La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

MONSIEUR LALOUZE, LA DROITE, LA GAUCHE ET LE RESTE….

Poster un commentaire

DSCF2556 

Monsieur Lalouze s’est réveillé et, comme tous les matins, a machinalement allumé la petite radio qui trône dans la cuisine, à côté de la cafetière.

Ce matin, le journaliste donnait la parole à un « ténor » briguant la présidence d’un parti politique qui se trouve actuellement dans l’opposition. Monsieur Lalouze, en bon citoyen, prêta une oreille au bonhomme tout en humant la bonne odeur de café qui envahissait doucement la cuisine.

La cuisine est peut-être le meilleur endroit pour apprécier la tambouille politique ( les toilettes étant réservées à des lectures variées, du polar au prospectus trouvé dans la boite à lettres ). Pour en revenir à cet opposant, il n’avait pas de mots assez durs pour éreinter le gouvernement, coupable à ces yeux de « renoncement », « d’incapacité à engager les réformes indispensables », et patati et patata. En l’écoutant, Monsieur Lalouze aurait presque pu oublier que le parti auquel appartenait ce chaud partisan de la « modernisation » avait été au pouvoir pendant cinq années avant de le perdre lors des dernières élections présidentielles ; que ledit parti, lorsqu’il était au pouvoir n’avait pas jugé opportun de lancer les « indispensables réformes » et que pendant ces cinq années il avait même assez fortement creusé le déficit du pays.

Entre deux tartines beurrées, Monsieur Lalouze ne pouvait s’empêcher de penser que cet homme politique – comme pas mal d’autres – le prenait dans le meilleur des cas pour un amnésique, au pire pour un crétin. Ceci dit, quelques années auparavant, il avait entendu à peu près le même argumentaire dans la bouche d’autres politiciens. Plus exactement dans la bouche de ceux qui, hier, étaient dans l’opposition avant de parvenir au pouvoir. La conclusion c’est que la boucle est bouclée et que le menu peuple n’a plus qu’à se serrer la ceinture en écoutant les discours de ceux qui voudraient être pris pour de « grands hommes », et ce même s’ils se contentent la plupart du temps de « petites phrases ».

Monsieur Lalouze se dit aussi que ce genre de bonhomme se ferait recaler dans n’importe quel entretien d’embauche s’ils devait un jour en passer un autre que le « grand oral » de l’ENA. Il apprécia à sa juste valeur le passage où l’opposant parla des « petits pharmaciens » et des « notaires de campagne » qu’il croisait dans sa circonscription, forcement rurale et enracinée dans le terroir. Ces gens ont une fâcheuse propension à brandir une motte de terre pour nous faire oublier qu’ils passent plus de temps dans des « dîners en ville » que dans les chemins de terre. C’est pour cette raison qu’un président de la République doit tous les ans s’extasier devant les burnes d’un taureau primé au salon de l’agriculture et tâter le cul des vaches en se donnant un air d’expert avant de repartir en limousine ( pas la race hein, soyons clair, la bagnole ).

Monsieur Lalouze, comme pas mal de monde, était de plus en plus lassé de cet univers binaire, la gauche contre la droite, la gauche étant bien sûr généreuse, honnête et vertueuse alors que la droite ne pouvait être composée que de fraudeurs pervers et de fascistes potentiels. De même, l’ouvrier ou l’employé était un type franc du collier, honnête, travailleur mais scandaleusement exploité ; le patron, en revanche, ne peut être qu’un salopard qui s’enrichit sur le dos des autres. Fermez le ban. Et cela dure depuis un bon moment, chacun campé sur ses pauvres certitudes, à ergoter ad nauseam.

DSCF9580Pourtant, Monsieur Lalouze avait déjà rencontré des types de droite fréquentables et des gens de gauche imbuvables, des ouvriers antipathiques et des patrons corrects. En fait le monde n’était pas binaire avec les gentils d’un côté et les méchants de l’autre. Entre le noir et le blanc, on trouvait la gamme des gris qui se décline à l’infini pour peu que l’on y porte un regard attentif. Mais la subtilité ne fait pas bon ménage avec la politique. Plus exactement avec le discours que les politiques adressent aux électeurs potentiels. Car, à l’intérieur du monde politique, on est capable de finesse. C’est normal : on est entre gens du même monde. En revanche, pour séduire la base, le politicien préférera toujours s’adresser aux tripes plutôt qu’au cerveau.

Alors gauche et droite même menu ? Monsieur Lalouze voit bien qu’il y a des fruits pourris dans les deux paniers. Ils sont peu nombreux mais nous savons tous que c’est le panier entier qu’il faudra balancer si l’on n’a pas le réflexe de se débarrasser des quelques fruits pourris. Il est intéressant aussi de rechercher l’origine de cette pourriture qui n’est pas d’origine extra-terrestre. Nous sommes dans un pays qui affiche fièrement sa devise : « Liberté-Egalité-Fraternité » ( un temps remplacé par un « Travail-Famille-Patrie » que certains semblent regretter ) que l’on ne retrouve pas toujours dans la vie quotidienne. S’il est vrai que « les hommes naissent libres et égaux en droit », en sortant de la maternité chacun retrouve son milieu d’origine et que l’inégalité existe. La mission d’un gouvernement décent constitue à faire en sorte que ces inégalités, sociales ou naturelles, soient atténuées plutôt qu’aggravées. Du moins ce c’est que l’on attend de lui.

Monsieur Lalouze termine ses tartines et se demande pourquoi les Français ne sont jamais parvenus à créer une option politique au centre, où l’on trouverait les gens décents et honnêtes ( ils sont heureusement plus nombreux que l’on croit) de gauche ET de droite, ce qui permettrait de sortir de cette « alternance » un peu moisie. Il faut dire qu’à chaque tentative de créer un espace au centre, la droite ET la gauche font front commun pour dessouder le projet. Et cela ne date pas d’hier. Pendant la Révolution, entre les Girondins et les Montagnards, ces ancêtres de notre système binaire, existait ce qu’à l’époque on nommait le « marais ». Mais n’oublions pas que dans un écosystème complet, les zones humides ont une action régulatrice, permettent d’éviter les crues dévastatrices et sont des biotopes extrêmement intéressants par leur biodiversité. Hélas, le plus souvent, lorsque des politiciens choisissent la voie du « milieu », il s’agit d’autre chose.

Publicités

Auteur : Riccardo

Quand j'avais quinze ans c'était "peace and love". Quand j'avais vingt ans on gueulait "no future". Maintenant que j'ai passé le cap du demi-siècle cela m'ennuie un peu de constater que nous fonçons droit dans le mur... Après "no future" c'est quoi ?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s