La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

MERRY CRISIS AND HAPPY NEW FEAR

3 Commentaires

people money happyness - copieDans la vie virtuelle j’ai des amis. Dans la vie virtuelle, on apprécie mes photos et mes textes. Dans la vie virtuelle tout se passe plutôt bien. Et puis chaque matin, je me réveille dans la vraie vie, la vie réelle où l’on compte ses sous, où l’on paie cash des abonnements pour accéder au monde virtuel où tout est pixellisé à portée de main. Et dans cette vie là, cela ne se passe pas aussi bien que dans l’univers virtuel.
Dernier avatar, ce salon annoncé à grands renforts de http://www.vous-allez-voir-ce-que-vous-allez-voir.com, de pages Facebook à liker et qui renvoient à d’autres pages Facebook. Dans la vie réelle, cela signifie des frais de tirage, des trajets en camion et des chèques avec, au final, un salon annulé et des gens plantés sur un parking. Restent les pages virtuelles qui continuent à exalter la beauté de ce qui ne fût point. Restent les impayés qu’il faut néanmoins payer et un trou à la banque où le traineau du Père Noël risque de s’engloutir.
Bref, une certaine amertume, même si on joue les bravaches entre amis. Les comptes sont là, incontournables et cruels. Débiteur dit le relevé dans sa sécheresse comptable. Et j’en ai un peu marre. Et j’ai un peu les boules, mais c’est la saison. Envie d’enguirlander le type qui a disparu en plantant tout le monde, envie de lui expliquer que pour quelques centaines d’euros, un broutille pour lui, ma vie devient très compliquée, mais il n’en a probablement pas grand chose à cirer.
Chacun pour soi, chacun sa merde comme disent aujourd’hui les poètes du libéralisme. Et dans tout ceci, il me faut être un point d’appui pour un enfant de quatre ans pour qui la vie est belle car elle n’est pas encore consciente du merdier dans lequel l’humanité se débat depuis des millénaires.
Il faudrait écouter davantage les enfants car ils ont le bon goût de trouver anormal que des gens dorment dans la rue, que d’autres cherchent leur pitance dans les poubelles. Ils ne s’indignent pas mais tout simplement ne comprennent pas comment cela est possible. Et ce sont eux qui ont raison. Comment cela est il possible ? Lorsque je vais travailler temporairement, ce qui me permet de ne pas sombrer mais de me cramponner à un morceau de l’épave de ce qui fut un temps un monde où l’on pouvait travailler et se loger sans que cela soit de l’ordre du privilège, comment puis je accepter que des gens dorment dehors à la sortie du métro, entre le Louvre et le Conseil d’Etat ( relié par une galerie à la Comédie Française ce qui résume assez bien la situation ) ?

DSCF8533

Paris – 4 décembre 2014

 

Il est inacceptable de voir se multiplier ces mornes cocons de haillons, ces chrysalides du malheur, au moment où partout on fait péter les guirlandes et l’appel à claquer du blé pour fêter…. Pour fêter quoi déjà ? La naissance d’un gamin dans une étable !
Aujourd’hui, Jésus serait coincé en Palestine sous le regard des drônes. Ou verrait le jour sur des cartons sous les arcades de la rue de Rivoli avec un car de CRS qui déboule en guise de Rois Mages. Mondo cane disent les Vénitiens. Monde chien. Monde qui mord. Monde immonde qui meurt sans que personne ne veuille en faire le constat. Nous sommes partis pour léguer à nos descendants des meubles Ikéa en aggloméré sans la clé pour les monter, des disques durs sans lecteurs, des déchets ultimes enterrés sous leurs pieds, un air pourri au dessus de leurs têtes. Sale bilan.
Et ma fille, heureuse et confiante, qui me dit, sûre de la réponse : « Papa, la guerre c’est interdit, hein ? ». Dans son esprit encore propre, une telle saloperie ne peut qu’être interdite. Et non, ma fille, la guerre n’est pas interdite. Il y a des coins où il est interdit d’héberger des sans-papiers, d’autres où il est interdit de nourrir ceux qui ont faim, mais cette activité consistant à tuer des femmes et des enfants, à détruire des maisons, à gazer des populations, à jeter des bombes et des obus, cette activité calamiteuse n’est pas interdite.
Ce matin j’ai le moral dans le chaussettes et une grosse immense énorme colère qui monte. La planète est belle et la vie aussi. Pourquoi et comment en sommes nous arrivés là, à regarder fondre les calottes glaciaires, à respirer et à manger de la merde, à regarder les plus démunis crever sous nos yeux sans que cela nous donne l’énergie d’aller niquer les malfaisants, de réquisitionner les milliers de mètres carrés qui restent vides car il faut que l’immobilier reste rare et cher, comment pouvons nous continuer ainsi, à jouer à des jeux à la con sur les écrans de nos téléphones pendant que l’univers barre en couille ? Il est grand temps de faire la peau au Veau d’Or pour enfin partager et respirer tous ensemble. MERRY CRISIS AND HAPPY NEW FEAR !!!!

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Auteur : Riccardo

Quand j'avais quinze ans c'était "peace and love". Quand j'avais vingt ans on gueulait "no future". Maintenant que j'ai passé le cap du demi-siècle cela m'ennuie un peu de constater que nous fonçons droit dans le mur... Après "no future" c'est quoi ?

3 réflexions sur “MERRY CRISIS AND HAPPY NEW FEAR

  1. Comme j’adhère à tout ce que tu dis !
    La vie telle qu’elle est m’est totalement incompréhensible également.
    Je me suis trouvée hier après-midi, par hasard, au milieu d’un embouteillage pédestre de consommateurs béats, et ça m’a filé la gerbe !
    Quant à ce qu’on attend pour tout faire péter, franchement, je ne comprends pas non plus notre indifférence, notre immobilisme…
    je suis de près ce qui se passe en Grèce, avec le vague espoir que ça mette le feu aux poudres, mais je sais aussi, pertinemment, qu’il n’en sera rien.
    Rage commune, donc (ce qui te fait une belle jambe !)

  2. As usual, Richard, out of pain and anger comes a meditative coherent and very expressive piece of writing. It’s painful to read, but I read it with the admiration of (if I may say it) one writer for another. We were happy for you to hear of the show, and we’re disgusted that you’ve been victim of a scam! (F almost was once, when out of the blue via his site someone wanted him to « fly to Spain » and take photos of a marriage–but when the so-called client began to talk about too big a check having been sent us, and we should return part of it, our suspicious were aroused. It was also a « take the money and run »). We were sorry you couldn’t make F’s little evening at the MEP. It was sympa, at least our part, but « deception » there too, ridiculous « horaires », very lilttle help or support from the MEP, the room mostly just our friends. We’d hoped to see you though also because the young couple who help us now and who did the audiovisual are fans of your blog (Julie and Aurelien). We’ll find another time to get together! Take care, courage, and hope to see you or hear from you soon. N and F

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