ces potentats finit dans des banques européennes ou américaines et que les « grandes puissances », si elles pensent que leurs intérêts sont menacés, n’hésitent pas à envoyer des troupes ou à livrer des armes pour soutenir des salopards. Il faut dire que ces derniers ont pendant des décennies financé les campagnes électorales de certains politiciens occidentaux. Un renvoi d’ascenseur pour une protection rapprochée, c’est le deal.

1261557295
A cela s’ajoute la mainmise des pays riches sur l’économie des pays « en voie de développement ». Un exemple ? Un homme d’affaires français a des participations dans des plantations en Afrique et en Asie, via une société belge. Cet homme d’affaires, par ailleurs à la tête d’un grand groupe de « communication », peut se permettre de faire pression pour que les grands médias n’ébruitent pas trop le fait que dans lesdites plantations les ouvriers se mettent en grève pour dénoncer les mauvaises conditions de travail. Il peut aussi faire en sorte que les journalistes qui font des enquêtes sur ses activités ne trouvent personne pour les publier. Ce monsieur gère la plupart des ports en eau profonde d’Afrique de l’ouest et je me suis laissé dire que là aussi, les conditions de travail n’étaient pas fabuleuses. Areva au Niger n’est pas non plus un employeur modèle. Au Nigeria, Shell a été poursuivie pour complicité d’assassinat dans la mort de Ken Saro Wiwa, prix Nobel alternatif en 1994, exécuté par pendaison l’année suivante. L’Afrique aux Africains ce n’est pas encore tout à fait ca. On pille le continent d’une main, on l’aide de l’autre. Au final c’est toujours l’Afrique qui perd .
Tout ca pour dire que la guerre économique fait beaucoup de morts. Les 1100 ouvrières écrasées dans l’effondrement d’un immeuble au Bangladesh, les gazés de Bophal, tous ces gens triment dans des conditions qu’aucun de nous ne supporterait. Et nous sommes sur le pont à contempler les vagues pendant qu’ils bossent à fond de cale afin que nous puissions bouffer des haricots verts en plein hiver, acheter des fringues « pas cher » aux entreprises dont on a retrouvé les étiquettes dans les décombres du Rana Plaza.

sweat-shop-PHOTO-1-
A tous ces damnés de la terre, on fait miroiter la possibilité d’accéder un jour au nirvana occidental : la société de consommation. En même temps, Monsieur Prudhomme s’inquiète : si tous les Chinois se mettent à rouler carrosse, ce sera une catastrophe écologique . Monsieur Prudhomme se veut raisonnable. Il n’y en a pas pour tout le monde. Il serait bon que le Tiers Monde continue à vivre modestement comme il sait si bien le faire. De plus, c’est tellement exotique, cette misère bariolée, tellement joli sur les photos que Monsieur Prudhomme rapporte de ses vacances lointaines dans ces pays où « les gens sont souriants même s’il ne possèdent rien ». Monsieur Prudhomme en serait presque envieux, lui qui pète dans la soie sans y prendre plaisir.
On y peut rien. C’est comme ca. Fermez le ban. Vraiment ? On peut boycotter les marques qui exploitent la misère des uns pour faire fortune sur le dos des autres. Au final ce sont nos achats qui enrichissent ces «grands patrons » dont les émoluments nous scandalisent. On peut consommer de façon moins irresponsable. On peut faire en sorte que ceux qui prétendent tenir le haut du pavé se le prennent dans la gueule. Achetez moins. Achetez mieux. Et à chaque fois que c’est possible, n’achetez pas. Prêtez. Echangez. Donnez. Recevez. La vie n’est pas cotée en Bourse, n’en déplaise à ceux qui s’agenouillent devant le Veau d’Or.

 

Publicités

Auteur : Riccardo

Quand j'avais quinze ans c'était "peace and love". Quand j'avais vingt ans on gueulait "no future". Maintenant que j'ai passé le cap du demi-siècle cela m'ennuie un peu de constater que nous fonçons droit dans le mur... Après "no future" c'est quoi ?

Une réflexion sur “PUTAIN DE VAGUE !

  1. Je l’écrirais différemment, à chacun sa manière, mais je suis d’accord en gros comme en détail. ;o)

    Rassemblement ce soir dans ma ville. Le passage à l’action avec des listes de qui fait quoi (collecte de couvertures et tentes, propositions d’hébergement, action envers la mairie qui dispose d’une quantité de logements vides, action envers la préfecture qui a un droit de réquisition de ces logements, collectage des bonnes volontés avec alphabétisation, apprentissage du français langue étrangère, etc.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s