La plume dans l'oeil

des mots et des images pour habiller la rage

Le Petit Nicolas et le COVID

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Ce matin Papa m’a dit : « Nicolas aujourd’hui nous irons au centre commercial pour acheter les fournitures scolaire pour la rentrée ». J’étais très content et tout excité alors Maman à soupiré et a dit que pendant que nous sortions entre hommes elle allait inviter Madame Blédur notre voisine pour prendre un thé . J’aime bien le thé, surtout les biscuits qui vont avec, mais je préfère le centre commercial : c’est grand et on trouve tout ce qu’on veut. En plus, à chaque fois qu’on va là-bas, Papa m’emmène manger un hamburger au fast food et j’adore çà. « Fast food ca veut dire nourriture rapide, m’a dit Papa qui est vachement fort en anglais. C’est marrant parce qu’à chaque fois on fait la queue longtemps pour avoir la commande alors fast c’est un peu n’importe quoi mais bon j‘aime quand même. 

On est donc sortis et au moment où on montait dans la voiture, Monsieur Blédur, notre voisin qui aime bien taquiner Papa, a dit «  et où allez vous comme ca sans vos masques, jeunes gens ? ». Papa a dit un gros mot tout bas et est retourné dans le maison pour chercher les masques, mais il ne trouvait pas la boite et j’ai entendu qu’il se disputait avec Maman qui range toujours tout mais jamais au même endroit et que c’était dingue de ne pas retrouver les boites qu’il avait été chercher à la pharmacie en faisant la queue sous la pluie pendant des heures à cause des (je peux pas répéter ce qu’il disait parce que les gros mots c’est très vilain) qui nous gouvernent et que tout ca allait mal finir. 

Monsieur Blédur écoutait avec un grand sourire mais c’était juste le dessin sur son masque parce que ses yeux ne rigolaient pas du tout. Il a soupiré et m ‘a demandé à voix basse si mes parents s’étaient fait vacciner.

je savais pas quoi lui dire moi à Monsieur Blédur. je comprends rien à toute leurs histoires. Au début, ils ont dit que c’était loin la Chine,que c’était une grippette et qu’il ne fallait pas s’en faireet que , de toute façon on avait plein de masque. Et puis après, j’ai pas pu aller voir Pépé et Mémé et puis il fallait mettre un masque. C’était obligatoire pour aller à l’école. mais il n’y avait pas de masques. Maquereau et Véreux ont dit que c’était la faute à ceux d’avantet ceux d’avant ont dit que c’était même pas vrai… Tout le monde cherchait des masques une heure par jour et le reste du temps on devait rester enfermer à cause de la grippette. On faisait l’école sur l’ordinateur de Papa mais comme il était en télétravail et qu’à la maison il n’y a qu’un seul ordinateur c’était pas facile. Tous les matinsdans la radio ils donnaient le nombre de morts et moi j’avais peur pour Pépé et Mémé. Papa était très énervé et se disputait tous les jours avec Monsieur Blédur dans le jardin. Je pouvais plus jouer avec mes copains et c’était bien triste. On se téléphonait. Alceste avait demandé à ses parents d’acheter à manger, Eudes disait qu’il allait mettre son poing dans la figure au virus et Agnan ne disait rien car il repassait ses leçons. 

Après, pour les vacances, le président à dit que même si on était en guerre, on pouvait partir à la plage. Et au retour des vacances deuxième vague. Paf. 

et puis à la télé il y avait une grosse qui s’appellait Si bête qui expliquait qu’elle ne savait pas mettre un masque. Quelle idiote ! Même Clotaire qui est le plus bête de la classe il savait le faire…

Le truc rigolo c’était que tous les soirs il fallait applaudir les infirmiers mais quand il y a eu une manifestation pour les soutenir et que papa m’a emmené iln’y avait que des infirmiers et des polivciers mais j’ai pas vu ceux qui applaudissaient Les infirmiers n’ont pas eu le temps d’être déçus car les policiers leur ont jette plein de grenadesqui font du bruit de la fumée et qui piquent les yeux alors, Papa et moi on est rentrées à la maison. Papa disait plein de gros mots encore une foiset Monsieur Blédur rigolait quandon est descendus de la voiture en disant « Alors t’es content, t as voté pour lui alors pleures maintenant. Papa ne disait rien mais je voyais bien qu’ilétait très en colère. 

Heureusement, on a inventé des vaccins. Plein de vaccins avec des noms rigolos : Astra Zeneca, Pfizer, Moderna et même Spoutnik !  Alors tous ceux qui râlaient parce qu’il n’y avait pas de vaccins ont dit que c’était louche et qu’ils n’en voulaient pas. Je ne comprenais plus rien quand on est retourné à l’école. La matresse, Le Bouillon,le directeur, tout le monde en fait devait portr un masque. Et d’un coup il y en avait partout. même par terre maiss il fallait pas les ramsser parcequ’on pouvait attraper le Covid en les touchant. Pour tout arranger il y a eu les variants. Le virus malin comme un pangolin, se déguisait en anglais, en sud africain et en indien. Un virus avec des plumes d’aigle ca fait peur, non ? heureusement le président Macaron a nommé un cowboy pour diriger la police. Un allemand avec un sale tête et de petites lunettes rondesqui ressemblait beaucoup à une photo de mon livre d’histoire. 

Moi je commençais à en avoir marre de n’entendre parler que du virus. Papa et Monsieur blédur s’étaient tellement fâchés qu’ils ne se parlaient plus et Maman disait mon dieu mon dieu combien de temps cela va durer. C’est vrai que ca faisait plus d’un an qu’on ne pouvait plus aller au ciné que les cafés et les restaurants étaient fermés. Le soir les seuls qu’on voyait sur le boulevard c’étaient les livreurs de pizzas en vélo et la police en convoi. Alceste avait peur d’attraper le virus parce qu’il était gros, on ne pouvait plu jouer au foot dans le square et on attendait les grandes vacances pour avoir le droit de sortir après 20 heures. Un moment j’ai cru que c’était fini parce qu’ils ont dit quelles cafés pouvaient ouvrir à nouveau. C’est le soir où monsieur Blédur a tellement fêté ca qu’il a vomi sur notre voiture. On a tous bien rigolé sauf papa qui l’a traité de gilet jaune. Parce qu’il y avait aussi des gens en gilets jaunes qui manifestaient mais dans tout ce jaune il y avait aussi les black blocs tout en noir qui venaient casser les vitrines tellement ils étaient énervés et le soir à la télé on regardait les poubelles brûler en écoutant les journalistes qui recontaient comment ils s’étaient fait taper, un coup par la police, un coup par les gilets jaunes et pour finir par les black blocs. Agnan au téléphone faisait le malin en disant que tout ca c’était la faute au laxisme mortifère des boomers soixante huitards, Geoffroy rigolait et disait que son papa policier n’avait peur de personneet que, jaune ou noir, il tapait sans faire la différence parce que c’était les ordres du préfet allemand qui surveillait le Gross Paris. Normal puisqu’on était en guerre contre le virus et les variants. Bref ca n’en finissait passet il y a eu des élections où personne n’a été voté. Papaet maman étaient très inquiets. Pourtant le lendemain , tout le monde était content et se félicitait d’avoir progressé. Mais Agnan nous expliquait que 52% de votants avec 70 d’abstentions ca faisait pas grand chose mais Agnan il est fou alors personne ne l’écoute. Ensuite on a eu la Coupe d’Europe de football où nôtre équipe, la meilleure du monde, a été éliminé par les Suisses, le Tour de France gagné par un slovèneet aintenant les jeux Olympiques au japon où personne n’a le droit d’aller, même Geoffroy et son papa très riche n’ont pas pu y aller c’est vous dire. ET puis ce matin j’ai vu le président recouvert de fleurs en Polynésie. C’est très loin d’ici la Polynésie et c’est un peu normal qu’ilsoit parti là-bas pour se faire couvrir de fleurs parce qu’il vient de dire que les vaccin étaient obligatoires et que sans vaccin, on n’avait pas le droit d’aller au restaurant, au ciné ou à la piscine ce qui a énervé tous ceux qui n’avaient pas pu être vaccinés à cause des problèmes de logistiques ou de livraison. Et c’est pa juste parce que quand j’ai demandé à table s’il y aurait un jour un vaccin frnaçais, Papa m’a giflé et m’a dit d’aller me coucher sans manger mon dessert parce que j’avias pas le bon QR code. C’est pas juste je trouve.

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ELOGE DE LA CONNERIE

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En l’an 1509, Erasme composa, tout en voyageant à travers l’Europe, son admirable « Eloge de la folie », ouvrage toujours très pertinent dont je vous recommande la lecture. Un demi millénaire plus tard, après une énième relecture de ce texte merveilleux, je me dis que pour être dans l’air du temps, on pourrait avantageusement rédiger un « Eloge de la connerie » tant le spectacle de l’activité humaine en est confit. 

La connerie est, sans conteste, la ressource la mieux partagée au monde, on la trouve sur tous les continents habités et dans toutes les contrées ; chacun en est détenteur, à plus ou moins forte dose, personne n’est à l’abri et tout le monde peut, à des degrés divers, en dire ou en faire. Sans parler des risques de contagion. 

Elle nous est familière, au point que nous parlons de « belle », de « vraie » ou de « sombre » connerie ; de brave (ou bon) con pour qualifier le premier stade de contamination, de pauvre con pour le stade intermédiaire, et de sale con pour les cas les plus avancés. Dans les grandes lignes, le brave con est conciliant, le pauvre con condescendant et le sale con conquérant. Ces trois grandes catégories incluant nombre de variants. Pour condenser le propos, bornons nous à évoquer le con damné, le con fondu, le con posteur ( qui ne sévit que sur la toile), le con pote ( faux ami ), le con qui s’adore, le con pressé, le con sacré (sacré con), le con sanguin ( attention aux coups), le con casseur, ce con centré , le con vaincu, le con pétant, le con passé, le con cerné…. Il en existe d’autres mais je ne voudrais pas vous décourager par une fastidieuse compilation.

Le brave con est le type le plus répandu. Pas méchant pour un rond, conscient de ses limites, conciliant à l’extrême, il concède à d’autres la direction des affaires, y compris les siennes, mais n’en veut à personne. Il est à deux doigts de la sagesse mais, victime d’une sorte de constipation de la pensée, ne le sait pas. Le brave con consomme consciencieusement ce qu’on lui conseille, contribue concrètement à la destruction de l’environnement, est capable de compatir sur commande et vénère la convivialité. Le brave con n’est – a priori – pas agressif, même si parfois il comprend mal le contexte. Et s’il préfère les consonnes aux voyelles, c’est qu’il croit que ces dernières sont les concubines des voyous. 

Le pauvre con est en revanche capable d’agressivité, le plus souvent par concupiscence et excès de confiance en ses capacités qu’il a tendance à surestimer. Il s’épanouit sur les réseaux sociaux où il donne son avis sur tout et n’importe quoi, n’hésitant pas à traiter de cons ceux qui ne sont pas fascinés par son ramage. Il ne faudrait pas le prendre pour le con qu’il n’est pas et, s’il étale son inculture comme une mauvaise confiture, c’est pour contrebalancer les complots des reptiliens et autres illuminati qui dirigent le monde. Concis, il  considère « qu’on est sacrément con de ne pas concevoir qu’on nous prend pour des cons». Heureusement, le pauvre con, confiant en ses sources, est prêt à partager ses convictions. Il se contorsionne pour contourner la réalité, se complait dans la controverse et le conciliabule de concert avec ses congénères, dénonce sans complaisance les combines et les conjurations que ses compétences lui ont révélé. 

La dernière catégorie est la seule vraiment nocive. Le sale con est dangereux car, contrairement aux précédents, il JOUE au con pour arriver à ses fins qui consistent à contrôler ses contemporains, n’hésitant pas à les qualifier de compatriotes ou de concitoyens, en un mot comme en deux, pour in fine les réduire à la portion congrue. Il passera de la concertation à la contrainte sans contretemps, et s’il est conspué ou contredit, il enverra les condés au contact pour cogner sans complaisance ni concession. Le sale con s’appuie sur les braves et pauvres cons à qui il promet, en échange de leur confiance, une conjoncture incontestablement convenable. Les cons marchent dans la combine et c’est ainsi qu’on avance cahin-caha vers le chaos.  

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HALTE AU FEU

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Depuis quelque temps, il est de bon ton de prédire un affrontement massif, voire une guerre civile en France. Vocabulaire martial de rigueur. Nous sommes en guerre bactériologique contre le COVID, le ministre de l’intérieur déclare la guerre à la drogue sans plus de précisions, martelant que les policiers sont des soldats. Les réseaux sociaux bruissent de mise en garde, et de prédictions. Cassandre se régale avec sa boule de cristal et les opinions sont de plus en plus tranchées. 

Pour autant, il me semble illusoire de prétendre « nettoyer » les banlieues, selon l’expression qui fait fureur chez certains. Il est vrai qu’il est plus simple de désigner à la vindicte populaire un ennemi, étranger si possible, d’en faire un bouc émissaire sur lequel on pourra se déchainer en toute bonne conscience, plutôt qu’essayer de sortir de la spirale infernale du chômage de masse, du poison du racisme  et de la destruction systématique des espaces naturels. 

Qu’il soit clair que je n’ai aucune sympathie pour ceux qui veulent détruire la démocratie, ce système fragile mis en place après des siècles de combats. Mais je ne veux tomber ni sous le joug des fanatiques religieux qui, au nom d’une divinité, remettent en cause des libertés chèrement acquises, ni sous celui des nostalgiques d’une France « blanche » où tout allait bien à condition d’être blanc et catholique. 

Le monde a bougé depuis les années soixante et chercher l’avenir dans le passé ne peut pas être une solution. La nostalgie d’un hypothétique paradis perdu ne peut pas constituer le fondement d’un programme politique destiné à tenter de résoudre intelligemment les problèmes actuels, qui sont planétaires, qu’il s’agisse de santé – la pandémie du moment, ou environnementaux, avec les premiers symptômes d’un dérèglement climatique qui se moque royalement de nos débats sur la liberté de penser ou l’écriture inclusive. 

Aller taper sur la gueule de celui qui est sensé être la cause de nos malheurs peut apporter une brève satisfaction. L’ordre est rétabli. Mais de quel ordre parle t’on ? On a vu dans quelle impasse nous a mené le « nouvel ordre mondial » cher à Georges W Bush. Il faudrait, vœu pieux, un ordre harmonieux et planétaire, un monde sans guerre où tout un chacun serait libre, mangerait à sa faim et serait assez éduqué pour ne pas s’embrouiller avec son voisin. Ca serait chouette. Mais on n’en prend pas vraiment le chemin. 

A titre personnel, je ne suis en guerre avec personne. Mes conflits sont intérieurs et le seul empire que je revendique est un peu d’empire sur moi-même, à savoir contrôler mes pulsions et ma part d’ombre. Faire plaisir plutôt que faire mal. Je n’ai pas d’envie de dominer quiconque et, dans la mesure où mon existence terrestre arrivera un jour à terme, j’ai envie d’être aimable avec les gens plutôt que perdre mon temps en vaines polémiques. Ce n’est pas toujours facile mais c’est à mon humble avis la seule façon décente d’être en vie. 

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RIEN N’EST SIMPLE …

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C’est le titre d’un recueil de dessins de Sempé. Le suivant s’appelle « Tout se complique ». Publiés dans les années 60/70, ils exhalent la douce nostalgie que l’on éprouve en lisant Le Petit Nicolas. Le monde d’avant, celui où nous étions enfants, émerveillés de découvrir la corne d’abondance d’un univers qui semblait empli à l’infini. Et puis en grandissant, l’horizon, qui semblait assez logiquement hors de portée, s’est peu à peu rapproché, les nuages se sont amoncelés au fil des années et le ciel azuréen s’est peu à peu couvert au dessus de nos têtes. L’univers est immense assurément, courbe peut-être, infini peut-être aussi, mais notre bonne vieille Terre a ses limites, ses équilibres et ses humeurs, qui devraient suffire à l’éphémère et fragile existence de l’espèce humaine.

Hélas, l’homme n’est pas systématiquement doué de raison et l’on s’en rend de plus en plus compte. Le premier poste de dépense de l’humanité ? L’armement. Chacun sait que rien ne vaut une bombe pour soigner et un fusil d’assaut pour éduquer. Et on nous assène que «si vis pacem para bellum». L’appellation «parabellum» pour certains pistolets est  parlante. C’est la seconde partie de la sentence qui a été retenue : ce «prépare la guerre» qui serait donc le chemin le plus court vers la paix ? Par un doux euphémisme, on a transformé, en France, le ministère de la Guerre en celui de la Défense, pendant que l’Instruction Publique devenait l’Education Nationale,  autre glissement sémantique lourd de sens.

Si vraiment « vis pacem », ne serait il pas plus intelligent de commencer par nourrir les populations, leur donner accès à l’éducation et leur garantir un accès aux soins en cas de besoin ? C’est ce qui se pratique de ci de là sur la planète, avec plus ou moins de moyens, mais je n’ai pas le sentiment que cela puisse peser face aux forces de destruction. Pas de guerres mondiales officialisées depuis ma naissance en 1956, mais une suite quasi ininterrompue de conflits en Asie, au Proche et Moyen Orient, en Afrique, en Amérique du Sud et in fine dans la vieille Europe avec l’éclatement de la Yougoslavie. Un coût humain difficilement quantifiable, à moins de se borner à compter les morts, et, côté finance, des centaines de milliards dépensés en matériel de guerre destinés à tout foutre en l’air. Bonne affaire pour les fabricants et les marchands d’armes.   

Les causes de ces conflits sont multiples et aussi vieilles que l’humanité qui, depuis la nuit des temps, semble incapable de fonctionner autrement. Jadis, en Europe, on brûlait en place publique ceux qui, par leurs propos, philosophiques ou scientifiques, remettaient en question le dogme chrétien, symbolisé par un crucifié. Tout cela pour qu’aujourd’hui, dans des pays modernes, certains utilisent des technologies de pointe pour clamer haut et fort que la Terre est plate ou que les vaccins ne servent à rien ; dans le même temps, d’autres, à coups de cutters et de fusils d’assaut, tuent pour accéder à un hypothétique au delà où des vierges sont supposées les attendre, exemples qui donnent à penser que, quelque part, quelque chose a magistralement foiré dans l’histoire de l’humanité. 

J’en veux pour preuve l’attitude de notre espèce face à la pandémie qui ronge nos existences depuis plus d’un an. La planète entière est touchée, mais il n’existe aucune stratégie planétaire globale pour lutter contre le virus. Lors du premier confinement, j’ai rêvé que tous les laboratoires pharmaceutiques mettaient en commun leur savoir faire pour fabriquer massivement des vaccins qui ne seraient pas « protégés » par des brevets et distribués sur la terre entière. C’est vous dire à quel point je rêve. Au bout d’un an, il est évident que c’est chacun pour soi et qu’entre l’OMS et l’OMC, le bizness l’a emporté sur la santé mondiale. 

Si nous n’y prenons garde, le fameux monde « d’après » pourrait ressembler à celui d’avant, mais méchamment moins agréable. J’espère me gourer à fond…

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LES DIVAGATIONS D’UN CON FINI CONFINE

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Bonjour tous, ca fait un moment que ce blog n’est plus alimenté et à cela il y a de multiples raisons. Tout d’abord, ne nous voilons pas la face, mon incommensurable paresse a fait que j’ai un peu abandonné l’écriture, hormis une « activité » sur Fesse de bouc, composée avant tout de commentaires lapidaires, plus faciles à rédiger qu’un texte construit. A cela s’ajoute le fait que depuis plus d’un an, nous pataugeons dans cette saleté de pandémie qui masque les sourires et gèle l’avenir. Je pourrais, comme tant d’autres, surfer sur la vague du Covid et pondre un journal de confinement où j’étalerai mes états d’âme, en mode journal de guerre. Mais, là aussi, c’est encore tomber dans une forme de facilité opportuniste et cela ne m’inspire guère.

J’ai commencé ce blog il y a quelques années. J’étais au chômage avec l’idée de redevenir journaliste. Pole emploi m’avait envoyé faire divers stages, allant de la rédaction de CV  au stage de remotivation, le tout administré par des margoulins faisant leur beurre sur le malheur des autres. Il va de soi qu’aucun de ces stages n’a débouché sur un emploi. Nous sommes dans un pays où, au delà de 50 ans, le chômeur se sent comme un yaourt au delà de la date de péremption abandonné en plein soleil. Mais un jour, dans une officine de reclassement de journalistes, le type qui nous conseillait, lui-même ex-journaliste viré et recasé dans le conseil, après nous avoir recommandé de «réactiver notre réseau» et de «faire des piges», nous vanta les mérites du blog. Comme j’avais rien pigé, j’ai commencé ce blog qui en principe devait, d’après ce monsieur, m’aider à retrouver du boulot dans une rédaction. 

Inutile de dire qu’à part me permettre de vider mes humeurs, ce qui vaut toujours mieux que se foutre en l’air ou foutre quelqu’un d’autre en l’air, cette démarche ne m’a pas fait revenir dans la grande famille des journalistes. J’ai chômé un bon moment avant de retrouver un boulot de vacataire au Louvre, ce qui m’a permis à défaut de faire fortune, de rencontrer des gens et de me balader des heures durant dans ce lieu magique. Puis je suis passé du plus grand musée du monde au musée de Montmartre, «le plus charmant de Paris» qui avait l’avantage de me proposer un CDI et d’être à cinq minutes à pied de mon domicile. Là aussi, à défaut de faire fortune, j’ai fait quelques belles rencontres. Et puis est arrivé le moment de la retraite, de la réflexion et du bilan d’incompétence.

Enfance heureuse, jeunesse turbulente, quarante ans de boulot, quelques coups durs mais au final, ni frustration ni regrets. Il me faut maintenant apprendre à vieillir, accepter que mon corps me trahisse sournoisement jusqu’au terminus où tout le monde descend mais où l’on est seul face à la camarde. Pas pressé d’en arriver là mais voilà c’est ainsi. La vie va, vient et repart. Nos existences, qui nous sont si chères, ne sont rien d’autres qu’une association temporaire de molécules qui finissent par se séparer pour se disperser dans la soupe cosmique. Comme tout ceci est un peu angoissant, l’Homme a créé des dieux à son image histoire de se rassurer.

Ca marche pour certains qui  trouvent là force et courage pour accepter les côtés les moins ragoûtants de l’existence puisqu’ils croient en un au delà où ils pourront s’épanouir pour l’éternité.  A titre personnel, lorsque l’on m’a expliqué que si je me comportais en bon chrétien, j’irai au ciel chanter des cantiques entre deux anges, je trouvais cette perspective assez rébarbative. Plutôt l’enfer, avec ses démons à queue fourchue et ses flammes. Au moins on ne risquait ni de s’y ennuyer, ni d’y prendre froid. A vrai dire, le seul truc qui me plaisait c’était l’idée que ce dieu était partout à la fois, entendait et voyait tout. Mais quand j’ai exprimé mon désir de devenir comme lui, on m’a fait comprendre que ce n’était pas possible. Ajoutons à cela qu’une religion symbolisée par un homme ensanglanté crucifié à vif m’effrayait et que ce dieu qui virait Adam et Eve du paradis pour avoir mangé une pomme me semblait un peu radin sur les bords. Depuis nous avons eu les Beatles et Apple, deux sous-produits judéo-chrétiens frappés d’obsolescence programmée. Cette expulsion mesquine et les histoires à dormir debout que je lisais dans les Evangiles signèrent la fin de mon «éducation» religieuse. 

Retour sur Terre, ce bon vieil enfer où, avec les hommes mes frères, parfois sublimes, parfois odieux, tiraillé entre mes pulsions, j’ai tiré des bords pour remonter le vent et arriver là où j’en suis aujourd’hui : c’est à dire nulle part et pas plus avancé qu’au début, mais avec quelques illusions en moins. L’homme est il bon ? Ca dépend de la sauce à laquelle il est accommodé. Il y en a pour tous les goûts et les dégoûts. Regardez ces histoires de dieux, supposées à l’origine nous rendre meilleurs, mais qui au final, font que des abrutis égorgent ou massacrent au nom de leur dieu, qui est le seul « authentique ». Je préfère encore les dieux grecs ou romains avec leurs histoires de cul à ces monothéismes castrateurs qui affirment que la sexualité serait démoniaque, ce qui fabrique des légions de branleurs frustrés qui noient leur envie de baiser dans le sang des autres. 

Retour sur Terre, ce bon vieil enfer où l’on adore le Veau d’Or, la main invisible du marché et autres fadaises. Je n’ai plus besoin de travailler, je dispose à nouveau de mon temps, mais un putain de virus complique encore une situation déjà assez inextricable. J’ai un toit et à bouffer, des êtres qui me sont chers et je suis libre de me déplacer dans les limites du couvre-feu et dans un rayon de 10km. Quel bonheur… Il paraît que nous sommes en guerre et depuis plus d’un an règne l’état d’urgence sanitaire. Mais heureusement, les plus riches se font des couilles en or et des diners clandestins avec Charançon ( je ne suis pas sûr du nom de ce courtisan ) dans des appartements tellement grands qu’un pauvre s’y égarerait en cherchant les toilettes. Le gouvernement, à défaut de se dépêtrer du virus, vote des lois de plus en plus intrusives côté libertés individuelles et les ennemis de l’humanité sont enfin clairement désignés : une poignée de migrants qui dorment dehors. Moi qui croyais que le problème était l’infime minorité qui possède presque tout. Stupide, aveugle et borné que j’étais !  

Mais je ne remercierai jamais assez ce gouvernement qui, déclarant que le cannabis est une drogue dure, me rajeunit d’un coup en reprenant cette vieille antienne oubliée des années 70. Il paraît que le problème c’est que le taux de THC est trois fois supérieur à celui de la belle époque. La solution est pourtant simple : il suffit d’en mettre trois fois moins dans le pétard et tout ira bien. 

En attendant, je me roule un joint de CdB avec de la Malboro made in Barbès et je dessine pour oublier…. Le monde n’est qu’illusion. Portez vous bien et en Mai faites ce qu’il vous plait. 

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COVID Saison 2

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Les anniversaires se bousculent. Les 150 ans de la Commune sont phagocytés par les courbes de la contamination.

Un an de COVID ca s’arrose ! La saison 1 nous avait pris de court. Scénario brouillon, dialogues peu crédibles et mal ficelés… Un film de série B, un peu cheap, avec un virus qui se dissémine sur la planète entière, l’humanité qui se terre en attendant qu’on l’enterre… On a vite eu envie de décrocher dès les premiers épisodes, mais il était déjà trop tard. On a été confinés, déconfinés , reconfinés, et rien n’a marché, hormis la progression du virus. Déconfiture.

Heureusement, il y a les vaccins. C’est le début de la saison 2. Le premier épisode rappelle le début de la saison 1, avec le quiproquo sur la dangerosité de la supposée grippette, et, ce qu’il convient d’appeler un gros mensonge au sujet des masques ( y’en a pas besoin/de toute manière y’en a des millions en stock/ Je sais pas mettre le masque/Ca sert à rien/ Euh, en fait c’est obligatoire dans les lieux publics/Les stocks ? Quels stocks ?/On attend les commandes qui viennent de Chine … ) 

Là on repart un peu comme au début. Mais avec des vaccins. En principe y’a du choix. Du Spoutnik russe à l’Astra-Zeneca en passant par Pfizer. Rien chez Pasteur. Rien chez Sanofi. La souveraineté nationale a du plomb dans l’aile et les commandes prennent du retard à la livraison. En théorie on attend des millions de doses, en pratique on peut surtout s’inscrire en attendant qu’elles arrivent à bon port. Mais promis, on va installer des vaccinodromes et les vétérinaires sont invités à jouer du piston. On est pas chien pour autant.

La confusion règne…

Histoire de pimenter la suite de la saga, on parle d’un possible reconfinement au moment où arrive le printemps. Regroupements de plus de six personnes dans l’espace public interdits sur l’ensemble du territoire français. Pas de déplacement autorisé au delà d’un rayon de 10km. Tout va bien. Et, cerise du le gâteau, un énorme bateau, un des plus gros porte-conteneurs au monde, s’échoue en travers du canal de Suez et bloque 12% du commerce international pour plusieurs semaines.

Embouteillage devant Port Saïd et en Mer Rouge. Le pétrole ne passe plus. Cap sur Bonne Espérance, dix jours de mer supplémentaires et le fuel lourd qui va avec. Il ne reste plus qu’à souhaiter, au vu de l’opacité du trafic mondial de marchandises, que les vaccins tant attendus ne transitent pas par le canal de Suez.

Enfin, il faut noter que le début de cette Saison 2 voit la consécration des variants, le britannique se taillant la part du lion en contaminant les enfants, épargnés pendant la première saison. Gageons que cette seconde saison, grâce à ces rebondissements, qui sont probablement loin d’être les derniers, sera plus nerveuse que la première. 

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HIC ET NUNC

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Le cœur de la ville bat au ralenti. Avenues silencieuses et rues vides.  Ca tourne, oui, mais au ralenti. Au rythme des statistiques médiatiques qui égrènent les chiffres et les pourcentages d’occupation en soins intensifs. Guerre bactériologique de basse intensité. Si l’on en meurt pas toujours, on en sort bien amoindri, pays blessés, économie ralentie, les seconds couteaux, voyant poindre leur chance dans ce chaos mou, affutent leurs arguments : «  Français, on vous ment ! ». Belle affaire en vérité. Comme si les jeux de pouvoir et le commerce des idées pouvaient avancer de façon transparente et équitable…

L’espèce humaine, sortie de ses cavernes et maitrisant le feu, merci Prométhée, a cru pouvoir prendre possession de la planète, en disposer à son bon plaisir, faune et flore à volonté ; elle découvrit l’agriculture et s’enracina dans les campagnes ; puis avec la maitrise de la vapeur, se lança dans la révolution industrielle avant de réaliser, chiffres à l’appui, que la planète se réchauffait. « La maison brûle » disait l’un, « Foutaises » rétorquait l’autre. Et les banquises s’évanouissaient sous le regard des satellites, les glaciers reculaient, une sourde peur rongeait les esprits. On y était.

L’espèce humaine, maitresse du feu nucléaire, exploitait furieusement la planète, à la recherche d’eau, de gaz, de pétrole, de chaleur, d’énergie, mais  oubliait le lien l’unissant au vivant, de la bactérie à la galaxie en passant par l’homme et le cloporte, cette longue chaine d’ADN en évolution dont elle faisait partie. Elle affirmait qu’elle n’était pas là par hasard, se réclamait de mythologies, se piquait de cosmogonies, de philosophies, tout en vomissant dans la nature détritus et produits chimiques.

Le cœur de la ville faiblit. Son rythme décroit doucement. Les rideaux de fer se baissent. Murs à vendre. A Louer. Sans reprise ni pas de porte. Les journées passent et il ne se passe pas grand-chose. Les statistiques,  de longs moments de silence entrecoupés de musique pour réchauffer la froideur du moment. Sur le boulevard quelques voitures et des passants fugaces sur les trottoirs. Une ville sans café, sans restaurants, une ville bancale qui titube vers un avenir des plus hypothétique.

Le virus, comme dans un mauvais film, mute à tire-larigot, pendant que l’espèce humaine réagit, hélas, de manière mercantile. Les riches d’abord, les autres après. Ici on confine, là on déconfine, on ouvre, on ferme, on masque et on démasque, dernière démarques, prolongation des soldes, les vaccins sortent des labos, on pique et pique et colégram, faire fissa avant que les doses ne s’avarient, en attendant, restez chez vous, si vous avez un toit, et pour ne pas péter les plombs : « téléchargez notre application anti-Covid pour faire ensemble disparaître le virus, ceci est un message du gouv…. » . Eteindre la radio. Ecouter ce cœur urbain qui bat faiblement entre hiver et promesse de printemps.

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SUR LA ROUTE EN DEROUTE

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« On the road again » évoque presque toujours de grands espaces et des destinations exotiques. Hélas, ce jour là, je galérais comme un misérable quelque part entre Nemours et Montargis,  bien loin du rêve américain ou des chemins de Katmandou. La veille j’avais dormi dans un fossé et lorsqu’il s’était mis à pleuvoir, je n’avais pas voulu bouger. Du coup, quelques heures plus tard, j’étais debout, en pleine nuit, au bord d’une départementale, trempé jusqu’à l’os et tremblant de froid, à attendre les premières lueurs du jour et une hypothétique voiture qui pourrait me prendre jusqu’à un lieu habité. Le type qui s’est arrêté vers les cinq heures du mat’ n’a pas tout de suite compris lorsque je lui ai demandé s’il avait des sièges baquet. J’étais pas en état de soutenir une discussion, je caillais et mes affaires étaient trempées. La route devenait déroute.

Un café offert plus tard, je repartis en direction de Paris. La pluie avait cessé depuis longtemps pour céder la place à un soleil féroce. Un bonhomme me déposa, à ma demande, sur un espace aménagé en bord de nationale où étaient garés quelques routiers. J’espérais en apitoyer un pour m’arracher à ce lieu improbable. Las, nous étions dimanche et les camions qui étaient garés ici n’avaient pas le droit de circuler. Je me trouvais bloqué sur ce terre plein boueux, en plein cagnard, sous le regard goguenard des routiers buvant peinardement leur café dans leur cabine tout en devisant à la CB. Paumé entre Nemours et Montargis à regarder filer les bagnoles remplies de marmaille pour la sortie du weekend. Impasse totale et gros coup de blues.

A part le café, je n’avais rien avalé depuis une trentaine d’heures. Je terminai un crouton de pain dur ramolli par la pluie nocturne, ce qui calma un peu mon estomac, mais raviva ma soif. Les routiers avaient tiré leurs rideaux pour tuer le temps avec une petite sieste et je restais seul comme un con, les deux pieds dans la boue, à tendre le pouce vers des voitures bondées qui filaient en m’ignorant. Etre si près de Paname sans pouvoir y parvenir me rendait dingue et j’avais de plus en plus soif.

Je contemplais une profonde ornière creusée dans la boue par les gros pneus des camions. Elle était remplie d’une eau brunâtre mêlée de traces de carburants qui s’irisaient sous le soleil. Il me revint en mémoire ces photos de gamins se baignant dans des marigots, de caravaniers buvant l’eau saumâtre des puits dans le désert, ce qui eut pour effet d’accroitre encore ma soif et, toute honte bue, décidai de boire dans la flaque en me disant qu’après tout, j’étais un routard et que si un touareg pouvait boire dans le désert…

Hélas, je n’avais ni quart ni gobelet. Je pensais alors aux animaux africains lorsqu’ils se désaltèrent à un point d’eau dans la savane et, me mettant à quatre pattes, commençai à boire directement dans la flaque. A petites gorgées quand même car mon instinct me disait qu’il ne fallait pas abuser. C’est dans cette position que je tournai la tête vers la route pour croiser le regard stupéfait d’une rombière confortablement assise à côté de son mari au volant. La voiture disparue, j’imaginai ce qui pouvait traverser l’esprit de cette brave dame après cette vision des plus improbables. Cela me requinqua, me mit même de bonne humeur. Je me sentais fort et sauvage, bien dans ma débine, loin des conventions bourgeoises.

J’ai fini par décoller de ce parking sauvage et je suis enfin arrivé à Paname. Et contre toute attente, je n’ai pas eu mal au ventre alors que je m’attendais à choper un truc entre choléra et dysenterie. Comme quoi l’exotisme et la sauvagerie sont à nos portes et rien ne sert d’aller au loin pour trouver l’aventure qui, comme on l’oublie trop souvent, est au coin de la rue.

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ARS LONGA VITA BREVIS

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Retraité mais confiné, incapable de régler ma box pour capter la télévision, je vis sans chaines ni grilles, ce qui je l’avoue, ne me manque guère, même si je rate des tas de trucs dont les gens parlent le lendemain.

Confiné, donc, et ne sortant guère, je préfère passer des heures à bouquiner, à cuisiner, à réfléchir au sens de nos vies dans ce monde de bruit et de fureur. Et si je sors, mes échanges se limitent en grande partie à ceux que j’ai avec les commerçants de mon quartier et, de temps à autre, avec un interlocuteur de rencontre, pour le meilleur comme le moins bon ( le pire c’est franchement rare). C’est avec ces micro-trottoirs que je prends la température du climat social. L’inconnu ne triche pas : il ne vous connaît pas et vous livre sa vérité sans l’enrober. A vous de jouer, de répondre ou de passer votre chemin.

Des échanges cordiaux et enrichissants

Ensuite, comme j’ai pas mal de temps libre « grâce » au confinement, je traîne pas mal sur FB, le réseau social des vieux, puisqu’il paraît que Twitter et autres bidules sont vachement mieux, plus réactifs et toussa… J’assume mon côté vieux machin et me contente de FB qui remplit amplement sa fonction, pour le meilleur et pour le pire. Il arrive ainsi que je tombe sur des amis d’amis qui eux-mêmes ne seraient pas mes amis dans la vraie vie. Mais pourquoi être ami sur FB avec des gens dont on ne partage pas les idées ? La réponse est simple : je ne me referme pas sur une petite communauté avec qui je serai d’accord sur tout, perdant ainsi de vue le reste de la population. J’ai donc dans mes contacts FB quelques personnes dont je suis très loin de partager les opinions. Elles me servent de veille technique en des domaines divers. Ce qui parfois m’embarque en des contrées extrêmes mais m’offre une vision étonnante sur quelques uns des cancers qui rongent notre société.

Planqué derrière une identité bidon on peut se lâcher….

Evidemment, il arrive que l’on marche dans des trucs plutôt bruns, glissants et malodorants. Ces pages là sont la plupart du temps affichées sous des pseudonymes et des avatars fantasmés. Dans cet anonymat supposé, il est plus facile de s’afficher identitaire, raciste, extrémiste de toute obédience. Le pseudonyme permettant d’afficher à bon compte un mental de « résistant » comme en quarante. On s’y fait très vite qualifier de moutons, de petit bourge, pour ne retenir que les qualificatifs les plus sympathiques. Le dialogue consiste le plus souvent à affirmer son accord et son empathie pour des théories nauséabondes. Et si d’aventure, vous laissez entendre que : « certes, oui, mais…. », ce simple « mais » vous vaut en général un tombereau d’insultes . Echanges brefs et rarement courtois qui me laissent à penser que je ne souhaite pas que ces gens là arrivent un jour au pouvoir avec leurs certitudes bien tranchées.

Des hologrammes parait il…. selon des sources « bien informées »

Le stade supérieur, si l’on peut dire, ce sont les pages délirantes consacrées à LA VERITE…. sur les attentats, les vaccins, les maitres du monde, etc…. Là on peut se taper de franches rigolades. On apprend ainsi que les avions que le monde entier a vu s’écraser sur les tours du World Trade Center étaient des hologrammes…. Comment ai je pu croire que c’était des vrais avions ? Faut il que je sois décervelé par la conspiration médiatico-judéo- maçonnique pour ne pas m’être rendu compte de cette supercherie ? En plus c’est faux. Les avions étaient réels, mais les deux tours étaient des hologrammes. Ne me remerciez pas, je vous devais la vérité.

Et, comme le souligne un de mes amis (dans la vraie vie), si ce qu’ils racontent avec force détails à longueur de pages était réel, il y a longtemps que les supposés « maitres du monde » les auraient zigouillés. De fait, lorsque l’on dénonce de vraies magouilles, on risque sa peau. Demandez aux journalistes mexicains qui enquêtent sur la collusion entre la police et les narcos ce qu’ils en pensent… Ce n’est qu’un exemple.

« Evolution, mon cul » s’exclama Zazie.

Pour conclure, je suis persuadé que, chez les premiers hominidés, il devait déjà exister le même pourcentage de mecs ouverts, sympas et curieux de leur environnement, mais aussi le même pourcentage de crétins bornés, haineux et méchants. Les avancées technologiques, si elles ont permis à l’humanité de s’élever par la maitrise du feu, de l’agriculture, de l’électricité, pour ne citer que les paliers les plus importants, n’ont pas eu d’impact décisif sur l’intelligence collective. Nous sommes toujours prêts à nous foutre sur la gueule pour de la bouffe, une religion, du sexe ou du pouvoir. Pas encore sortis de la caverne. Le chemin est long. Ars longa vita brevis.

 

 

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EN RETRAIT

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Putain, putain voilà la retraite ! Plus besoin de chercher du boulot. La liberté à nouveau. Sauf que le monde a bien changé depuis mes 20 ans et que je n’ai plus la même pêche. Il va falloir cogiter. Réfléchir avant d’agir. Ce n’est pas vraiment mon point fort. Impulsif je suis. Je m’enflamme vite. Mais mon fond pacifique arrondit les angles et même si j’ai parfois envie de jeter des pavés, mon éducation m’en empêche. Et surtout, je n’ai jamais eu la carrure pour faire un barbare crédible.

Ces derniers temps, la violence fait débat sur les réseaux et dans les media. La violence policière, par essence intolérable, mais aussi celle de tout un chacun. N’importe qui peut devenir violent pour une raison ou une autre. C’est dans la nature humaine. Tant qu’il y a à bouffer pour tous, on peut vivre en plus ou moins bonne intelligence. A défaut d’aimer son voisin, on le supporte dans les limites du raisonnable. Du pain et des jeux pour maintenir la paix sociale, la vieille recette romaine reste efficace depuis un peu plus de 2500 ans. Sauf qu’aujourd’hui les jeux sont payants. Tout fout le camp.

Quand j’avais 15 ans, le monde était plus simple. Les USA bombardaient le Vietnam, le Cambodge et le Laos pour les « protéger » du danger communiste, l’URSS assumait son rôle de méchant et luttait contre l’impérialisme américain pendant que les Chinois réfléchissaient à la meilleure façon de tirer leur épingle du jeu en l’an 2000. On pouvait aller en stop jusqu’en Inde, fumer, rêver d’un monde meilleur et se projeter dans l’avenir.

Il est trop content le poulet étiqueté « A » au niveau bien être animal : élevé, tué et emballé avec amour.

Aujourd’hui c’est un peu plus compliqué. On peut même dire que c’est un sacré bordel depuis quelques décennies. Une partie de l’humanité vit au dessus de ses moyens pendant que l’autre se fait exploiter jusqu’à l’os pour que les plus chanceux puissent changer de téléphone portable tous les ans, bouffer des cerises en hiver, contempler toute la misère du monde en haute définition, commander des trucs n’importe quand et pouvoir noter le livreur… C’est ce qu’on nous fourgue en guise de progrès. Sommes nous pour autant devenus meilleurs ou plus intelligents ? Plus attentifs au sort des soutiers qui triment à fond de cale pendant que nous devisons benoitement sur le pont promenade de ce qui ressemble de plus en plus à un Titanic géant ? Pas vraiment.

Bien sûr, on s’inquiète de la montée des océans et de la disparition des espèces, on pétitionne à grands renforts de clics, on s’indigne du fond de son divan avant de commander une pizza livrée à domicile par un gars qui pédale dans le noir – c’est écolo en diable ce retour des livreurs en vélo qui sont leur propres patrons. Ah, quel progrès que ce triomphe de la libre entreprise ! Pédale, pédale dans la nuit mon ami et peut-être qu’un jour tu feras fortune en livrant des pizzas. Et puis c’est toujours bon de faire du sport. Voici donc au troisième millénaire le triomphe de la liberté d’entreprendre dans les pays riches.

C’est dans ce monde là que s’ouvrent à moi les délices de Capoue du salarié qui a bravement cotisé ses 166 trimestres ce qui va devenir de plus en plus difficile nous affirment tranquillement les experts. Encore une nouveauté de ces temps modernes : les experts. En général confinés dans un domaine bien déterminé, ils se bornent en la plupart du temps à ressasser les mêmes propos à la télé ou à la radio, labourant sans cesse leur petit champ d’expertise. Certains sont spécialistes en économie souterraine équitable, d’autres en géopolitique afro-islandaise, en immobilier agnostique, en placements financiers éthiques, la liste est infinie. Il arrive souvent que l’expert se trompe, ce qui le différencie du chercheur ou du scientifique qui eux, valident avant d’affirmer, mais ce n’est pas grave : il reste expert. Du coup, cette sorte d’immunité fait que notre pays compte des dizaines de millions d’experts qui, derrière leur clavier, savent comment composer l’équipe de France de foot, comment éradiquer les punaises de lit, comment lutter contre le COVID ( à noter qu’il existe une branche d’experts qui savent que le COVID n’existe pas ou alors qu’il se soigne facilement avec des bains de siège). Bref, des millions d’experts.

Je me sens d’un coup très con et très stupide, n’ayant à plus de 60 ans, toujours pas compris que les malheurs dont souffre l’humanité ne sont pas dus à la flemme cérébrale et à la bêtise d’une bonne partie des individus la composant, mais à une conspiration judéo-maçonnique elle même pilotée à distance par des illuminati reptiliens. Moi qui croyais naïvement que la plupart de nos maux étaient causés par nos choix et nos renoncements qu’il soient individuels ou collectifs… En fait, ce n’est pas de notre faute : nous sommes victimes d’un complot. Je me sens déjà mieux.

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MALAISE PLACE DE LA REPUBLIQUE

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Pauvres migrants ! Déjà être affublés de ce néologisme c’est vachard. Fuir la misère ou la guerre, abandonner sa patrie, sa famille, son petit coin de planète, pour partir en quête d’un monde moins dangereux, d’un endroit où l’on ne sera ni bombardé, ni racketté, ni violé, pour traverser des pays où l’on est pas le bienvenu, payer des passeurs, risquer sa vie sur des embarcations surchargées, je ne souhaite à aucun de mes compatriotes de connaître ce voyage infernal.

Porte de la Chapelle – 2018

Paris 75018

Tout ca pour se trouver coincés par les flics qui vous pourchassent en détruisant les tentes qui sont votre seul abri, tout ca pour survivre dans des conditions sanitaires effrayantes dans des endroits aussi improbables que les abords du boulevard périphérique, des terrains vagues sous l’autoroute ou au bord du canal de l’Ourcq.

Il fait preuve de bien peu d’humanité à votre égard, ce pays dit des Droits de l’Homme, qui ne se gêne guère pour donner des leçons de savoir-vivre aux dictatures tout en leur vendant des logiciels de surveillance et du matériel de guerre.

Démolition d’un camp après évacuation – Porte des Poissonniers 2014

Vous êtes là, dans les squares, dans les recoins, vos regards croisent les nôtres mais, hormis les bénévoles des associations, peu de contacts entre vous et nous. Il y a ceux qui vous aident, ceux qui vous voient comme des terroristes potentiels. Et aussi tous ceux qui ne savent pas comment manifester leur soutien devant votre triste situation. Barrière de la langue, désarroi, mauvaise conscience : les raisons sont multiples. Alors, on tente parfois un sourire, on glisse une pièce, une clope, un ticket-restaurant, histoire de soulager un peu sa mauvaise conscience et puis on rentre chez soi, au chaud, avec les siens. Un peu penaud devant la soupe qui fume sur la table alors que vous restez confinés dehors dans le froid.

Aujourd’hui, après la tentative d’occuper la place de la République et la façon très brutale dont vous en avez été chassés, les réseaux sociaux s’enflamment comme on dit dans les media. C’est pas ça qui vous réchauffera, hélas. Il faudrait pourtant que les institutions de ce pays réagissent rapidement pour vous mettre à l’abri. Ce ne sont pas les mètres carrés inoccupés qui manquent, mais la volonté politique. La trouille d’entendre la sinistre rengaine de l’extrême connerie « C’est pas normal qu’on aide des étrangers et pas nous », l’extrême répugnance à réquisitionner des espaces vides car c’est une atteinte au sacro saint droit de propriété. Du coup, vous errez dans la ville, de jour, de nuit, à la recherche d’un abri pour dormir, chassés et harcelés par des uniformes qui vous demandent juste de « dégager d’ici » en se foutant totalement de votre sort, l’essentiel étant de vous faire disparaître de la vue du citoyen de base que l’on tient en haleine avec les prochaines mesures prises pour lutter contre la pandémie, pourra t’on fêter Noël en famille, va t’on pouvoir consommer, aller à la messe de minuit, etc…

Ceux qui se plaignent d’être enfermés chez eux et qui dénoncent la dictature sont, hélas, trop souvent les mêmes qui considèrent que votre place n’est pas ici, même dans la rue. Ces braves gens, qui n’ont d’autre courage que celui de leurs opinions moisies, considèrent que vous devriez lutter dans votre pays pour faire valoir vos droits. Ces braves gens me rendent malades et un peu honteux de mon pays, terre d’accueil pour les investisseurs, mais beaucoup moins pour les miséreux.

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LA SECURITE GLOBALE : UN CONCEPT FLOU

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Deuxième manifestation contre le projet de loi dite de « sécurité globale », proposé par quelques députés, dont l’ancien patron du RAID et l’inévitable Eric Ciotti. l’article 24 veut empêcher la diffusion de photos où les forces de l’ordre seraient identifiables et qui porteraient atteinte à leur intégrité physique ou psychique. Pourtant, il existe déjà des lois contre la diffamation, l’incitation à la haine, mais voilà, monsieur Darmanin fait dans la surenchère. D’autres articles de cette loi ouvrent la voie au fichage biométrique, aux drones, tout un attirail technologique pour mieux nous protéger des méchants ( black bloc, terroristes, islamo-gauchistes, etc…). Répression 2.0 et porte ouverte aux dérapages plus ou moins contrôlés.

Bref, rendez-vous à 14h30 sur le parvis des droits de l’homme, métro Trocadéro. Un peu en avance, j’arrive sur la place du Trocadéro vers 14h. Il y a déjà pas mal de monde. Beaucoup de jeunes ce qui est bon signe. Par contre, symbole fort, il est impossible d’accéder au parvis des droits de l’homme, fermé par des grilles derrière lesquels une poignée de gendarmes occupent le terrain. Il ne manquerait plus que le préfet de police avec ses lunettes rondes et sa casquette pour évoquer une photo célèbre de 1940. J’assume le point Goodwin.

Toutes les avenues sont bloquées par des grilles métalliques ou des cordons de gendarmes. Avenue Kléber, le canon à eau attend son heure. Ambiance plutôt débonnaire, en dépit de ce qui nous amène ici, dans cette souricière où la seule issue est constituée par les entrées du métro. Il est d’usage, depuis peu, de « nasser » les manifestants, gros poissons et menu fretin, tous confondus, afin « d’éviter les débordements ». Du coup, une fois que l’on a fait le tour de la place, on peut recommencer à tourner ad nauseam, comme des poissons rouges dans un bocal.

Pas vraiment d’unité dans ce rassemblement, plutôt des petites chapelles regroupées autour de leurs oriflammes, NPA, Extinction Rebellion, Force Jaune, la Ligue des droits de l’Homme, un groupe féministe (mes excuses pour ceux que j’oublie) et puis des individus, des couples, des petits groupes, des isolés… Pas de slogans repris par la foule, c’est totalement « has been » et, en l’absence de camions sono, ça brasse gentiment, mais ça ne discute pas trop non plus hors des groupes. Chacun son petit panneau. Ensemble mais sans mélange. Un photographe se fait conspuer car il a mis les pieds dans un espace « réservé aux femmes ». Les forces de l’ordre, en retrait, contrôlent les sacs de ceux qui arrivent à pied. Ce qui ne choque plus personne dans la mesure où l’on est contrôlé dès que l’on entre dans un musée, un magasin ou une mairie. Alors pourquoi pas dans les manifs. Et bien évidemment, tout ca c’est pour notre sécurité.

Nous évoluons donc sur la place comme Bubulle dans son aquarium. En bancs car l’espace se remplit petit à petit. Les barrières elles ne bougent pas d’un poil. On fait la queue devant les interstices d’où l’on peut photographier les gendarmes sur le parvis avec la Tour Eiffel derrière. Joli symbole. Un beau soleil resplendit sur l’attroupement, c’est du nanan pour les photographes. On photographie les slogans les plus percutants, une citation de Marat, une autre de Prévert. Ici, les manifestants sont des lettrés. Pas l’ombre d’un black bloc, tout au plus quelques coups de gueule d’un énervé, canette en main. De temps à autre, une partie de la manif reprend le tube du moment « tout le monde déteste la police », à un autre moment, les féministes scandent un exotique « Siamo tutti antifascisti », mais à aucun moment la foule ne reprendra en commun un éventuel slogan fédérateur. Les photographes font des photos. Les autres aussi. Un policier perché derrière les grilles filme. Heureusement tout le monde est masqué, COVID oblige, et c’est mort pour la reconnaissance faciale.

Vers 16h30 on commence à voir de plus en plus de photographes pros, casques tagués PRESS en bandoulière. Ca fait maintenant deux heures et demie que je suis là pour témoigner de mon refus de cette loi flicarde et inutile. Le soleil est masqué par les nuages, bientôt la lumière va tomber et dès qu’il fera sombre, il n’est pas besoin d’être grand devin pour prévoir que l’évacuation de la place ne se fera pas sans castagne. Sans casque, sans accréditation ni commande, je considère avoir accompli mon devoir citoyen et quitte les lieux au moment où quelques excités commencent à donner des grands coups de pied dans les grilles fermant l’accès au parvis. La suite est prévisible. Et d’ailleurs, dans la tête des flics, la loi est déjà votée.

Lorsque je me suis approché pour faire une photo de contrôle des sacs à l’entrée du rassemblement, un gendarme grisonnant m’a apostrophé, me suggérant d’aller faire mes photos ailleurs. La messe est dite, j’en ai peur.

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Le petit Nicolas, le COVID et le droit à l’image

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Aujourd’hui à l’école, on devait faire la photo de classe alors Maman m’a bien peigné et puis après on s’est un peu disputé parce que je voulais pas mettre le sweat-shirt rouge que Mamie m’avait offert à Noël dernier avec écrit dessus « J’aime l’école ». Je l’avais juste mis une fois pour qu’elle fasse une photo de moi devant le sapin. Heureusement, elle m’a coupé la tête, sur la photo bien sûr, alors on ne peut pas me reconnaître et tant mieux parce que bonjour la honte comme disent les copains. J’ai pleuré jusqu’à ce qu’elle dise : « C’est dommage, il te va bien et puis ca aurait fait plaisir à Mémé ». Moi j’étais embêté parce que j’aime bien faire plaisir à Mémé, mais en même temps j’étais vachement content parce que si j’étais arrivé à l’école habillé comme ça, bonjour comment j’aurais eu l’air d’un bouffon.

Et comme il ne restait plus trop de temps avant l’école, elle m’a dit de choisir ce que je voulais et que je me dépêche pour pas être en retard alors j’ai pris mon tee-shirt avec écrit dessus « Tu veux ma photo ? ». Quand je suis arrivé devant l’école, tous les copains étaient dehors. Eudes, qui est très costaud, poussait une poubelle devant le portail et Clotaire était en train d’essayer de coller une grande feuille où il avait écrit «  Non haut masque et a la raie pression – Pas de foto ». Il est sympa Clotaire, mais il est un peu fâché avec l’orthographe.

Agnan râlait parce qu’il voulait entrer quand même et puis il disait que l’affiche était pleine de fautes et que personne ne comprenait. Alors Eudes est arrivé et a dit en levant le poing « Et ça tu comprends ? ». Agnan a dit que c’était des procédés dignes d’une dictature. Nous, comme on savait pas trop ce qu’il voulait dire, on a rigolé. C’est le problème avec Agnan : il utilise des mots bizarres. Juste au moment où Eudes allait le taper, le portail s’est ouvert et Gérard Pamalin, le nouveau surveillant général, est sorti en disant qu’il allait mettre fin au désordre. Il a voulu attraper la poubelle, mais il a glissé sur la peau de la banane qu’Alceste venait juste de manger et toutes les ordures sont tombées sur ses chaussures. On a tous bien rigolé encore une fois. Monsieur Pamalin ne rigolait pas du tout et filmait tout le monde avec son téléphone en disant que ce n’était pas une bande de rigolos comme nous qui allait faire la loi dans l’école et que c’était lui et personne d’autre qui avait le droit de dire si on pouvait sortir ou pas, aller en récré ou pas et que si on désobéissait, il n’hésiterait pas à faire usage de la force. Il peut dire ce qu’il veut, mais nous on sait bien que c’est Monsieur Micron le directeur.

Monsieur Micron c’est le nouveau directeur. Il est jeune et il a l’air gentil. Au début, on a cru que ca allait changer, que la cantine serait meilleure, des trucs comme ca quoi. Mais au bout d’un moment, on a vu que rien ne changeait. A la cantine, c’était toujours aussi mauvais et le jour où on a manifesté dans la cour parce que vraiment on en avait marre de manger des trucs pas terribles, Monsieur Micron est venu dans la cour, très énervé, et a dit que ceux qui n’étaient pas contents n’avaient qu’à traverser la rue pour aller au restaurant. Et puis après, il y a eu le virus chinois et on avait fermé l’école, c’était vachement bien. Mais après les grandes vacances, on a été obligés de retourner à l’école avec un masque, comme nos papas et nos mamans au travail. Il ne fallait pas se toucher. N’importe quoi ! Comme si on pouvait jouer sans se toucher !

En attendant, ce matin là, on était tous devant l’école avec nos masques et il n’y avait que Agnan, il est fou, qui voulait rentrer pour travailler. Rufus a rigolé et il a dit qu’il respectait les distances entre lui et l’école et que pour ne pas attraper le virus, le mieux c’était de rester à la maison et de jouer. Là on était tous d’accord, même Agnan qui avait peur du virus malgré son envie d’aller à l’école.

Joachim a dit qu’il se moquait du virus et que son papa qui est très riche allait lui acheter un laboratoire pour fabriquer un vaccin. Eudes a demandé à Joachim s’il lui donnerait un vaccin quand il l’aurait inventé et on a tous crié qu’on voulait nous aussi un vaccin, sauf Clotaire parce que ses parents ils disent que les vaccins c’est pas bien, même que c’était toute une histoire le jour de la visite médicale. Joachim a dit qu’il allait réfléchir, qu’un laboratoire ça coutait cher et qu’il ne voyait pas pourquoi il distribuerait son vaccin gratuitement. On a tous commencé à se bagarrer quand un drôle d’engin est arrivé du bout de la rue, en l’air au dessus de nos têtes.

C’est un drone, a dit Agnan.

Monsieur Pamalin, qui avait disparu, est ressorti de l’école et nous regardé avec un sourire qui faisait un peu peur. Il nous a expliqué que, à cause du virus, c’était trop compliqué de faire une photo de classe, avec les distances et les masques, et qu’on allait faire une photo avec le drone et qu’ensuite chacun recevrait sa photo avec la facture directement sur l’adresse électronique de ses parents. Rufus, dont le papa est policier, a dit qu’il n’était pas d’accord et qu’il ne voulait pas être pris en photo par le drone, ou alors qu’il était d’accord à condition que l’image ne soit pas publiée et que psychiquement il se sentait menacé. Monsieur Pamalin lui a dit qu’il ne fallait avoir peur du drone et que c’était bien parce qu’en plus avec les photos du drone, on allait pouvoir nous suivre partout où on allait pour être sûr que notre sécurité globale était assurée.

Même aux toilettes? j’ai demandé.

Mais pourquoi on irait te chercher au fond des toilettes, a dit monsieur Pamalin en rigolant, on est pas en Russie mon petit bonhomme. Ici nous sommes libres.

Ouais, libres d’aller à l’école, a dit Clotaire, libres d’être au piquet. La belle liberté, tiens.

Monsieur Pamalin est devenu tout rouge et il a puni Clotaire qui a été confiné au coin pendant toute la récré. Eudes a été puni aussi parce qu’il avait bougé la poubelle et nous nous sommes mis en rang avec le drone qui restait au dessus de nous. On ne savait plus trop quoi faire et c’est Rufus qui nous a sauvé avec son lance-pierre. Il s’est caché derrière Alceste parce que c’est le plus gros, il a visé et, paf, plus de drone.

Monsieur Pamalin s’est vraiment mis en colère et a dit qu’il allait en parler au directeur pendant le prochain conseil de défense, que nous étions des chenapans et que nous finirions tous très mal. C’est à ce moment là que la maitresse nous a dit de mettre nos gilets jaunes pour la sortie au centre sportif.

Ah non, pas de gilets jaunes, a dit monsieur Pamalin, ca suffit comme ça.

Nous on ne savait plus ce qu’il fallait faire, s’il fallait mettre les gilets ou pas. Agnan a dit qu’il en avait assez des injonctions contradictoires et a commencé à se rouler par terre. C’est à ce moment là que monsieur Micron a décidé de fermer l’école jusqu’à nouvel ordre. On était content et on est tous repartis ensemble en chantant « on a gagné, on a gagné ».

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ROAD TRIP 1977

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Ca l’avait pris d’un coup. En sortant des toilettes, il avait dit à son père : «  Je vais au Maroc ». Il avait bossé deux semaines en intérim, un boulot idiot dans la zone industrielle et il sentait les quatre billets de cent francs tout neufs crisser au fond de sa poche. La banlieue en février, froide et triste, lui donnait envie de partir, plein sud vers le soleil, les rencontres et l’aventure. L’autre, plongé dans Le Monde, n’avait pas répondu, et il avait pris son sac à dos, l’avait rempli de fringues et de bouquins, puis avait gagné à pied la nationale 10 où il avait tendu le pouce, direction Paname, juste avant la passerelle piétons, là où l’accotement permettait de s’arrêter sans danger.

Arrivé dans la capitale, il avait pris le métro jusqu’à la Porte d’Orléans où, malgré le froid, quelques routards tentaient de décoller, les mieux organisés brandissant des cartons où s’affichaient leurs destinations. En ces temps là, au deuxième millénaire, ni ordis ni portables, un monde à l’ancienne, sans algorithmes, mais néanmoins bien rythmé. Il avait 20 ans, la vie devant lui et se sentait immortel. Une première voiture l’amena jusqu’à la première station-service de l’autoroute du Sud, du côté d’Evry. De là, un routier le descendit jusqu’à Valence. Le ciel était moins gris qu’à Paris et lorsque le vent déchira les nuages, le soleil apparut d’un coup, lui réchauffant l’âme et le corps. Il se sentait bien, en route, en mouvement, seul et heureux, libre entre ciel et terre.

Il n’avait pas envie de devenir un de ces petits paquets de viande bien propre, emballée dans de beaux diplômes. Il n’avait pas envie d’endosser le costume que l’on avait choisi pour lui, il ne rêvait pas d’une bonne situation, il ne voulait rien de ce que cette société là lui proposait. Il voulait rester en marge, convaincu que s’il y mettait ne serait ce que le bout d’un doigt, le système l’avalerait aussitôt pour le broyer avant de le recracher comme un vieux fruit sec. C’est pour cela qu’il fuyait, de toute son énergie, en ce mois de février 1977, quelque part sur l’autoroute, regardant la nuit tomber sur le pare-brise pendant que le bitume filait sous les phares du 35 tonnes qui l’emportait vers Barcelone.

De bon matin, sur les Ramblas, il s’offrit un café con lèche au Bar de l’Opéra avant de s’engouffrer dans la première pharmacie ouverte où il acheta deux paquets de Biodramina, un produit contre le mal de mer, de voiture ou d’avion, mais qui à l’époque était boosté avec un peu d’éphédrine. Huit comprimés plus tard, il se sentit regonflé à bloc malgré les trente heures sans sommeil depuis Paris et reprit sa route vers le sud. La chance était avec lui et il enchaina les lifts sans trop d’attente entre deux véhicules. Valencia, Benidorm, Calpe, Alméria, les villes défilaient et la journée passait sans qu’il en soit conscient.

Encore deux trois cachetons pour attaquer la nuit, un camion qui s’arrête, il fonce, les yeux rouges comme un lapin albinos. Un seul but : Algésiras où il prendra le bateau pour Ceuta. Il a une adresse à Marrakech, trois cent quatre vingt francs en poche et se fout du reste.

Un dernier routier le dépose, vers 2 ou 3 heures du matin, sur une route, en lui disant qu’il n’est plus très loin d’Algésiras et qu’il a l’air complètement défoncé, ce qui est la stricte vérité. Il rigole, descend du camion, allume une cigarette et s’enfonce dans la nuit, sac au dos et cerveau pété par le speed. Hasta la vista baby, chantonne t’il en suivant le ruban noir de la route qui s’enfonce dans le paysage baigné par la lueur de la lune. Elle est pleine et les amphétamines lui explosent les neurones pendant qu’il marche. Plus de bagnoles. Il s’en fout. Algésiras est au bout de la route.

Il marche pendant des heures dans la tiédeur de la nuit andalouse. Sur les bas côtés, des espèces de marécages abritent des grenouilles qui coassent sous les étoiles. Son cerveau illuminé par le speed est dans un état de réceptivité maximale et il a l’impression que de chaque côté de la route ce sont des milliers, des millions, des milliards de grenouilles qui coassent dans une ambiance digne de Lovecraft. Il avance et puis d’un coup s’arrête. Un silence total règne. Il avance un pied, un seul, et la cacophonie reprend. Arrêt. Silence. Un pas et tout repart. Hallucinations auditives ou pas ? Il s’en fout et décide d’avancer dans ce pandémonium auquel il ne prête plus attention. Il marche encore à l’apparition des premiers rayons de soleil. Les batraciens se sont tus et une guimbarde conduite par un vieux bonhomme s’arrête et le prend jusqu’aux faubourgs d’Algésiras.

Quelques heures plus tard, sur le pont du bateau, il contemple le paysage liquide. Au coup de pied nerveux des amphétamines succède le coup de pompe, la descente aux angles tranchants qui lui scanne le cerveau en fines lamelles. Il n’a pas dormi ni mangé depuis plus de 48 heures, mais dès qu’il ferme les yeux, la sarabande migraineuse s’empare de lui. Il respire un grand coup l’air marin qui le requinque un peu. Derrière c’est l’Europe, devant l’Afrique. Les colonnes d’Hercule. L’idée d’être arrivé là, entre deux continents, lui arrache un sourire. Il est épuisé mais tellement vivant. La route c’est la vie. Le chemin est le but.

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COUP DE CAFARD AU FOND DU PLACARD

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Plus de concerts, plus de manifestations, des rencontres virtuelles, des voyages intérieurs, une vie d’absence où les jours perdent leur sens, digérés par l’écran des nuits blanches pleines de rumeurs, de songes et de mensonges. Désorientés, déboussolés, on perd la boule et à l’ouest rien de nouveau. Nous sommes des moutons, des veaux, des héros ou des zéros, ca dépend du moment, avec nos petites vies chamboulées cul par dessus tête, nos dérisoires attestations dérogatoires, nos règlements et nos drôles de contrôles, nos peurs et nos colères, tout ceci pour un petit virus de rien du tout qui fiche en l’air nos certitudes et notre prétention à tout régir sur la planète.

Les jours raccourcissent et, dans ces fins d’après-midi crépusculaires, les repères s’estompent. Fatigué de ne rien faire, la tête vidée, compter les minutes qui s’étirent, lire, lire encore et puis relire jusqu’au délire, regarder dehors les feuilles qui tombent et les patrouilles qui vadrouillent sur le boulevard, les pedzouilles masqués qui cherchent l’embrouille, un papillon égaré, des rideaux baissés, des bistrots fermés, des sirènes, des SAMU, encore heureux d’avoir un toit et à bouffer en attendant la sortie du tunnel…

L’automne parisien a toujours un côté cafardeux, exacerbé cette année par ce second confinement qui rétrécit le champ du possible, nous transforme en chèvre au piquet, à qui l’on accorde une heure de sortie par jour dans un rayon d’un kilomètre. Au delà de cette limite, votre ticket n’est plus valable et vous êtes passible d’une amende de 135 euros. Mais c’est pour votre sécurité, clament les autorités qui nous mettent en garde contre le loup supposé rôder dans les rues désertées.

Envie d’envol, de légèreté, filer par dessus les toits, au fond du ciel à travers les nuages, loin de cette vie en boite, cet ersatz d’existence, cette parodie sociale, distanciation et frustration, méfiez vous de vos proches, lavez vous les mains au savon et le cerveau avec les réseaux sociaux, avec la nuit vient l’ennui puis enfin l’oubli. Un deux trois sommeil en attendant le retour du soleil…

A ce jeu, le rat des champs s’en tire peut-être mieux que le rat des villes. Vivre à la campagne et au contact de la nature oblige à un certain réalisme qui n’est plus de mise dans les villes où le bon sens s’étiole entre béton et bitume, ce qui amène nos dirigeants urbanisés à fermer l’accès aux milieux naturels, ces biotopes non essentiels à la poursuite de l’activité économique, devenue l’alpha et l’oméga de toute pensée politico-financière. Après avoir consciencieusement démoli l’hôpital public pour le « rentabiliser », on investit dans des drones afin que les gendarmes puissent surveiller d’en haut les ploucs et les vaches. Drôle de monde où l’on nous déconseille officiellement de nous embrasser, où les réunions de famille deviennent illégales. Un CDI (contrôle à durée indéterminée) pour tous et un état d’urgence médical au nom de la santé publique.

Vivement le retour du printemps et des manifestations, que mille revendications bourgeonnent car cette vie là n’est pas viable à moyen terme et la pression monte sous l’enfermement. Pour autant, il sera impossible de revenir au monde d’avant dans la mesure où c’est cet « avant » qui nous a plongé dans ce bourbier. Le monde d’après reste à définir. Les technocrates le rêvent fait d’algorithmes, d’intelligence artificielle, de liberté très surveillée et de sécurité « globale ». D’autres, dont je fais partie, l’imaginent plus ouvert, moins compétitif, plus humain dans ce que ce terme peut avoir de plus sympathique. Qui vivra verra.

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LE RISQUE ET L’ESSENTIEL

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Libéré ? Pour le moment, c’est plutôt « Confinéééééé, retraitéééé » sur l’air de la pétasse décongelée de Disney… Encore deux semaines avant d’entamer officiellement un nouveau cycle de mon existence terrestre, le dernier en fait, celui où l’on ne se préoccupe plus de chercher un travail et où, si tout se passe correctement, je pourrais mettre à profit le temps libre pour méditer, contempler, mais aussi aider les autres dans la mesure de ses possibilités. Et bien sûr me plonger dans les tâches ménagères qui, dans leur monotonie même, présentent l’avantage de rythmer les jours et aussi de nous ramener à un peu d’humilité.

Me voici devenu, par la grâce du dernier virus dont on parle, une personne « à risques ». Belle affaire ! L’existence n’est elle pas une incessante prise de risque ? Le seul risque  qui me pend au nez, c’est de vieillir, de voir fondre ma masse musculaire et disparaitre peu à peu mes neurones, et, au final, tirer ma révérence pour laisser la place à d’autres. Une loi naturelle devant laquelle je m’incline sans possibilité de recours. D’ailleurs, l’immortalité m’apparaît plutôt comme une punition. Le paresseux que je suis apprécie le fait qu’à une existence bien remplie succède un repos éternel. Et puis, en toute honnêteté, j’ai pris plus de risques dans mes jeunes années que dans ma petite vie tranquille actuelle. Cette idée d’être une personne « à risques » me fait doucement rigoler.

Je me sens plus volontiers dinosaure, contemporain des dernières locos à vapeur et du monde d’avant, cet univers pas net sans wifi et sans connexion… Le monde a bien changé depuis mes premiers souvenirs, au début des années soixante, les fameuses « sixties » aujourd’hui nimbées de nostalgie, la musique, les drogues, l’émancipation de la jeunesse, tout ce qui aujourd’hui fait flipper les ex-jeunes devenus vieux… Nombres d’objets, bien que bourrés de puces et d’électronique, reprennent des looks d’hier afin de séduire les ex-fans des sixties devenus parfois baby-boomers séniles. Il faut bien cela pour compenser l’extinction massive des espèces, animales ou végétales, au profit de l’homo crétinus, dernier avatar de ce que l’on a parfois un peu de mal à qualifier d’évolution.

Toujours par la grâce de ce virus, nous sommes actuellement cloitrés devant nos écrans et n’avons d’accès physique qu’à ce que certains ont défini comme «essentiel». Nos sorties dans l’espace public sont dérogatoires et le gouvernement incite les commerçants à se lancer dans le commerce électronique (ta mère). Ce nouveau monde ne serait donc ni mystique ni religieux, mais connecté, de gré ou de force..  Au final, inclus ou exclus, avec ou sans application, nous l’aurons dans le cul. Plug anal pour tous. Triste perspective. Il y avait tant de trucs plus sympas à mettre en place… L’imagination n’est toujours pas au pouvoir et ce sont les mêmes vieilles ficelles qui sont tirées depuis des millénaires. C’est à la fois rassurant et désespérant.

La technologie ne change rien à l’être humain qui continue à être régi par ses pulsions plus ou moins honorables. Le seul changement notoire est l’augmentation des possibilités de destruction alors qu’il conviendrait de consacrer toutes nos énergies à faire le bien, nourrir les affamés, loger les sans abri, etc…

Mais l’homme est ainsi fait qu’il préfère souvent accumuler sans redistribuer et ne rechigne jamais sur un bon petit conflit bien sanglant au nom de la nation, de la race ou de la religion. Le risque essentiel, c’est que depuis la nuit des temps, l’homme, qui n’est pas naturellement bon, a le chic pour jouer au con.

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CONFINEMENT ACTE II

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Nous y voilà. Reconfinés . Il paraît que nous n’avons pas été raisonnables, que les jeunes se sont regroupés pour faire la fête, que les vieux se réunissaient pour des mariages et des réunions de famille, bref, si le virus cavale c’est de notre faute… Les toubibs réclament un durcissement du confinement et les politiciens sont dans leurs rôles habituels : ceux qui sont au pouvoir prennent des mesures et nous grondent parce que nous sommes des gugusses, du moins c’est ce qui transparait entre les lignes de leurs discours ; et ceux qui sont dans l’opposition les critiquent sans être en mesure d’apporter de solution. De toute manière, c’est pas leur faute mais la nôtre, peuple indocile et trop con pour comprendre la hauteur de vues de ses dirigeants…

Le monde d’avant : oublie le !

Le décompte des cas de contamination nous est servi tous les matins au petit déjeuner, juste avant d’emmener nos enfants à l’école et de prendre les transports en commun pour aller travailler. Ce confinement bis est prévu jusqu’au premier décembre et plus si affinités. C’est le gouvernement qui décide puisque nous sommes en état d’urgence sanitaire et que les représentants du peuple sont priés de la boucler et de suivre à la lettre les instructions du pouvoir. Vocabulaire guerrier : état d’urgence, conseil de défense… Pour faire bonne mesure, quelques connards ont jugé l’instant propice pour tuer des gens, prétendument au nom d’un dieu qui n’en demandait pas tant, ce qui fait que le ministre de l’Intérieur peut faire passer des lois à tendances liberticides.

F(i)loutage ou pas ?

Paradoxalement, on revendique le droit à la liberté d’expression tout en restreignant le droit à l’information. Exercice périlleux. On voudrait interdire les photos montrant les forces de l’ordre en action, à moins de flouter les visages. Pendant ce temps, le bon peuple, coincé entre virus et terrorisme, vaque à ses occupations, tente de ne pas perdre son emploi, s’entasse dans le métro le matin en espérant ne pas choper de saletés en touchant les barres ou les sièges, en espérant que les produits qu’il achète dans les magasins d’alimentation n’ont pas été préalablement touchés par une personne contaminée. Bonjour l’ambiance un tantinet paranoïaque.

D’aucuns affirment que ce virus est largement surexploité par le pouvoir, que le but secret est de liquider les derniers indépendants pour faire place à un monde où ne resteront que les chaines et les distributeurs du style Amazon. Sans tomber dans le complot, c’est vrai qu’il est assez effrayant de voir couler tant de petits commerces, de voir les plans dit sociaux s’accumuler à l’horizon comme un ciel d’orage. Il est vrai que Jeff Bezos qui se fait des couilles en or avec cette situation, n’a jusqu’ici manifesté aucune intention de remettre dans un pot commun une partie des énormes bénéfices tirés de cette crise dont on ne voit pas le bout. Mais il est fidèle à lui même et cela lui suffit. Tant pis pour les pauvres et tant mieux pour les riches.

Chez les méga riches

Chez les méga pauvres.

Ces derniers sont, financièrement parlant, les grands gagnants. Tout au début de la pandémie, lorsque les bourses ont plongé en mode 1929, ils ont attendu tranquillement que les actions soient au plus bas pour emprunter aux banques, racheter des paquets d’actions qui ont assez rapidement remonté ; et ainsi augmenter leur patrimoine de façon conséquente, ce qui ne les empêche ni de bénéficier du soutien de l’Etat, ni dans certains cas de virer des employés. Le monde d’après est encore plus moche que celui d’avant.

Dans tout ce bouzin, me voici presque retraité. Un drôle de truc. Normalement, on rigole avec ses potes de boulot, on picole un peu et on fête son départ. Là, rien du tout. Je suis encore officiellement un travailleur, mais confiné car mon job consistant à ouvrir ou fermer un musée, accueillir les visiteurs, ratisser les feuilles mortes sur les pelouses, désinfecter les rampes, les interrupteurs, les poignées de porte et les toilettes visiteurs, n’est pas éligible au télétravail tant vanté par les autorités. Me voici donc confiné, scannant ou photocopiant les pièces justificatives demandées, à suivre mon dossier pour être sûr que le montant de ma retraite sera bien là sur mon compte en banque le jour J. Un peu tristounet comme fin de vie professionnelle, mais on fera un pot dès le déconfinement, foi d’animal…

« Strange Days » des Doors en boucle. Je ne peux pas m’éloigner de plus d’un kilomètre de mon domicile mais, via des caméras, je peux contempler les rues de Tokyo en temps réel. Savoir combien de temps nous pourrons nous satisfaire de ces voyages virtuels, c’est la question. Envie de toucher les gens, ma famille, mes potes, envie de vivre autrement qu’avec un putain de chiffon sur la tronche… Envie de vivre tout simplement avec tous les risques que cela comporte.

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CLICHES (DE)CONFINES – 3

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Métro police – Marcadet-Poissonniers

Paris 20 mai 2020 – Rue de Clignancourt.

Mai 2010 – On se fait un film catastrophe. Ca n’arrivera jamais en vrai…

Mai 2020. C’est pas un film….

Déconfinement graphique

Sur les bords du canal de l’Ourcq – Pantin

Spiderman protège les clients….

Boulevard Barbès

A emporter…

Coronavirus blues…

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DES CONS FINEMENT PARTIELS

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Et voilà. Demain on reprend le chemin du turbin après deux mois sans trop se croiser. Du monde dans les rues et dans les transports. Reprise sous haute surveillance et encore rien n’est garanti et nul ne sait si cela marchera ou pas. Demain, les caissiers, livreurs, et autres petites mains qui ne se sont jamais arrêté continueront à travailler comme avant. Une prime pour les mieux lotis et les félicitations d’un directeur général qui se demande comment intégrer les coûts du matériel de protection dans son budget prévisionnel. Le monde se remet à tourner, le gros moteur de l’économie mondiale, qui a bien failli caler, reprend ses tours. La machine à fabriquer pour pas cher des trucs là-bas afin de les transporter jusqu’ici pour les revendre avec une belle marge bénéficiaire devrait redémarrer avec son lot d’exploitation, de surconsommation, et de pollution.

Un autre monde est il possible ? Nous venons d’avoir la démonstration par virus interposé que la pollution atmosphérique peut quasiment disparaître des villes, qu’il est agréable de vivre sans être envahi par les voitures, que la nuit est pleine d’étoiles, que les fleurs ont une odeur, que les chants d’oiseaux sont plus doux que le bruit des moteurs. Pendant des semaines, la ville s’est tue et, sa rumeur même, qui jamais ne cesse, a cédé la place à un silence presque champêtre au plus profond de la nuit parisienne.

Mais voilà. L’économie du pays nous appelle, non seulement pour reprendre nos postes de travail, mais aussi, et cela passe avant tout, pour que nous reprenions avec une joyeuse frénésie notre rôle de consommateurs, sans quoi, à en croire les chantres du commerce et de la mondialisation réunis, rien ne va plus. Consommez pour redresser votre pays. Consommez vite avant d’être au chômage, consommez pour vous rasséréner après ces terribles semaines où vous n’avez eu accès qu’à l’essentiel. Ne vous mettez pas en tête que le monde changera si vous ne changez pas vous-mêmes. A ce titre, ces quelques semaines de confinement auront peut-être purgé nos esprits de la sanie publicitaire dans laquelle nous pataugeons, ce qui serait déjà un beau résultat.

Demain, on retrouve les autres, cet enfer comme disait Sartre. En gardant ses distances car on a pas gardé le COVID 19 ensemble. Des queues partout. Pornographie masquée de la distanciation sociale, chacun à sa place, les chefs en haut et les maillons au fond, en bas de l’échelle sociale, solidement plantée dans le fumier de la misère. La même cacophonie qu’hier, le virus en plus.

Un autre monde est il possible ? L ‘économie mondiale peut elle fonctionner sans dévaster la biosphère et sans déclencher de guerres, commerciales ou militaires ? Il est bon de se poser la question, même sans réponse immédiatement satisfaisante. Il est utile de réfléchir avant de foncer tête baissée, masqué et gel en main, dans la reprise économique. Avant le retour des cargos porte-conteneurs bourrés de marchandises pas toujours pertinentes, des fruits hors saison livrés par avion, de la foule et des récriminations, du bruit et de la puanteur de millions de moteurs, avant de reprendre la place qui m’est assignée dans la course au néant de la consommation, j’ai envie de rester en semi confinement, d’avoir encore du temps pour moi, pour les miens. Envie de dessiner, de continuer à sentir l’odeur des arbres sur le boulevard.

Pas pressé d’y retourner en somme…

 

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VOYAGE EN ABSURDISTAN

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Depuis deux mois ou plus (quand on aime on ne compte pas) l’économie mondiale est presque à l’arrêt et les populations aux arrêts de rigueur, deux longs mois où les types censés diriger, paniquent plus ou moins (en fonction du niveau de liberté concédé localement) car un grain de sable bloque la machine; ils nous disent tout et son contraire – les fameuses « injonctions contradictoires » ; en France, après avoir dans un premier temps affirmé catégoriquement que nous avions des stocks de masques, le gouvernement semble avoir toutes les peines du monde à les retrouver et en commande à la Chine, pays d’où est sorti le virus et, accessoirement, dictature où l’information est contrôlée par un potentat président à vie, qui lui, ne dit rien, mais attend de ramasser la mise une fois que le virus aura fait son œuvre. Un pays « modèle » pour les apprentis sorciers qui achètent là-bas des drones très performants pour traquer les contrevenants, un pays où il n’y aurait eu que 3000 morts dus au coronavirus alors que, partout ailleurs, on les compte en dizaines de milliers.

Outre-Atlantique, le président, soucieux avant tout de se faire réélire, multiplie les déclarations stupides, propose des injections de désinfectant pour soigner les malades avant de déclarer que les conférences de presse sont une perte de temps et qu’il n’en organisera plus. C’est vrai qu’à chacune de ses apparitions, on constate sa monstrueuse imbécilité, ce qui n’est guère rassurant. Le camarade dictateur chinois se tait et compte les points.

La réalité, c’est que personne ne sait comment se sortir de cette crise sanitaire, qui n’est que le symptôme le plus frappant d’une crise existentielle de l’humanité. Gageons que les plus cyniques voient là un moyen de redistribuer les cartes, comme disent les experts en géopolitique. Il y a tant de monde sur cette planète, que l’on peut bien en laisser crever un paquet, les survivants, tétanisés comme des lapins pris dans les phares d’une voiture, seront toujours assez nombreux pour faire tourner la machine. J’exagère, oui, mais pas plus que cela. Bien sûr, il y a des niveaux dans la « gestion de crise ». En Inde, des millions de pauvres sont abandonnés à leur sort, en Chine on joue à tout va très bien Madame la Marquise, en Russie on n’entend presque rien, aux Philippines, le président ordonne de tirer à vue sur ceux qui ne respectent pas le confinement… Ici, chez nous, pas de ces mauvaises manières, bien évidemment. Il arrive, tout au plus, que dans les quartiers populaires et les banlieues, des policiers trop zélés pètent la gueule à ceux qui ne comprennent pas que c’est pour leur bien qu’ils sont confinés dans les merveilleux ensembles architecturaux construits à leur intention. Heureusement, ils sont en général couverts par leur hiérarchie et blanchis par la justice si d’aventure, leurs comportements sont rendus publics.

La réalité, c’est qu’en Absurdistan, la très grande majorité des « décisionnaires » ne vivent pas du tout comme ceux qu’ils sont censés protéger. Peu de gens d’extraction modeste parmi les dirigeants. Et lorsqu’ils feignent de s’intéresser au sort des plus démunis, histoire de jouer la « proximité » devant les caméras, ils sont aussi crédibles qu’une religieuse cloitrée parlant de l’orgasme. Il faut admettre que jusqu’ici, cahin-caha, ce petit jeu a fonctionné. Mais, face au virus, ca passe mal. Même dans les pays riches, où il y a encore à bouffer, les dirigeants sentent que la base commence à remuer. Alors, ceux là mêmes qui nous expliquaient  que « l’argent magique » n’existe pas, sortent des millions de milliards de leur chapeau pour sauver l’économie. Bienvenue en Absurdistan. Dans le même temps, vous êtes prié d’apprendre à coudre pour fabriquer vos masques en attendant que l’on vous vende ceux qui sont en route. Et puis, tout n’est pas foutu : la bourse remonte après avoir plongé, c’est le moment de faire de bonnes affaires, comme l’a finement déclaré une jeune femme talentueuse, sous secrétaire d’Etat visiblement peu au courant de la situation financière du petit peuple.

En Absurdistan, on peut même voir des prix négatifs. Le pétrole américain se vend à « moins quelque chose ». Il paraît que c’est logique, d’après les critères actuels de l’économie et de la finance réunis. En Absurdistan, on peut entendre une porte parole de gouvernement affirmer sans rire que, mettre un masque, c’est pas facile et que d’ailleurs elle en est incapable. En Absurdistan, on peut considérer que le confinement est nécessaire et obligatoire, mais que les enfants peuvent retourner dans les écoles et qu’ils sauront respecter les gestes barrière dès l’âge de quatre ans.

En Absurdistan, ce grand pays sans frontières, on est prié de dire merci à ceux qui nous prennent pour des gogols réfractaires et nous remettent dans le droit chemin grâce à des ordonnances dont l’application est confiée, non pas aux pharmaciens, mais à la police. La nicotine protègerait du virus, alors remercions les de passer à tabac les asymptomatiques.

En Absurdistan, on achète des drones et des grenades pour les forces de l’ordre pendant que le personnel soignant, ces « héros » qu’on nous recommande d’applaudir tous les soirs à défaut de revoir leurs salaires à la hausse, manque de matériel de protection et, par endroits, utilise des sacs poubelles en guise de blouses. On est pas la sixième puissance du monde sans quelques sacrifices.

En Absurdistan, on confine les citoyens mais pas le pognon qui, magique ou pas, circule mieux que jamais pour finir en petits lingots dans les paradis fiscaux.

En Absurdistan, c’est la base qui se lève tous les matins pour faire tourner la machine pendant qu’au sommet on est trop occupé à compter son pognon pour penser au reste.

Vive l’Absurdistan, pays magique où la bourse prime sur la vie.

 

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VERY BAD TRIP

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Ca y est. J’ai relu « La peste » de Camus , « Huis-clos » de Sartre, « Et le singe devint con » de Cavanna, les « Journaux de guerre » de Ernst Jünger, « La stratégie du choc » de Naomi Klein, « La planète des singes  » de Pierre Boulle, « 250 recettes de pâtes » de Giovanni Barilla, plus deux où trois polars bien saignants et quelques bouquins de science-fiction. Je suis devenu le roi du banana bread et j’ai lu à ma fille « Les aventures d’Huck Finn » après celles de Tom Sawyer. J’ai pu, en l’aidant à faire ses devoirs scolaires envoyés par internet, mesurer à quel point j’étais piètre pédagogue. Alors on a relu tous les Tintin de la maison pour se détendre. J’ai passé beaucoup trop de temps sur les réseaux sociaux, à me prendre le chou avec des gens que je ne connais pas, à partager des blagues foireuses, à en oublier la réalité, celle qui se passe en bas sous mes fenêtres et ailleurs dans le vaste monde. J’écoute un peu la radio, de la musique (moins que je n’aurais cru) et parfois des communiqués officiels pour me laver le cerveau… Le reste je m’en lave les mains ou je m’en torche. C’est selon l’humeur du moment

J’écoute la musique le soir, des trucs d’avant, sixties et seventies . Avec une certaine nostalgie car le présent n’est pas marrant et le futur s’annonce dur, alors je me réfugie dans le passé, comme l’escargot s’enfonce dans sa coquille lors des grandes sécheresses. Je suis, hélas, incapable d’hiberner en attendant des jours meilleurs. De plus ce n’est pas la saison alors on oublie cette idée saugrenue. Retour à la case confinement.

Les apéros virtuels c’est pas mon truc. Reste les applaudissements à 20 heures mais c’est un peu maigre comme lien social. Afin de ne pas trop péter les plombs, j’ai tenté de diminuer ma dose de réseaux sociaux, une sorte de distanciation psychique afin de mieux m’ennuyer à la maison. Lorsque je replonge, car c’est un des rares moyens de communiquer dans les circonstances actuelles, j’évite les polémiques foireuses et les « révélations » de ceux qui savent. En attendant, après quatre semaines de confinement, je m’emmerde grave malgré mes livres, mes films et tout le bordel accumulé au fil des ans. Ca manque de sirop de la rue, de soleil sur la peau nue, de bois, de fleurs, de nature. Et si nous devons rester enfermés,  d’herbe pour déconfiner entre les deux oreilles. Clopes et caoua ca va cinq minutes, mais ça ne vaut pas un pétard.

Le matin, j’écoute la radio, juste pour le ronron pendant que le café se fait. J’apprends ainsi avec un certain ravissement que le big boss de Carrefour, ne versera que la moitié des dividendes aux actionnaires et réduit son propre salaire de 25% (un fixe annuel de 1,5 million d’euros (!) plus une « part variable »)…pendant deux mois. Putain de sacrifice ! augmenter les salaires du petit personnel n’est même pas évoqué. On nous le martèle en boucle : c’est la pire crise depuis au moins un siècle. Pas le moment de satisfaire des revendications bassement matérialistes. Je fouille un peu sur le gugusse : énarque, Inspecteur des Finances et sa femme est « conseillère justice du Premier Ministre ». Quelle originalité !

https://www.marianne.net/economie/carrefour-le-tout-petit-abandon-de-salaire-d-alexandre-bompard

A part ca tout va bien. Moins de monde en réanimation et plus de morts. On va bientôt pouvoir retourner bosser, mais en respectant les gestes barrière : pas de manifestations, pas de pot en terrasse après le boulot (les bistrots restent fermés), une possible obligation de porter un masque ( je me réserve le droit de le décorer d’un slogan). Un déconfinement sur mesure et à la carte, métro, boulot, dodo, sous l’oeil attentif des pandores qui seront là pour trier le bon grain de l’ivraie. Ca fait envie, hein ?

Ce monde où un type peut gagner légalement des dizaines millions en exploitant ses semblables, condamnés à se lever tôt, à prendre des trains et des métros bondés, pour bosser dans des conditions déplorables en échange d’un salaire de merde, mais où fumer un joint est passible d’une amende parce que c’est interdit, ce monde là me fait chier à un point difficilement exprimable par les mots.

Pendant que nous sommes tous consignés dans nos trous respectifs, l’argent continue de diriger les dirigeants, les militaires se préparent à redessiner le nouvel ordre mondial, celui où nous aurons juste de droit d’aller bosser en fermant nos gueules. Pas sûr d’être heureux à l’idée de retrouver un monde qui ne fonctionne que si nous consommons des gadgets « made in esclavage », un monde qui a la tronche de Jeff Bezos faisant ses choux gras de la pandémie, un monde dirigé par les multinationales, un monde où je serais pisté en temps réel, mais où les capitaux continueront à échapper à l’impôt, un enfer social pavé de paradis fiscaux… Ce monde me fout la gerbe et, malgré ma gentillesse naturelle, me fait rêver d’émeute.

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STRANGE DAYS ou JOURS « TRANQUILLES » A PARIS

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Depuis plus d’un mois, je sors le moins possible pour plusieurs raisons. La première, c’est d’éviter de choper ou de refiler l’ami Corona. De plus, mes finances ne m’autorisent pas à prendre une amende au montant variable en fonction du degré de compréhension des patrouilles qui quadrillent le quartier. La troisième raison, c’est que cela fout le cafard d’imprimer une « attestation dérogatoire » afin d’évoluer dans ce qui était l’espace public, devenu une sorte de zone grise où l’on ne peut plus se déplacer sans raison impérieuse. Et encore, ceci reste à l’appréciation des contrôleurs qui peuvent, pour peu qu’ils soient mal lunés ou tout simplement bornés, décider de la pertinence de mes achats ou de mon envie de marcher dans le quartier pour ne pas rouiller entre frigo et canapé. Envie de marcher par ailleurs fortement tempérée par l’aspect peu réjouissant d’un quartier à demi-mort, où presque tous les commerces ont baissé le rideau et où il convient de s’écarter les uns des autres, ce qui confère à la promenade un étrange aspect. La pratique sportive, dont je me passe fort bien depuis un demi siècle, ne me manque guère, au contraire de ces errances à la pêche aux images dans les rues de la ville.

Je passe du temps à la fenêtre, j’ai la chance de donner sur le boulevard. Pour la petite histoire, lorsque j’ai emménagé ici il y a quelques mois, je pensais qu’en été, avec le bruit, je ne pourrais pas ouvrir les fenêtres. Pourtant, grâce au virus, si j’ose dire, qui a fait chuter drastiquement la circulation, je peux les ouvrir largement et, cerise sur le gâteau, respirer un air moins puant. Ce n’est pas la campagne, mais, indéniablement, l’atmosphère est purifiée. Dans la cour, un cerisier en fleurs embaume jusqu’à l’intérieur de l’appartement. J’en profite avant le retour du bruit et des odeurs automobiles, rançon urbaine en ce troisième millénaire qui, à défaut d’être mystique, s’avère viral. Les tabacs et les caves à vin faisant partie des commerces de première nécessité, je peux continuer à me relaxer, mais dans le respect des traditions locales. Les autres possibilités de détente, plus exotiques, restant prohibées, je fume du tabac en attendant des jours meilleurs.

Confiné, il ne me reste plus qu’à observer le théâtre de boulevard, ou ce qu’il en reste. Au sud, le regard s’arrête au niveau de Château Rouge, au nord, à la rue Ordener. Vision réduite un peu plus chaque jour au rythme de la poussée du feuillage des arbres bordant le boulevard. Au sud, la queue devant Carrefour, puis une autre devant un local reconverti en centre de distribution alimentaire. Vers le nord, peu de passage, mais des amis vivant sur l’autre rive du boulevard. En face, Franprix reste ouvert (tous les commerces sont fermés, seule une petite supérette résiste…) Voilà pour le décor. Les acteurs, moins nombreux qu’à l’ordinaire, se classent en deux catégories principales  : les exclus, confinés dehors avec leur sacs plastique, et les inclus, confinés dedans avec tout ou partie du barda supposé indispensable à la vie en milieu urbain. Reste à savoir qui est le mieux connecté au réel, l’exclus dans la galère ou l’inclus auto-confiné sur les réseaux sociaux. L’un voit ce qui se passe dans les rues adjacentes au boulevard, l’autre zappe entre New York, Wuhan, Bombay et les sites de « ceux qui savent ». L’exclus, le soir, ramasse les mégots et fait les poubelles, indifférent au virus, alors que l’inclus, conscient de risquer gros chaque fois qu’il touche quelque chose d’extérieur, flippe à chaque sortie, même masqué.

 

Entre ces deux catégories, d’innombrables uniformes tentent d’arbitrer. Rôle ingrat consistant à vérifier que celui qui va bosser la trouille au ventre a bien son attestation dérogatoire lui permettant d’aller faire tourner la machine. Je fais partie de ceux dont l’activité n’est pas indispensable, et ne sais si je dois m’en réjouir ou pas. Le fait est qu’un musée, en ces temps viraux, est un luxe dont on peut se passer. Du coup, me voilà planté à la fenêtre, à remâcher mes aventures sur la route, mes voyages intercontinentaux en avion, ou à relire ce que je redécouvre dans ma bibliothèque. Ce matin, c’est « la maison du retour écœurant » de Pierre MacOrlan, qui dans sa préface, datée de mai 1924, écrit : « Un pays, le monde, ne peuvent pas plus éviter la guerre que la peste. C’est une vision bacillaire de la vie, une agitation microbienne comme certaines préparations peuvent en montrer aux habitués du microscope, où l’homme perd en quarante-huit heures tous les bénéfices de sa sensibilité ». 

Installés avec plus ou moins de bonheur dans ce confinement, nous vivons au jour le jour, tant il est difficile de se prononcer sur la durée de la pandémie. Pourrons nous un jour retrouver l’insouciance des jours sans virus? Embrasser les autres, abolir la distance physique, recommencer à vivre plus ou moins normalement? Probablement, car l’être humain se nourrit de rencontres et d’échanges, mais nous devrons sûrement attendre encore, sortir masqués, dans un monde où les voyages seront moins faciles, où les frontières ne se rouvriront qu’avec parcimonie. A l’inverse d’une guerre, à laquelle on peut décider de mettre fin par un traité ou un armistice, nous sommes confrontés à un virus qui ne connait ni trêve, ni traité, ni armistice, et le redémarrage vers une vie « normale » prendra un certain temps. Concrètement, tant qu’un vaccin ne sera pas mis au point, nous vivrons avec une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes. Pas très folichon mais bon, il faudra bien reprendre le chemin de l’extérieur pour recommencer à vivre avec nos peines et nos joies, nos pleurs et nos rires. En attendant, lorsque je regarde par la fenêtre, j’ai de plus en plus la sensation d’être un poisson qui tourne en rond dans son bocal. Et le contact avec le monde extérieur par écran ou téléphone, s’il permet de préserver quelque lien, ne vaudra jamais un face à face dans la vraie vie.

Le seul voeu que je me permettrai de formuler, c’est que nous sortions de cette épreuve un peu plus conscients de la fugacité de l’existence, un peu plus humbles et un peu moins agressifs. Ce serait déjà un pas vers un monde plus supportable. Pas de révolution, car une révolution c’est un tour complet autour d’un corps céleste, ce qui nous ramène immanquablement au point de départ, mais une évolution en profondeur où nous tirerions les leçons de ces temps étranges où un minuscule virus a fait basculer une bonne partie de nos très relatives certitudes, qu’elles soient d’ordre économiques, sociales, où même personnelles.

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Nous sommes tous des pangolins chinois

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Ben voilà. On peut se mettre le muguet du 1er mai où je pense. Le virus se marre et continue à se balader, narguant les scientifiques, les politiques et tous ces fameux « experts » qui s’autorisent à penser comme disait Coluche. L’humanité s’affole et le virus rigole. Enfin je suis pas sûr qu’un virus ait le sens de l’humour, mais ce petit machin est le grain de poussière qui bloque la machine à consommer, nous confinant avec nos ordis, nos dosettes de café, nos lingettes et nos objets connectés. J’entends dire que c’est une catastrophe dans les pays dit émergents. Les ouvrières de Dacca ne peuvent plus se faire exploiter par les nouveaux esclavagistes car l’Occident ne commande plus ni baskets, ni fringues. Comme toujours, quand les gros maigrissent, les maigres meurent. Rien de nouveau sous le soleil.

Lorsque l’on rêve du monde d’avant, de quoi parle t’on ? D’un monde où les pays riches vendent de l’armement aux dictatures? d’un monde où l’on est incapable d’éradiquer certaines maladies en Afrique pour de sordides raisons de financement ? d’un monde où une poignée d’humains détient 90% des richesses pendant que d’autres meurent de faim ?

Sérieusement, vous avez envie de continuer comme ça ? Pas moi. Hélas, il y a gros à parier que, dès que l’on aura l’impression d’avoir terrassé le dragon, les affaires reprendront comme avant. En moins rigolo. Les ultra-riches ont perdu un pognon de dingue et vont vouloir reprendre leur place dans le Top 50 des plus milliardaires des milliardaires. On va nous remettre au boulot, à coup de pieds dans le cul, pour redresser l’économie, installer la 5G qui ne sert à rien, reprendre la course au « progrès » pendant que nos frères humains seront repoussés aux frontières de l’Europe qui n’est au final rien d’autre qu’un supermarché bien achalandé entouré de pays pauvres. D’où les vigiles à l’entrée. Pendant que nous errons entre frigo, écran et plumard, les « stratèges » pensent déjà à l’après. Les grandes puissances, impuissantes devant un virus, cherchent discrètement le meilleur moyen d’écrabouiller le voisin, économiquement ou militairement – les deux options produisant chacune leur lot de misère, afin de maintenir leur illusoire suprématie.

Je relis Cavanna. Plus précisément son opuscule joliment titré « Et le singe devint con ». Il était lucide et sans illusion, Cavanna. Le singe est devenu con. Plus con qu’avant même. Il s’est affranchi de tout, ce drôle d’animal qu’est l’homme et qui singe le surhomme. La nature ? Un réservoir de ressources pour faire du profit. Les animaux ? Domestiques, ils sont élevés dans des conditions ignobles pour finir en barquettes plastique afin de remplir nos insatiables estomacs. Certains, dit « de compagnie »ont droit aux croquettes bio. Les animaux sauvages, c’est plus facile. On rogne sur leur habitat, on flingue les plus beaux pour accrocher leurs têtes empaillées dans le salon et faut se grouiller car il y en a de moins en moins. On est même obligé d’en élever pour les lâcher dans les pattes des gros cons de chasseurs. En plus, ces animaux sauvages nous refilent leur vérole. Flinguons les tous, en commençant par les pangolins et les chauves-souris. Après quand nous serons les seuls occupants de la planète et que tout partira en couille, mais vraiment en couille – ce coronavirus n’est qu’un amuse-gueule – on pourra toujours remettre le cannibalisme au goût du jour pour les nostalgiques du steack saignant.

On fait quoi alors ? J’ai deux trois idées en tête. Un peu folles, bien sûr, mais c’est le confinement qui me rend neuneu.

Pour commencer, on supprime les bourses, ce qui revient à castrer le capitalisme. On peut aussi fusiller les traders, dans un bel élan révolutionnaire, mais il serait franchement plus juste de les faire bosser comme caissiers, éboueurs, livreurs de pizza, aides soignants, le tout aux salaires actuellement concédés à ces « héros » comme on dit depuis qu’en haut on se chie dessus de trouille devant la belle machine à faire du fric qui marche plus aussi bien. Après, comme nous avons des pâtes et du PQ, on reste chez nous et on ne retourne pas au boulot. Ou si on y retourne, on occupe les locaux, pour une grosse putain de grève avec des barbecues, des brochettes et des feux d’artifice … Comme ça on ira dans le mur plus vite au lieu de continuer à vivoter comme des cons avec nos poires bio qui viennent de l’autre bout de la planète, nos indispensables gadgets fabriqués par les prisonniers dans les camps chinois ou par des quasi esclaves dans des pays lointains.

Mais on risque bien de ne pas se marrer dans les années à venir. Ce virus est un symptôme de la faillite de l’Homme qui, en 2020, avec son savoir et les moyens dont il dispose, n’est toujours pas capable d’éradiquer guerres et famines. Pourtant tout a été dit quelques millénaires auparavant. Dans ce naufrage collectif , les seuls qui me parlent sont quelques philosophes. Les politiciens, les technocrates, les « capitaines d’industrie » peuvent aller se faire foutre. Ils n’ont rien d’autre à nous fourguer que des incantations pour sauver le marché, un truc auquel ils ne croient pas eux-mêmes. Nous sommes tous des pangolins chinois.

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A PAQUES OU A LA TRINITE

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Joyeuses Pâques !  C’est la résurrection du vieux monde d’avant, avec les mêmes idées moisies, les patrons qui commencent à relever la tête pour nous expliquer qu’il faudra, dès que possible, retourner travailler pour gaver des actionnaires reconstituer des marges et de la trésorerie, et que les augmentations évoquées concernent les heures travaillées mais pas les salaires. J’ai envie d’envoyer chier ces vautours et de faire un petit tour ou deux ou trois avant de reprendre le chemin du travail qui s’annonce sous de tristes auspices. Si nous ne sommes pas sur nos gardes, les « héros » du moment, adulés depuis que tout le monde se rend compte de leur présence, redeviendront les clampins d’avant et les dirigeants continueront à diriger, mais avec fermeté, car il est vital de « redresser » l’économie.

Joyeuses Pâques. Les cocus au balcon, et, promis, on vous attend au boulot dès que possible mais en même temps restez chez vous pour sauver des vies. Les masques arrivent à pied par la Chine et le gel c’est pas vraiment indispensable, vu comment on va vous vaseliner le fondement au nom de la patrie en danger. Les cloches c’est vous. Pas besoin d’aller à Rome, on vous a sous la main, enfermés chez vous, c’est très bien ainsi, ça évite que les mauvais citoyens manifestent sous de mauvais prétextes dans l’espace public. Vous pouvez nous maudire sur les réseaux sociaux, on s’en bat les couilles de vos indignations virtuelles et les drones vous surveillent .

Les bourses qui ont dévissé aussi fort qu’en 1929 remontent gentiment en reniflant l’odeur du brave con qui va pouvoir, ô joie, ressortir un jour de son trou afin de, merci patron, retourner bosser et produire pour un salaire bloqué, forcément bloqué, soyez solidaires les amis, aidez nous à nous refaire, nous les ultra-riches qui avons perdu un pognon de dingues.

Joyeuses Pâques ! C’est la résurrection d’un vieux monde qui pue de la gueule, la pastille Vichy passe mal, mais nous ne désespérons pas de vous remettre dans le droit chemin, celui de la vertu, de l’ordre moral et des saines valeurs du travail, de la famille et de la Patrie. Faites nous confiance. Ne venons nous pas de faire preuve de bonté en vous mettant au chômage technique, pris en charge par l’Etat bien sûr, car nous avons déjà tant souffert du montant confiscatoire de l’impôt, des 35 heures, des gilets jaunes et de tout ce prurit humanitaro-gaucho prétendant mieux répartir les ressources. Elles nous semblent excellemment réparties à ce jour. Une minorité qui pète dans la soie, et le gros des troupes qui fait tourner la machine. Ca nous semble parfait et on voit pas bien pourquoi cela devrait changer. Il parait que la biosphère part en sucettes, que le temps nous est compté ;  il est donc normal, dans ces conditions, que nous tentions tout pour sauver nos billes, nous, l’élite du monde, les premiers de cordée, quitte à sacrifier les sherpas…

Joyeuses Pâques ! C’est la résurrection des politiciens qui se pensent tous plus intelligents que les autres, mais qui, faute de pouvoir fournir tests ou masques, nous ont dit tout et son contraire pour masquer leur impéritie. Il paraît que le peuple déconfiné, ca les inquiète un peu. On s’attend à ce que pas mal de confinés ne retournent pas droit dans leur boite. Ils pourraient même, droits dans leurs bottes, manifester leur colère dans les rues, ces ingrats…. Mais, que les rupins se rassurent car si l’on manque de moyens de protection, les forces de l’ordre sont bien dotées en armes, létales ou pas.

Joyeuses Pâques….. Si tout baigne on sortira un jour. A Pâques ou à la Trinité….

 

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CHAUD CHAUD LE PRINTEMPS EST CHAUD

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Si le présent est problématique c’est en partie parce que depuis des décennies, personne ne veut réfléchir à l’après et se contente de  consommer  vivre au présent. Depuis quelques semaines, le présent c’est « T’es puni, reste dans ta chambre et laisse les grandes personnes décider pour toi », les patrouilles de flics pas toujours bien intentionnés tenant le haut du pavé, les ausweis pour évoluer sous conditions dans l’espace public. Il est donc salutaire de réfléchir à l’après qui ne doit être ni « comme avant » et encore moins « comme en ce moment ».

Pendant qu’on vitupère sur la poignée de zozos qui ne respectent pas les consignes, que les corbeaux dénoncent le voisin qui sort son chien deux fois par jour, on évite le vrai débat qui est celui du libéralisme, de la casse des services publics, etc…. Mais faire le procès de la classe politique ( de « gauche comme de droite) qui nous a fourgué ce truc n’est pas vraiment ce que cherche le pouvoir… En tout cas, malgré quelques pseudo-prises de conscience aimablement médiatisées, on sent bien que ce n’est pas à l’ordre du jour et que la chasse au « mauvais citoyen » reste un bouc émissaire des plus commode pour évacuer les frustrations des confinés qui commencent à trouver le temps long.

 

Les dirigeants nous font bien sentir que c’est nous qui ne sommes pas raisonnables. C’est vrai quoi, merde, il fait beau et vous voulez sortir, ce n’est pas sérieux. Le pouvoir, comme d’habitude, se dit qu’il doit faire preuve de plus de “pédagogie” (du grec παιδαγωγία, direction ou éducation des enfants mous). La pédagogie du pouvoir pouvant, le cas échéant, être appliquée à coups de matraque, de lacrymos et de balles en caoutchouc pour les démocraties, et à balles réelles dans les dictatures. « Qui aime bien châtie bien »…

Pour le moment, nous voilà tous confinés, avec des fortunes diverses, plantés devant nos écrans d’ordi, vautrés devant des séries télé, livrés au bon vouloir des fournisseurs d’accès, ces nouveaux seigneurs de monde moderne. On peut, l’espace d’un instant, se dire que c’est une opportunité. On peut passer du temps avec sa famille, bouquiner, nettoyer à fond son appartement, faire des pompes au milieu du salon et tout le tralala. Mais au bout d’un moment, cela devient pesant. On a envie de jouir du soleil sur nos peaux, de retrouver les amis « en vrai », voire même de retourner se faire exploiter au boulot. C’est vous dire à quel point on est mal.

Certains rêvent de couper des têtes pour se venger, d’autres nous vantent les joies du confinement. Ces derniers appartenant en général à la frange aisée de la population, disposent d’appartement spacieux, et, grâce à leur notoriété, d’un accès privilégié aux médias. Nous avons droit aux « recettes » d’Arielle Dombasle qui s’affirme « rebelle » (sic), aux divagations prétendument « philosophiques » d’intellectuels germanopratins privés de mondanités plaignant, du fond de leurs bibliothèques, ceux qui sont dépourvus de richesses intérieures ( les gueux, les cons, quoi, mais ils n’osent pas l’exprimer aussi crûment car ils ont fait des études).

Nous voilà donc en quatrième semaine du Coronathon et le suspense mollit un peu. Ce Loft planétaire est de moins en moins amusant, même avec l’accès libre Premium aux sites de cul. Petit à petit, on nous laisse entendre que « ca pourrait durer jusqu’à la fin du mois », que « ce sera long et difficile », qu’il faudra faire des sacrifices pour relancer l’économie… Merci les gars, on a compris. On a même une vague idée de qui sera sacrifié sur l’autel de l’économie libérale et de la mondialisation heureuse réunies. On se demande juste si le pouvoir renoncera à tous les gadgets sécuritaires qu’il peut tester en conditions réelles au nom de l’état d’urgence sanitaire. C’est tellement pratique le flicage massif de nos déplacements grâce aux puces des portables – sans parler de ces drones qui surveillent les pedzouilles –  qu’il doit être tentant pour certains d’en maintenir l’usage un fois que tout sera redevenu “normal”. Le confinement massif rend peut-être paranoïaque, mais à chaque fois que je vois la tronche du préfet de police, celui qui, avec sa casquette galonnée et ses lunettes, me rappelle fâcheusement un homologue à lui, allemand et sapé par Hugo Boss, qui sévissait entre 33 et 45 ( tours et puis s’en vont) que je me dis que le pire est toujours possible.

T’es sérieux mec ? ( capture d’écran 8/4/2020)

 

Depuis qu’on clame à tort et à travers que le printemps sera chaud, celui ci, pour l’instant silencieux, risque d’être chaud bouillant . Encore quelques semaines de confinement et on sera tous mûrs pour péter les plombs en grand, malgré les flics et le virus, juste pour aller dehors parce que, oui, faut rester à la maison, mais non, on veut plus retourner faire tourner la roue comme des hamsters sous amphétamines pendant que des gros culs font fortune sur notre dos. Faudrait juste trouver des moyens d’inaction non violents, faute de quoi ca va éclabousser grave…

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BARBES BLUES REVISITED

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Dimanche. Je me réveille. Zut ! Dans mon rêve j’étais dehors, entre Gavarnie et Ordesa, en pleine montagne sur la ligne de crête des Pyrénées. Devant moi, la cime majestueuse du Mont Perdu et, à mes pieds, les fleurs cotonneuses des linaigrettes se balançant sous le souffle doux d’une petite brise. Oublie ca mon gars, t’es à Paname, la Ville Lumière, et en bas, c’est Barbès. Un boulevard semi-désertique depuis plusieurs semaines. La nuit, lorsque je suis allongé sur mon canapé à la recherche du sommeil et des rêves, mon plafond s’illumine parfois de flashs bleus quand les véhicules d’intervention, police ou ambulances, glissent en silence sur l’asphalte.

De l’autre côté du boulevard, la queue se forme déjà devant la supérette où il n’y a plus un gramme de farine. C’est raté pour les crêpes. Un peu plus loin, une femme africaine est là, avec ses trois gros sacs remplis à ras bord de je ne sais trop quoi. Depuis le début du confinement, elle apparaît avec régularité, se pose côté soleil, puis disparaît mystérieusement. Ce matin, elle chante une étrange mélopée dans une langue qui m’est inconnue. Un chant ni gai ni triste, une mélodie qui rebondit sur les façades. La journée démarre.

Sous mes fenêtres, une autre queue se forme devant le bâtiment EDF temporairement recyclé en point de distribution de nourriture pour les plus démunis. Plus loin une autre queue se forme devant le Carrefour, la plus longue de ce tronçon de boulevard auquel se réduit ma perception physique du monde extérieur depuis que je suis confiné avec femme et enfant.

Nos vies se sont rétrécies d’un coup à cause d’un virus. Nous sommes tous en état de stupeur plus ou moins prononcé. Les actes les plus anodins deviennent des aventures. Remplir une attestation dérogatoire pour aller faire les courses ou sortir s’aérer dans des rues quasi vides où presque tous les commerces ont baissé le rideau. Le virus a frappé plus fort que tous les mouvements de contestation des deux dernières années.

Comme jusqu’ici, les chaines d’approvisionnement fonctionnent tant bien que mal, je peux préparer le petit déjeuner. Dehors, quelques piétons, peu de voitures. On dirait l’Albanie en 1960, ou la Corée du Nord sans les rassemblements massifs à la gloire du leader.

En buvant mon café, j’écoute la radio. Le décompte des morts, ici, ailleurs, là-bas… La météo. Températures au delà des normes saisonnières. Tant mieux pour les malheureux qui vivent à la rue. Mais l’envie d’extérieur monte au rythme du thermomètre. Je crève d’envie de prendre un train de banlieue pour me balader dans les bois où fleurissent les campanules. Mais voilà. Ce ne serait pas très raisonnable dans le contexte actuel.

J’ai envie d’être dans les jardins du musée où je suis, en temps normal, chargé d’accueillir les visiteurs. Mais le musée est fermé, les visiteurs confinés un peu partout sur la planète. Chômage technique. Payé à ne rien faire. Attendre, encore et toujours comme dans une chanson de Téléphone où Aubert gueulait à pleins poumons « Pourquoi toujours attendre ? ».

Le présent pas folichon et l’avenir incertain m’amène à me réfugier dans le passé, les voyages et les errances, les bons moments entre amis. On espère tous qu’un de ces quatre, on pourra prendre un pot en terrasse avec les potes, que l’on pourra de nouveau retourner au boulot en sachant qu’il ne faudra que quelques jours pour que l’on recommence à maudire nos maigres salaires et les petits chefs. L’homme est ainsi fait.

Il est dix heures et quelque chose. Dehors : rien. Dedans : pas grand chose. Je pianote sur le clavier, ricane devant quelques unes des sales blagues qui tournent car le rire est propre de l’homme. La connerie aussi au vu de certaines publications. Je bénis les technologies qui permettent de prendre des nouvelles d’amis plus ou moins lointains. Cela fait trois semaines que je n’ai pas vu, sauf à l’écran, mon frère qui vit à deux pas. Hier soir, un ami me téléphone depuis les collines au dessus d’Auxerre, il est en vélo au milieu des vergers. Je connais l’endroit et, si je ferme les yeux, j’ai presque la sensation que nous sommes physiquement côte à côte. Un autre ami, coincé dans une bourgade équatorienne peut donner de ses nouvelles. Un luxe dans la débandade.

Je pense à tous les pays où, sans virus, la vie est déjà infiniment plus compliquée que chez nous. Je pense aux soutiers du Tiers-monde, confinés et entassés sans eau ni électricité. Nous sommes des confinés chanceux. Ne pas l’oublier dans ces moments où l’angoisse monte.

Je pense aux détenus. L’un deux, libéré récemment, confiait que c’était un comble de sortir de prison pour devoir se confiner. Sacrée punchline.

Dehors, la femme qui chantait est repartie. Le soleil monte. Il va faire beau. Devant moi, toute une journée à remplir. Une page blanche et le niveau d’encre qui baisse dans les cartouches de l’imprimante.

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CONFINUS CASSECOUILLUM EST

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Instruit de ces dispositions par le préfet Germanicus qui surveillait les réseaux sociaux, Macronus arrêta son plan de confinement comme il suit. Il fit passer des décrets et des ordonnances dont la teneur était pleine de rigueur. Tout le monde dut se retrancher à vingt pieds l’une de l’autre, il voulait par là ( car on avait été obligé d’embrasser un si grand espace que nos policiers n’auraient pu aisément en garantir tous les points ) prévenir les sorties sans attestation ou les promenades nocturnes, et garantir durant le jour nos travailleurs sans protection des attaques du virus.

 

Dans ces ordonnances, Macronus décréta l ‘état d’urgence sanitaire et augmenta la durée légale du travail , et un confinement général de quinze jours renouvelables ad libidum. Dans les insulae de banlieue, situées dans des terrains bas et incultes, il laissa faire les commerces de proximité. Derrière la barrière du périphérique, il éleva une terrasse et et un rempart de douze pieds, il y ajouta des contrôles de légionnaires et fit augmenter le montant des amendes pour rendre les déplacements des contrevenants plus onéreux. Tout l’ouvrage fut consolidé par les dénonciations des citoyens vertueux.

 

Il fallait dans le même temps aller chercher des masques et des vivres, et employer dans les hopitaux du personnel, diminué de ceux qui étaient contaminés. Souvent encore, les Gaulois essayaient de s’aérer et faisaient par plusieurs portes les sorties les plus vigoureuses. Macronus jugea donc nécessaire d’ajouter quelques décrets à ses ordonnances afin qu’un moindre nombre de policiers put les faire appliquer. A cet effet, on fit appel à VIGIPIRATUS (…) Ce travail fini, Macronus fit réduire le nombre de trains intercités. Il voulait, qu’en cas de retour de ceux qui s’étaient réfugiés dans leur domus secondaires de province, les gares ne pussent être investies par une mulititude nombreuses. Enfin, pour prévenir les dangers auxquels les policiers pourraient être exposés à cause du manque de masques, il ordonna que chacun se munit de papier cul et de vivres pour trente jours

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GROS DEGEULASSE EST CONFINE

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Dimanche. Je me frotte les yeux au fond de mon pieu puis j’explore mes fosses nasales. Il est quelle heure ? La pile de l’horloge est morte. J’ai l’heure exacte deux fois par jour c’est déjà pas mal. Dehors, il fait jour. Je passe dans la cuisine et lance un café. Dehors il fait frais. Le café est prêt. Dehors y’a pas un chat. Les sacs plastique, poussés par le vent, remontent le boulevard comme les tumbleweed dans les westerns. Je sais plus quoi lire. J’ai dévoré « La Peste » de Camus, « Huis clos » de Sartre, « Les mémoires d’un révolutionnaire » de Victor Serge. Reste le catalogue Ikea. Dehors y’a pas un rat. Tartines de pain sec et confiture en écoutant la radio. On me propose une recette de cuisine pour le confinement : un carpaccio de Saint-Jacques. Sans rire. Je contemple mon paquet de pâtes. J’ai du rater un épisode. Dehors y’a des poulets. J’allume l’ordi et contemple les photos et les vidéos des provinciaux qui se la donnent dans leur jardin en mode t’as vu comment c’est cool la campagne. M’en fous. La campagne c’est plein d’insectes, de pedzouilles et de bouses de vaches, avec des coqs qui gueulent dès que le soleil se lève et des grenouilles qui coassent dès qu’il se couche avec rien entre les deux. Ici au moins, je peux regarder filer les ambulances à fond la caisse parce que, à part les poulets et les bagnoles de Vigipirate, y’a pas grand monde qui roule. Du coup, par une association sémantique basique, je m’en roule une petite pour passer le temps à la fenêtre. Je sais pas si j’ai vraiment l’envie de lire « Les mains sales ». Faudrait que je me sorte les doigts du cul. C’est une image bien sûr. Je suis comme tout le monde en deuxième semaine. Content de ne pas avoir été éliminé. Mais j’en ai un peu marre de ce jeu à la con où le seul truc à gagner sera de retourner bosser quand ca ira mieux.

Vivement 22h30 que je puisse aller sur You Porn pour suivre les bons conseils de la Secrétaire d’État auprès du Premier ministre, chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations. Excusez du peu. En attendant je tourne un peu en rond dans ma carrée à chercher un angle pour mon journal de confiné. Je trouve pas. Histoire de me changer les idées je m’autorise une sortie à titre dérogatoire. Quelle case cocher ? Faire du sport ? J’ai pas la tête à çà. Au propre comme au figuré. Bon je vais cocher achats de première nécessité. Je ne suis pas obligé de dire que c’est pour pécho un pochon. J’ai qu’à dire que je vais au pain. Et toc ! Et si on me contrôle, je peux toujours dire que je suis sorti pour choper un bâtard. En espérant qu’ils ne le prennent pas pour eux. Ils sont nerveux en ce moment les poulets. C’est vrai que contrôler des mecs dehors sans masque et sans gants, c’est moyen. Heureusement qu’avec un taser ils peuvent garder une distance de sécurité. Saleté de toux ! Je glaviote un bon coup par la fenêtre et, comme par hasard, un mec qui passait en bas se le prend sur la tronche et il gueule en bas de chez moi. Je lui jette un kleenex mais il gueule encore. Les gens sont chiants et vachement intolérants je trouve. Surtout depuis deux semaines. Je sais pas ce qu’ils ont. Parce que rester à la maison à glander c’est peinard, non ? Ah ? Vous n’êtes pas d’accord ? Vous regrettez avant quand il fallait se lever pour aller taffer.

L'hygiène avant tout

Bande d’esclaves ! Moi je suis un homme libre et j’ai peur de rien. Ni des Russes ni du virus. J’ai des couilles moi monsieur. D’ailleurs je me les gratte un peu pour me détendre. Je devrais peut-être changer de slip parce que pour en faire un masque c’est mieux sans traces. Les gens sont sensibles vous pouvez pas imaginer ! Allez plus que quelques semaines et on pourra recommencer comme avant les mêmes conneries. En pire parce qu’on aura envie de faire les cons dehors. Ca va donner. Elle est pas belle la vie ?

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SUPPLIQUE POUR UN MONDE MEILLEUR

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Plus on s’enfonce dans le confinement, plus le nombre de morts augmente, plus ce foutu virus apparaît comme le révélateur de toutes nos peurs, rationnelles ou pas ; révélateur également de la fracture sociale qui fait que, comme toujours, les plus démunis morflent plus facilement que les classes aisées. Démonstration par l’absurde avec certains journaux de confinement germanopratins rédigés dans de confortables résidences secondaires alors que trop de familles pauvres se trouvent confinées dans des appartements aussi petits que leur budget alimentation…. Les réseaux sociaux, comme d’habitude, distillent le meilleur comme le pire et, en cela, ne sont que le reflet de la réalité, avec tout le côté trompeur que cela suppose.
Je n’y échappe pas. J’ai moi aussi, posté des statuts ni pertinents, ni impertinents, mais tout simplement bêtes. On échange des tas de blagues foireuses parce qu’on a tous quelque part la trouille de choper cette saleté et d’en crever. Et chacun sait que la peur est mauvaise conseillère. Je suis toutes les polémiques sur l’absence de matériel, le manque de lits dans les hôpitaux, les médicaments qui, les mesures que, les yaka et les faukon distillés parfois par de vrais cons installés peinards devant leur ordinateur.
La période est hors normes. Tentons d’être à la hauteur. Oui c’est exaspérant de penser que depuis des décennies, on réduit les moyens de l’hôpital public au nom de critères de rentabilité, oui certaines déclarations de la porte parole du gouvernement frisent la bêtise… Pour autant, traiter Macron d’assassin est stupide. Même si je ne suis pas du tout fan du monsieur, je ne suis pas certain que d’autres auraient fait mieux. Bien sûr on peut toujours argumenter et se dire qu’avec Albert Toto nous n’en seriont pas là et patati et patata. Si ma tante en avait on l’appellerait mon oncle.
En regardant défiler les discours des uns et des autres, je pense à la fable de La Fontaine « Les animaux malades de la peste », mais aussi à la chanson « Qui a tué Bobby Moore ». Ce n’est pas encore le moment de chercher qui est responsable. Et nous sommes quelque part tous responsables de ce qui nous arrive. Cela fait des dizaines d’années que les infirmières et le personnel soignant dénoncent leurs mauvaises conditions de travail dans une relative indifférence. Cela fait des dizaines d’années que nous « profitons » des délocalisations qui permettent de fabriquer à moindre coût en Chine où ailleurs, avec un pic d’indignation quand une usine s’effondre au bout du monde et que des centaines d’ouvrières y laissent leur peau. On s’indigne et puis on retourne chez Tartempion s’acheter des fringues en oubliant dans quelles conditions elles sont fabriquées.
Ce que je souhaite de tout mon cœur, c’est qu’au sortir de ce sombre tunnel, nous puissions en tirer les leçons autrement qu’en se déchirant les uns les autres. Ni guillotine, ni tondeuses. Je souhaite un débat mondial, dépassionné, où l’intelligence primerait sur les intérêts particuliers de telle ou telle chapelle, un débat qui serait porteur de changement de paradigmes. Oui, il faut mieux consommer local, mais faut aussi mieux répartir le « produit terrestre brut » afin que chacun mange à sa faim, réfléchir sérieusement à ce qui est utile, logement, santé, éducation par exemple ; se pencher sur le secteur tourisme de masse et loisirs, se demander s’il est vraiment nécessaire de s’entasser dans des monstres flottants pour accéder au buffet à volonté, s’il est vraiment censé de se payer des « weekends évasion » à Prague, Barcelone ou ailleurs.


Ce que je souhaite c’est que le coronavirus tue le moins de monde possible, que l’on puisse épargner le plus de vies possible même chez ceux que je n’apprécie pas. Ce que je souhaite c’est que ceux qui jusqu’ici étaient considérés comme des pas grand chose mais qui font que malgré la pandémie, nous pouvons continuer à manger et qui du jour au lendemain sont devenus des « héros » ne soient pas oubliés dès que reviendra le retour à la normale. Qu’ils voient sur leur fiche de paie s’inscrire la reconnaissance du pays, qu’ils soient livreurs, routiers, caissiers, personnel soignant. Parce que l’héroïsme c’est bien gentil mais ca ne règle pas les factures. Que l’on se penche sur les émoluments indécents des traders et de certains margoulins grassement rémunérés sans que cela soit vraiment justifié. Que l’on réfléchisse au fait que depuis l’arrêt massif des activités industrielles, mais aussi du trafic routier, aérien et maritime, l’air redevient respirable et que la nature reprend temporairement ses droits. Il y a là des enseignements forts face à notre arrogance technologique devant les grandes lois naturelles.
On en est loin et c’est dommage. Le premier signal fort serait l’arrêt des conflits armés car, même si l’on en parle moins, les guerres et les conflits ne marquent pas de pause ; que les sommes énormes englouties dans l’armement soient réaffectées à des activités plus honorables.
C’est à ce prix seulement que nous pourrons continuer à vivre en harmonie sur cette planète ce qui est depuis toujours le seul objectif décent vers lequel nous devrions tendre. Peace and love ou no future c’est l’alternative, n’en déplaise aux rageux.

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LE PETIT NICOLAS EST CONFINE

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Aujourd’hui quand on est arrivé à l’école, il y avait le nouveau directeur qui nous a tous demandé d’aller dans le préau parce qu’il avait quelque chose de très important à nous dire. Celui d’avant était un peu gros et il rigolait souvent, mais le nouveau il était plus jeune, plus maigre aussi, il ne rigolait pas et avait prévenu dès le début qu’avec lui le règlement allait changer. Au début on était content et puis, petit à petit, avec le nouveau surveillant qui s’appelait monsieur Castagnette mais qu’on appelait Le Bouillon comme celui d’avant, on a commencé à moins rigoler. Je vous raconte tout ca parce que sinon vous n’allez rien comprendre à ce qui s’est passé à l’école.

Le nouveau directeur nous a donc tous rassemblés dans le préau et il nous a expliqué qu’un élève chinois était malade et qu’il fallait fermer l’école. Tout le monde s’est mis à applaudir, surtout Clotaire qui était toujours puni car il ne savait pas ses leçons. Alceste a demandé si la cantine serait fermée aussi. « Oui, a répondu le directeur, la cantine aussi ». Alceste a soupiré et puis il a sorti un pain au chocolat de son cartable et il a commencé à le manger. Le directeur a eu un drôle de petit sourire et lui a dit qu’il ne devait pas s ‘inquiéter et que tout était sous contrôle.

Nous on était tous très content de ne plus aller à l’école mais le directeur a dit qu’il allait mettre en place une continuité pédagogique. Rufus a dit qu’il n’en avait pas besoin parce que son papa qui était très riche pouvait lui acheter tout ce qu’il voulait et que même, s’il lui demandait, il lui achèterait une autre école avec un autre directeur. Le nouveau directeur a eu l’air étonné et puis il nous dit de retourner dans notre classe pendant que l’équipe pédagogique allait se réunir pour étudier la situation.

L’équipe pédagogique de notre école elle est terrible. C’est la meilleure du monde à ce qu’il paraît. Il y a d’abord le nouveau directeur qui s’appelle Emmanuel Micron, Monsieur Castagnette le surveillant, Agnès Bouzin à l’infirmerie mais elle vient de démissionner et c’est Olive Varan, un nouveau, qui la remplace depuis quelques jours. Il y a aussi Muriel Panaris qui s’occupe du travail mais on comprend rien quand elle nous parle, même que Eudes il dit que son papa dit qu’elle pédale dans le yaourt. Et puis il y a aussi Bruno Lemerle qui s’occupe du budget de l’école. Une équipe vraiment terrible. Mais la plus forte c’est Sibeth. C’est vrai qu’elle a un drôle de prénom mais c’est vrai qu’elle le porte très bien. A chaque fois qu’elle nous parle, on rigole tellement elle nous raconte des bêtises. Et puis, au carnaval de l’école, elle arrivait même pas à mettre son masque ce qui nous a bien fait rigoler, moi et les copains.

On a tous attendu dans la salle de classe avec la maitresse qui nous a dit que nous allions tous être confinés. « C’est quoi confiné ? » a demandé Clotaire. « Ca veut dire qu’il ne faut pas sortir de chez vous » a répondu la maitresse et tout le monde s’est mis à parler en même temps. « Mais comment on va faire pour voir ses copains ? » a dit Eudes. Maixent disait que s’il ne pouvait pas courir dehors il préférait mourir et moi je disais rien mais je pensais que c’était chouette qu’il n’y ait plus d’école mais que j’allais m’ennuyer tout seul à la maison. La maitresse a tapé très fort sur son bureau avec sa règle et le silence est revenu.

C’est à ce moment là que le directeur est entré dans la classe avec toute l’équipe pédagogique pour nous dire ce qui avait été décidé. « Mes enfants, a t’il commencé, l’heure est grave et je vous demande un peu d’attention car ce que je vais vous dire est très important. L’école va donc fermer pour une durée indéterminée et … » . C’est à ce moment là que Agnan s’est mis à pleurer parce qu’il avait révisé pour la composition de français et que s’il l’école fermait, il n’y aurait pas de composition. « Ne pleure pas mon petit, a dit Muriel Panaris, on va trouver des solutions pour te faire travailler quand même malgré le confinement ». « Mais oui, a dit  Olive Varan, ce n’est pas si grave que cela ». Mais Agnan est devenu tout rouge et a commencé à se rouler par terre. Monsieur Castagnette s’est fâché et a commencé à crier très fort qu’il allait mettre de l’ordre dans cette gabegie et que ceux qui n’obéissaient pas seraient punis sévèrement . Roxana qui s’occupe du sport, a dit qu’on pouvait sortir mais juste un peu pour courir dans le jardin. « Chouette a dit Rufus, on va pouvoir tous courir chez moi dans mon parc ». C’est vrai qu’il habite dans une chouette maison avec un parc terrible plein d’arbres et de cachettes. « Pas question a dit Varan, confinement strict et distance de sécurité ! ». Alceste avait très peur qu’il n’y ait plus rien à manger et a dit qu’il allait demander à son papa de faire des provisions mais le directeur a répété qu’il ne fallait pas avoir peur et que tous ensemble on allait traverser ce mauvais pas et qu’on attendait juste les masques de protection et qu’en attendant il fallait se moucher dans le coude et se laver les mains.

« Chouette ! Des masques, on a tous crié, on va pouvoir se déguiser. Ils sont où ? ». Le directeur a eu l’air un peu embêté et a expliqué que le directeur d’avant les avait jeté à la poubelle pour faire des économies de stockage, mais qu’il ne fallait pas s’alarmer parce que les masques arrivaient par la Chine. «  A pied ? » a dit Maixent et on a tous bien rigolé mais Maixent a été puni. Il devait copier 135 fois «  Je ne fais pas rire mes camarades avec une contrepèterie stupide ».

Je suis rentré chez moi tout content. Papa et Maman faisaient une drôle de tête je sais pas pourquoi.

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SANS MASQUE ET SANS FILET

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Paris – Juillet 2018

La sensation d’être entré dans un tunnel de verre d’où l’on peut voir les autres sans les toucher, contempler à l’écran des photos de rues désertes à travers toute la planète, luxe offert par les – plus tout à fait – nouvelles technologies qui nous permettent de communiquer avec le monde entier au moment où il est impossible d’aller chez son voisin. Ouvrir la fenêtre à 20 heures pour faire un peu de ramdam et se rassurer en agitant les bras en direction du voisin d’en face sur son balcon avec sa fille qui, deux semaines auparavant, allait encore à l’école avec la mienne, se dire que ca sera vachement bien de se retrouver – mais quand ? – pour un petit caoua servi par Gaëtan qui a toujours la pêche et une bonne réplique, retrouver nos petites vies et leurs joies simples, sortir du tunnel de verre qui, s’il fascine, inquiète au fil des jours car le temps semble s’y dissoudre, les jours succèdent aux nuits et les heures s’étirent à n’en plus finir.

Je rêve d’un Ministère de l’Extérieur. Las, c’est celui de l’Intérieur qui est là et nous demande avec insistance de ne pas sortir pendant que celui du Travail augmente le nombre d’heures de travail pour ceux qui n’ont guère le choix et que la porte parole du gouvernement expliquant le plus sérieusement du monde qu’elle ne sait pas comment porter un masque et que ce n’est pas évident, me fait hésiter entre les larmes et le fou rire. Le confinement rend con. Finement, oui, mais un peu con quand même.

Les deux tiers de l’humanité confinée. Un truc fou inconcevable il y a un mois. Ca va indubitablement laisser des traces. Des morts pour commencer. Beaucoup. Mais probablement moins que les morts de faim ou de guerre. Certes comparaison n’est pas raison, mais je ne peux m’empêcher d’y penser. Si les sommes colossales englouties au niveau mondial dans l’armement l’étaient dans la santé, l’éducation, la culture ET l’agriculture, notre vieux monde aurait une autre allure. Le confinement me fait délirer, OK, mais j’espère a minima que nous n’allons pas repartir comme des abrutis dans un mode de vie basée sur la surconsommation et son corollaire, la frustration ; que ce confinement aura en partie sevré les habitants des pays « riches » de leurs désirs de posséder des objets aussi onéreux qu’inutiles, que cette période d’isolement forcé aura permis de remettre en place quelques fondamentaux, l’importance d’avoir accès à de la nourriture, un toit, de l’eau chaude. Comme disait Brecht : « d’abord bouffer, ensuite vient la morale ».

Six semaines ca va être long. Surtout pour les mal logés et les pas logés du tout…

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MASCARADE SANS MASQUE EN RADE

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Tout ce qui se passe depuis plusieurs semaines ressemble à un mauvais film de série Z. Le scénario est simple : un virus risque de décimer la population. Pas d’effets spéciaux. Low budget. Dans un premier temps, on a regardé le premier épisode de la série, tourné en Chine, les pangolins et tout et tout, un peu comme un délire de l’Empire du Milieu. On a trouvé brutal le confinement imposé par le pouvoir, mais vous savez comment ça se passe là-bas. C’est pas comme chez nous. C’est une dictature. Faut admettre qu’après les brochettes de koalas et les barbecues de kangourou, ça nous changeait. Nous sommes passé d’incendies géants bien fumants à un truc invisible, silencieux mais salement viral.


Ce virus, au nom évoquant une marque de bière, se diffuse sur la planète tel un mauvais génie sorti d’un improbable flacon. Il se diffuse d’autant mieux que jamais dans l’histoire, on ne s’est autant déplacé. Pour le boulot, les vacances, un weekend, pour le plaisir de la découverte aussi.


Là, d’un coup, tout ralentit, ferme, s’arrête. Ce soir, pas un chat sur le boulevard, de très rares voitures. Je repense à « La traversée de Paris » et j’ai envie de me mettre à la fenêtre et de gueuler : « Janvier ! Janvier ! », mais nous sommes déjà mi-Mars. Le dieu de la guerre.

Ca tombe à pic. « Nous sommes en guerre » dit le président. « Vous n’êtes pas raisonnables » renchérit le premier ministre. Restez chez vous, ne sortez pas sauf pour aller bosser, acheter de la bouffe, des binouzes, du tabac, sinon restez cloitrés derrière vos murs de pâtes et de PQ !

Les rues sont vides. Quasiment pas de circulation hormis quelques bus et véhicules de première nécessité. Les trottoirs sont vides et un silence inhabituel à cette heure règne sur le quartier. Confinement de la population. Ce ne va pas être simple de rester dedans plusieurs semaines avec le soleil qui brille dehors avec cet air gouleyant, dépollué par l’absence de trafic automobile.


Le marché. Ici aussi, un calme résigné. Plus de gueulantes « Yalla, yalla les oranges un euro les oranges ». Des films plastique tendus entre les marchandises et les clients. Des masques et des gants. J’ai un flash et vois soudain le Concombre masqué de Mandrika qui ricane en observant la queue – avec distance de sécurité, devant le supermarché.


La journée s’est écoulée. Je clope à la fenêtre. 20h. De l’autre côté du boulevard, musique et chant. Mais bon. « La balade des gens heureux » suivie de « Bella ciao ». Mouais. Y’en a qui disent que ça réchauffe le cœur du personnel soignant. Y’a des soignants qui disent qu’ils auraient préféré qu’on soit avec eux lors des manifs pour alerter sur l’état de l’hôpital public. Ce matin Libé fait sa une : Où sont les masques ? On dirait du Patrick Juvet remixé par COVID-19, le nouveau DJ. Mortel. Une tuerie….


Le lendemain. 14h. Je traverse le boulevard pour acheter à bouffer. Dans le magasin, l’ambiance est inhabituelle. On sent cette « inhabitualité » présente à tous les niveaux de la société. Plus personne ne sait où l’on met les pieds. Trouille. Sans dépistage systématique, nul ne sait s’il est porteur ou pas.  Ce putain de virus sorti du trou du cul du diable est en train de tout foutre en l’air et de renverser nos vies cul par dessus tête. Dans le pire des cas, il peut même nous tuer. Pensées moroses entre les gondoles à moitié vides. Hier les pâtes, aujourd’hui les sauces tomate et les pesto (ou « pesti » comment qu’on dit ?). Passons en mode parano : ces denrées ont probablement été touchées et parfois reposées en rayons par les clients. Imaginons (sans grands efforts dans la situation actuelle) un porteur, sain ou malsain, qui hésite et puis « non, j’le prends pas alors j’le r’pose ». Bonjour ami virus… Les employés sont tous gantés et masqués. Ceux des caisses sont protégés de nos miasmes potentiels par des feuilles de plastique. Risquer sa peau un pack de bouteilles d’eau, je sais, c’est naze. 


Un petit vieux remonte la file aux caisses et ressort sans achat. Venu faire son petit tour en père peinard, voir un peu les autres. Je lui jette pas la pierre dans la mesure où je suis ici pour une envie d’eau gazeuse. La tentation est grande de s’ériger en chevalier blanc et de fustiger les mauvais comportements d’autrui, les media et autres réseaux sociaux bourdonnent à fond. Dehors, il fait plus frais et le soleil a disparu. Du coup, l’envie toute naturelle d’aller dehors baisse d’un cran. Ca aide. Il paraît qu’on va être confiné bien plus longtemps que les deux semaines du début. Que le confinement va se « durcir »…. Et nous n’en sommes qu’au 5ème ou 6ème jour. Il va falloir entendre des chiffres effrayants dans les semaines à venir.


Pourtant, il semble nécessaire de rappeler à certains cons finis qu’ils sont confinés et que « non, on ne part pas en weekend à la campagne » ! L’aveuglement de certains concitoyens en deux mots me laisse pantois. Mon petit doigt me dit que les mois à venir seront difficiles. En attendant, abritez vous autant que possible. Je vous souhaite du fond du cœur de traverser ce pot de merde et, si l’on s’en sort, il sera alors grand temps de célébrer dignement le 150ème anniversaire de la Commune en bottant quelques culs, tant il est vrai que les masques tombent. Et pas seulement des camions.

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AU FOND DU MUSEE

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Il était assis dans une des salles de ce musée où il avait trouvé refuge. Il avait connu mieux. Pire aussi. Quatre décennies d’emplois variés en usine, dans le « tertiaire » voire en plein air, lui avaient tanné le cuir au point que c’était presque peinard d’être là, à surveiller des œuvres d’art et des visiteurs, même s’il s’avérait parfois plus enrichissant et plus simple de dialoguer avec les œuvres plutôt qu’avec certains visiteurs. Son travail, malgré quelques aspects peu ragoutants, avait l’énorme avantage de ne pas lui occuper l’esprit en dehors des horaires où il officiait.

Il avait connu les affres des postes « à responsabilité », les réunions bidons et les pseudo concertations, les présentations de bilan et autres joyeusetés, sans oublier les réveils au milieu de la nuit dus à l’angoisse du grain de sable qui bloque la machine, de l’imprévu qui fait dérailler le plan amoureusement conçu… Il n’était plus tenu de pondre des synthèses, de rendre des comptes sur des courbes et des graphiques abscons. Il avait sans regret renoncé aux avantages de ces fonctions, notes de frais, repas d’affaires et petits cadeaux qui entretiennent l’amitié et renforcent les liens.


Assis dans la salle du musée, il repensait aux années passées tout en veillant au respect des œuvres et au bien-être du visiteur, à moins que ce ne fût le contraire, il se posait parfois la question en son for intérieur. Le lieu était calme, parfait pour en finir avec plus de quatre décennies d’activité professionnelle de boulots plus ou moins agréables. Encore une vingtaine de mois avant de tirer sa révérence et de disposer à nouveau de son temps, ou de ce que le destin voudrait bien lui accorder.

Il se rencogna dans sa chaise, le dos bien droit, passer d’une fesse sur l’autre, croiser les jambes, gauche sur droite, droite sur gauche. Il était à peu près bien, à part cette fichue chanson de Bruant qui passait en boucle à l’étage. Qu’il soit maudit tout comme les bourgeois qui venaient tromper leur ennui en se faisant engueuler dans les beuglants de la Butte. Il se décida à bouger, monta à l’étage supérieur, sonorisé par une gymnopédie de Satie, plus supportable – même en boucle – que la goualante misérabiliste du premier étage.

Apaisé par Satie, il s’avisa qu’il était l’heure d’aller manger. Bruant pleurait « qu’à Montmertre, il n’avait pas toujours mangé du pain », alors que lui, privilégié qu’il était, bénéficiait de tickets-restaurant et de 45 minutes de pause à midi. Un sandwich, une cigarette et 256 marches plus tard, il était de retour dans la salle, repu et près à affronter Bruant pour les 4 heures à venir. Il en avait vu d’autres. A 18 ans, il avait préféré la bohème aux études, l’aventure à la certitude d’un avenir bien propre mais ennuyeux. L’époque, qui oscillait entre acide et révolution, quand ce n’était pas un mélange des deux, semblait pleine d’ouvertures surprenantes, mais aussi de pièges qui se refermaient sur les troubadours en route pour Bombay.


On pouvait encore rêver, le monde n’était pas encore devenu cette planète malade de l’humanité, il y avait encore des animaux sauvages, des espaces vierges, l’air et l’eau étaient encore purs, les banquises stables. Bref, un monde fascinant. Il était parti sur les routes, clochard céleste en retard de vingt ans, beatnik ta mère, paix au Vietnam et pétard à Amsterdam.

Il hésitait alors entre être un animal heureux ou un homme malheureux, s’étourdissant au long des routes, bouffant des kilomètres sans but, juste à la rencontre des autres, du monde, de la vie en fait. Libre et rien à foutre de rien. Une forme de bonheur qui se payait en dormant dehors et en faisant la manche pour acheter du pain.

Il jouait les ermites à travers l’Europe, lorsque, de retour d’Ibiza, l’armée le convoqua. Il passa des Baléares à la Forêt Noire, de la plus extrême liberté à la vie de caserne d’un régiment de hussards qui, signe des temps, avait troqué leurs chevaux pour des blindés. Trois mois plus tard, il fut congédié à la suite d’un court entretien avec un psychiatre militaire ( ! ) pour « traits psychopathiques », comme si l’armée et la guerre n’était pas précisément le paradis des psychopathes en tout genre. Rendu à la vie civile, il était aussitôt reparti sur les routes à la recherche de la perle rare qui pourrait enfin donner du sens à son existence.

Fin du flashback. Retour au musée. Plan serré sur lui, la chaise, les visiteurs charmés par le lieu. « Vous en avez de la chance de travailler ici, j’échangerais bien avec vous… » . Motus et bouche cousue sur les conditions de travail pas toujours au top et le salaire à pleurer, afficher le fin sourire du privilégié conscient de son immense bonheur et laisser l’autre à ses illusions.

Dehors l’automne, bientôt l’hiver, débarquer dans le noir, repartir à la nuit tombée, la sensation d’être quelque part au quatrième sous-sol d’une termitière. Bruant ou Satie aujourd’hui ? En fait, il aurait préféré rester au chaud chez lui sous la couette.

Hélas, cet endroit charmant est ouvert 365 jours par an, les ponts sont suspendus et les dimanches en famille loin d’être systématiques. Il passe dans l’autre bâtiment, qui abrite les collections permanentes, et rêvasse un moment sur les vitrines consacrées à la Commune de Paris, hop, un coup de chiffon pour virer la poussière et les traces de doigts gras, et sur la photo, les fédérés le regardent droit dans les yeux. Il mesure alors tout l’affadissement de l’époque actuelle où quelques vitrines brisées lors d’une manifestation deviennent « un centre ville dévasté » dans les journaux télévisés avec la même poubelle qui brûle en boucle pendant deux jours sur les chaines d’informations « en continu »…

Il a vieilli, certes, mais en lui brûle toujours la même colère devant l’injustice et la misère. Chaque matin, entre son domicile et son boulot, il passe devant des malheureux qui dorment dehors, dans des recoins ou , au contraire, devant des banques. Rage froide. Il a beau glisser un de ses foutus ticket-restaurant dans une main gelée, filer des clopes et de la monnaie pour un café, le compte n’y est pas. Plus tard, assis sur sa chaise dans le musée, il se tape Bruant qui chiale sa misère mise en scène pour les bourges. Montmartre fut pauvre, mais digne. On y surinait le rupin dans les rues sombres et les filles de petite vertu posaient pour les rapins.

Aujourd’hui, la Butte fait un peu la pute. « Happy hour » rue Caulaincourt : les nantis sirotent en terrasse chauffée des bières au quinoa sans gluten sous le nez des sans domicile naufragés sous plastique au pied des escaliers de la Butte. Mais on ne parle plus de lutte des classes. Il y a des exclus et des inclus, c’est dans la nature humaine et voilà. Même le mitan a foutu le camp. Reste une caricature de Butte, maquillée comme une voiture volée, où les touristes se font tirer le portrait ou le portefeuille, c’est selon.

Enervé, il repart vers l’autre bâtiment pour retrouver Satie et, peut-être, un peu d’apaisement. Profitant d’un moment sans visiteurs, il se relit. Persiste et signe. Plutôt la bande à Bonnot que la médiocre clique des bourgeois de Neuilly. Il songe in petto que c’est assez farce de finir dans un musée. Plongez dans le Montmartre d’hier, ses apaches, ses artistes aussi fauchés que talentueux, la fée verte, Verlaine, Utrillo, Modigliani, bourrés comme des vaches, s’engueulant et vomissant leur mépris des conventions sur le pavé gras… Et enfin, à la sortie, retrouvez les gueux du troisième millénaire, les petits voleurs à la tire ou à l’arrache, les pauvres empaquetés dans des cartons en bas des escaliers, toujours durs aux miséreux.

Il en feraient une tête s’ils revenaient, les Verlaine, Modi, Utrillo et consorts ! Ainsi divaguait le gardien du musée, tantôt assis, tantôt en vadrouille entre les salles et le jardin. Les temps changent, comme chantait Dylan au siècle dernier. Mais là, faut bien admettre que le troisième millénaire s’annonce plutôt en mode pourri. En cent petites années, on a bien esquinté la planète, flingué des tas d’animaux, bétonné les prairies et ratiboisé les forêts. La passion sans retenue du pognon déclenche en l’homme ses plus bas instincts, se décline en guerres, famines, pandémie, envie et jalousie. Une poignée de très riches pensent s’en tirer avec des murs, des barbelés et des milices privées. Les plus atteints se voient même vivre sur d’autres planètes, laissant crever les autres derrière eux.

Et il est là, assis sur cette chaise, entouré de tableaux et de lithos, attendant la fin de sa journée de travail en se souvenant d’un monde pas si lointain où les Indiens d’Amérique voyaient passer de gigantesques hordes de bisons, un monde où la technique n’avait pas encore été bouffée par la technologie, un monde où l’on pouvait encore imaginer que nos rêves prendraient racines. Hélas, ce sont nos pires cauchemars qui nous barrent l’horizon.

 

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A VOILE ET A VAPEUR !

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Il n’y a qu’en France que l’on peut avoir ce genre de « débat » sur un morceau de tissu couvrant les cheveux. Voile, foulard, fichu, appelles ca comme tu voudras, mais y a t’il vraiment matière à discussion si des femmes choisissent de se couvrir les cheveux ? Faut il emmerder celles qui participent à la vie en société, qui accompagnent des gamins lors des sorties scolaires, qui apportent des gâteaux lors des fêtes, mais, horreur, avec un « voile » sur les cheveux ?

Là oui c’est excessif 🙂

Autant je suis mal à l’aise face à une femme dont on ne voit que les yeux, autant un foulard sur la tête ne me gêne pas. D’ailleurs, la « polémique » est régulièrement relancée par la frange la plus fangeuse du pays, qui fait sa tambouille en assaisonnant tout à la même sauce blanche aigre-douce, andouilles et andouillettes pur porc, défenseur d’un pays fantasmé où les immigrés rasaient les murs pendant que le moindre connard pouvait, blancheur à l’appui, se targuer d’être « de souche »…. A notez que les mêmes connards qualifiaient les maghrébins de « troncs ». Allez comprendre.

Bref, avec plusieurs millions de chômeurs, un mécontentement général de la population, des services publics au bord de l’explosion, une urgence climatique à la porte, les magouilles des ultra-riches pour planquer leurs richesses à l’abri du fisc, le problème c’est donc le voile ?

Si l’on emmerde une mère de famille parce qu’elle se couvre la tête, comment doit on réagir face aux différents « intégrismes » religieux ? Le port d’un chapeau noir et d’une kippa ne sont ils pas des « signes ostentatoires » ? Voyez comme il est simple de souffler sur les braises afin de foutre le feu. Voyez comme il est aussi con que dangereux de stigmatiser une frange de la population pour des coutumes vestimentaires.

S’il y a une chose qui s’exhibe sans voile en ce moment c’est la CONNERIE ! Et parfois cela me donne envie de mettre les voiles pour me tirer loin de ces abruti(e)s qui sont, hélas, des cons-citoyens, en deux mots comme un seul.

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BINAIRE TA MERE !

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« Etre ou avoir », lancinante question à laquelle personne n’a de réponse solide pour la simple et bonne raison que ce choix binaire n’en est pas un. Difficile d’être lorsque l’on a rien, à moins d’être ermite ou sâdhu. Notez bien qu’il est tout aussi difficile d’avoir sans être ( à moins d’être dans la finance, les fonds vautours spéculatifs ou de bénéficier d’un emploi fictif en général bien rémunéré, sans horaires ni pénibilité ).

Une lettre à moins de deux euros…

Et notre vie est régie par ce genre d’argumentation fallacieuse. Ne serait il pas préférable d’être ET d’avoir ? Etre conscient qu’il ne faut pas trop d’avoirs. Il y a aujourd’hui 2300 ans qu’un certain Epicure, dans sa courte « Lettre sur le bonheur », nous a donné en termes simples le chemin à suivre pour être heureux de notre vivant. Hélas, d’autres religions sont passées par là depuis, prétendant que l’enfer était sur terre et que seule la mort pouvait nous faire accéder au bonheur. Ce qui au final justifie pas mal de guerres et de crimes commis soit disant au nom d’un dieu, alors qu’il s’agit depuis la nuit des temps de s’accaparer les richesses du vaincu. Hier les femmes, aujourd’hui le pétrole, demain l’eau potable…

Encore une perle à 2 euros !

Malheureusement, nous sommes depuis l’aube de l’humanité emberlificotés dans nos faiblesses humaines. Depuis toujours, au nom de la survie du groupe, du progrès, d’une quelconque divinité, les groupes humains ont, par commodité ou parce qu’ils n’avaient pas d’autre choix qu’obéir ou mourir , suivi des chefs, des leaders, des mâles alpha qui décidaient à leur place. Quitte à pleurer sur la liberté perdue. Sur le sujet, on s’en remettra à La Boétie qui, dans son « Discours de la servitude volontaire » (paru en 1576) , a merveilleusement résumé la problématique.

L’informatique, qui passe tout à la moulinette 01, ne fait que renforcer ce côté tristement binaire qui régit nos existences. De pseudo philosophes et des penseurs à la petite semaine polluent les écrans afin de vendre leur dernier ouvrage, Les « polémistes » ( étymologiquement parlant « ceux qui lancent les guerres) font leurs choux gras des vieilles peurs basées la plupart du temps sur l’ignorance crasse et les petits panneaux d’hier « eau et gaz à tous les étages » ont cédé la place à « fibre et wifi à tous les étages ». On nous fourgue un peu partout du 2.0 pour faire branchouille, mais derrière c’est toujours 0.1 ! Plus binaire qu’un morceau des Ramones.

Les algorithmes vicelards et les coockies ( c’est plus mignon qu’espions) nous pistent jusqu’au fin fond de nos clics qu’ensuite on décortique pour analyser les tendances et influencer les indécis à choisir indifféremment une marque de slips coréens ou un dirigeant politique. Pour l’intimité faudra soit tout faire péter, soit attendre qu’un trop plein de data bouche les canalisations de ces « autoroutes de l’information » à péage, déjà bien embouteillées par le cul et les infos bidons, et qui ressemblent trop souvent à des égouts nauséabonds.

Que faire ? Ermite c’est une véritable ascèse et les grottes sont rares. Tout débrancher ? Ca devient assez difficile dès que l’on doit travailler, communiquer, payer ses impôts, dans la mesure où est « virtuel » ( on fera l’impasse sur la consommation énergétique des serveurs et autres data centers ) et que les bureaux avec de vrais gens dedans sont en train de disparaître tout comme les cabines téléphoniques, autre reliquat désuet de cette époque où l’on n’était pas connecté/fiché/fliqué en permanence. Que faire face à l’avènement de ce flicage mondial ? Si vous avez des idées applicables au quoitidein merci de m’en faire part.

En attendant, face au binaire, le seul truc qui résiste c’est le jazz ! Soyons ternaires, quaternaires, tout sauf binaires !

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A FOND LA CAISSE

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Il y a quelques jours, j’avais envie de parler de Greta. J’avais même commencé : « Depuis son discours à la tribune de l’ONU, Greta T. fait l’actu. Ce qui était l’objectif de son déplacement. Son adresse spectaculaire aux « grands » de ce monde a montré qu’elle maitrise parfaitement les codes de communication sans lesquels on reste inaudible dans les hautes sphères…» .  Et puis le téléphone a sonné. Un ami de passage à Paris me proposait de prendre un pot vers Odéon. Greta peut bien attendre. D’ailleurs, elle n’a pas besoin de moi. Hop, un coup de métro et je retrouve le copain. On parle de choses et d’autres et puis, au fond du café, l’incontournable écran télé où BFM mouline en continu affiche : « Chirac est mort ». Allons bon. Il n’ y a pas si longtemps on aurait dit qu’il s’était éteint, on aurait parlé d’un décès. Aujourd’hui, on va à fond la caisse : on est mort. Plus rapide à écrire, plus simple à lire. De retour à la maison, je me dis que G.T va s’effacer des écrans pour céder la place à J.C et, qu’en conséquence, c’est de lui que je devrais parler sur mon p’tit blog…. Las ! Devant l’avalanche d’hommages, le tsunami de louanges, je me dis que ce n’est pas très intéressant d’ajouter ma voix, même discordante, dans ce tombereau médiatique. Je la boucle donc et vais bosser en pensant à autre chose.

Sur ce BOUM ! Une usine pleine de produits chimiques prend feu à Rouen. Un bûcher qui fait passer celui qui consuma Jeanne la Pucelle pour un vulgaire feu de paille. Ahaha… Voilà quelque chose qui devrait « faire l’actu » comme on dit. Juste après la gamine qui s’énerve à l’ONU, ca fait une belle « séquence » comme disent les « informés » dans leur jargon ( C’est eux qui s’appellent ainsi. Les informateurs c’était trop connoté). En plus cet incendie ca fait des « images fortes », un énorme nuage bien noir au dessus d’une agglomération urbaine de plus de 600 000 habitants. Ca devrait plaire à BFM qui sait si bien transformer un feu de poubelle en intifada à chaque manif.  En prime, ca pue l’essence et l’œuf pourri. Un vrai bonheur… Le bruit et l’odeur.

Ben non. L’immense majorité des media continue à exploiter le filon chiraquien. Faut comprendre. Tout le monde avait sa nécro rédigée depuis quelques années ( ou son bouquin déjà imprimé en attente) et, comme cela ne sert qu’une fois ( après c’est « il y a dix ans » mais c’est bien loin) autant y aller à fond la caisse. Les Rouennais qui vomissent c’est moins « glamour » que les histoires de Chirac ( les rigolotes bien sûr, pas les histoires de financement du RPR, ni les emplois fictifs de l’Hôtel de Ville, on est décent Monsieur, on respecte les morts et la douleur de la famille, Monsieur…). En plus le ministre de l’Intérieur  dit tout de suite que rien ne sert de paniquer, que le nuage n’est pas toxique et fermez le ban. Les Rouennais, qui respirent le bon air – qui pue quand même un peu –  du nuage tout noir, ne sont pas convaincus. L’eau du robinet a une drôle de couleur (rappelons que l’eau est en principe incolore), noirâtre comme le nuage, la pluie qui tombe recouvre la ville d’une fine couche…. noirâtre . Comme le nuage.

Du coup BFM ( et la quasi totalité des média)  décide de passer la journée aux Invalides pour nous montrer «  le peuple qui rend un dernier hommage au président préféré des Français ». C’est promis, l’enterrement se fera dans la « plus stricte intimité ». Ca sonde tout azimuths. Aussi populaire que De Gaulle ! Alors, hein, les médisants qui rappellent les casseroles peuvent aller se rhabiller.

Pendant ce temps, à Rouen, on nettoie les établissements scolaires qui ont été fermés pendant deux jours. On apprend que les journalistes de FR3 avaient la nausée dans leurs bureaux, que des pompiers et des policiers se plaignent de maux ( probablement imaginaires puisque ce nuage, dû à l’incendie d’un site industriel classé Séveso, n’est officiellement pas franchement toxique. Mais lavez vous bien les mains (à l’eau noirâtre ? ) et puis, dans la mesure où ce nuage « peu toxique » passe par dessus les Hauts de France, les exploitants agricoles d’une large zone sont priés de ne pas commercialiser les œufs, les fruits et légumes « en attendant le résultat des analyses en cours ». Il n’aura fallu QUE six jours pour avoir la liste des produits stockés dans l’usine.  La toiture en amiante est partie en fumée ainsi que plus de 5200 tonnes de produits chimiques carbonisés dans le gros nuage noir et, aux dernières nouvelles, on trouve des traces de dioxine et il reste 160 fûts de « on vous dira pas ce qu’il y a dedans ». Tout va très bien Madame la Marquise….

« agir par négligence » … On est mal.

La ministre de la Santé a fait le déplacement à Rouen, le premier ministre admet des « ratés » dans la communication sur les premières 48 heures… L’usine brûlait mais nous regardions ailleurs. Pas de chance pour les Rouennais, l’actu c’était Chirac et pas grand chose d’autre. L’actuel président de la République n’a pas jugé bon de manifester en paroles son soutien/ sa compassion/ son intérêt ( rayer les mentions inutiles)  auprès des habitants de l’agglomération rouennaise qui l’ont mauvaise, on les comprend. Jupiter nous contemple du haut de son Olympe. Tout juste s’il condescend à rencontrer quelques centaines de citoyens ( vraisemblablement triés avant de pouvoir l’approcher ) à Rodez, afin de « lancer le grand débat sur les retraites ». Il demande pour commencer une minute de silence pour les policiers assassinés hier à l’intérieur de la préfecture de police. Ce qui est normal. Mais toujours pas un mot pour les Rouennais. Il est très fort pour lancer des grands débats. Il les lance tellement loin que l’on a du mal à les suivre.

Mais ce qui a dû prodigieusement agacer notre Picard surgelé, c’est d’avoir entendu, en boucle et pendant trois longues journées, le bon peuple évoquer le côté « simple et humain » de Chirac, qui pratiquait à merveille cette discipline peu prisée de notre président « olympien » : le bain de foule, cette rencontre avec le peuple, sans barrières de sécurité, sans forces de l’ordre armées et cagoulées pour maintenir un périmètre de « sécurité » …

Sur ce, je vous laisse pour aller gagner ma vie. Bises et amitiés !

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PARIS EN VRAC

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Fatigue…  balade…. errance

Envie de m’allonger

de dormir

Ne plus rien entendre

Envie de silence

 

                                 Rue de l’Université 75007

 

        Un mur autour de la Tour Eiffel…. La dame de fer est emprisonnée.

 

                                   Champ de Mars 2019

 

   De la difficulté du cadrage pour faire entrer la Tour Eiffel dans un téléphone…

 

 

                                         Cariatide avenue Bosquet

 

                                                   Dédale commercial

 

                                Confrontation quai Conti

 

                             Les marins d’eau douce de Pantin

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CHAUD DEVANT !

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12h30 Place de la Nation : départ de la manif des jeunes et des lycéens pour protester contre l’inaction du pouvoir devant le dérèglement climatique. Ambiance bon enfant. J’en vois qui mangent des hamburgers et un type vend des canettes de Coca. Chacun tente de récupérer le truc comme il peut. Les politisés affirment que « C’est le capitalisme qui détruit la planète ». Comme si l’URSS ou la Chine n’avaient pas eux aussi légèrement déconné avec l’environnement. Il faut néanmoins reconnaitre que la seule nation où depuis des années le développement est raisonné c’est …. Cuba. Dont acte.

Le défilé se met en marche sur le boulevard Diderot … Au deuxième carrefour, quelques quinquagénaires, gilets jaunes tendance 51, tentent de détourner les jeunes manifestants. Ca ne marche pas. Quelques centaines de mètres plus loin, la manif quitte le parcours officiel et file par la rue Crozatier pour rejoindre la rue du Faubourg Saint-Antoine et la Bastille. Sont ils mutins ces lycéens!  Les flics sont un peu pris de court. La tête de manifestation arrive sur la rue du Faubourg Saint-Antoine où la circulation n’est pas détournée. Ca tourne au joyeux bordel. Un chantier est là mais personne ne se jette sur les pavés. Mutins mais gentils.

Sur ces entrefaites, arrive les CRS qui bloquent l’accès vers la Bastille. Echanges de regards. On n’ira pas plus loin. La manie recule et s’évanouit dans le trafic. Les commerçants respirent et le bizness reprend. J’en ai un peu marre et je décroche. Quarante minutes plus tard, je termine chez moi la relecture de L’Etranger de Camus. J’ai juste le sentiment que les gouvernants et les multinationales s’en tamponnent grave de ces manifestations de jeunes et que ce n’est pas demain la veille qu’ils changeront d’attitude. L’essentiel c’est que ça consomme et tant pis si ça gueule. Il y a encore un sacré bout de chemin avant la prise de conscience collective mais c’est pas nouveau comme constat.

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POLITIQUEMENT INCORRECT

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C’est la rentrée. Fini de glander. Faut d’la croissance bandes de feignants, faut relancer la consommation et le moral des ménages en berne à l’idée de retrouver le boulot après la plage. De la croissance pour…. Pourquoi au fait ?

La vieille rengaine de « croissez et multipliez » ? Croissance au beurre ou ordinaire ? Au final on s’en fout puisque la vie humaine est plus courte de celle des tortues marines et qu’au moment où l’on commence à vaguement prétendre que l’on comprend ce qu’est la vie, il faut déjà se préparer à la quitter. C’est vous dire. C’est peut être la brièveté de nos existences  qui en rend con plus d’un, alors que cela devrait nous amener à un peu plus d’humilité. Ca devrait. Mais c’est souvent le contraire qui se produit. On vous fourgue des machins « parce que vous le valez bien » alors que derrière c’est « votre argent m’intéresse ». Il faut tracer sa route entre les fils de pub et les enfants de Pétain…

Langue de bois - 21ème siècleAdolescent, j’étais, posture classique, très malheureux et très peu désireux d’avoir une maison, une famille, des enfants, des crédits, une bagnole et toutes ces conneries qui font qu’un homme est moderne et dans le coup. Pas mal de décennies plus tard, je suis heureux d’avoir des enfants, pas de bagnole, pas de crédits et une relative liberté de penser. J’ai tracé ma route, au hasard des rencontres et puis, sans avoir trop vu passer le temps, me voilà sexagénaire, à flipper sur des douleurs stomacales, à ne pas aller voir le toubib par peur d’un diagnostic flippant. Adieu l’insouciance de mes vingt ans où je me foutais de tout. Bienvenue dans un monde hanté par les multinationales, les banquiers, les fonds vautours et des politiciens qui ont la solution à tous nos problèmes et votez pour moi pour un avenir radieux. Mouais.

Le demi-siècle qui s’est écoulé depuis Woodstock et mon premier pétard est une putain de catastrophe. Nous avons bousillé la planète où nous vivons pour avoir des téléphones 5G qui font de nous l’égal des dieux ( « T’es où? Ah j’te vois » ) Et ce n’est qu’un début. Mais la plupart des gouvernements continue à invoquer la croissance. Sans croissance pas de créations d’emploi ? Quelle blague ! Sur les quarante dernières années on a vu en France s’installer un chômage de masse, devenu structurel, qui n’a pas empêché les riches de devenir encore plus riches. On dit même « ultrariche » ( pas « ultrapauvre » parce que pauvre c’est déja assez dur ).  Les inégalités se creusent pendant que gonflent les budgets de la police et de l’armée en prévision d’un prochain soulèvement des gueux.

 

Lorsqu’un édile local prétend interdire l’épandage de produits potentiellement cancérigènes à moins de 150m des habitations, le pouvoir l’en empêche et propose l’interdiction de ces merdes à moins de ….. 5 à 10 m des habitations !!!  Plus on nous casse les couilles au nom du « politiquement correct » ( si quelqu’un peut m’expliquer la signification de ce truc qui s’assimile surtout à une sournoise auto-censure lexicale) plus le pouvoir est « politiquement incorrect ».

Et lorsque le peuple s’indigne, c’est forcément parce qu’il est stupide et que le pouvoir n’a pas « su faire preuve de pédagogie ». Pédagogie parfois musclée mais faut bien faire rentrer dans la tête des gueux que c’est nous qui avons raison… Plus j’avance, moins je crois aux gesticulations, aux promesses bidons, aux grands hommes… Et au final, c’est dur, mais ce qui me rassure, c’est que nous sommes tous mortels. En espérant que derrière le rideau c’est le repos…. Réincarnation no thanks.

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BORDEL DE MERDE! OU EST STEVE ????

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L’été est là. Les vacances pour certains, le turbin pour les autres. Sans oublier ceux qui n’ont ni turbin ni vacances. La radio tente de me séduire avec le Tour de France, histoire de faire disparaître les gilets jaunes derrière un maillot de la même couleur. Le président défile sur les Champs en frimant sur un « command car » pendant qu’une partie du public le siffle. C’est pas très respectueux, mais sommes nous respectés par les crabes au pouvoir qui pètent dans la soie en exigeant des efforts du peuple pour redresser le pays ?
Deux ans avant, ils menaient campagne, prétendant lutter contre le chômage, les multinationales, le terrorisme, la dette, les loyers trop élevés, les délocalisations, les moteurs qui polluent, les animaux qui nuisent, les citoyens qui votent mal, le dérèglement climatique, etc, etc…. Gonflés à bloc !  Le chômage ne baisse pas ou si peu, les loyers montent, trop de gens sont à la rue et le climat se moque bien de leurs discours : du vent et rien d’autre dans la torpeur de l’été. Alors on nous gave avec LA canicule, le sport et l’histoire d’un gugusse amateur de homard et de grands crus. Poil au ….

Boulevard Barbès – juillet 2019

En fouillant un peu, on apprend que l’enquête sur la mort d’une vieille dame à Marseille a été sabotée par les policiers concernés. Ils ne se souviennent plus de rien : qui avait en main ces foutus LdB éborgneurs ? Ah ben là j’sais plus. Bref, on ne va pas trop creuser le sujet. Une vieille algérienne de 80 ans qui prend une grenade en pleine tête au 4ème étage lors de la première sortie des gilets jaunes à Marseille ? Ah mais c’est de l’histoire ancienne, monsieur. Et puis vous croyez que cela intéresse les Français ? Enfin, soyez lucides, le truc passionnant du jour, c’est de savoir qui « a gagné Wimbledon au terme d’un match fabuleux de 4 heures « … Pour le moment, on dissèque avec gourmandise les menus servis par monsieur de Rugy lorsqu’il était président de l’Assemblée nationale, le prix des bouteilles et puis, cerise sur le gâteau, un sèche-cheveux doré à 499 euros que madame a laissé derrière elle. Ce n’est donc pas de l’enrichissement personnel. Tout au plus une volonté de péter plus haut que son cul, comportement assez commun chez la France d’en haut. Celle qui dirige.

Deux sèches-cheveux dorés !

Nous diriger, certes oui, mais vers où, de quel côté, c’est  la question à mille euros. Si l’on se penche sur la situation, il y a un type qui a fabriqué de toutes pièces (sauf les jaunes ) un parti qui se nomme « En marche ». Marchons donc, marchons, marchons et qu’un sang impur abreuve nos sillons et vive la France. En fait c’est ballot : ca marche pas. Et puis marcher, c’est bon pour la santé, mais faut faire attention où l’on met les pieds. Il existe un risque réel de marcher sur un étron bien gras. Alors puisque « ça » ne marche pas, ce n’est pas compliqué, ils nous font marcher en nous enfumant de leurs discours pompeux et mensongers. Et si cela ne marche toujours pas, ils envoient les sbires avec leurs bombes qui piquent les yeux, leurs grenades de « désencerclement » et leurs lanceurs de balles qui arrachent les yeux. Circulez y’a plus rien à voir.

En ce moment, un des endroits où il y a le moins de trucs à voir en France, c’est un méchant bout de quai nantais en bord de Loire. C’est là que la flicaille a chargé des gens qui écoutaient de la musique. Bon, OK, « du son ». Peu importe. Bref, c’était la Fête de la Musique, mais, à quatre heures du matin, les forces de l’ordre ( nouveau ? ) sont arrivées en fanfare pour exiger l’arrêt de la fête. Face à quelques centaines de fêtards plus ou moins imbibés qui n’avaient pas envie de couper la sono, nos amis en bleu ont apparemment tiré des grenades, balancé des lacrymos et chargé ces dangereux amateurs de zizique. Bilan : entre 15 et 20 personnes à la flotte suite à un mouvement de panique assez compréhensible – tu viens faire la fête en musique et au final les robocops viennent te dégager à coup de matraques et de lacrymos. Putain d’ambiance, non ? Surtout à 4 heures du mat’ dans le noir en bord de Loire. Pouvaient pas les laisser aller au bout de la nuit se finir à coups de décibels ?

Le truc très triste, c’est qu’un jeune type de 24 ans a « disparu » ce soir là. Il ne savait pas nager. Et personne ne lui avait dit que c’était dangereux d’aller faire la fête quand on ne sait pas nager. Personne n’a imaginé que la fête finirait en charge policière. Bref, depuis cette fête, trois bonnes semaines se sont écoulées sans que le pouvoir ne s’émeuve publiquement de la disparition d’un jeune homme en de telles circonstances. Pschittt disait Chirac. Pas de vagues, si je peux me permettre. De plus, ce pouvoir là a de plus en plus souvent besoin d’envoyer ses troupes botter le cul des mécontents. Donc, ne pas se fâcher avec eux, ne pas leur chercher des poux dans la tête pour une vieille dame qui n’aurait pas dû se mettre à la fenêtre ou pour un jeune amateur de musique comme il en existe tant.

Entrée des urgences – Hôpital Lariboisière – juillet 2019

Bref, cet été là est un peu à dégueuler. On va même jusqu’à monter un petit sujet télé pour évoquer de malheureux touristes belges qui, à Djerba, ont été traumatisés lorsqu’en allant à la plage, ils ont vu des cadavres de migrants noyés en mer et rejettés à la côte. Le drame n’est pas que des gens se noient en tentant de rejoindre l’Europe. Le drame c’est que des vacanciers voient leur séjour gâché par ce sinistre spectacle. Ca fait un moment que l’humanité marche sur la tête, mais là on atteint des sommets. Bonnes vacances à ceux qui partent (évitez les plages mal fréquentées) et les autres vous pouvez crever ! Ca baissera un peu les mauvais chiffres du chômage et le gouvernement pourra s’auto féliciter « d’avoir su en une période difficile prendre les mesures nécessaires « . Sinon, pas de panique, les affaires tournent, les riches sont au soleil, loin de toutes ces mesquineries tout juste bonnes à énerver le menu peuple qui, c’est bien connu, n’a pas deux sous de jugeote et heureusement que les « élites » sont là pour le faire marcher. En attendant qu’un jour ce peuple vienne leur botter le cul sans état d’âme.

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QUASIMODO SDF !

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Notre Dame de Paris, qui a traversé les siècles sans trop de dommages, a brulé comme une agence bancaire un jour d’émeute. Le monde entier – sauf le Yemen et deux trois autres coins oubliés par l’actualité planétaire – a contemplé en direct le brasier, la chute de la flêche, le boulot des pompiers, petits bonhommes perchés en haut de leurs nacelles face au vaisseau de pierre.


Passé le premier choc (que l’on soit dévot, bigot ou athée, la disparition d’une charpente de huit cent ans est une catastrophe peu commune) , les commentaires fleurissent sur la toile. Une poignée de crétins se réjouit du sinistre – si, si, il existe des gens assez bornés pour cela ; les complotistes, eux, remarquent avec gourmandise que l’incendie s’est déclaré quelques heures avant un discours très attendu du président. Chacun en tirera ses conclusions, mais vous voyez ce que je veux dire. Cet incendie ne peut pas être naturel. Le chêne ça ne brûle pas aussi vite, etc…. Il s’agit donc forcement d’un épisode du grand complot judéo-maçonnique piloté en sous-main par les reptiliens et les illuminati, sans oublier le Mossad et la CIA. On ne prête qu’aux riches.

Parlons en d’ailleurs, de ces riches, ces « happy few » qui se sont grassement enrichis pendant les dernières décennies, alors qu’une partie non négligeable de la classe moyenne décrochait pour aller flirter avec le seuil de pauvreté, parlons un peu de leur fantastique réactivité pour lâcher des millions afin de rebâtir la cathédrale.

Ces bons samaritains, qui d’ordinaire pratiquent l’évasion l’optimisation fiscale à grande échelle ( cf. https://www.lesechos.fr/industrie-services/mode-luxe/fraude-fiscale-kering-risque-un-redressement-de-14-milliard-deuros-en-italie-959885 ) tant est ancrée au plus profond d’eux mêmes, la répugnance à s’acquitter de l’impôt, sentent soudainement l’appel irrésistible du mécénat, espérant ainsi redorer un blason passablement éclaboussé par les magouilles financières. Jadis, on achetait des « indulgences », de nos jours on s’arrange pour faire figurer son nom en gros sur les bâches de chantier.

Ce sont les mêmes qui, pour échapper à l’ISF, préféraient donner aux organisations caritatives, qui ont vu se tarir la manne dès que fut aboli l’impôt honni. De bons paroissiens vous dis-je, des entrepreneurs qui n’ont fait que « croître et multiplier », des gens qui vont à la messe tous les dimanches et à confesse après chaque plan social, des premiers de cordée, injustement vilipendés par la populace qui rit jaune devant les cendres encore tièdes et les centaines de millions qui tombent pour relever Notre Dame.

Heureusement, notre bien aimé président a déclaré, avant même tout étude sérieuse, que la cathédrale serait reconstruite dans cinq ans et qu’elle sera « encore plus belle ». Voici enfin une priorité nationale clairement affichée ! On peut aussi faire preuve d’imagination dans la reconstruction : les vitraux disparus et rénovés pourront être équipés d’une petite plaque discrète avec des mentions explicatives : « ce vitrail représentant Jésus chassant les marchands du temple a été rénové grâce à la bienveillance de LVMH », ou encore, allant plus loin dans l’innovation, on ne rénove plus, on réactualise toutes ces vieilleries et on les remplace par de nouveaux vitraux sur des thèmes plus actuels  : « Saint Emmanuel repoussant les gilets jaunes à la porte de Saint-Ouen», « Saint Glinglin exhortant les pauvres à payer leurs factures», « Saint Bernard Arnault ne faisant pas don de sa fortune aux plus pauvres », « Saint Castaner triant les migrants »….. Cela pourrait même faire l’objet d’un grand débat .

En attendant, c’est une belle rente qui s’est consumée. Tous les bistrotiers et toutes les échoppes du quartier sont en deuil. A qui pourra t’on vendre désormais ces  si mignonnes Tour Eiffel « made in China » et tous ces jolis petits objets qui emplissent les boutiques de souvenirs, à qui refourguer des boissons en terrasse à des prix exorbitants ? On réfléchit déjà à un circuit « vue imprenable sur les ruines et le chantier », on se demande s’il y a moyen de fourguer les gravats en souvenirs comme cela se fit pour le mur de Berlin. Bref, nous avons l’occasion , avec cet incendie, de secouer un peu ce pays frileusement replié sur ses acquis et de montrer au monde entier à quel point nous sommes un peuple intelligent dirigé par de grands esprits. Gardons espoir, rien n’est perdu !

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PAS GILET JAUNE MAIS….

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Pas gilet jaune mais presque

Je vois rouge quand je pense

Aux yeux crevés

Aux mains arrachées

Aux sans papiers

Aux expulsés

Aux ploutocrates

Riches à crever

D’ailleurs ils mourront

Eux aussi

Leur tas d’or dure

Mais pas eux

 

Pas gilet jaune mais presque

Quand je vois les aéroports en vente

Les barrages en vente

Les salaires de merde

La bouffe du même métal

Les loyers qui grimpent

Les flics qui matraquent

Quand le peuple proteste

Les inclus daubant sur les exclus

Les calottes glaciaires qui fondent

Et les oiseaux qui meurent

Les espèces qui disparaissent

A l’exception notable des braves cons

Qui votent pour ceux qui les niquent

 

Pas gilet jaune mais presque

Quand j’entends les publicités

Qui mentent pour mieux vendre

Les riches qui pleurent

Pour échapper à l’impôt

Et ceux d’en bas

Qui supportent cette pyramide de merde

Ca me rend vert

Ca me rend dingue

Les embouteillages aux sports d’hiver

Les paquebots aussi géants que moches

Remplis de blaireaux voyageurs

 

Pourtant le monde est beau

Le ciel le soleil les étoiles

Les lacs de montagnes

Les récifs coralliens

Les aurores boréales

La nature en un mot

Mais hélas salopée par des cons

Aussi stupides qu’avides

Pas gilets jaune mais presque

Parce qu’au final

Je préfère l’arc en ciel

Et les trous noirs

L’espace infini

Cosmos

Fin

 

 

 

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Mark Z. Suce des bittes en enfer

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Décidement le Covid rend les gens fous. Maintenant il faut avoir un papier spécial pour rentrer dans les bibliothèques, les piscines, les cinémas, les cafés (même en terrasse, les restaurants,les églises,les hôpitaux,sauf les commissariats avec les policiers qui ont le droit de ne pas être vaccinés dit Rufus très fier, et aussi les trains)« sauf ceux pour aller travailler, ils pensent à tout ces salopards » a dit Papa  très énervé en écoutant la radio le soir. Moi j ‘écoute plus parce que cela me fait peur et on ne sait plus comment faire avec machin QR, l’impasse sanitaire comme disent ceux qui défilent dans la rue en chantant la Marseillaise en face de policiers qui font peur parce qu’ils ressemblent de plus en plus à des gros scarabées tout noirs, avec leur carapace qui doit leur tenir drôlement chaud mais heureusement pour eux le temps est pourri depuis des semaines. Entre la pluie et le pass, on ne sait plus où aller en vacances. Et puis on ne sait pas si on sera reconfinés ou pas alors j’aimerais bien savoir si on pourra aller chez Pépé et Mémé cette année. Parce qu’en ce  moment c’est assez compliqué. L’autre jour on a été à la bibliothèque avec Papa et, à l’entrée, un monsieur nous a demandé, l’air un peu embêté, de présenter notre QR code. J’ai pas compris mais j’ai bien vu que ca énervait Papa qui s’énerve déjà assez vite mais depuis cette histoire de Pass, c’est devenu terrible à la maison car Papa a dit que pour une fois ce virus lui plaisait et que ce n’était effectivement pas très raisonnable d’aller voir Mémé avec le petit qui était peut-être asymptomatique et que le taux d’incidence était en train d’exploser là où habite Mémé qui voulait se faire vacciner mais comme elle habite à la campagne, c’était pas facile de se faire vacciner parce qu’elle vit dans un désert médical m’a expliqué Papa. Comme s’il pouvait y avoir des déserts en France ! A l’école on nous a appris que notre pays avait un climat tempéré et des formes plutôt harmonieuses. On a même des volcans mais heureusement ils sont éteints alors un désert en France, ca me fait bien rigoler. Maman a dit à Papa qu’il pourrait faire un effort pour sa mère et qu’un peu de bon air ferait du bien au petit qui passait trop de temps sur les écrans. J’ai fait comme si je ne comprenais pas mais c’est un peu vrai que je passe trop ou beaucoup – ca dépend comment on voit les choses – devant l’écran. Pas celui de la télé mais celui de l’ordinateur que m’a acheté Mémé pour mon anniversaire et aussi parce que j’allais entrer au collège alors j’étais un grand et elle espérait que j’en ferai un bon usage.

L’ordinateur c’est mieux que les téléphones où l’écran est tout petit, tellement que les grandes personnes on le nez collé dessus et des fois c’est rigolo parce qu’elles se rentrent dedans sur le trottoir. Des fois c’est pire parce qu’elles oublient de regarder avant de traverser. Rufus dit que cela cause des accidents graves. C’est son papa policier qui lui a dit et c’est vrai que des fois à la maison, quand Maman cherche une recette sur son téléphone et que Papa soupire en disant « Quelle bande de c… mais quelle bande de c…….. » et que pendant ce temps là personne ne s’occupe de moi et je m’ennuie alors quand Mémé m’a apporté l’ordinateur j’étais vachement content parce que je pourrais moi aussi chercher des recettes pour Alceste qui mange tout le temps  et m’énerver comme Papa en lisant les bêtises écrites par les autres  et il paraît qu’il y en a plein sur les réseaux sociaux. Tellement qu’on peut pas y aller si on a moins de 14 ans mais c’est vraiment n’importe quoi parce que tous mes copains ont des comptes à eux parce qu’il suffit de mettre une fausse date de naissance pour que ca marche. Le seul qui n’a pas réussi c’est Clotaire parce qu’il s’est trompé dans sa fausse date de naissance et comme il avait 4 ans il a pas pu ouvrir son compte. C’est pas très grave a dit Joachim, tu peux aller sur Youporn, c’est vachement plus rigolo et c’est pas contrôlé. N’importe quoi a dit Eudes, le mieux pour rigoler c’est les sites de freefight . Ah oui a dit Joachim, et t’en sais quoi toi ? Je suis sûr que t’as jamais été sur Youporn. Si justement a répondu Eudes, et même que j’ai vu ta mère et ta sœur à poil ! Sale menteur a dit Joachim et ils ont commencé à se battre dans la cour alors le Bouillon est arrivé en criant mais avec son masque on entendait pas bien ce qu’il disait, ca faisait un peu comme :.etis .andits v..erz pu.. Et juste au moment où il allait attraper le bras de Joachim il a glissé sur la peau de la banane que venait de manger Alceste qui trouvait que la poubelle était trop loin. Joachim et Eudes ont été punis mais personne n’a voulu dénoncer Alceste qui a englouti le reste de sa banane à plein régime. 

Le soir à la maison pendant que Maman cherchait une idée de repas sur son téléphone et que Papa rouspétait tout seul devant son ordinateur, j’ai allumé le mien et j’ai tapé Youporn pour voir si j’allais trouver la mère et la sœur de Joachim. Eudes m’avait dit de taper MILF alors c’est ce que j’ai fait. Youporn m’a demandé si j avais 18ans ou plus et j’ai coché que oui j’étais adulte et là d’un seul coup sur l’écran c’était rempli de dames toutes nues avec des messieurs tout nus aussi. Il y en avait plein, c’était assez dégoûtant et j’ai pas trouvé la maman de Joachim alors j’ai fermé l’onglet comme Papa m’avait montré et après j’ai effacé l’historique comme me l’avait conseillé Eudes. Et puisaprès j’ai été sur Facebook parce que là au moins on interdisait la violence, le sexe et la nudité parce que c’était « contraire aux standards de la communauté ». Pourtant qu’est ce qu’ils pouvaient s’engueuler les gens qui venaient là !  Ils s’insultaient sans se connaître et se traitaient de tous les noms mais apparemment cela ne contrevenait pas aux standards de la communauté. Facebook a été inventé par un type qui n’arrivait pas à trouver de copine alors il a inventé ce truc pour savoir ce que faisait les filles d’à côté. Un peu comme de l’espionnage en fait. Quand on voit sa tête d’espion raté on comprend tout de suite pourquoi il a été obligé d’inventer ce truc là pour savoir si sa voisine était libre ou pas. Ca a tellement bien marché qu’il est devenu un des plus grands espions la planète et qu’il a gagné beaucoup d’argent en revendant toutes ces informations à des marchands ou à la police. Le seul truc qu’il a pas pu changer c’est sa bobine. Il est toujours aussi moche. Riche mais moche et en plus il va mourir comme tout le monde comme dit Papa pour se consoler de ne pas être aussi riche que lui. Et comme dit Mémé, on n’a jamais vu un coffre fort suivre un corbillard. C’est bizarre quand on voit la tête des plus riches de la planète, il ne sourient pas beaucoup. C’est peut-être parce qu’ils se rendent compte qu’avec tout leur argent, ils vont quand même devenir vieux et mourir un jour. Alors ils font n’importe quoi, genre je vais dans l’espace dans MA fusée, j’achète des maisons énormes qu’on voit dans les magazines qui sont chez le coiffeurs. Des maisons tellement grandes qu’on pourrait s’y perdre mais heureusement avec l’application GPS on peut retrouver les cabinets même dans le noir. Et quand ils sourient ils font carrément peur tellement on voit bien que c’est pas naturel. 

Et Mark Z. il a une drôle de tête même si son réseau couvre la planète sauf la Chine qui a son propre réseau contrôlé directement par la police parce qu’en Chine les standards de la communauté sont plus un peu plus stricts que chez nous. Mark Z ne travaille pas avec la police. Il prèfère avoir des modérateurs et des robots pour contrôler. Agnan a essayé de m’expliquer comment tout cela marchait grâce aux algorithmes mais j’ai pas tout compris. Et quand sur Facebook j’ai dit à Geoffroy que j ‘avais peur de me faire vacciner j’ai été privé de parution pendant trois jours pour propagation de fausses nouvelles. J’ai pourtant le droit d’avoir peur des piqures, non ? Rufus m’a expliqué que c’est parce qu’il m’avait signalé pour faire une blague. Signaler c’est en fait un peu comme dénoncer ou rapporter et ca m’a rendu cafardeux alors j’ai été à la bibliothèque pour emprunter des BD de Gaston Lagaffe pour pouvoir rigoler sans modération. Demain je vais voir les copains et on va fabriquer un gaffophone géant pour démolir les GAFA et leur modération, non mais sans blague ! Et puis surtout je ne vais plus sur Facebook et je recommence à lire et à rigoler en vrai avec les copains sur le terrain vague. C’est bien plus rigolo même si on se tape dessus que de se disputer avec des gens qui peut-être n’existent même pas. Je viens de lire un livre super qui raconte l’histoire d’une petite fille qui vient à Paris pour prendre le métro mais il est en grève et ca l’énerve. Comme elle je dis donc : «  Facebook mon cul ! » Signé le petit Nicolas et ses copains (pcc. Goscinny)

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