La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

TSUKIJI, DES POISSONS ET DES HOMMES

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Tokyo abrite le plus grand marché aux poissons du monde. Le marché de Tsukiji, inauguré en 1935 , devrait être déplacé d’ici deux ans pour des infrastructures modernes plus conforme aux normes actuelles. L’âme du lieu survivra-t-elle à ce déracinement ? Rien n’est moins sûr. C’est la version nippone du déménagement des Halles vers Rungis : plus efficace mais plus froid.

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Tranches fines de thon rouge

Tous les matins, les portes s’ouvrent à 5h30 afin que vendeurs et acheteurs fassent affaire. A cet instant, l’accès au marché est strictement réservé aux professionnels. Ce n’est qu’à partir de 9h00 que les touristes sont autorisés à y pénétrer. Arrivé vers 7h00, je fais quelques photos avant d’être informé, poliment mais fermement , des horaires d’ouverture. J’obtempère et tournicote autour du marché, dans les travées où sont alignés de minuscules restaurants où l’on déguste de fabuleux sashimis, peut-être les meilleurs du pays. Le poisson ne peut pas être plus frais qu’ici.

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La vente bat son plein sous les vieilles halles.

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Le marché en activité.

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Coquillages et crustacés.

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Au bout d’un moment, je suis abordé, en anglais, par un japonais d’un certain âge, tout heureux d’apprendre que je suis français. Nobuo-san est restaurateur depuis plus de trente ans et aime bien la France : il a visité Paris, Lyon – et le restaurant de Paul Bocuse dans la foulée, Avignon… Nous bavardons et, lorsqu’il comprend que j’attends 9h00 pour entrer, il sourit et m’explique qu’il peut entrer en qualité d’acheteur et qu’il suffit que je l’accompagne pour visiter les lieux sans plus attendre. Je pourrais prendre des photos ? Sans problème, m’assure Nobuo-san qui me met dans les  mains son petit chariot plié, remonte un grand sac sur ses épaules et nous voici partis pour acheter les filets de poissons et les coquillages qu’il cuisinera pour ses clients. Grâce à lui, je peux assister au spectacle intense du marché en plein coup de feu. Partout du monde, dans les allées étroites, on se faufile entre les crustacés, les poissons, les poulpes…

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Fin du marché : grand nettoyage du stand.

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Bassins à Tsukiji.

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Mon nouvel ami m’emmène faire sa petite tournée  des marchands, il discute de ci de là : depuis trente ans qu’il vient faire ses achats ici il   connait bien les lieux. Il me montre des coquillages en me donnant leur nom en japonais, m’explique que des bateaux remontent l’embouchure de la Sumida, s’amarrent sur le long quai derrière le marché pour décharger quantité de thon rouge congelé en provenance d’Espagne ou d’Afrique du Sud. Il conclut, sourire aux lèvres, que le thon frais est quand même bien meilleur que le congelé. Et beaucoup plus cher.

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Pendant une bonne heure, tout en faisant ses achats, Nobuo-san me pilote avec beaucoup de gentillesse, mais il a trouvé ce qu’il était venu chercher et maintenant il doit regagner au plus vite son restaurant pour découper, préparer. Nous ressortons du marché et prenons congé l’un de l’autre. Je le remercie le plus chaleureusement possible, il file dans le métro avec ses achats pour être prêt lorsque les clients débarqueront chez lui pour le repas de midi. Je repars vers le marché. Il n’est pas encore 9h00. Entre les restaus et les échoppes, j’admire les lames de couteaux forgées à la main, puis trouve le coin des distributeurs de boissons où les ouvriers du marché viennent s’accorder une courte pause cigarette avant de retourner sous les vieilles charpentes métalliques. Partout, le ballet incessant de ces petits chariots électriques filant dans tous les sens et pouvant presque tourner sur place. Sur les parkings, quelques camions customisés brillent de tous leurs feux.

Lorsque je peux – le plus légalement du monde, entrer de nouveau dans le marché, je me rends compte que l’ambiance a changé. Les trois quarts des poissons sont déjà remballés, c’est le moment de rincer au jet, de nettoyer, de découper les derniers morceaux de chair, tout plier et repartir… Ca discute, ca chahute un peu aussi. Je tourne une bonne heure sur place avant de repartir. En l’espace de quelques heures, j’ai vu passer sous mes yeux plus de produits de la mer qu’en un an à Paris. Je me jure de revenir ici avant le déménagement.

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Les petits restaurants dans l’enceinte du marché.

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Remerciements chaleureux à Nobuo Saito sans qui j’aurais raté les meilleurs instants du marché.

Mise à jour février 2017 – Le marché aux poissons est toujours là. Tsukiji résiste. Les terrains où les nouvelles installations étaient programmées se sont avérés être pollués. Très pollués. Le nettoyage des sols se chiffre en milliards de yens. Le 31 août 2016, Yuriko Koike, la gouverneur de Tokyo nouvellement élue, a repoussé le démarrage des opérations de déménagement pour des questions de sécurité, de coût, de manque de transparence financière et de carences dans l’information du public. En 2017, le vieux marché de Tsukiji tourne toujours.

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Auteur : Riccardo

Quand j'avais quinze ans c'était "peace and love". Quand j'avais vingt ans on gueulait "no future". Maintenant que j'ai passé le cap du demi-siècle cela m'ennuie un peu de constater que nous fonçons droit dans le mur... Après "no future" c'est quoi ?

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