La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

MERDE IN FRANCE

Poster un commentaire

Il se leva et avala rapidement son petit déjeuner composé d’orge grillée et de céréales beauceronnes. Depuis la Révolution Nationale, le chocolat et le café, produits « exotiques »,  étaient hors la loi.  La France s’était repliée sur elle même, à la recherche d’une autarcie présentée comme salutaire par l’Etat Français qui avait remplacé la devise « Liberté, Egalité, Fraternité » d’inspiration ouvertement maçonnique selon le nouveau ministre de l’éducation, par le bon vieux  « Travail, Famille, Patrie » ressorti des poubelles de Vichy  par un gouvernement soi-disant de Salut Public.

P1050603

Tout cela n’était pas arrivé par hasard. L’incurie des gouvernements successifs avait peu à peu ouvert la porte à des discours de plus en plus corrosifs où l’on accusait pêle-mêle les juifs, les islamistes, les francs-maçons et, de manière générale, l’étranger sous toutes ses formes  d’avoir miné un peuple et un pays qui, comme la terre, ne mentait pas. Du moins c’était le socle de la propagande officielle, martelée en boucle par les radios et les télés qui, après une nécessaire épuration, avaient retrouvé le sens patriotique qui leur manquait. France-Culture s’était lancée dans une passionnante série sur « les intellectuels oubliés » et le premier volet, consacré à Lucien Rebatet, avait connu un franc succès. Succès en partie dû au fait que l’écoute des radios « étrangères, cosmopolites et subversives » était interdite depuis l’entrée en vigueur des nouvelles lois sur l’ordre moral et la santé psychique. Les contestataires avaient tenté de protester mais avaient été férocement dispersés, frappés et embastillés par les C.O.N.S.  Les  Compagnies d’Ordre Nouveau Sécurisé avaient remplacé les CRS, jugés peu fiables par le nouveau pouvoir national-socialiste. Manuel Valls avait été renvoyé en Catalogne et, afin de désengorger les prisons surpeuplées, on avait libéré tout un monde de petites frappes en échange de leur engagement chez les C.O.N.S.  Les places ainsi libérées avaient permis d’emprisonner les opposants à la Révolution Nationale, les métèques, les drogués et les gauchistes en attente de jugement.

DSCF4679

Les C.O.N.S, en bons chiens de garde du pouvoir, s’en donnaient à cœur joie pendant que les chômeurs de longue durée étaient réquisitionnés pour effectuer les sales boulots qui jusqu’ici avaient été l’apanage des immigrés qui, bien évidemment, avaient été renvoyés dans leurs pays d’origine avec femmes et enfants. Leurs logements avaient été immédiatement attribués aux Français dits de souche.

Le retour au franc avait fait l’objet d’une grande fête au Carrousel du Louvre – où l’on avait retiré les statues de Maillol jugées obscènes par le ministre du Renouveau Catholique qui militait sans relâche pour que la direction du Louvre remette dans ses réserves toutes les œuvres considérées comme pornographiques et les remplace par de l’art sacré, seul moyen d’après les bigots, d’élever les esprits.Le ministère de la Morale Publique avait de son côté rapidement bloqué l’accès à tous les sites jugés anti-français ou « contraires à la morale ». Les fournisseurs d’accès avaient sans état d’âme, accepté de collaborer à une grande campagne d’assainissement des esprits en livrant les adresses IP de millions d’abonnés.

Enfin, un souffle nouveau balayait la fange et les miasmes cosmopolites qui avaient des décennies durant pourri le pays. On avait bien entendu quelques « La Marine j’l’emmerde » monter de la foule qui s’était pressée pour le grand défilé commémorant Jeanne d’Arc, mais ces cris avaient été rapidement étouffé par la clameur saluant l’arrivée de la Présidente en bas de l’Avenue de l’Opéra, juchée sur un cheval blanc, à la tête de la grande parade des C.O.N.S.

P1180381Bien  sûr tout n’était pas rose. Il avait fallu attaquer quelques pays au nom de l’indépendance énergétique, même si l’on avait réservé le gaz à la crémation des ordures et l’essence aux cadres du parti. Et puis, sortir de l’Europe avait fait bondir le prix de beaucoup de denrées, mais c’était le prix à payer pour « maitriser notre destin en toute liberté » comme disait le ministre du Contrôle de l’Information. Heureusement, le commerce de détail, longtemps accaparé par les maghrébins et les asiatiques avait été rendu aux Auvergnats. Les prix n’avaient pas baissé pour autant mais on était « entre nous comme au bon vieux temps ». Enfin c’est ce qu’affirmait le fameux slogan  de Jacques Séparla, le vieux publicitaire qui une fois de plus avait retourné sa veste sans hésiter.

Pour pallier le manque de gaz russe ou algérien, on avait réouvert les mines de charbon où les prisonniers politiques et les hooligans se refaisaient une santé à grands coups de grisou et jamais on avait mangé autant de patates, de rutabagas et de topinambours, ces légumes bien de chez nous. Finis les haricots africains et les cerises sud-américaines, évincés au profit des châtaignes ardéchoises, des noix de Grenoble et des glands pour les plus démunis. Et pour se chauffer, on avait même abattu les platanes centenaires de l’Avenue Stirbois.

Comme le disait avec simplicité un citoyen à la radio : « on est dans la merde jusqu’au cou, mais c’est de la merde in France et j’en suis fier ».

Publicités

Auteur : Riccardo

Quand j'avais quinze ans c'était "peace and love". Quand j'avais vingt ans on gueulait "no future". Maintenant que j'ai passé le cap du demi-siècle cela m'ennuie un peu de constater que nous fonçons droit dans le mur... Après "no future" c'est quoi ?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s