La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

MONSIEUR LALOUZE EST FATIGUE

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Monsieur Lalouze ne sait plus trop s’il doit rire de tout comme on l’y invite ou s’il doit pleurer devant le festival d’énormités qu’il a vu, lu, ou entendu depuis les sombres événements des semaines passées. Il n’ose plus envoyer ses vœux de « Bonne année et bonne santé » et il tente comme tout le monde de comprendre comment on a pu en arriver là.
Ayant grandi avec Hara-Kiri et Charlie première mouture ( Hebdo ET mensuel) il est touché au cœur par l’assassinat de Cabu et de Wolinski. Mais aussi par la mort de ceux qui, moins connus, parfois même anonymes, ont croisé le chemin des tueurs. Et lorsqu’il pense à ces tueurs, il se dit qu’ils furent, eux aussi, des petits enfants rieurs découvrant le monde. Insondable mystère de l’homme, capable du meilleur comme du pire.

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Il a été à la marche « républicaine » puis est rentré chez lui pour reprendre sa vie banale et ordinaire de type banal et ordinaire. Dans le métro, il a croisé un grand noir planté en haut d’un escalier avec deux gros sacs. Il a proposé son aide, l’autre lui a demandé en rigolant s’il n’avait pas peur. Ben non, même pas peur. Même pas pensé que le sac pouvait être bourré d’explosifs. Monsieur Lalouze n’est pas méfiant et n’entend pas le devenir malgré les propos alarmants de certains. Ce n’est pas la peur qui écarte le danger.
Depuis, Monsieur Lalouze cogite. Le vingtième siècle a commencé en France avec « La Belle Epoque » , c’est à dire la bourgeoisie qui s’amusait sur les Grands Boulevards sur le dos des plus pauvres et grâce aux denrées et richesses tirées de « nos colonies »…. Sur ce, les travailleurs s’organisent et commencent à faire flipper les rentiers et le Comité des Forges. Pas grave. Un nationaliste assassine un prince et toute l’Europe se fout sur la gueule. Des millions de morts et en sortant de là ce sont « Les Années Folles », le début du jazz, les garçonnes. Les survivants, hébétés, font la java. On les comprend. Juré : c’est la « der des der ». Mouais. Crise financière de 1929. Chomage de masse et montée des populismes. Un peintre autrichien un peu raté se laisse pousser la moustache et embarque l’Allemagne dans un mauvais délire. Des autoroutes, des Volkswagen, des camps pour les mécontents dans un premier temps, et puis pour les juifs, les tsiganes… Ce bon aryen finit par être réduit au silence. Bilan : des millions de morts. Encore. C’est comme les trains : un guerre peut en cacher une autre.541264_2043877394252_722769505_n
Les vainqueurs se partagent l’Europe. Rideau (de fer) et voilà les Trente Glorieuses. On a tout pété faut bien reconstruire. Et puis la guerre c’est toujours bon pour les technologies. Celle ci nous a laissé en héritage l’avion à réaction, les fusées, les radars et la fission nucléaire. Elle est pas belle la vie ?
Monsieur Lalouze, né en même temps que le rock and roll, a connu une enfance heureuse au milieu des champs de betterave sucrière. A la cambrousse les étrangers étaient polonais ( merci aux soviets), portugais (merci Salazar) et beaucoup espagnols (merci Franco la muerte). Les locomotives étaient encore à vapeur et Paris était tout en gris et noir et blanc. La télé aussi. Interlude. Guerre d’Algérie. On célèbre les vingt ans de la fin de la seconde guerre mondiale et Monsieur Lalouze, âgé de neuf ans, découvre les camps d’extermination dans Paris-Match. Il n’oubliera jamais.
Mai 68. Au départ les garçons étudiant à Nanterre veulent pouvoir accéder au dortoir des filles. On sait comment ca s’est terminé. Le pouvoir a remis de l’essence dans les stations fin juin et les Français sont partis en vacances. Et puis on a noyé la révolution dans la consommation et le crédit.
Monsieur Lalouze se casse sur la route. Il veut vivre autre chose. Monsieur Lalouze se la joue clochard céleste option peace and love pendant quelques années. Mais il rigole avec Hara-Kiri. Préfère être bête et méchant plutôt que triste beauf. Comment ne pas rire devant ce monde basé sur le fric et l’apparence ?
Les années passent. Monsieur Lalouze se pose. Il travaille et devient un rouage du système. Les culs bénits de toute obédience le fatiguent avec leurs tristes litanies. « Mon royaume n’est pas de ce monde » et autres mantras. Les religions sont les outils du pouvoir. T’es pauvre et c’est dur ? Normal. Crève et t’iras au paradis après t’être fait enfiler pendant toute une vie. T’iras chanter des cantiques à la gloire de dieu. Putain de programme. Monsieur Lalouze préfère « Sex drogues et rock and roll » pendant qu’il a encore la gniaque. Les années passent. Ca fait bientôt quarante ans qu’on lui parle de crise. Du pétrole, de l’immobilier, de confiance, de foi(e). Entre les crises il y a des bulles : immobilières, nouvelles technologies, start-up, junk bond ….
Il n’est pas tombé dans « Rolex, grog et cholestérol » et se demande ce que c’est que ces religions qui justifient des massacres pour mettre la main sur le pétrole, le fric, les peuples… Sanglante litanie.
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Monsieur Lalouze regarde ses enfants et se demande dans quel monde ils les a balancé. Il entend parler de complot, mais il n’y a pas de complot. Il y a juste des êtres humains cupides, menteurs, voleurs, faux-culs, abrités derrière leur(s) Livre(s) avec une foutue majuscule. C’est le seul qu’il ont lu et c’est là tout le problème. Cela dure depuis des millénaires mais il a parfois l’impression qu’on arrive à la fin.
La planète est pillée, dégueulassée. Les gens parlent mais rien ne change. On s’entretue pour des parts de marché. Monsieur Lalouze a le choix entre le silence des pantoufles et les bruits de bottes. Il est fatigué et ce dit qu’au final, c’est cool de ne pas être immortel. Il pense que dieu n’existe pas. Il avance avec ses doutes, clopin clopant dans ce drôle de monde. Il sait bien au fond de lui même qu’il n’est ni bête ni méchant. Tout cela c’est juste pour déconner. Il n’aime pas les religions car elles n’aiment ni l’humour, ni le plaisir. Et une vie sans rire et sans plaisir c’est pas sa tasse de thé.

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Auteur : Riccardo

Quand j'avais quinze ans c'était "peace and love". Quand j'avais vingt ans on gueulait "no future". Maintenant que j'ai passé le cap du demi-siècle cela m'ennuie un peu de constater que nous fonçons droit dans le mur... Après "no future" c'est quoi ?

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