La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

MA JOURNEE CHEZ LES ALMORAVIDES

1 commentaire

Avant hier j’ai passé la journée chez les Mérinides, au nord-ouest. Hier j’étais chez les Halmohades. Au sud-ouest. Enfin aujourd’hui, j’ai pu aller à la rencontre des Almoravides.

Fez, Marrakech, des autochromes aux pixels duveteux, exposition temporaire sur le Maroc médiéval au Louvre, une bulle spatio-temporelle vieille de plus de mille ans. Une grande photo noir et blanc du détroit de Gibraltar accueille les visiteurs à qui l’on narre l’épopée de Tarik qui traversa le détroit avec son armée vers ce qui allait être pendant plusieurs siècles Al – Andalus. Une Andalousie musulmane qui monta jusqu’aux pieds des Pyrénées. L’entrée et la sortie de l’exposition sont ornées de prise de guerre.

Pour commencer la visite, une cloche espagnole, gagnée par les Mérénides lors d’une bataille contre les chrétiens, enserrée dans des cuivres couverts d’arabesques et de poinçons, et ainsi reconvertie en luminaire dans une mosquée du Maghreb ; pour terminer, un immense étendard de soie avec enluminures au fils d’or et d’argent : la bannière personnelle d’un sultan, perdue au combat au cours d’une lourde défaite qui fait partie depuis du trésor de la cathédrale de Tolède. Entre ces deux pièces, une réunion d’objets savamment mis en valeur, commentés, légendés, numérotés.

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C’est ici qu’avec mes collègues, j’arpente d’un pas vigipiratesque la portion d’exposition dont la surveillance m’échoit.
Il ne se passe pas grand chose. C’est calme. Les visiteurs sont silencieux, chuchotent parfois en petits apartés devant une vitrine. Nombreux sont ceux qui prennent des notes sur un calepin, recopient les textes des panneaux présentant chaque section. Bien obligés en fait car nous sommes ici aussi afin de faire respecter l’interdiction de photographier ou de filmer dans l’exposition… « mais je voudrais SEULEMENT photographier le texte »… Désolé, mais j’ai le nerf sciatique qui frise à force d’arpenter ma portion entre arabesques, jarres et astrolabes. « Monsieur (Madame) le règlement est formel : il est interdit de filmer ou photographier TOUT ou partie de l’exposition. Je suis désolé » ( des fois on l’est vraiment ). Le visiteur insiste : « mais j’utilise pas le flash ». Moi je repense à cette jeune fille aperçue à un feu rouge, chevauchant une Royal-Enfield et ne sait trop quoi lui répliquer de définitif. Courtois, mais d’un ton ferme : « Monsieur ( Madame ) voyez vous ce panneau à l’entrée ? Il vous informe de l’interdiction de photographier dans cette partie du musée ».

L’aspirant délinquant jette un œil vers ledit panneau et son regard s’allume. A ce niveau, la plupart se confondent en excuses et l’affaire s’arrête là. Mais celui-ci est un gros calibre et il fonce : « Ben, la caméra, oui, je comprends bien le picto, c’est clair… – Un temps et il porte l’estocade – … par contre le truc en dessous on le lit pas bien. J’avais pas compris que c’était un appareil photo ». Trop fort, Bob ! Et que veux tu que je te dise, moi, avec ma veste et mon froc noir, mes pompes noires et mon badge du Louvre en sautoir ? Tiens oui c’est vrai que l’appareil du picto me fait penser à ces Instamatic Kodak des années 70 où l’on fourrait des bobines de format 110. Pas le top de la modernité, Bob, je te l’accorde. Mais tu te paies aussi un peu ma tête. T’as un âge à avoir connu l’Instamatic Kodak et les bobines de 110. Et tu avais bien compris que les photos étaient interdites. Néanmoins, tu voulais en faire avec ton téléphone. Bon, écoute moi bien Bob, je vais te dire un truc important : T’as raison. Filmer c’est interdit. Et le deuxième truc interdit ici c’est les portions rectangulaires de poisson pané avec une rondelle de citron dessus. Le deuxième pictogramme c’est ca. T’es content Bob ? Salut à toi et bien le bonjour des Almoravides.

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Auteur : Riccardo

Quand j'avais quinze ans c'était "peace and love". Quand j'avais vingt ans on gueulait "no future". Maintenant que j'ai passé le cap du demi-siècle cela m'ennuie un peu de constater que nous fonçons droit dans le mur... Après "no future" c'est quoi ?

Une réflexion sur “MA JOURNEE CHEZ LES ALMORAVIDES

  1. Y avait une rondelle de citron pour décorer la coque de son iPhone ?
    (bon, ok, je sors !)
    Sainte patience qu’il te faut…

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