La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

DERNIERES CARTOUCHES (suite et fin)

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Lorsqu’il s’éveilla, il sentit tout de suite que quelque chose avait changé pendant son sommeil. Tous les écrans étaient éteints, seuls les petites diodes lumineuses qui indiquaient les issues de secours diffusaient une pâle lumière.

Le passager qui était à ses côtés avait disparu. Il sonna pour appeler l’hôtesse mais personne ne vint. Il appuya de nouveau sur le bouton plusieurs fois. Il avait besoin d’un café bien sucré pour être en forme à Narita qui devait maintenant ne plus être qu’à quelques heures de vol s’il en croyait sa montre. Sans les indications de l’écran il se sentit d’un coup complètement perdu entre ciel et terre. Une sensation qu’il adorait jusque là mais qui, aujourd’hui, lui apparut terriblement inquiétante. Il se leva et voulut s’engager dans la travée pour aller demander son café à la première hôtesse venue mais se trouva face à face avec un grand escogriffe au visage masqué par une cagoule noire et armé d’un petit pistolet mitrailleur.

7781510-12056521Don’t move or I’ll shot you down, s’exclama l’engagoulé.

Pas besoin d’avoir étudié l’anglais pour comprendre le message. Pour être sûr d’avoir été bien compris, le type arma le pistolet mitrailleur, le lui colla sur le front et le repoussa vers son fauteuil.

Just sit and stay quiet !

Le type lui tourna le dos et disparut derrière le rideau qui séparait la business class des premières classes. Il entendit des cris, une courte rafale – pop, pop, pop, puis un cri qui s’acheva en plainte et en gargouillis. Un autre type encagoulé surgit des premières et gueula des trucs dans une langue  inconnue. Les coups de feu avaient figés les passagers et plus personne n’osait bouger. Le type regarda les passagers, puis déclara dans un anglais teinté d’un accent improbable qu’ils étaient des Tchétchènes combattants de Dieu et venaient de prendre possession de cet avion. Il ajouta que tout se passerait pour le mieux aussi longtemps que les passagers leur obéiraient aveuglement, précisant que ce les bruits que l’on venait d’entendre étaient dus à la mauvaise réaction d’un passager que le commando avait été contraint d’abattre pour garder le contrôle de la situation.

C’est alors que la voix du commandant de bord se fit entendre. « Nous venons de subir une attaque et l’avion doit maintenant se dérouter vers une destination qui ne nous à pas encore été communiquée. Je vous recommande de garder votre calme et de ne rien tenter à l’encontre des détourneurs qui sont lourdement armés et déterminés à faire sauter l’avion si nous n’exécutons pas leurs ordres sur le champ ». La communication fut coupée brutalement et l’avion vira de bord. Sayonara Narita. Bonjour l’inconnu…

Les événements l’avaient complètement réveillé et il ne sentait plus l’effet ni de l’alcool ni de la coke. Méchamment réveillé et lucide. Il allait tout faire pour s’en sortir. Fermer sa gueule. Obéir. Attendre que l’avion retrouve le plancher des vaches et voir comment se sortir au mieux de cet imbroglio foireux. Comment cela pouvait il bien se passer au niveau des contrôles passagers lors du dénouement d’un détournement ? Cela devait varier en fonction du pays. Il essaya de comprendre dans quelle nouvelle direction filait le vol Paris CDG -Tokyo Narita. Il s’était endormi au-dessus des premiers contreforts sibériens et, dans des circonstances normales, aurait dû se réveiller à la verticale du fleuve Amour. L’idée le fit sourire intérieurement, mais l’heure n’était pas à l’amour, il suffisait de croiser le regard d’un des encagoulés pour en être convaincu.

Les réserves de carburant n’étaient pas inépuisables mais l’appareil avait quand même embarqué dans ses réservoirs de quoi parcourir plus de dix mille kilomètres, ce qui laissait de la marge pour atterrir un peu n’importe où. Cela dépendrait du bon vouloir des autorités des pays survolés. Un missile est si vite arrivé de nos jours dans certains points chauds de la planète. Ces armes sont dangereuses, surtout entre les mains d’abrutis fanatisés. Et si tout se passait bien, qu’on leur permette de traverser des espaces aériens plus ou moins ouverts, que les terroristes n’abattent plus personne et ne fassent pas sauter l’avion sur le tarmac, il resterait restriction-de-drogue-52780852toujours le problème des contrôles à l’arrivée. Les autorités devaient être pour le moins suspicieuses tant vis à vis des passagers que du fret. Il pensa à sa valise. Cinq kilos d’héroïne afghane à 90% avec son nom sur l’étiquette. Et plus de douanier « bienveillant » à l’arrivée. D’un coup c’était très chaud. Il se demanda une fois de plus où pouvaient bien vouloir aller ces maudits Tchétchènes.
A Singapour il risquait la pendaison. A Djakarta le peloton d’exécution. A Bangkok, on condamnait aussi à la peine capitale mais les sentences n’étaient plus exécutées : prison à vie en vue. Gros soucis en vue. Il n’était pas près de revoir Mitsuko et Matsumoto-san.
L’avion commença à perdre de l’altitude. La voix du commandant de bord retentit de nouveau. « Mesdames, messieurs, veuillez attachez vos ceintures car nous allons entamer notre descente vers l’aéroport de Singapour et nous risquons de traverser de fortes turbulences ». Bingo. Le pire. Turbulences dans les airs et très probables turbulences à l’arrivée. Là-bas, on condamnait à mort à partir de 15 grammes pour l’héro. A cinq kilos, son affaire était pliée. Il n’était plus qu’un mort en sursis. Pour la première fois de sa vie, il se mit à prier en espérant qu’un dieu compatissant voudrait bien l’entendre et lui prêter main-forte. Mais il était trop tard. L’avion descendait vers la piste autour de laquelle s’était posté un bataillon de forces spéciales et les flics se préparaient à passer tout l’avion au peigne fin, qu’il s’agisse des passagers afin de détecter d’éventuels complices, ou des bagages pour s’assurer qu’aucun d’eux ne cache une bombe ou des explosifs.
Il déglutit mais sa gorge était plus sèche qu’un oued saharien. Lui qui avait rêvé un instant de se passer la corde au coup en épousant Mitsuko, il ne lui restait plus que la perspective d’une autre corde, celle de la potence dont l’ombre pesait sur ses cervicales.

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Auteur : Riccardo

Quand j'avais quinze ans c'était "peace and love". Quand j'avais vingt ans on gueulait "no future". Maintenant que j'ai passé le cap du demi-siècle cela m'ennuie un peu de constater que nous fonçons droit dans le mur... Après "no future" c'est quoi ?

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