La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

LE BLUES DU CHOMEUR DE LONGUE DUREE NON INDEMNISE QUI AVAIT PEUR D’ETRE (IR)RADIE

6 Commentaires

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Vous avez demandé un peu d’attention, ne quittez pas nous allons prendre votre appel ( 0,37 centimes d’euros la minute)

« Nos agences Pôle emploi sont remplies de personnes qui ne travaillent plus depuis des années et ne voient plus le bout du tunnel. Des personnes tellement isolées qu’elles n’ont même plus la force de se battre pour être entendues. » constate Jean-Baptiste Chastand, journaliste au Monde en annonçant aujourd’hui la fermeture de son blog consacré à l’emploi ( c’est à dire au chômage ). On ne saurait mieux dire.

Le chômage c’est un peu comme une maladie qui n’arriverait qu’aux autres mais qu’on a tous peur de choper un jour ou l’autre. Cela commence par ne plus aller au boulot et toucher des indemnités. Cela continue par chercher du boulot et se rendre compte qu’à partir d’un certain âge, la plupart des recruteurs, lorsqu’ils daignent vous voir, vous regardent comme un yaourt moisi au fond du frigo. Visiblement, vous avez largement dépassé la date de péremption. Après avoir envoyé des cv, après s’être inscrit sur les multiples sites qui proposent tous les mêmes emplois, après avoir « épuisé » ses droits, on se retrouve en « fin de droits », tout nu, tout seul et tout con avec un loyer à payer, des factures à honorer, mais plus aucune rentrée d’argent. Le baromètre dégringole tout comme le moral des ménages et les indices de confiance.

Metro-2015 - copie

Il paraît que c’est hyper facile de gruger, de toucher plein d’aides et, en les cumulant, palper sans rien foutre plus d’argent qu’en bossant. Je suggère aux abrutis malfaisants qui colportent ces rumeurs d’essayer de toucher cet hypothétique jackpot et, s’ils y parviennent, d’être assez bons pour nous expliquer comment passer les contrôles, les barrages et autres obstacles mis en place par des administrations aussi débordées et bordéliques que tatillonnes.
Petit à petit on glisse dans un autre monde. On achète de moins en moins de choses. C’est bon pour l’environnement et la planète mais mauvais pour le moral. La décroissance forcée pendant qu’une minorité se gave sur le dos de la collectivité ca fait un peu mal au cul. On s’efface peu à peu. On voit moins ses amis, on disparaît tout doucement, un peu comme un Polaroïd mais à l’envers. Que reste il à faire ? Postuler pour des boulots qui permettent tout juste de payer le loyer, l’eau et le gaz ?
S’énerver et ratiociner sur la toile, vomir sa lassitude sur un blog avant de retourner à sa solitude… La cellule familiale ne résiste pas toujours à ce manque d’argent et de perspectives. D’amour et d’eau fraîche, c’est bon pour les contes de fées, pas pour les comptes bancaires.
Il paraît que les chômeurs meurent plus que les autres. De dégout, de fatigue, de lassitude à force de mal vivre, à force de ne plus pouvoir subvenir aux besoins élémentaires de leur famille, de ne trouver dans la boite aux lettres que factures et prospectus, et dans la boite mail des pourriels en pagaille ainsi que les relances des créanciers. C’est usant et cela peut même briser les moins solides.

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« Ne plus avoir la force de se battre pour être entendues » . Oui c’est vrai. Une fois que l’on a fait et refait le grand tour des guichets, des bureaux et des conseillers plus ou moins accueillants et compétents, une fois que l’on a compris que le retour à l’emploi est avant tout un mantra psalmodié à longueur de rapport par des technocrates pour qui les chômeurs sont des chiffres, des statistiques et des courbes à faire redescendre par tous les moyens, mais surtout en radiant des noms dans les fichiers ; une fois que l’on a bien assimilé tout cela, que peut on bien faire, à part tout foutre en l’air ou se foutre en l’air ( cette dernière option ne servant en rien l’intérêt  général, il serait plutôt conseillé de TOUT foutre en l’air dans la mesure où l’on n’a plus grand chose à perdre).
Des journées vides, sans courriers ni messages, des heures creuses, si creuses qu’on tombe dedans. De longs moments de silence et de solitude où l’on ne sait plus quelle sonnette ou quelle alarme tirer. On tourne à vide devant un écran et on a plus d’amis sur les réseaux sociaux que dans la vraie vie. Bloguer aussi longtemps que l’on peut payer son fournisseur d’accès. Sans illusion sur la portée du truc mais se donner l’impression de lutter contre une certaine forme de mise à  mort sociale.

_DSF5200Pourtant, on est vivant…. Pour combien de temps encore, personne ne le sait, mais en attendant, quoiqu’il arrive, il faut raquer pour bouffer, pour ne pas dormir dehors sur des cartons, pour ne pas se faire éjecter définitivement de cette société d’où l’argent n’a pas disparu, loin de là. Il est juste confisqué et mal redistribué. Enfin là dessus, les points de vues divergent. Certains pensent que l’Etat en fait encore trop. Ces adeptes de la loi de la jungle sont en général du bon côté du manche.
Bref, grande fatigue, grande solitude et repli sur soi-même… Des envies passagères d’aller dialoguer à coups de barre de fer avec les salauds qui profitent de cet état de fait pour s’enrichir, les organismes qui, tels des mouches à merde, font leur miel de l’argent public destiné au traitement du chômage, les escrocs qui vous font bosser sans vous déclarer, tous ces profiteurs bien gras qui n’hésitent pas à dauber sur les « assistés »… Ou alors vendre des kilos de drogues diverses, attaquer des banques, voler, gruger… Mais là c’est pareil : il faut avoir la vocation. Et puis on se dit que pour le coup, on tombera encore plus bas, encore plus mal… Alors on s’en remet au destin, histoire de ne pas devenir dingue, on espère que ce sera mieux demain, même si objectivement, rien ne permet de l’affirmer.

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Auteur : Riccardo

Quand j'avais quinze ans c'était "peace and love". Quand j'avais vingt ans on gueulait "no future". Maintenant que j'ai passé le cap du demi-siècle cela m'ennuie un peu de constater que nous fonçons droit dans le mur... Après "no future" c'est quoi ?

6 réflexions sur “LE BLUES DU CHOMEUR DE LONGUE DUREE NON INDEMNISE QUI AVAIT PEUR D’ETRE (IR)RADIE

  1. Liker le texte. Etre énervée par la colère – en mettant en parallèle ce que vous dites et le discours dégueulasse du petit nicolas après le 1er tour des dernières élections, entre autre.
    « […] si tu possèdes peu, donne de ton coeur. » Merci pour tous vos écrits. Je vous envoie un grand soleil.

  2. Pour les chômeurs à l’ASS qui ont de la famille ou des amis qui peuvent leur donner (ou prêter) 100 euros au moins (200 si RSA) par mois pour atteindre le niveau du seuil de pauvreté, la vie est à peu près supportable sinon… Quand on sait ce que provoque le chômage de longue durée comme réaction dans les familles ou entre amis même avec cette aide on est sûr de plomber les soirées partout où on rencontre la famille ou ces amis. Il y a aussi la solidarité de proximité des mairies ou des associations comme les restos du cœur mais encore faut-il les connaitre et avoir le courage de les demander. Sinon il faut arriver à trouver un petit boulot ce qui n’est vraiment pas évident dans certaine région d’autant plus quand on a le moral à zéro.

    • C’est tout un travail d’être chômeur longue durée, un savoir faire acquis de haute lutte. Mais tout cela ce n’est que pour le problème matériel des choses. Après il faut encore arriver à supporter la solitude, le manque de rythme, le non sens d’une vie et les relations avec une administration kafkaïenne. Mais bon c’est toujours mieux que de travailler : se fatiguer en faisant des choses stupides qui profitent à des gens inconnus qui te reprochent de ne pas en faire assez par personnes interposées.

  3. ce serait bien que l’on se croise, un jour…sous le soleil…

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