La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

DE L’ART OU DU COCHON ?

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Rassurez vous, je ne vais pas vous parler du « porno chic ». Il s’agit plutôt de réfléchir – à bâtons rompus – sur le statut de l’art et de l’artiste à notre époque.

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Le jardin des délices » – Jérôme Bosch 1504 – Panneau central du triptyque – Musée du Prado. Madrid

Jadis, à l’exception de quelques graffitis retrouvés dans des vespasiennes à Pompéi, l’art était sacré. On peignait de grandes toiles pleines de saints. De nos jours, l’art est plutôt profane et on montre des seins – ou pire – afin de prouver que l’on s’est enfin affranchi des diktats moraux. Nous verrons par la suite que d’autres contraintes existent mais chaque chose en son temps. Autrefois, Michelangelo ou Léonard de Vinci travaillaient pour des papes ou des mécènes. De nos jours un artiste peut se faire sponsoriser par Vinci et exhiber à un quelconque péage d’autoroute un amas de poutrelles savamment tordues qu’il aura su refourguer à l’entreprise au prix des métaux rares. C’est également de l’art. Et même du grand art.

Autre évolution notoire : l’art des Anciens était « durable » et nombre de leurs créations ont surmonté avec brio l’épreuve des siècles. Aujourd’hui, il est très tendance de faire dans l’éphémère. Ce qui dans certains cas est d’ailleurs une forme de lucidité. Nos descendants seront épargnés.

Et l’artiste dans tout cela ? Maudit, forcément maudit ? Ou bien reconnu – par ses pairs ou consécration suprême par le grand public? C’est simple : moins un artiste se vend, mieux il est maudit. Un artiste qui se vend bien est rapidement soupçonné de se prostituer. Surtout par ceux qui n’arrivent pas à percer, maudits qu’ils sont de la tête au pied. A ces derniers, ne reste qu’à espérer une reconnaissance tardive – ce qui n’est déjà pas si mal en ces temps où les régimes de retraite vacillent – ou une renommée posthume, beaucoup plus « durable » mais qui , hélas, ne profite guère à l’artiste. Ce sont les éventuels ayant-droits qui en recueilleront les fruits avant que tout ne tombe dans le domaine public. On connaît la musique.

Tout ceci, bien sûr, revient à ne considérer l’art et l’artiste que sous son aspect le plus trivial, celui de la reconnaissance traduite en espèces sonnantes et trébuchantes. Autrefois il n’y avait pas à proprement parler de marché de l’art mais notre époque est celle de la financiarisation. On peut trouver cela vulgaire et préférer les artistes maudits et morts dans la misère, mais de nos jours un artiste – s’il est talentueux et bien «coaché » (néo-barbarisme) peut vivre de son art. Parfois même très bien.

NB : Des artistes peuvent être inintéressants d’un point de vue purement artistique mais gagner énormément d’argent pendant que certains génies passent la moitié de leur vie à se demander comment ils vont payer leur loyer. Nous ne donnerons pas de noms. Chacun placera ici les siens. Ceci pour le côté moderne et interactif de ce petit texte.

Ecrivez ici le nom des artistes qui vous semblent surévalués : ……………………………………………………………………………… Ca va mieux ? Si vous n’avez plus de place vous pouvez continuer votre liste sur papier libre.

Revenons maintenant à problème de base : de l’art ou du cochon ? Peut on considérer que comme chez ce sympathique suidé, « dans l’art tout est bon » ? Il est plus facile de trancher dans le lard que d’apporter une réponse globale à cette question car l’art est multiforme. Aussi longtemps qu’il fut sacré, les choses restèrent relativement simples : le commanditaire, s’il n’était pas pleinement satisfait de l’œuvre fournie par l’artiste, avait la possibilité soit de le faire pendre, soit de l’envoyer au fond d’une geôle humide et pourrie afin de lui rappeler qu’il n’était pas là pour s’exprimer mais pour respecter un cahier des charges précis. Pas question de massacrer l’art sacré.

Et puis, les sociétés évoluèrent et l’on passa de l’art sacré à l’art profane. En plus de la fresque biblique destinée à égayer le réfectoire du monastère, on a commencé petit à petit à demander aux artistes de tirer le portrait du mécène, de son épouse et de ses mioches. Exercice potentiellement périlleux. Certains d’ailleurs ont payé très cher leur attachement au réalisme. Heureusement, la plupart des artistes eurent la sagesse de rectifier un nez par trop proéminent ou d’autres légers défauts morphologiques, car l’art est également interprétation, voire sublimation du réel. De nos jours, les logiciels de retouche ne sont rien d’autre que le prolongement technologique de cette nécessité , pour l’artiste, de présenter son sujet sous le meilleur angle, et parfois même de carrément tricher pour se mettre dans la poche un cochon de client. Depuis toujours, on a effacé les rides des puissants et redessiné les fesses de leurs épouses pour les mettre en conformité avec les canons esthétiques du moment.

playmobil pic - copieCe qui est nouveau, c’est qu’aujourd’hui, les marchands de toile et d’appareils photo ont réussi – à grand renfort de campagnes publicitaires – à faire croire qu’au fond de TOUT individu, un artiste sommeillait qui n’attendait rien d’autre que le nouveau boitier/ appareil / logiciel pour s’épanouir. Et nous voici avec quelques centaines de millions d’artistes potentiels qui n’ont plus qu’à acheter du matériel pour S’EXPRIMER. Il suffit de faire un stage ou deux, mettre en ligne ses œuvres sur internet et le tour est joué. Il n’y a plus qu’à attendre le succès qui ne saurait tarder et les valises de billets qui vont avec. Fastoche.

Et si le succès n’est pas au rendez-vous c’est évidemment à cause des autres, ces cons qui n’ont rien compris à votre démarche pourtant si originale. Une fois de plus c’est Mozart qu’on assassine. Pour justifier votre insuccès, affirmez sans hésiter que « le milieu de l’art c’est pourri et compagnie » ou encore que « le marché de l’art est complètement contrôlé par les anglo-saxons » ( NB : évitez d’invoquer « le lobby juif qui contrôle le marché de l’art » c’est  très connoté et complètement « has-been ». Ne parlez pas d’art « dégénéré » pour les mêmes raisons). Si vous en restez aux premiers argumentaires que nous vous proposons, vous pourrez, à peu de frais, endosser un joli costume d’artiste méconnu, maudit mais sympathique. Cela marchera très bien avec votre entourage immédiat, en particulier avec votre charcutier, qui lui aussi a une âme d’artiste et réalise chaque année une œuvre d’art pour décorer sa vitrine au moment des fêtes. Sa dernière réalisation, une reproduction en saindoux du Sacré-Cœur n’étant rien d’autre qu’une audacieuse synthèse entre art sacré et art profane, saupoudrée du grand frisson de l’installation éphémère.

Alors de l’art ou du cochon ? Vous l’aurez compris, il n’existe pas de réponse simple à un si vaste sujet. C’est pour cette raison que la plupart du temps, les discussions sur ce thème finissent en eau de boudin, comme dit le charcutier cité plus haut. Et que penser de mon pote Hector, bûcheron dans les Vosges de son état, qui, à ses moments perdus, débite à la tronçonneuse des souches qu’il transforme en totems phalliques ? Cet adepte d’art brut au fond des forêts primaires affirme sans ambages que « la tronçonneuse c’est pratique mais que l’art à la hache ca arrache ». Ne mérite-t-il pas toute notre attention pour cette réflexion pleine de bons sens ?

Je défie d’ailleurs n’importe quel critique d’art qui serait tenté de le contredire d’aller le défier lorsqu’il est en pleine création.

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Auteur : Riccardo

Quand j'avais quinze ans c'était "peace and love". Quand j'avais vingt ans on gueulait "no future". Maintenant que j'ai passé le cap du demi-siècle cela m'ennuie un peu de constater que nous fonçons droit dans le mur... Après "no future" c'est quoi ?

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