La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

ON N’IRA (PAS) TOUS AU PARADIS (FISCAL) –

1 commentaire

On n’ira pas tous au paradis fiscal pour la simple et bonne raison qu’un gugusse de base n’a pas de fortune à cacher et que lorsque un citoyen lambda parvient à mettre trois ronds de côté, il optera, suivant le montant, entre un Plan Epargne Logement ou une assurance vie. Les plus retors planqueront entre une liasse de billets au fond d’un tiroir, des trucs de misérables gueux habitués à compter leurs sous. Et ne parlons pas de ceux qui n’ont rien… Ils ne comptent pas.

Alors comment voulez vous que l’immense majorité des petites gens puisse concevoir à quel point c’est dur d’être riche, voire même ultra dur d’être ultrariche? D’abord, on perd un temps considérable à compter ses richesses. Il y en a trop pour les planquer sous le matelas. Ensuite, on doit se méfier de ses amis, de ses proches, ses enfants, de tous ceux qui gravitent autour de vous. A ce niveau il y a beaucoup de requins et peu de bisounours. Souvenez vous de cette brave Liliane Bettencourt, née riche et qui a passé une vie entière à ne rien faire tout en devenant plus riche chaque année. Un ennui, mon ami, vous ne pouvez pas vous imaginer. Obligée de faire venir Jean-Marie Banier pour se distraire, courtisée par des politiciens, détestée par sa propre fille. Et bien, n’ayons pas peur de le dire, c’est une vie bien triste que celle là. Même en parvenant à éviter l’impôt sur la fortune.

Et puis ces pauvres riches n’en peuvent plus d’être premiers de cordée, d’entreprendre pendant que les autres se vautrent dans un médiocre salariat tout en aboyant sans oser mordre la main qui les nourrit et se contentent des miettes que l’on veut bien leur concéder alors qu’au final ce sont eux qui fabriquent le gâteau. Et puis tout ce gaspillage d’argent public pour soigner des impécunieux, instruire des gamins alors qu’ils pourraient travailler, un gâchis mon ami, je ne vous dis que ca. Les riches sont plutôt pour le libéralisme, une sorte de liberté trafiquée où l’on attend de l’Etat qu’il tienne les masses en respect avec l’armée et la police et rien de plus….

Dès 1995, le patron d’une multinationale suédoise basée en Suisse ( à l’époque c’était encore artisanal) s’exprimait ainsi : « Je définirai la mondialisation comme la liberté pour mon groupe d’investir où il veut, le temps qu’il veut, pour produire ce qu’il veut, en s’approvisionnant et en vendant où il veut, et en ayant à supporter le moins de contraintes possibles en matières de droit du travail et de contraintes sociales ». C’est brutal mais au moins on sait où l’on va.

La mondialisation c’est aussi – grâce aux nouvelles technologies – des manières de plus en plus sophistiquées pour les très riches et les multinationales de se soustraire à l’impôt. L’argent se planque derrière des algorithmes et des sociétés écrans, des cabinets d’avocats et des banques pas toujours regardantes. Pendant ce temps, le quidam moyen s’acquitte de ses impôts, des taxes diverses qui émaillent son quotidien. Il n’a pas la possibilité de recourir à des « montages financiers sophistiqués », il n’a pas accès aux délices de « l’optimisation fiscale ». D’ailleurs on se demande bien ce qu’il en ferait puisqu’il n’a pas d’argent à planquer. Il est soigné, protégé des barbares, il a accès au porno en ligne et peut se flageller avec un bouquet de chaines, il peut acheter une bagnole à crédit, télécharger un paquet d’applications dans son portable, il a le choix entre vingt marques de yaourt, six lessives et une infinité de céréales pour être en forme dès le matin. Alors, il ne va pas prendre le risque de foutre en l’air cet équilibre boiteux qui lui permet de vivre. Il gueule pour la forme mais dès qu’il sort, le triste spectacle de ceux qui sont à la rue lui fait dire qu’il n’est pas le plus malheureux. On se console comme on peut.

Le pauvre l’a toujours un peu mauvaise lorsqu’il se rend compte que les très riches dépensent sans compter d’une main, tandis que de l’autre ils signent des chèques à des conseillers fiscaux qui mettent en place des « stratégies » très limites, bien que légales pour gruger le fisc. Le pauvre l’a mauvaise lorsque l’on vient fouiller dans ses pauvres finances pour lui gratter quelques biftons afin « d’aider les entreprises à créer des emplois » ( mais si, mais si). Le pauvre se pourrit la vie pour trouver 500 balles de plus par mois, le pauvre flippe sur une facture de quarante euros, sur le prix du café, sur le coût de la vie, la hausse des loyers, des transports. Le pauvre flippe pour trois fois rien. Le pauvre a besoin de tickets-restaurants et rêve de notes de frais. Le pauvre est fragile et il y en a partout. Un peu trop même, pense l’ultra riche, calé dans son jet privé ( exempté de TVA faut pas déconner ) en vérifiant le cours des actions de son groupe gèré d’une main de fer parce que nous sommes en guerre économique, même si le clampin de base ne s’en rend pas compte. Bien le bonjour de l’oligarchie et de la technocratie réunies.

Le grand capitaine d’industrie crée des emplois, paie des impôts, achète de l’art contemporain – un placement défiscalisé – via sa fondation, donne à deux trois associations caritatives. Et vous venez l’ennuyer pour des peccadilles, quelques millions non déclarés (quand on aime on ne compte pas), des placements financiers dans des trucs à l’éthique élastique… Mais mon bon monsieur, je ne savais pas que mon argent dormait à côté de celui du crime organisé. D’ailleurs, c’est simple : je ne savais pas qu’il était là. Si vous en aviez autant que moi, vous pourriez voir à quel point c’est difficile d’organiser ces trucs d’optimisation fiscale. Voyez plutôt ça avec mes avocats. Et croyez moi, vous êtes plus tranquille dans votre métro bondé que moi dans mon jet. Contentez vous de grommeler lorsque la presse balance quelques noms, ceux qu’elle peut donner sans trop de risques – il est des riches discrets et très méchants, contentez vous de vos appartements à crédit, de votre petit monde bien balisé, de vos petites vacances, de vos petits rêves et laissez nous jouer avec vos économies, vos vies précaires et vos rêves niais d’un monde meilleur.

On ira pas tous au paradis fiscal – il n’y a pas de place pour les impécunieux – et si vous nous emmerdez trop on va vous concocter un enfer social dont vous n’avez pas idée. Alors votez comme on vous dit, indignez vous à gogo, insoumissez vous les uns les autres mais venez pas nous chercher. Nous avons le fric, les lois pour nous et on peut même déclencher des guerres s’il le faut. Allez, circulez y’a rien à voir.

Publicités

This gallery contains 13 photos

J’ARRETE DE FUMER…..

2 Commentaires

Un riche en prison? même pas en rêve…

J’arrête de fumer. Du tabac. Trop cher. Une décision mûrement réfléchi en concertation avec mon compte en banque. J’ai déjà arrêté les sorties, les restaurants, les cinémas, les vacances… Alors les clopes, pourquoi pas ?
J’ai heureusement retrouvé un emploi. Du coup je gagne un peu plus qu’en restant chez Paul Emploi. Ce ne sont pas les indemnités de Paul qui sont trop élevées mais en revanche on peut dire que les salaires sont bas. Enfin, faut pas que j’exagère non plus : mon salaire net d’un mois correspond grosso modo au montant de mon loyer. C’est net et pratique. Une fois le loyer acquitté, il ne reste plus rien : c’est pratique pour les comptes mais c’est un peu difficile de boucler un mois avec rien. Ben oui, en plus du loyer, faut bouffer. Et puis s’acquitter de la taxe d’habitation ( celle qu’un type avait promis de supprimer ) , la taxe d’ordures ménagères, le gaz ( Ah Dolce Vita !), l’électricité, les abonnements box/téléphone…

Alors jusqu’ici je m’en suis sorti grâce à l’aide de mes proches, et aussi en prenant un crédit chez ma banque qui enfin parvient à gagner un peu de blé sur mon dos. Mais là, j’ai plus d’idées pour trouver ce qui me manque tous les mois. Si j’étais pas chargé de famille, je me mettrai dans la vente de trucs illégaux à fumer, mais j’ai pas la tête à ca. Voler, je sais pas faire. Alors j’essaie de comprendre comment font les autres.

Je voudrais bien, comme ce brave monsieur Guéant, ne dépenser que 800 euros en 10 ans avec mes comptes bancaires personnels. S’il pouvait me communiquer la recette, ce serait sympa. Pour être franc, j’ai le sentiment de ne pas m’y prendre comme il faut. Lorsque j’entends ce bon monsieur Castaner dire que certains touchent le chômage et partent deux ans en vacances, c’est pareil, je veux bien qu’on m’explique le truc.

Quand j’étais chômeur, je n’ai jamais réussi à partir en vacances. Alors pouvoir me barrer DEUX ans cela m’interesse. Parce que, en ce moment, même en bossant, j’ai du mal à rester dans mon deux pièces. C’est vrai qu’il ne faut pas croire au Père Noël. Et que le président n’est pas venu avec une hotte pleine de cadeaux. Il est même en train d’équiper le père Fouettard avec des grenades et tout ce qu’il faut pour calmer les plus énervés. Alors, OK, je crois plus au Père Noël. Mais j’ai encore plus de mal à croire qu’en aidant les riches à payer moins d’impôts et à devenir encore plus riches, ca leur donnera envie de redistribuer un peu de leur fortune aux pauvres. Je ne crois pas au ruissellement. Enfin disons que ce qui ruisselle de haut en bas, ce n’est pas de l’argent. Ca j’en suis sûr. Parce que l’argent n’a pas d’odeur, alors que ce qui ruisselle d’en haut vers le bas, pue assez fort.

J’arrête de fumer mais je refuse qu’on m’enfume. Je refuse que l’on veuille me faire croire à la main du marché, au redressement des comptes de la nation, à la dette extérieure et à tout ce fatras de conneries dont on me rebat les oreilles depuis des décennies. Je vois juste que certains sont de plus en plus riches et que cet enrichissement ne profite qu’à eux. Que les fauchés sont de plus en plus nombreux… Que tout cela ne peut pas bien finir et que j’attends maintenant la fin de ce jeu truqué.

This gallery contains 1 photo.

POUR 400 BRIQUES T’AS PLUS RIEN

Poster un commentaire

Jésus et Léonard de Vinci réunis font le buzz. Un portrait du premier réalisé par le second vient d’être vendu 400 millions de dollars à New York. Il n’a fallu que 19 minutes d’enchères chez Christie’s pour atteindre cette somme avec un prix de départ à 70 millions de dollars. En euros ca ne fait plus que 382 millions, belle affaire pour son ancien propriétaire, un milliardaire russe qui, en 2013, l’avait acquis pour 108 millions. Le nouveau propriétaire de l’œuvre a préféré garder l’anonymat.

« Salvator Mundi « 

Au Salon de Dubaï, le loueur américain Indigo Partners, fournisseur de nombreuses compagnies low cost, commande 400 avions moyen-courrier A320/321. Le montant exact du contrat signé à Dubaï avec Indigo Partners, indiqué comme supérieur à 40 milliards de dollars ( 34 milliards d’euros ) au tarif catalogue, « ne sera jamais public, mais on peut penser que la remise accordée pour un tel nombre d’avions est de l’ordre de 50 % ». Entre gens de bonne compagnie, on ne va pas chicaner pour 20 milliards de dollars de rabais.

Il alla au marché sur le boulevard et acheta un kilo de mandarine à un euro. Le marchand lui fit un clin d’œil en glissant quelques fruits en plus après la pesée. Il continua et acheta un euro de tomate et six œufs pour 1,80 euros. Il évita poisson et viande, trop chers, acheta un litre de lait et une baguette et, sous le ciel gris, repartit chez lui. Un marché à moins de dix euros c’était cool… Il en avait marre du chômage aux Bahamas et des vacances dans les champs d’ananas. Paris, bien gris, ici et maintenant.

This gallery contains 3 photos