La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

PANIC ROOM

1 commentaire

Des mots pour nommer nos maux. Il en débarque toujours des nouveaux. Le premier qui me vient à l’esprit c’est « migrant ».

DSCN1902Jusqu’ici on parlait d’émigrés et d’immigrés. (Chez les rupins on dit « expat »). Mais depuis un certain temps, on ne sait plus trop comment nommer tous ces gens fuyant des conflits ou des états totalitaires. l’Erythrée semble être une sorte de Corée du Nord en terre d’Afrique et si j’en étais citoyen – si l’on peut toutefois se prévaloir de cette qualité dans un pays transformé en camp de travaux forcés à ciel ouvert –  je ferais tout pour m’en extraire. En Libye les colonnes de pick-ups armés jouent Mad Max dans le désert et je ne voudrais pour rien au monde être syrien, coinçé entre un dictateur et des fanatiques. Les média ont lancé ce terme de « migrant », repris illico presto au bistrot par l’homme de la rue. OK. Migrant. Un nouveau concept. Ne parlons plus de réfugiés, cela risquerait de créer un minimum d’empathie à leur égard. Migrant cela ne sonne plus tout à fait humain. C’est même un chouïa mutant. On se barre en direction de  la migration, de l’instinct naturel, un peu comme les piafs.

DSCF2306Et les piafs s’abattent dans les squares, expulsés par les forces de l’ordre, on les voit courir à travers champs à la frontière macédonienne, leurs enfants dans les bras, essayant avec l’énergie du désespoir d’entrer dans un espace où ils ne risqueront plus d’être bombardés. Désir de vie. D’autres oiseaux venus du sud se noient dans la Grande Bleue. Mare Nostrum disaient les Romains. Des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants franchissent des déserts, traversent d’épouvantables épreuves au péril de leurs vies. Tentant de fuir les clans, les chefs de guerre, le son des bombes et du canons. Des gens comme vous et moi. Dur de fermer les frontières. Dur de fermer son cœur et les yeux pour jouer le rat dans son fromage.

Ici, là où je vis, c’est pas la guerre. Pour certains c’est la dèche. Mais pas la guerre. Economique à la rigueur, mais rien de plus. J’ai appris, à l’occasion du rituel défilé militaire du 14 juillet, que les chars Leclerc ne seraient pas de la partie car ils étaient « positionnés en Pologne ». La belle affaire. Nos chars, canons pointés vers l’Est, comme au bon vieux temps. Au siècle dernier s’est posée la question de la pertinence de « mourir pour Dantzig ». Avons nous envie de mourir pour Kaliningrad ? Moi non.

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Situation aussi dense qu’inextricable, riche en rebondissements. Le dernier en date, cette tentative avortée de massacre dans un train, a fait couler beaucoup d’encre. D’autant que héros il y eut. Des vrais comme dans un film d’action. Salués avec tout le respect qui leur est dû, décorés. Merci les gars d’avoir fait ce qu’il fallait : « We kicked him on the head until he went unconscious ». 

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L’autre mot nouveau de cet été 2015, c’est « panic-room ». Il a surgi dans les articles relatant cette attaque ratée – quelle chance que l’arme se soit enrayée – Dans les Thalys, il y a donc une voiture-bar, quelques pipi-rooms répartis au long de la rame. Et des « panic-rooms » comme ont été nommés ces espaces sécurisés où une partie du personnel s’est réfugiée pour être à l’abri du tueur potentiel. Hélas, ils n’ont pas ouvert la porte aux passagers qui leur demandaient asile, c’est du moins ce qu’affirme l’un d’eux, acteur connu  du grand public pour son rôle de flic dur à cuire dans une série télé, qui là s’est blessé en brisant la vitre qui protégeait le signal d’alarme. Ca la fout mal. Les héros ricains et un français qui se blesse tout seul. Le truc péteux.

La prochaine fois que je prends le train, je veux une place face panic-room.

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Auteur : Riccardo

Quand j'avais quinze ans c'était "peace and love". Quand j'avais vingt ans on gueulait "no future". Maintenant que j'ai passé le cap du demi-siècle cela m'ennuie un peu de constater que nous fonçons droit dans le mur... Après "no future" c'est quoi ?

Une réflexion sur “PANIC ROOM

  1. Ça fait du bien de lire cette réflexion. Ce terme de migrant me hérisse, et je trouve pas anodin, comme toi, qu’il remplace celui de réfugié.
    Les illustrations me semblent parfaites.
    Le monde n’en finit pas de devenir de plus en plus rude.

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