La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

PERE NOEL ET CRISE DE FOI(E)

1 commentaire

Dans les magasins, les murs de boites de chocolat font déjà leur apparition et bientôt les chapons industriels vont bourrer les linéaires.

De leur côté, les radios commencent à chanter les mérites du foie gras artisanal et d’ici quelques semaines, on nous sortira le chiffre de la « dépense moyenne » par famille. Les pauvres se sentiront encore un peu plus fauchés et les autres seront confortés dans leurs achats de fin d’année, ceux qui font que la balance commerciale et le moral des ménages pencheront du bon côté dans les statistiques de février.

meres Noël Tokyo 90 - copie
Lors d’un voyage au Japon, un Nippon m’avait glissé, un peu gêné que « oui, nous ne sommes pas chrétiens et nous fêtons quand même Noël mais chez nous c’est avant tout commercial ». Comment dire ? Je l’ai rassuré en lui confiant que qu’ici aussi , l’aspect sacré de la date était également quelque peu occulté par la grande bouffe et le commerce, et ce depuis un bon moment. Alphonse Daudet déjà, dans « Les trois messes basses »…
De nos jours, le diable – qui dit on s’habille en Prada – a fait main basse sur les vitrines et les étals des commerçants. On installe les décorations de Noël début novembre et parfois les galettes de Rois se télescopent avec les sapins enguirlandés. L’essentiel étant que la main du badaud n’oublie pas le chemin du porte-monnaie. N’a-t-on pas tenté, il y a quelque temps, de nous refourguer, au nom d’une tradition celte, Halloween, une fête qui avec ses décors et ses citrouilles, est tellement plus « fun » et vendeuse que la triste Toussaint et ses chrysanthèmes sur des tombes.

Mais bon, on me dit que le Diable n’a rien à voir avec cette confusion de calendrier et qu’il s’agit en fait de marketing. Et que le marketing n’a rien de diabolique, et que, sans cette science qui consiste à trouver le meilleur moyen de vendre des objets ou des prestations, il parait que notre société s’effondrerait d’un coup. D’ailleurs, il parait même que le Père Noël n’existe pas et que c’est grâce au marketing qu’il a vu le jour.

N’empêche que dans quelques semaines, il va falloir écarter les chapons pour trouver le jambon et contourner le mur de boites de chocolat pour parvenir aux pâtes et aux patates. C’est « Les fêtes ». Notez bien le pluriel : « LES » pas « LA ». Il faudra manger beaucoup le 25 décembre ET recommencer pour le réveillon. Sans oublier de boire du champagne et du pinard, histoire d’aider nos producteurs méritants et de gonfler les marges de la grande distribution. Jadis on disait « Noël au balcon, Pâques au tison », et aujourd’hui c’est « Noël Auchan, Pâques à la rue ». Les temps changent et les dictons s’adaptent tant bien que mal à la sagesse impopulaire.

Rue de Trétaigne 75018 - copie
Quelques réactions recueillies par nos envoyés spéciaux :

« Cette année, pour faire plaisir à ma fille qui croit encore au Père Noël , il faudra se fendre d’un sapin. J’irais bien m’en faire un à la hache dans un square, à l’ancienne, tel le bûcheron fauché des contes de mon enfance. Je tiens ici à préciser que j’ai pas l’intention de perdre mes enfants au fond d’un parking souterrain (les bois profonds pleins de bêtes sauvages sont trop loin et hors d’accès avec mon passe Navigo). Il faudra donc casquer pour un sapin. Les boules, c’est pas un problème, je les ai déjà depuis un bon moment. «  (R.L , chômeur en fin de droits)

« Et alors, cette année, vous savez, avec toute cette misère autour de nous, on a pas trop la tête à faire la fête… On va faire simple : un peu de foie gras mais sans truffes, un chapon pas trop gros , un plateau de fromages… pas trop gras…. Et puis bien sûr une bûche, mais c’est surtout parce que les enfants adorent les décorations. Si cela ne tenait qu’à nous… Mais quand même quelques bonnes bouteilles. Le minimum quoi. C’est quand même Noël, non ? Et pour le Réveillon on a encore rien prévu mais c’est pareil : on va faire simple. Mais pas trop simple quand même parce que si c’est trop simple c’est plus un réveillon… » (P.Q , retraité de la fonction publique)

« Et puis on se prive toute l’année, alors prendre un peu de plaisir à table, cela ne peut pas faire de mal. Quoi? la grêve des confiseurs! Zont pas le droit de nous faire ca, les sagouins. Han, c’est la trêve, pas la grêve… Ouf j’ai eu peur ! »  (Y.T , blaireau malentendant)

Mais surtout si vous voyez des gens ou des choses bizarres, genre accouchement dans une étable, n’hésitez pas : appelez la police afin qu’elle vérifie les papiers des parents, leur situation administrative et procède, le cas échéant, à leur mise en centre de rétention. Et qu’ils ne se laissent pas embrouiller par des histoires à dormir debout du style « je travaillais le dimanche au rayon charpente de Castorama et j’ai tiré Marie à la Courte Paille et maintenant elle me fait un enfant et pourtant je vous assure que je l’ai pas touché et qu’elle est toujours vierge ». Il n’est qu’un Messi et il se nomme Lionel. Le reste c’est du pipeau.

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Auteur : Riccardo

Quand j'avais quinze ans c'était "peace and love". Quand j'avais vingt ans on gueulait "no future". Maintenant que j'ai passé le cap du demi-siècle cela m'ennuie un peu de constater que nous fonçons droit dans le mur... Après "no future" c'est quoi ?

Une réflexion sur “PERE NOEL ET CRISE DE FOI(E)

  1.  »friends & hope »
    maybe……

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