La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

VIVE LE PLAN Q !

1 commentaire

Le président contemplait d’un œil torve la courbe du chômage qui refusait de s’inverser. Dieu merci elle semblait ne plus vouloir monter. Après l’érection vient la débandade, songea le président, un rien morose. Il priait pour le retour de la croissance et ne cessait de consulter les instituts de prévision afin qu’il lui proposent des chiffres à opposer à ceux de Paul Emploi. Tiens, le moral des ménages… On en est où avec le moral des ménages ?

DSCF7621

–       Le moral est en hausse… Dans les chaussettes, Monsieur le Président.

–       C’est sûr qu’en décembre, ca grimpe toujours un peu avec les jouets des gamins, le foie gras du G20 et le champagne à dix euros la bouteille pour le nouvel An… Et puis ca retombe comme un soufflé.

–       Monsieur le Président, le ministre du Redressement Productif est arrivé. Dois-je le faire entrer ?

Le ministre entra et serra la main du Président. Il avait l’air soucieux et un peu moins fringuant qu’à son habitude.

–       Monsieur le Président, il faut changer le nom de mon ministère ! Tout le monde se moque de moi…

–       Voulez vous que nous le rebaptisions Ministère du Redressement Improductif ?

Le président était nerveux depuis qu’il ne pouvait plus se balader en scooter et que l’on avait renforcé le nombre de ses gardes du corps. Officiellement, c’était pour le protéger d’un éventuel attentat. Concrètement, les gardes du corps étaient là pour l’empêcher de faire des folies du sien et depuis une semaine, il n’avait que le porno sur internet pour calmer sa libido. Le moral des ménages ? Mon cul !

Le Ministre du Redressement productif leva les yeux au plafond. Les ors de la République brillaient de tout leur feu ce qui le réconforta un bref instant. La situation était difficile, c’est vrai, on lui avait donné une mission un peu impossible, c’était vrai aussi… Il devait même de temps en temps aller à la rencontre des travailleurs qu’on allait virer pour écouter leurs doléances, prendre l’air concerné et promettre « qu’il ne laisserait pas faire et qu’il espérait que l’on trouverait un repreneur ». Ensuite, après avoir prononcé ces exhortations dont le patronat se contrefichait, il s’engouffrait dans sa grosse voiture de fonction pour retrouver la douce chaleur de son bureau, moins malodorante que celle des pneus brûlés sur les piquets de grève.

-Monsieur le Président, j’étais ce matin  incognito dans un bistrot de ma circonscription où j’ai écouté ce que disaient les gens au comptoir et, franchement, ils ne croient plus en nous.

– Ah bon ? Et vous, vous y croyez aux repreneurs potentiels et aux investisseurs ? Soyez réaliste, mon vieux, moi même je n’y crois pas plus que cela. Quand une boite ferme, que peut on bien y faire ? La nationaliser ? Vous n’allez quand même pas jouer le gauchiste ? Contentez vous de balancez votre texte avec conviction. Vous êtes avocat, non, alors du style, du panache et oubliez tout le reste. Et surtout n’allez plus jouer les espions au café du coin. Si on vous reconnaît, vous risquez de vous faire casser la figure !

DSCF5950-N’empêche qu’un type a eu une idée.

-Ah oui ? Et laquelle ?

-Des emplois fictifs pour tous.

– Tiens donc ! Et comment il voyait ca votre pilier de  comptoir ?

– Ben, je sais qu’à première vue ca paraît un peu bizarre, mais…

– Je ne vous demande pas votre opinion. Dites moi simplement ce que vous avez entendu.

– Il y en avait un qui était plus saoul que les autres et qui a dit que puisqu’il n’y avait plus que des boulots de merde mal payés, il préférait encore avoir un emploi fictif parce que c’était des boulots pas trop prenants, que les horaires étaient très souples et que c’était toujours vachement bien payé. Ce sont là les termes exacts que cet individu a utilisé.

– C’est bien joli mais je ne vois pas en quoi cela peut nous sortir de l’ornière.

– C’est à dire que, toujours d’après ce type qui avait, excusez moi cher Président, un nom à coucher dehors, Lalouze qu’il  s’appelait, on croit rêver parfois ; et bien, ce pékin affirmait que l’avantage des emplois fictifs c’est qu’ils ne nécessitaient pas de bureau et qu’on allait ainsi libérer des immeubles entiers qui pourraient être réaffectés au logement, qui semble être un problème pour ces gens là, que ces emplois n’exigeant pas d’être présent sur un lieu de travail, on allait également résorber les embouteillages, fluidifier les transports en commun…

– Oui, bien sûr. On peut toujours voir les choses sous cet angle…

– Et si les gens ont de l’argent et du temps libre, ils le dépensent, ce qui relancera la consommation des ménages. Et aussi la croissance.

-Moi président, je n’ai jamais entendu quelque chose d’aussi irresponsable !

-Vous l’êtes, cher Président. C’est inscrit dans la Constitution.

-Dites donc, mon vieux, vous ne seriez pas en train de vous payer ma tête ?

– Nenni, Sire, nenni…

– Votre directeur de cabinet vous reproche de tourner autour du pot et de soutenir les DSCF4404sans papiers. Vous êtes au bout du rouleau, mon vieux.

– Je fais de mon mieux …. Le plan A ne marche plus, le plan B n’existe pas. Il ne reste plus que le plan Q !

– Si c’est une allusion, elle est plutôt déplacée…

– Mais non ! Q comme quotidien ! Montrons au peuple que nous partageons ses préoccupations au jour le jour…

– Décidément, vous m’étonnerez toujours. Je vais réfléchir à tout ceci. Bonne journée mon vieux.

Le président, de nouveau seul, lança un regard désabusé vers la courbe du chômage… Et se dit que ce concept de plan Q valait peut-être la peine d’être lancé avant la débandade.

Publicités

Auteur : Riccardo

Quand j'avais quinze ans c'était "peace and love". Quand j'avais vingt ans on gueulait "no future". Maintenant que j'ai passé le cap du demi-siècle cela m'ennuie un peu de constater que nous fonçons droit dans le mur... Après "no future" c'est quoi ?

Une réflexion sur “VIVE LE PLAN Q !

  1. Après « no future » c’est laisses pas traîner ton fils…. 😉

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s