La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

MONSIEUR LALOUZE CHERCHE L’ISSUE DE SECOURS

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Monsieur Lalouze se demande où va le monde. Lorsqu’il s’informe, il se prend en vrac un torrent d’informations plus ou moins pertinentes, des faits divers, des catastrophes naturelles, des affaires de corruption ou de fesses, des meurtres, des réseaux démantelés, des trafics de drogue, d’influence ou tout bêtement routier… En général, au bout d’un moment, un peu las, il ferme la radio ou éteint son ordinateur pour retrouver un peu de calme. Il n’a pas envie d’avoir son nom en haut de l’affiche. En bas non plus d’ailleurs. Il n’a pas envie de s’afficher voilà tout.

Détail affiche  - copie

Lorsqu’il se risque dehors, il voit de plus en plus de personnes sur le pavé. Bien que l’on parle en boucle de reprise, d’inversion des courbes du chômage et de croissance négative, force est de constater que l’on a jamais trouvé la plage supposée être en dessous et que, lorsque l’on creuse, on trouve parfois du pétrole, mais plus souvent des emmerdements et des déficits. Ceci dit, même s’il ne comprend pas grand chose à l’économie, il voit bien que le pays n’est pas aussi pauvre qu’on le prétend. Un tour dans les beaux quartiers suffit pour voir que les riches n’ont pas disparu, loin de là. La pauvreté est plutôt au niveau des idées.

Rats - copieQuarante ans plus tôt, les contestataires s’époumonaient en réclamant « l’imagination au pouvoir » mais, en vieillissant, ils sont arrivés au pouvoir sans imagination, utilisant les mêmes recettes que les anciens, à savoir promettre un avenir radieux en brandissant un « programme » et des slogans simplistes. Le peuple, séduit par des formules conçues par des publicitaires, « la force tranquille », « travailler plus pour gagner plus » ou « le changement c’est maintenant », choisit un président comme on achète un baril de lessive, parce qu’il est là, bien placé en tête de gondole et que le « packaging » est séduisant. Le débat d’idées est inexistant, chacun campant sur des lignes idéologiques vieilles de deux cent ans et plus. Rien de nouveau sous le soleil. L’être humain, comme la plupart des animaux, vit en meute, en harde ou en troupeau, et suit des chefs cramponnés au pouvoir jusqu’à ce qu’ils se fassent virer par d’autres, plus jeunes et plus costauds. Ces derniers  prennent alors la place en haut de la pyramide pour, le plus souvent,  se contenter de perpétuer les inégalités et redistribuer rentes et prébendes. Le troupeau gronde un peu, tente de se rebeller et puis reprend sa course à l’abîme.

Monsieur Lalouze, enrôlé malgré lui dans le troupeau, aimerait bien que l’on prenne d’autres directions mais ce n’est pas sa petite voix qui changera quelque chose. Bien sur, il a le droit de s’exprimer et, même, à intervalles réguliers, celui de voter… Mais au final, qu’il s’agisse d’un jeune loup ou d’un vieux singe, celui qui est choisi pour être en haut de la pyramide, n’a pas de pouvoir réel sur le cours des choses. Il lui reste les apparats et la pompe mais sur le fond, le roi est nu.

Pendant ce temps, la cigale, écrasée sous les énormes fesses du Veau d’or, n’arrive plus à lancer ses joyeuses mélodies qui rythmaient les beaux jours. Elles ont été remplacées par le silence glacé des algorithmes bancaires qui jonglent aux quatre coins de la planète avec de l’argent virtuel. Ces acrobaties douteuses génèrent des fortunes bien réelles, mais aussi des famines et des misères qui n’ont rien de virtuelles pour ceux qui en subissent les effets. Pour cimenter cet inceste entre la politique et la finance, on lâche au bon peuple les aventures des « people », des miettes de vie que leur concèdent les « stars »  – qui ne sont pas toujours des étoiles, pour bien leur montrer que l’argent ne fait pas le bonheur et que tout va très bien Madame la marquise…

Rue de Lyon-1 - copie Et si l’on délaisse le domaine des idées pour reprendre pied dans la « vraie » vie, c’est une belle foire d’empoigne où tout est mis à prix. La loi de la jungle camouflée sous les oripeaux du mercantilisme… Monsieur Lalouze se dit que si c’était à refaire, il serait sâdhu ou ermite, qu’il ferait son possible pour ne pas vivre embétonné et que tant qu’à faire, puisqu’on n’a qu’une seule vie, autant ne pas la foutre en l’air dans cette triste course consumériste où le bonheur consiste à frimer avec le dernier gadget en vogue. Effaré par ces comportements imbéciles, Monsieur Lalouze se demande pourquoi cet édifice bancal et mal foutu perdure. Il faut croire que l’humanité y trouve son compte, défoncée au pétrole, au fric et au plutonium…

L’inégalité règne et s’installe de plus en plus comme une fatalité. On trouve normal d’acheter en hiver des haricots verts apportés par avion depuis des pays figurant parmi les plus pauvres du monde. On trouve tout aussi normal que certains soient « en voie de développement » depuis plus d’un demi-siècle alors que d’autres, forts de leurs armes, dictent leur loi « au nom de la démocratie ».

Pourtant, les clés sont là. Mais il est plus facile d’hurler avec les loups pour préserver à n’importe quel prix Métro pauvreté  - copieune suprématie bancale plutôt que tendre la main vers l’autre et l’aider à tenir debout. Nous sommes en guerre économique paraît il. Ici, cela se traduit par des plans sociaux, du chômage, des « tensions sur les marchés »… Toutes sortes de petites morts qui, mises bout à bout, détruisent le tissu social. Dans les pays les plus pauvres, cette guerre économique tombe le masque et la « main invisible du marché » tue par centaines les mineurs silicosés, écrase les nouveaux esclaves sous le toit de l’usine qui s’effondre, empoisonne les nappes phréatiques pendant qu’émergent les « nouveaux riches »… Monsieur Lalouze pense que cela ne durera pas éternellement. Il n’est pas le seul. Les banksters travaillent leurs algorithmes pour que l’argent tourne encore plus vite d’un point à l’autre. Les budgets militaires augmentent pendant que l’on coupe dans ceux de la santé et de l’éducation lorsqu’ils existent. La télévision, avec ses chaines et ses grilles, divertit les masses à grands renforts d’émissions débiles et de jeux crétins.

Orwell avait bien vu venir la bête, et, soixante cinq ans après la parution de « 1984 », cette vision prophétique du monde que certains tentent d’imposer à l’humanité,  toute la question est de savoir comment procéder pour faire la peau à Big Brother et ses amis. Notre survie et celle de nos descendants est à ce prix.

Manif Capucines - copie

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Auteur : Riccardo

Quand j'avais quinze ans c'était "peace and love". Quand j'avais vingt ans on gueulait "no future". Maintenant que j'ai passé le cap du demi-siècle cela m'ennuie un peu de constater que nous fonçons droit dans le mur... Après "no future" c'est quoi ?

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