La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

AOUT A PARIS

2 Commentaires

Peut on tirer un bilan intermédiaire d’une existence humaine à l’aube de sa soixantième année ? Assurément oui, même si le bilan global, le seul valable au bout du compte, est établi post mortem Et celui ci, je l’avoue sans détour, je ne suis pas pressé que d’autres se penchent dessus…

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Revenons donc au temps présent, avec ses joies et aussi ses vicissitudes. Côté immobilier, je suis locataire ; côté travail je fais des longueurs de bassin dans le grand bain, vacataire dans un sens et chômeur plus ou moins indemnisé dans l’autre sens. Un coup la tête sous l’eau, un coup en l’air pour prendre un peu d’oxygène avant de replonger. Sportif mais usant.
Côté famille, ami(e)s, ca va plutôt bien. Le seul truc qui me chagrine c’est d’être le maillon faible et d’avoir le sentiment que cela ne va pas aller en s’arrangeant côté finances. Il faut impérativement que je trouve les moyens d’assurer alors que le travail se fait de plus en plus rare. Dans le coma qui saisit Paris vers le 15 août, je repeins mon salon à crédit pour tromper l’ennui.

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Beaucoup sont partis. Mer, montagne, maison de famille, trekking, sport ou glande, tout défile sur l’écran lisse des réseaux sociaux informatisés. Je consulte et puis vais m’asseoir sur le rocking-chair du petit balcon d’où – en fermant les yeux et si le soleil mord bien – je peux sentir quelques effluves des moments heureux d’hier, une odeur de buis, la rumeur de la rue, bruits de vie montant vers le ciel. Et puis bien sûr, l’indispensable bouée de sauvetage, la musique pour combler le silence dans lequel j’évolue depuis le départ en vacances des miens. Les discussions réduites aux échanges de base avec les commerçants lorsque je descends me ravitailler. En même temps, pas très envie d’aller cavaler dehors, mais plutôt de m’enkyster en attendant la fin de l’été.
SDIM0004Bilan intermédiaire : encalminé au cinquième étage, planté sur le balcon à regarder filer les nuages au dessus du passage… Un chômeur peut il se sentir « en vacances » même s’il n’a rien à faire en plein été ? Un soupçon de mauvaise conscience car on devrait être au taquet à la chasse à l’emploi… Ceci dit, lorsque je vois celui qui, seize mois durant, fut ministre du Travail, quitter le gouvernement et récupérer la mairie qu’il avait lâché en affirmant : « Je pars avec le sentiment d’avoir bien fait mon travail et avec l’estime des partenaires sociaux », j’en reste coi. Il paraît qu’il a pris des mesures pour que le chômage baisse et que l’on en verra bientôt les résultats. Wait and see…
En attendant que Paul Emploi calcule le montant de mes indemnités – opération qui prend « de quinze jours à trois semaines » selon l’employé à qui j’ai remis les documents nécessaires à l’opération, c’est la sécheresse bancaire, manque de liquide… Bois de l’eau et ça passera.

La situation est un peu raide, pas mal flippante avec un avenir en dent de scie… Ca passe ou ça casse. Pour le moment ça passe. Métabolisme au ralenti. Enkysté sur un balcon on dépense peu. Pas bouger. Lire. Ecrire. Dessiner. Lire encore en regardant pousser les plantes aromatiques, retirer délicatement les feuilles sèches de la verveine, passer la main sur le pied de menthe pour la fraicheur de son odeur, le romarin, le lavandin, et le ciel sans limite au dessus de tout ce bazar, les plantes, le balcon, les autres, la ville, la planète.

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Tout cela ne va pas durer une éternité. Le compte à rebours est là tous les jours. L’argent et le temps filent entre les doigts. L’addition nous attend au tournant. Je me demande si, à défaut d’aller crapahuter dans les Pyrénées, je ne devrais pas dormir à la belle étoile sur mon petit balcon du cinquième en imaginant que je suis sur une vire rocheuse quelque part sur la Faja de Pelay. Bien sûr le panorama est moins grandiose à Paris qu’à Ordesa, mais bon, c’est peut-être jouable. Avec une salle de bains à moins de dix heures de marche, à droite au bout du couloir. Ou encore, à l’instar de Paris Plage, ensabler ledit balcon, y planter un palmier en pot et mettre de la musique douce…
Vacances ou vacance ? L’attente, toujours l’attente… Et le temps qui file. Le passé qui s’estompe, les souvenirs bien empilés au fond de la mémoire comme le linge dans une armoire. Août à Paris.

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Auteur : Riccardo

Quand j'avais quinze ans c'était "peace and love". Quand j'avais vingt ans on gueulait "no future". Maintenant que j'ai passé le cap du demi-siècle cela m'ennuie un peu de constater que nous fonçons droit dans le mur... Après "no future" c'est quoi ?

2 réflexions sur “AOUT A PARIS

  1. Texte doux-amer, comme la vie…

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