La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

CA SENT LA BOUSE

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Lorsqu’il était gamin, Monsieur Lalouze vivait dans une petite ville au bord de la Marne et, chaque jour, passait devant une église ornée d’un bas-relief où l’on voyait Saint-Martin partageant son manteau. Mr Lalouze s’en émerveillait mais se demandait s’il était raisonnable de couper un manteau en deux morceaux… Sa mère le grondait s’il rentrait de l’école avec un trou dans ses vêtements ou un bouton arraché. Alors un manteau coupé en deux !

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Et puis un demi manteau à quoi cela pouvait il bien servir? Il posa la questions à ses parents qui lui expliquèrent que c’était bien de partager ce que l’on avait avec ceux qui ne possédaient rien. Depuis Monsieur Lalouze n’avait cessé de partager avec ses contemporains plus démunis. Mais ces derniers temps, il n’avait plus que des emmerdements à partager et personne n’en voulait.

Pourtant le partage restait une valeur sûre et rien n’avait changé depuis les temps héroïques où Martin refilait la moitié de sa capote militaire à un misérable. La preuve en était ce cri du coeur d’un jeune sot en costume cravate qui, tout en tripotant son téléphone, se confiait à son voisin en ces termes : « Ouais c’est clair, aujourd’hui, sans couverture t’es à poil ».

La couverture médiatique avait pris le pas sur l’ouverture d’esprit et l’on entendait des individus expliquer que dès qu’il entraient « dans une zone où ils ne captaient plus », ils étaient saisis d’une sourde angoisse à l’idée de ne plus être connectés au reste du monde . Ils pestaient de ne pouvoir « partager » ce qu’ils voyaient avec les autres et trouvaient intolérable de ne pas pouvoir envoyer aux quatre coins du monde une photo des champignons qu’ils venaient de ramasser dans les bois. Le partage était devenu, comme pas mal de choses, un machin virtuel qui consistait la plupart du temps à balancer une photo de plage exotique et ensoleillée à des relations qui s’emmerdaient au bureau.

Le Siècle des Lumières disparaissait peu à peu dans un océan de pixels et Monsieur Lalouze, tout en repensant à Saint-Martin, se demandait qui avait éteint la lumière en sortant.

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Auteur : Riccardo

Quand j'avais quinze ans c'était "peace and love". Quand j'avais vingt ans on gueulait "no future". Maintenant que j'ai passé le cap du demi-siècle cela m'ennuie un peu de constater que nous fonçons droit dans le mur... Après "no future" c'est quoi ?

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