La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

ON PARTAGE OU ON SE FOUT SUR LA GUEULE ?

1 commentaire

Après l’indignation, la tristesse, la colère (mauvaise conseillère), j’en arrive à la réflexion. Il a été dit que c’était la manifestation la plus importante depuis la victoire de la France lors de la coupe du monde de foot. Je me souviens bien de ce jour qui déjà avait été catalogué comme la manif la plus importante depuis la Libération de Paris. On pourrait remonter les siècles mais je préfère m’arrêter au temps présent. Que reste-t-il du fameux slogan « Black-Blanc-Beur » à part une certaine amertume ?
Depuis nous avons connu les émeutes en banlieue après la mort de deux gamins dans un transformateur à Clichy-sous-Bois. Je me souviens bien avoir entendu des voix s’élever pour réclamer l’envoi de l’armée pour mater les « jeunes des quartiers ». Adieu le « black-blanc-beur ». Ne restait plus que la peur. Et au delà du comptage des voitures cramées, je me souviens aussi d’un article qui, à l’époque, m’avait laissé un goût amer en bouche. Une étude montrait que le taux de chômage dans ces quartiers était supérieur chez ceux qui avaient fait des études. On veut bien qu’un « jeune de banlieue » soit vigile, magasinier, manutentionnaire. Mais si ces gens prétendent à des emplois de haut niveau ca commence à coincer. Bien sûr, on a quelques « jeunes issus des quartiers sensibles » qui ont le droit d’intégrer Sciences Po et les classes préparatoires des « grands » lycées parisiens. On nous sort de temps à autre un gars méritant qui a réussi à monter sa boite ou à devenir haut fonctionnaire, histoire de nous calmer. Regardez, c’est possible.

Mais au quotidien c’est moins joli. Sur ma boite aux lettres, il y a le nom d’un ami qui n’a trouvé que ce moyen pour avoir des réponses lorsqu’il envoie un courrier pour une éventuelle embauche. S’il poste le même courrier en mettant sa véritable adresse, il n’a pas de réponse. Et quinze ans après la grande communion de la coupe du monde, on parle de CV anonyme. Tout ca parce que Ludovic sonne mieux aux oreilles des recruteurs que Mouloud ou Moussa. On piétine.

Il ne reste plus à Mouloud ou à Moussa qu’à se casser pour faire trader à Londres s’il est bon en calcul de probabilités, devenir sportif s’il en a les moyens ou rappeur s’il a la tchatche.
Ca c’est ici en France. Le pays des Droits de l’Homme, avec des majuscules partout s’il vous plait. Nous aimons nous référer au Siècle des Lumières mais c’était il y a deux cent ans. Depuis le nom de Voltaire est détourné par des individus à l’idéologie scabreuse, Diderot a son boulevard et quelqu’un  a éteint la lumière en sortant. Le peuple peut toujours se lever de temps à autre mais le pouvoir le préfère couché devant la télé. Charb disait qu’il préférait mourir debout que vivre à genoux. Et vivre debout ? Si on allait un peu gratter aux racines du mal ? Est ce bien normal qu’un infime pourcentage de l’humanité possède 50% des richesses de la planète ?
Quelle gueule feriez vous si dans votre famille quelqu’un engloutissait la moitié de la tarte en ne laissant aux autres que les miettes et le plat à lécher ?
J’ai la certitude que tant que nous mettrons des barbelés entre les riches et les pauvres comme aux frontières de l’Europe, comme entre les USA et le Mexique, tant que des gens risqueront leur vie pour traverser la Méditerranée sur des embarcations de fortune pour se faire exploiter au « pays des droits de l’homme », il y aura des retours de manivelle.
Bien sûr, on peut tourner la tête, regarder ailleurs, jouer les autruches. Mais ne nous étonnons pas trop de prendre de temps à autre une grande claque dans la gueule.
Et sans tomber dans le délire conspirationniste, on voit bien qu’une oligarchie planétaire est en train d’émerger. On parle « d’hyper-riches » faute de terme plus adéquat. Et pour les autres reste l’hypermarché du coin ou les briques sauce caillou pour les plus démunis.
Alors on le partage équitablement ce gâteau ou pas ?

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Auteur : Riccardo

Quand j'avais quinze ans c'était "peace and love". Quand j'avais vingt ans on gueulait "no future". Maintenant que j'ai passé le cap du demi-siècle cela m'ennuie un peu de constater que nous fonçons droit dans le mur... Après "no future" c'est quoi ?

Une réflexion sur “ON PARTAGE OU ON SE FOUT SUR LA GUEULE ?

  1. Pour le partage, c’est pas gagné…

    J’ai fait un rêve : que les 4 millions de personnes qui ont défilé dimanche « pour la liberté de la presse » (quelle presse ?) se lèvent pour reprendre la Bastille…

    Histoire de dire qu’on a toujours vingt ans : aujourd’hui, c’est toujours « no future » pour la plupart de ceux qu’on appelle « les enfants perdus de la République » qui habitent tous « au-delà du périph…

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