La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

AVEC OU SANS ACCENT

2 Commentaires

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Dans un petit square

Combien de conflits inutiles, combien de batailles idiotes pour des raisons aussi stupides qu’un accent mal fichu et incompris ?

L’accent c’est la marque de l’origine. Qu’il soit grave, aigu, pointu, pagnolesque ou rocailleux, l’accent est une signature. On peut tenter de le gommer, de l’annihiler, toujours il remontera, toujours il s’imposera… Sans lui, notre langue manque de sel, on ne se comprend plus aussi bien et l’on risque de verser dans le charabia.

Ceci dit, lorsque l’on ne dispose que d’un clavier nippon que l’on peut basculer en version US, bye bye les accents… « Sayonara » comme on dit ici. Il faut donc se creuser un peu pour n’utiliser que des mots bien lisses, sans accent, un point c’est tout. Ce n’est pas toujours simple, mais cela fait travailler les neurones et la langue française sans accent sait encore garder tout son sens.

Tout ceci pour vous dire que, depuis la pointe sud du lointain archipel nippon, on voit la France d’un autre œil. La distance n’est d’ailleurs pas que topographique. Ainsi, hier soir, un reportage de la chaine NHK montrait le quotidien d’une patrouille de la BAC. Permettez moi ici une petite blague qui symbolise la mutation de notre pays : autrefois on disait « Passe d’abord ton bac » mais de nos jours c’est « Laisse d’abord passer la bac ». En fait ce n’est pas vraiment rigolo, mais bon, pour que ca passe bien, il faut le lire avec l’accent… Bref, je regardais les flics roulant dans mon quartier, vers la gare du Nord qui, de nuit, prenait des allures de Bronx maudit, des toxicomanes, des v(i)oleurs, toute une Cour des Miracles peu catholique, mais cathodique en diable. De quoi faire bien peur au public japonais qui disait « Eeeeeeeeh » quand les poulets grillaient un feu rouge et fonçaient en sens interdit pour arriver plus vite sur les lieux du crime, et « Oooooooh » quand un bleu ramassait un couteau sur le trottoir. La morale est sauve mais je ne reconnais pas mon quartier.

Ici, chez les Nippons, tout est lisse, tout est propre. On ne balance rien dans les rues, le tri des ordures est sans faille : lundi plastique, mercredi papier, jeudi raviolis… Il existe des rues non-fumeurs et on se trimbale avec un petit cendrier portatif personnel en poche afin de garder la rue aussi propre que possible, et plus encore. Tout le monde respecte les panneaux d’interdiction, y compris les pires des crapules, et personne ne traverse au vert : voiture ou pas, on attend qu’il passe au rouge. Chacun fait bien attention de ne pas attirer l’attention des autres car c’est vulgaire de se faire remarquer. C’est un principe de base.

Tout ceci est reposant MAIS agaçant. Au bout d’un certain temps, on regrette la rugueuse expression populaire de l’hexagone, les engueulades des automobilistes, les jurons et les prises de bec au comptoir du bistrot. Ici , pas de vagues. Mais trop de retenue engendre chez les plus fragiles une grande frustration. Bilan des courses : des faits divers infiniment plus rares que par chez nous, mais autrement plus scabreux. Quand le nippon monte en pression, bonjour le tsunami ! En France on n’est jamais content, insatisfait chronique et on aime le dire un peu chaque jour, ce qui nous permet de ne pas tuer le chien du voisin car il aboie toutes les nuits. Le nippon, lui, encaissera pendant dix ans, avant de transformer le chien et son proprio en sashimi et en catimini.

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No comment

 

Bref, rien de neuf…. Le standard de vie optimal doit se trouver quelque part entre ces deux styles de vie. Et sinon, je ne suis pas peu fier et content d’avoir pu vous raconter toutes ces petites histoires sans l’ombre ni la queue d’un accent. Avec mes salutations depuis le pied du volcan.

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Auteur : Riccardo

Quand j'avais quinze ans c'était "peace and love". Quand j'avais vingt ans on gueulait "no future". Maintenant que j'ai passé le cap du demi-siècle cela m'ennuie un peu de constater que nous fonçons droit dans le mur... Après "no future" c'est quoi ?

2 réflexions sur “AVEC OU SANS ACCENT

  1. Oulipo, quand tu nous tiens… tu peux, fastoche, succéder à Perec !

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