La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

DE L’ART DE LA CONVERSATION AU JAPON

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Une des choses les plus surprenantes au Japon pour un français, c’est probablement la façon dont tourne la conversation.

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Chez nous, on adore les controverses, alors qu’ici, on fera tout pour que chacun puisse parler, s’exprimer – mais avec retenue – en ayant raison. Pas de vagues, pas question non plus de hausser le ton, mais un doux ronronnement qui permet de dialoguer sans heurts.

Un exemple : vous buvez un coup chez des amis. Au Japon, on parlera des tasses si jolies, de la porcelaine si fine et presque diaphane, du caoua et de son parfum, de la forme des soucoupes tellement harmonieuses dans leur douce rondeur, etc…. Et cela peut durer une petite heure. Au final, tout le mode sera content de passer ainsi un bon moment ensemble.

IMG_0458En revanche, chez nous, la conversation prendra rapidement un autre tour. On abordera le plus vite possible des sujets glissants comme l’augmentation scandaleuse du prix du caoua alors que les cours sont en baisse, le monopole tout aussi scandaleux des grandes surfaces qui mettent le couteau sous la gorge des petits producteurs. Ce qui permettra de mettre sur la table le sujet douloureux de l’exploitation du Tiers-Monde par les pays riches. Et ainsi de suite jusqu’au bouquet final qui verra le syndicaliste s’engueuler avec son ami d’enfance lorsqu’il comprendra que ce dernier vota pour la droite l’an dernier. Le consensus est un terme français mais il est rarement – voire jamais – mis en pratique.

Un autre point trompeur, c’est que le nippon cultive la modestie. Si un japonais vous affirme qu’il sait jouer « un petit peu » du piano, il est fort possible qu’il soit capable, ivre mort , de vous balancer une sonate de Mozart. Cela surprendra toujours le français qui se proclame trilingue pour peu qu’il soit capable de dire bonjour en espagnol et merci en anglais. Ce point est cause de nombreux malentendus : dans le meilleur des cas nous passons pour des baratineurs… ou des menteurs pathologiques.

Un autre principe nippon veut que le sommet de la communication soit de devancer les souhaits de l’autre : faire ce qu’il attend de vous avant qu’il n’ait pu l’exprimer par la parole… Les verbeux que nous sommes sont clairement aux antipodes de cette attitude.

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Mais, me direz vous, c’est bien tristounet ce genre de discussion, sans prise de position et sans conflit. Il ne faudrait pas croire cependant que cette recherche absolue d’un accord harmonieux ne signifie pas pour autant l’absence de tout point de vue personnel. Disons que chacun a son opinion et se la garde pour lui, bien au chaud, ce qui tue dans l’œuf toute mauvaise querelle susceptible d’engendrer de mauvaises vibrations.

Donc, au Japon, a priori, on ne parlera pas de politique, de changement climatique, ni de tout ce qui pourrait transformer un aimable bavardage en foire d’empoigne. C’est ainsi que les Japonais restent unis pour le meilleur et pour le pire.

PS : Et toujours sans accent. Restons zen.

 

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Auteur : Riccardo

Quand j'avais quinze ans c'était "peace and love". Quand j'avais vingt ans on gueulait "no future". Maintenant que j'ai passé le cap du demi-siècle cela m'ennuie un peu de constater que nous fonçons droit dans le mur... Après "no future" c'est quoi ?

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