La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

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On the road

Autoroute du Sud – années 80…

Trois mille jours sur les routes, des extases d’Ibiza aux brumes berlinoises, bandes d’arrêt d’urgences perdues dans la nuit aux lisières de la vie. Au bout de la route la Montagne barre l’horizon de sa masse noire et gigantesque. Rétrograder dès les premières montées qui s’enchaînent jusqu’à n’en faire qu’une. Ca y est! On est parti respirer l’aventure sur les chemins de la vie, péter les murs et s’enfoncer dans le panorama du doute. S’élever ou crever, le nouveau jeu de société à la mode en ce monde qui perd ses matières nauséabondes, liqueurs intimes radioactives sur lit de résidus chimiques. Bon appétit la vie et les dégats collatéraux. Responsables mais pas coupables. Kilofrancs et mégamorts, le futur suppure de sinistres projections. Je rêve en regardant le ciel infini par la vitre du trente-cinq tonnes qui escalade laborieusement la rampe d’accès au tunnel qui va nous amener de l’autre coté. J’ai la fièvre. Défonce légale. Tête dans les nuages je ris et m’envole au dessus de la ville, loin d’ici en mes rêves éveillés. À la radio des gens parlent dans mon dos et racontent leurs vies. Le soleil se couche sur une route qui va nulle part. La voiture roule sans bruit au fond de la vallée. Dehors le froid mordant, la pluie, les rafales de vent glacé. Je me fous totalement de ma destination . Pis encore, je ne suis pas pressé de quitter cette voiture à l’intérieur de laquelle il fait chaud. Musique et sièges en cuir. Sitôt descendu, il faudra se bouger pour trouver un trou pour s’abriter du froid blanc mortel. Roule, conducteur anonyme de ma dérive, roule sur l’infinie ligne blanche et floue qui divise le monde en deux zones bien nettes, entre rêve et réalité. Roule, car j’aime la musique qui sort de ta radio et les phares qui trouent le noir du paysage qui a disparu d’un coup, englouti par la nuit. Les arbres, débusqués par les antibrouillards, jaillissent dans les virages en lacets, leurs troncs noirs et mouillés deviennent trolls, difformes créatures sur la neige immaculée des bas cotés, et l’énorme orage descend des sommets.

08.jg

Paris – Gare du Nord. Années 90

Back in town. Paris. Montmartre et le Sacré-Coeur en ligne de mire par la fenêtre de la cuisine, vue imprenable sur la médina du versant nord-est de la Butte.Quarante et quelques de fièvre, la mort plantée à l’horizon, le suaire bien coupé, la faux sensuelle, les prions, la dioxyne, les colorants autorisés et le taux d’antioxygène sous plastique. Les morts se conservent mieux qu’autrefois dans les cercueils, bien emballés dans leur feuille de papier alu, pour ainsi dire prêts à revenir. Les nuits à traverser en solitaire entre deux journées d’errance à travers une forêt de chéques en bois pour promotion béton, crédit possible après acceptation du dossier. Une tentative de tri. Un cri. Emballé par écrit… Et alors? Rien dans ces caractères ne me satisfait. Dans l’alphabet, je ne retrouve plus la clef des champs. Dans la musique non plus.

Dans la rue une maison a disparu. Un trou, une excavation. Ma vie n’est plus faite que de trous. Entre les trous? Une existence rafistolée que je déchire à grands renforts de pétards. Des grands moments de vide où je ne parle qu’aux commerçants et aux rares personnes entrevues dans l’ascenseur. Les retours le soir où l’on traine dans la rue sur les derniers deux cent mètres entre le métro et le dodo. Le boulot a disparu pour l’instant. De vraies fausses vacances qui puent l’absence. Plus le coeur à faire le joli coeur. Errer comme autrefois mais sans aucune envie de jouer à nouveau sans toit ni loi. Combien sommes nous en cet instant, mal résignés à clore nos portes jusqu’au lendemain pour retrouver la rituelle solitude du soir?

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Métro Ligne 4 – 2002

Bande-son de l’immeuble : aboiements de chien dans cage d’escalier, sirène sur le boulevard, le voisin du dessus qui tire une chaise…. Et tout retombe très vite dans l’épais coton brumeux de la ville. Six millions d’habitants. Une belle termitière, hi-tech, branchée sur la toile, mais termitière quand même, je veux dire, chacun dans sa cellule, à sa place, sa caste, à jouer son role. Une reine, des soldats et le reste au boulot. Un rêve de dictateur. Alors je ressors dans la nuit et marche sans fin dans la ville. Autrefois, j’allais aux portes de la cité et tendais le pouce pour foutre le camp. Je ne pars plus. Sans boulot pour l’instant et pas envie d’aller m’atteler à quelque équipage pour tirer la calèche d’un nanti. Quelques moments privilégiés où l’on peut envoyer chier ce système broyeur de vie. Un pas de coté, on sait déja que ca ne durera pas longtemps. Argent oblige. Je ne suis pas en grande forme de ce côté là. Seul au café pour lire le journal, seul dans la foule des grands boulevards et sur les berges du fleuve, seul dans ma piaule avec mon mal de dos et mes ratiches qui tombent. Je rêve du Sud, les toits en terrasses et le soleil vorace, la mer et les palmiers, les souks emplis de bruits, d’odeurs et de couleurs. Je rêve d’un long voyage au rythme alangui, de torrents de montagne à l’eau fraîche et de prairies vierges où monte l’enivrant parfum des fleurs. Rêves d’espace et de liberté. Aller où je veux quand je veux. L’exact contraire de ce que la société attend de nous.

Ce matin, train de banlieue direction l’Assedic et la Sécu dans la foulée. Comme c’est les vacances scolaires, il n’y a pas de queue. La femme derrière le guichet est désolée. Le système informatique a planté. Heureusement, je n’ai que des papiers à déposer. Retour à Paname pour cavaler chez Telecom pour banquer ma facture. Il est quatorze heures et j’en ai ma claque des agences et des formulaires. Je dérive dans le Marais pour émerger à Beaubourg et de là gagne le Forum des Halles. Le forum romain devait avoir un peu plus de gueule que cette galerie marchande enterrée sur trois étages. Retour à la casbah. Les visages dans la foule. Dans le métro. Galerie infinie de portraits, tranches de vies bien empaquetées dans des fringues de marque, tracabilité du consommateur et ciblage des ventes. Dégraissages et flux tendus. Arrêt correspondance. Ca baisse à Barbès. Ca bouge à Chateau Rouge et voilà ma station…. Fin temporaire du chemin de croix.

Manif St Michel

Soir de manifestation au Quartier Latin – 2000 et quelque…

Se fracasser la nuit entre amis pour oublier un instant l’originelle solitude. On nait et l’on meurt seul. Entre ces deux points chacun s’efforce de suivre sa ligne de vie. Beaucoup se perdent en chemin. Des rencontres. Une jolie femme chez des amis. Seule. Charmé. Puis l’on revient sur terre et l’on remballe ses envies d’être bien. Comme un voyage en train un peu chiant tout seul dans un compartiment. Le paysage défile et je rêve sur les ailes de la musique. Overdose de solitude. Je commence à barjoter dans mon coin, coïncé entre ce passé qui n’est plus ma vie et un futur en point d’interrogation. Lorsque la tempête soufflait, je tenais bon la barre et aujourd’hui l’accalmie me tue debout. Sous locataire sans emploi, le moral et la finance en baisse, en marge comme à vingt ans mais plus rien ne sera jamais comme avant. Je puise mon énergie dans le rock et la fumée, m’égarant un peu plus profondément dans la jungle de mes souvenirs. Un riff de guitare bien appuyé déchire mon angoisse comme une rafale de mitrailleuse et le ciel redevient bleu. Vide de tout présage mais bleu. Fin de la musique. Le silence me retombe sur la gueule comme un rideau de fer.

Reste un succédané de bohème. Des nuits arrachées au néant à force de cassettes vidéos ineptes, action (cassage de gueules), aventure (cassage de gueules), épouvante (cassage de gueules et découpages), X (bouchage et lissage). Quand tu en as vu un tu les as tous vu ne manque jamais de dire Jaja, le pochetron du troquet du coin. C’est vrai, il a raison, pourtant toutes les nuits cela recommence, cérémonial solitaire des nuits blanches, son en sourdine écran gros plan, bourrage d’images, je ne sais où poser mon regard, reposer mon esprit qui saute d’un concept à une idée comme un singe sous amphétamines. En quête d’un caravansérail pour souffler un peu, me nettoyer l’âme et repartir d’un bon pas sur le chemin sans fin. Des rapports humains pas toujours consentis, la fièvre de vie m’embrouille l’entendement et j’enchaîne les conneries. Songes inanimés.

Paris 1999

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Auteur : Riccardo

Quand j'avais quinze ans c'était "peace and love". Quand j'avais vingt ans on gueulait "no future". Maintenant que j'ai passé le cap du demi-siècle cela m'ennuie un peu de constater que nous fonçons droit dans le mur... Après "no future" c'est quoi ?

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