La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

RIEN A FOOT

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Monsieur Lalouze a un peu de mal à s’enthousiasmer pour les « Bleus ». Il est plus concerné par la difficulté à retrouver un emploi et sait pertinemment que, même si la France devenait championne du monde, le marché du travail ne bougerait pas d’un poil de cul. Dans ces conditions, pas de quoi s’extasier sur un tir dans la lucarne.

Ceux qui s’indignent des rémunérations des grands patrons et des parlementaires ne trouvent rien à redire au fait que des jeunes gens soient « vendus sur le mercato » et que les plus talentueux touchent des sommes frisant l’indécence. Monsieur Lalouze se dit aussi que pour que ces petits gars touchent des millions, ils doivent en rapporter encore plus, mais force est de constater qu’en ces temps d’euphorie footballistique, on ne parle guère des émoluments des entraineurs. Pis encore, on lui explique que, le plus souvent, un club de foot perd de l’argent. Allez comprendre.

En attendant, Monsieur Lalouze compte les derniers biftons qui trainent au fond de ses poches et lorsqu’on lui demande « où il part cet été » il répond en souriant qu’il ne va nulle part car il est bien occupé à chercher les moyens de rester là où il est. Et que les Bleus gagnent ou perdent ne changera rien à sa situation.

–       Ouais mais quand même, c’est beau et puis ca nous change un peu les idées, non ?

–       Hélas !

–       Comment ca ? T’es jamais content toi…

–       Hélas tu as raison. On a profité de cette coupe la pour virer les habitants des favelas qui seront rasées pour que d’autres plus riches puissent habiter là et profiter de la vue sur la mer qui était le seul luxe de ceux qui vivaient là…

–       Ah ouais ? Je savais pas…

–       Normal. On a évité d’en parler et on a plutôt fait des tonnes sur « la ferveur populaire » et autres tartes à la crème journalistiques.

–       Tu crois ?

–       Je ne crois pas : j’en suis sûr.

–       Mais comment tu peux vivre en voyant le monde comme ca ?

–       Inconfortablement.

–       Et en plus t’as des enfants !

–       Justement, j’aimerais bien qu’il vivent dans un monde un peu moins pourri par l’argent et un peu plus respirable du côté des bronches.

–       N’empêche qu’un beau match c’est super à regarder !

–       Et bien regarde . Pendant ce temps là c’est l’enfer en Syrie, le bordel en Ukraine, la famine dans quelques coins d’Afrique… Va-y ! regarde bien la baballe qui part dans le « petit filet », écoute les analyses détaillées sur les stratégies des entraineurs…. Et surtout n’oublies pas de télécharger l’application qui te permettra de suivre la coupe en direct sur ton téléphone. Et tu seras un homme mon fils.

–       Putain, je te comprends pas. Toujours en train de remuer la merde au lieu de prendre du bon temps.

–       J’ai pas trop envie de danser sur le bord du volcan.

DSCF6477Monsieur Lalouze paie son café et s’en va un peu au petit bonheur la chance par les rues de son quartier. Il se dit qu’il a peut-être tort de ne pas s’intéresser à cette coupe là et que s’il posait son cerveau le matin à côté de sa brosse à dents, la vie serait plus facile. Pas forcément plus intéressante mais plus simple.

Au lieu de s’inquiéter sur le changement climatique, la montée des inégalités et l’augmentation des conflits, il se réjouirait du beau temps, parlerait « winners et losers » et se frotterait les mains à chaque fois que la France vend du matériel de guerre à des pays pourris. Des devises mon pote, des devises….

Mais voilà : on ne se refait pas. Monsieur Lalouze est un idéaliste qui pense que tout le monde devrait avoir un toit et manger à sa faim. Ce qui fait ricaner les tenants du « réalisme » qui croient à la main régulatrice du marché, aux indices Nikkei /CAC 40/ Wall Street en hausse et le baril de Brent à 100 dollars…

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Les valeurs de Monsieur Lalouze ne sont pas cotées en Bourse. Elles ne sont pas négociables mais on peut les partager. Et Monsieur Lalouze attend toujours que les joueurs de foot refilent leurs primes de match aux pauvres au lieu de collectionner des voitures de luxe. Ce jour là, il regardera peut-être le ballon rond d’un autre œil. Mais en attendant : rien à battre , rien à foot !

 

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Auteur : Riccardo

Quand j'avais quinze ans c'était "peace and love". Quand j'avais vingt ans on gueulait "no future". Maintenant que j'ai passé le cap du demi-siècle cela m'ennuie un peu de constater que nous fonçons droit dans le mur... Après "no future" c'est quoi ?

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