La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

TODAY

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Les caméras trainent leurs lentilles affutées dans les angles morts des quais d’une gare de banlieue. C’est une nuit d’hiver, il fait froid, le vent et la pluie cinglent les rares personnes qui attendent le train. Leurs silhouettes se reflètent sur les vitres des express qui passent à toute vitesse. Des hommes et des femmes dînent au wagon-restaurant en buvant des vins extravagants. Pas nous. En banlieue ne s’arrêtent que des trains pleins d’humains à livrer au turbin. Des vies entières à cavaler au cul des wagons.

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Il y a des jours où l’on se dit qu’il serait plus agréable de ne rien faire, traîner jusqu’à midi en buvant du café, écouter la radio en fumant, bref, se regarder vivre et changer de rythme, laisser tomber la quotidienne cavalcade sans panache au ras du ballast, fleur de prolo à qui l’on fait miroiter depuis des décennies la lointaine perspective d’une ascension sociale bien que l’ascenseur soit en panne. Les escaliers sont bloqués pour raisons de sécurité et ne sont d’ailleurs conçus que pour l’évacuation des étages supérieurs au cas où la base viendrait à s’embraser. Les patrons ont scié les barreaux de l’échelle des salaires, puis l’ont rangé dans un débarras dont ils ont perdu la clé. La tour infernale est bien protégée. Que les pauvres s’arment de patience car les riches défendront becs et ongles leur bonne fortune indexée sur leurs mauvaises actions. Le standing en guise de pedigree.

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Tu peux toujours courir, le Vieux Monde est encore là, le Veau d’or et les faux prophètes, des codes-barre plein la tronche et des portables pour communiquer des états d’âmes à marée basse. La solitude, la ville, les rencontres et les bistrots comme des lucioles dans la nuit. Hésiter au bord du vide. Le piège chaud du brouhaha au comptoir où l’on s’englue entre deux bières. Pas envie de rentrer.

Et maintenant une page de publicité : Achetez ou crevez si vous ne prenez rien. Crédit gratuit. Remboursement sur trois générations. Une cage à fauves montée sur un panier de crabes. Une porte claque dans le couloir et le silence retombe. Minuit et demi. Le calme après les rumeurs de l’extérieur. Les visages s’estompent et mes paupières retombent. Juste au moment où j’allais comprendre ! Ivre de savoir je m’effondre sur le perron de la connaissance. Des voix dans l’éther : je n’ai pas éteint la radio. Discours idiots et musiques ineptes s’enchaînent comme des perles pour les cochons. Trop pété pour tendre le bras et chercher une autre station. Pas de télécommande. Je jette mon sac photo sur le tuner pour tenter d’arrêter la voix. Raté! Je tire les câbles. L’engin se casse la gueule de l’étagère. Un grand bruit et le silence retombe. Enfin.

Paris Seine

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Auteur : Riccardo

Quand j'avais quinze ans c'était "peace and love". Quand j'avais vingt ans on gueulait "no future". Maintenant que j'ai passé le cap du demi-siècle cela m'ennuie un peu de constater que nous fonçons droit dans le mur... Après "no future" c'est quoi ?

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